‹ Manuel complet de médecine légale, considérée dans ses rapports avec la législation actuelleChapitre 29 sur 111 · ÉTUDE DES PHÉNOMÈNES DE LA PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES PHÉNOMÈNES DE LA PUTRÉFACTION

A. Putréfaction à l’air libre.

Fourcroy, dans son Système des connaissances chimiques , l’a ainsi décrite : u La substance animale se ramollit ; si elle était solide , elle devient plus tenue ; si c’est un liquide , sa couleur change et tire plus ou moins sur le rouge brun ou le vert foncé ; son odeur s’altère , et après avoir été d’abord fade et désagréable, elle devient fétide et insupportable. Une odeur ammoniacale se mêle bientôt à la première , et lui ôte une partie de sa fétidité. Celle-ci n’est que temporaire , tandis que l’odeur putride , existant avant elle , reste encore après , et subsiste pen ant toutes les phases de la putréfaction; les liquides se troublent et se remplissent de flocons, les parties molles se fondent en une espèce de gelée ou de putrilage; on observe un mouvement lent, un boursoufflement léger qui soulève la masse , et qui est dû à des bulles de fluides élastiques , dégagées lentement et en petite quantité à la fois. Outre le ramollissement général de la partie animale solide , il s’en écoule une sérosité de diverses couleurs, et qui va en augmentant. Peu à peu , toute la matière fond : ce léger boursoufflement s’affaisse, la couleur se fonce ; à la fin , l’odeur devient souvent comme aromatique , et se rapproche même de celle que l'on ro

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ambrosiaque; enfin, la matière animale diminue de masse, les élémens s’évaporent et. se dissolvent, et il ne reste qu'une sorte de terre g» asse , visqueuse , encore fétide. »

Mais une foule de causes que nous avons pour la plupart indiquées font varier es phénomènes; et en outre , à quelles époques, à juels intervalles sont-ils produits . Voilà les questions péc'ales pour le médecin légiste.

Lorsque F ou expose une partie du corps à l’action des larves , dans un endroit assez humide pour que la dessication ne puisse avoir lieu, et que la température soit de la à 2 a deg., toutes les parties molles sont déferai es , à l’exception de quelques portions de la peau, qui est trouée de toutes parts : si l’humidité n’est pas aussi grande , la peau se dessèche et se colle sur les os ; un mois suffit pour que ces altérations soient produites; la coloration de la peau en vert survient dans les quatre ou cinq premiers jours qui suivent la mort ( le thermomètre étant au dessus de la deg. ) L’épiderme se détache deux ou trois jours après ; la teinte verte se fonce et devient brunâtre ; les chairs sont ramollies, tombent en putrilage , et s’écoulent au travers des perforations de la peau ; celle-ci se dessèche et se colle sur les os , à la manière d’une écorce sèche , si la température est élevée et sans humidité; dans le cas contraire, la peau se ramollit et se putréfie , mais exige un temps plus long, de même que les ligamens et les tendons, qui résistent beaucoup à la décomi osition. Lorsque la

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température est à 10°, il faut plusieurs mois pour voir se produire les memes phénomènes.

B. Putréfaction dans l’eau.

Il faut environ six semaines pour qu’elle soit complète : elle est plus rapide dans l’eau courante que dans les eaux stagnantes ; les muscles tombent en putrilage, et la graisse se saponifie en formant des margarates et des oléates d’ammoniaque , genre d’altération qui n’a pas lieu à l’air libre. En outre, la peau est corrodée, ou partiellement ulcérée dans l’eau de puits; ce qui n’a pas été obseivé dans celle des fosses d’aisance , et ce que nous examinerons plus tard.

M. Duvergic a publie un tableau fort intéressant, dans lequel il assigne, d'après soixante-deux observations qui lui sont personnelles, les caractères propres à déterminer depuis combien de temps un noyé est resté dans l’eau, en supposant la submersion opérée en hiver, et dans une eau courante. Yoici ce tableau.

1° Ce 3 à 5 jours. Rigidité cadavérique; refroidissement du corps ; pas de contraction musculaire sous l’influence du fluide électrique ; l’épiderme des mains commençant à blanchir.

2U Ce 4 à S jours. Souplesse de toutes les parties; couleur naturelle de la pp îu ; épiderme des mains très blanc.

3° Ce 8 à 12 jours. Eace ramollie, et présentant une teinte blafarde, différente de celle de la peau du reste du corps.

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4° Vô jours environ. Face légèrement bouffie, rouge par place ; teiute verdâtre de la partie moyenne du sternum ; épiderme des pieds et des mains totalement i blanc et commençant à se plisser.

5° Un mois environ. Paupières et lèvres vertes ;

( épiderme des pieds et des mains fortement plissé.

6° Deux mois environ. Face brunâtre, tuméfiée, i cheveux adhérens ; épiderme des pieds et des mains t en grande partie desséché.

7° Deux mois et demi. Saponification partielle des ! joues, du menton; — superficielle des mamelles; — i des aines ; — de la partie antérieure des cuisses.

8° Trois mois et demi. Destruction d’une partie du cuir chevelu, des paupières, du nez; saponification partielle de la face ; corrosion et destruction de la I peau sur diverse^, parties du corps; ongles tombés.

y0 Quatre mois et demi. Commencement d’incrusl talion calcaire sur les cuisses ; progrès de la saponifi- ■ cation ; destruction et décollement de la presque totalité du cuir chevelu; calotte osseuse dénudée, commençant à être très friable.

Ce sont de pareils tableaux, fondés Sur un grand nombre de faits observés aux différentes 'époques de l’année, qui permettront de préciser assez exactement des questions vouées autrement à une obscurité et à un doute éternels,

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