C. Putréfaction clans la terre
Trop de circonstances font varier la marche de la
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putréfaction, pour pouvoir en fixer la durée d’une manière précise. Cependant les fossoyeurs, qui sont gens experts en cette matière . assurent qu’il fauf trois ou quatre années . pour la destruction complète des parlies molles d’un cadavre. Burdaei» désigne trois périodes à la putréfaction : i " fermentation putride, plusieurs mois; 2° conversion des parlies molles eu matière pultacée , de deux à trois aus ; 3° formation d’une matière terreuse, grasse , friable, brunâtre, qui ne se mêle à la terre ordinaire qu’au bout d’un nombre considérable d'années. Dans la plupart des expériences de I>IM. Orfila et Lesueur , les cadavres étaient déjà plus que réduits au squelette, au bout de quatorze, quinze ou dix-huit mois. Cependant les exemples de conservation de corps, ensevelis depuis plusieurs années, se présentent en foule, et l’on ne peut qu’engager les experts à bien peser les circonstances de leur jugement. Au reste , nous allons encore essayer d’éclaircir cette question, par un coup d’œil jeté sur les altérations que subissent quelques tissus, ou appareils organiques, dans un temps donné.
G lobes oculaires. On les retrouve ordinairement entiers jusqu’au deuxième mois, ils se vident ensuite, n’oflrent plus que des débris de membranes et de cristallin , puis se transforment en gras de cadavre avant la fin du quatrième mois, de sorte qu’il n’en existe plus de vestiges à cette époque.
Poumons. Pendant deux ou trois mois, terme moyen, on peut reconnaître la structure et constater les lésions
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dont ils seraient le siège ; plus tard , ils s’affaissent , prennent une couleur ardoisée ou bleuâtre, renferment un liquide de couleur bistre ; ils finissent par se coller sur les côtés de la colonne vertébrale , et la situation seule peut les faire distinguer.
Canal digestif. On le trouve souvent très bien conservé au bout de plusieurs mois. M. Lepelletier, du Mans, a donné deux observations d’exhumations juridiques , faites l’une trois mois , et l’autre deux mois après la mort, et, dans les deux cas , l’appareil digestif : était dans une intégrité parfaite, ce que ce praticien attribue avec raison à la persistance des parois abdominales, et au revêtement du péritoine, qui préservent le tube digestif de l’action de l’air, et retardent ainsi sa décomposition. Remarquons toutefois que le terrain où avaient été placés les deux cadavres , i était formé d’un sable siliceux, légèrement argileux, t très perméable à l’eau , toujours sec , propre par conséquent à retarder la putréfaction.
Foie. Cet organe est ordinairement altéré dans sa structure, après quelques semaines d’inhumation.
Cerveau , cervelet. L’encéphale , protégé par les membranes et la boîte osseuse qui l’entourent, ne change pas de caractère pendant les premières semaines ; il de- ' vient seulement d’un gris olivâtre clair. Au bout de deux mois environ , il s’affaisse et ne remplit plus exacttement la cavité du crâne. De deux à huit mois, il se i réduit en bouillie, et il n’est plus possible de-distin- t : guer ni les deux substances , grise et blanche , ni la
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structure des diverses parties. Au bout d’une année peu près , il offre une masse plus dense , semblable de la terre glaise détrempée et azurée. Enfin , on li retrouve encore plus tard , lorsque toutes les autre parties molles sont détruites et décomposées.
Il nous reste à examiner deux états particuliers, sou', lesquels se présentent quelquefois les corps inhumés la saponification et la momification naturelle.
De la saponification. Les corps ont la propriété , dan certaines circonstances, de se convertir en une matièn grasse , appelée gras de cadavre , et qui n’est qu’un véritable savon à double acide et à base ammoniacale formé , d’après M. Ghevreul , d’acides margarique e oléique , de substance amère , d’ammoniaque , et d’urn petite quantité de chaux de potasse , et de quelque: sels. Si le corps était plongé dans l’eau , contenant di carbonate ou du sulfate de chaux , ce savon est alor: à base calcaire , comme MM. Chevreul et Orfila s'er sont assurés.
Les corps se saponifient plus vite dans l’eau que dam la terre ; mais ce n’est cependant que dans les cimetières, et dans les fosses publiques, où ils étaient accumulés et superposés d’une manière régulière en plusieurs couches , que l’on a trouvé des cadavres complètement convertis en gras, autrement la saponification n’est que partielle. D’après Thouret , c’est la peau qui subit la première saponification ; d’abord son tissu fibreux subsiste , mais le corps adipeux est déjà blanc. Lorsque celui-ci est passé à cet état, il offre encore
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en quelques parties la couleur jaune qui lui est ordinaire ; sous la peau et la couche de graisse déjà transformées, les muscles conservent encore leur couleur. Les viscères sont long-temps aussi reconnaissables dans leurs cavités, où on les voit d’abord seulement affaissés, desséchés , et ayant perdu de leur volume. Mais bientôt ces mêmes parties subissent la conversion , et l’on voit se développer dans leur tissu la matière du gras, qui les pénètre enfin profondément. Toutes les chairs ayant éprouvé la transmutation, le tissu fibreux subsiste encore dans les masses qu’il forme , et ce n’est que lorsqu’il n’en existe plus de vestiges que la saponification est complète.
Dans les corps nouvellement saponifiés et enterrés seulement depuis trois à cinq ans, le gras est léger, mou, très ductile, et il contient beaucoup d’eau ; lorsqu’il est formé depuis trente ou quarante ans, il est sec, cassant, plus dense; il devient même quelquefois transparent, et il imite assez bien la cire : en généra plus il est ancien , plus il est blanc ; à une époque plus récente, il offre des teintes rouges, orangées, etc., en plusieurs points.
La formation du gras de cadavre dépend de la présence de la graisse qui fournit les acides margarique et oléique ( ce dernier en très petite proportion ) , acides qui se combinent avec l’ammoniaque résultant de la décomposition des autres élémens organiques ; aussi , plus les parties ou les corps sont chargés de graisse ,
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plus ils ont de tendance à la saponification. (F. Orfila et Lesueur, ouvr. cit.)
De la momification sèche. Nous appellerons ainsi la dessication complète et spontanée que subissent certains cadavres ; les fluides ont disparu , la forme seule persiste, et la putréfaction n’est plus possible. Lors des fouilles du cimetière des Innocens, dit Fourcroy, on trouva quelques corps isolés, dont la peau, les muscjes, les tendons , les aponévroses étaient desséchés, cassans , durs et d'une couleur plus ou moins grise. Parmi les cinquante ou soixante cadavres ainsi transformés , que Thouret avait conservés, un seul appartenait au sexe masculin. — On lit encore dans le recueil des pièces concernant les exhumations faites dans l’enceinte de l’église de S. Eloi de Dunkerque, que, dans le nombre de soixante exhumés, on trouva onze cadavres entiers , parmi lesquels trois entièrement desséchés et semblables à des momies. On ne pouvait attribuer cetle conservation au terrain ni à l’exposition , puisque, à côté des momies dont il s’agit, existaient des corps tout à fait putréfiés.
Yicq-d’Azyr et de Puymaurin fils ont donné quelques détails sur une semblable momification des corps exposés dans les caveaux des Jacobins et des Cordeliers de Toulouse. Nous avons déjà dit que les corps ensevelis dans les sables brûlans de l’Arabie s’y dessèchent , et Chardin parle de cadavres conservés deux mille ans dans les sables de Korassan (Perse ) ; mais ici les causes sont faciles à concevoir : elles tiennent à la nature des
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milieux où se trouvent les corps ; tandis que , dans nos cimetières, il faut nécessairement admettre l'influence ilde la constitution individuelle. Or, on pourrait peutèêtre faire dépendre le plus grand nombre de cadavres dde femmes rencontrés en cet état , de l’espèce de dessisication volontaire à laquelle plusieurs se condamnent i par leur genre de vie. On a souvent parlé des abstiimences extraordinaires et répétées que des femmes ascétiques avaient supportées ; on a même dit qu’après leur umort , leurs tissus étaient phosphorescens ; je n’oserais ^affirmer un tel fait , mais il est probable que les personnes qui, restant dans un repos presque complet , s’accoutumant à manger excessivement peu , doivent être particulièrement disposées à la momification ; la de est plus lente dans leurs tissus , tous les changeunens moins fréquens, les fonctions de la peau suspenlilues , et elles sont réduites à la plus petite proportion oossible de liquides. Je connais une dame qui , depuis ingt ans, ne prend, chaque jour, qu’une ou deux cuillerées de liquide pour tout aliment ; elle a atteint re dernier degré de maigreur , et serait dans les circonstances les plus favorables pour subir après la mort me dessication artificielle ou spontanée.
DES AGES