C. Asphyxie par suffocation
La suffocation diffère des autres causes d’asphyxie , en i ce qu elle est toujours le résultat d’une cause existant intérieurement, et qui a déterminé la suspension de l’acte t
DE L’-iSPHTXrE,
respiratoire. Chez les enfans, cette cause peut être amenée par une volonté criminelle. Ainsi, un peloton de linge, de la boue, elc. , peuvent avoir été introduits dans la bouche ou'les narines de l'enfant nouveau-né ; mais dans un âge plus avancé , la suffocation n’a d’autre r rapport avec les questions médico-légales que la nécessité où se trouve l'homme de l’art de prononcer sur les causes de la mort. L’on voit que la suffocation rentre salors dans l'histoire des autres maladies, et qu’elle appartient plutôt à la pathologie qu’à la médecine légale. ^Toutefois, nous dirons qu’on la voit produite par la phthisie laryngée , de fausses membranes développées Idans le larynx , la trachée et les bronches ; des corps étrangers portés accidentellement dans les voies aériennes, et beaucoup d’autres causes qu’il serait trop Mong et inutile d’énumérer.
D. Asphyxie par des gaz impropres à la respiration.
Nous distinguerons ici deux sortes de gaz et deux sortes d’effets; mais c’est une pure théorie, qui trouve rarement son application dans la pratique , parce que tous les gaz dont la respiration est mortelle ne sont pour la plupart que des produits de l’art , et n’exercent jamais une action délétère sur l'homme , à moins que ce ne soit sur un chimiste enfermé dans son laboratoire.
Quelques uns de ces gaz ne paraissent pas avoir d’influence délétère directe sur l’homme ; ils tuent par dé-
DK L’ASPHYXIE.
JèOB
faut d’oxigène : tels sont les gaz azote et hydrogène.
Les autres, tels que l’acide carbonique , et surtout I les gaz des fosses d’aisance , l’hydrogène sulfuré et arséniqué , etc. , exercent une action nuisible , et ils se- ; raient à craindre, alors même qu’il seraient mélangés ( d’oxigène.
Gaz azote. Il est des circonstances où l’asphyxie peut |j, être causée par la respiration de l’azote. On rencontre ce gaz dans les lieux où sont renfermées des substances douées d’une grande affinité pour l’oxigène , quelque- f fois aussi dans les fosses d’aisance ; comme les symptômes sont à peu près les mêmes que ceux de l’asphyxie par le gaz acide carbonique et l’air non renouvelé, nous y renvoyons.
Air non renouvelé. On ne peut pas tracer une description plus fidèle et plus frappante de ses effets , qu’en empruntant à V Histoire des guerres des Anglais dans l’Indostan les faits suivans, qui sont rapportés dans le Dictionnaire des Sciences médicales : « Cent quarantesix personnes furent renfermées dans une chambre de vingt pieds carrés, qui n’avait d’autres ouvertures que deux petites fenêtres donnant sur une galerie. Le premier effet qu'éprouvèrent ces malheureux prisonniers fut une sueur abondante et continuelle ; une soif insupportable en fut bientôt la suite ; à cette soif succédèrent de grandes douleurs de poitrine, et une difficulté de respirer approchant de la suffocation. Ils essayèrent divers moyens pour être moins à l’étroit, et se procurer de l’air; ils ôtèrent leurs habits, agitèrent l’air avec
DE l’asphyxie.
leurs chapeaux, et prirent enfin le parti de se mettre à t; genoux tous ensemble , et de se relever simultanément a au bout de quelques instans. Ils eurent recours trois fois e en une heure à cet expédient, et chaque fois plusieurs d’entre eux, manquant de forces, tombèrent et furent f foulés aux pieds par leurs compagnons. Ils demandèrent (de l’eau ; on leur en donna : mais se disputant pour s’en [procurer, les plus faibles furent renversés, et périrent tbientôt. L’eau n’apaisa pas la soif de ceux qui purent en tboire, et encore moins leurs autres souffrances. Ils (étaient tous dévorés d’une fièvre qui redoublait à tout i moment. Avant minuit , c’est-à-dire durant la quatrième 1 heure de leur réclusion , tous ceux qui restaient encore en vie, et qui n avaient pas respiré aux fenêtres un air e moins infect, étaient tombés dans une stupidité létharegique, ou dans un affreux délire. A deux heuresdu mattin , il n’y avait plus que cinquante vivans ; mais ce r nombre était encore trop grand pour que tous passent rrecevoir de l’air frais. Le combat se continua jusqu’à la pointe du jour. Le chef lui-même, après avoir résisté ! long-temps, était tombé asphyxié ; on le releva ; on l’approcha de la fenêtre , et on lui donna des secours. Bien- Mot après la prison fut ouverte. De cent quarante-six hommes qui y étaient entrés , il n’en sortit que vingttrois vivans. Ils étaient dans le plus déplorable état , portant peinte dans tous leurs traits la mort à laquelle i ils venaient d’échapper, a
de l’asphyxie.
Asphyxie par l'acide carbonique.
L’occasion la plus commune de ce genre d’asphyxie est la combustion du charbon ; un fourneau allumé dans une chambre où l’air ne pourrait se renouveler vicierait tellement ce fluide, en lui enlevant son oxigène, i: et en le mêlant d’hydrogène carboné , qu’une personne" i qui le respirerait en serait bientôt asphyxiée. Il en se- k rait de meme si elle respirait le gaz qui se dégage d’une i Cuve en fermentation, ou celui d’un four où se ferait \ e a pierre a plâtre. Cette dernière circonstance doit i cire extrêmement rare, parce que la cuite du carbo- . nate de chaux se fait à l’air libre.
Les symptômes de cette asphyxie sont exactement i connus : on éprouve d’abord une grande pesanteur de ' tete, et une céphalalgie intense; il semble que l’on vous comprime les tempes; la congestion cérébrale qui augmente porte au sommeil, ou produit des vertiges, des lintemens d’oreilles, des éblouissemens; les* forces musculaires tombent, et bientôt l’individu est saisi d’un coma profond, qui le jette dans un état de mort apparente; il paraît que la perte de connaissance est précédée, chez quelques hommes, par un sentiment général de plaisir; les excrétions ont lieu sans que l’individu en ait conscience : son corps reste chaud , et scs membres flexibles; la figure est ordinairement Je siège d’une très forte congestion, ou bien elle est pale [ et plombée; quoique la vie soit éteinte, la chaleur du l
JJE L’ASPHYXIE.
:adavre persiste long-temps; la peau est marquée de .aches violettes ; les muqueuses offrent de véritables îccbymoses; le sang reste fluide , et l’on trouve toutes •es lésions produites par l’asphyxie.
Quant à la question de savoir si ce gaz est délétère >u s’il n’agit que négativement , parce qu'il ne contient pas d’oxigène libre , les opinions ne sont pas encore complètement jugées, malgré les expériences de II. Nysten , qui prouvent qu’une faible injection d’ai<ide carbonique dans le système veineux ne produit que lde très légers accidens, tels que la faiblesse muscuaire, qui se dissipent spontanément au bout de quelnues jours.
Isphyxie pat' les gaz qui se dégagent des fosses d'aisance.
Tantôt ces gaz sont formés d’hydro-sulfate d'ammoiaque , mêlé à une grande quantité d’air ; tantôt ils ont presque entièrement composés d’azote , quatreingt-quatorze parties sur cent, une ou deux d’oxigène, uatre d’acide carbonique et de sous-carbonate d’amîoniaque. On désigne ces gaz sous le nom de plomb.
Les symptômes produits par la respiration de l’azote ont les mêmes que ceux de l’asphyxie par défaut d’air, leux , au contraire , qui sont produits par l’hydro-sulîle d’ammoniaque sont des nausées, des défaillances , ne vive céphalalgie, la pâleur de la face et la dilaution de la pupille; une écume plus ou moins san-
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guinolente remplit la bouche ; ou éprouve de la eouslriction à la gorge ; l’individu offre le rire sardonique, ou jette des cris violens, de véritables rugissemens ; il survient du délire, des contractions tétaniques, avec renversement du corps en arrière ; et cette scène de souffrances se termine par la mort. Quelquefois même celle-ci est subite par la grande proportion de l’hydrosulfate ammoniacal , lorsqu’on est exposé à l’émanation au moment où la fosse est ouverte. Le sang est accumulé dans le système veineux ; il est épais et verdâtre, ainsi que les membranes buccales, pituitaires, qui sont le siège d’une forte congestion ; les muscles se déchirent facilement : ils ne conservent aucune irritabilité , et se putréfient, ainsi que tout le corps, avec une très grande rapidité.
Asphyxie par le gaz hyclro-sulfarique.
Ce gaz, qui est reconnaissable par son odeur d’œufs pourris , qui en fait découvrir ses moindres traces , brûle avec une flamme bleuâtre , et laisse déposer du soufre. Il précipite en noir les dissolutions des sels de plomb, de cuivre, de bismuth, d’argent, etc. Il n’en faut qu’une assez petite quantité pour causer la mort , ou occasioner de graves accidens , même lorsqu’il est mélangé à l'air amosphérique. Sérullas, l’un de nos chimistes les plus distingués dont les sciences déplorent la mort prématurée , s’étant exposé dans une expérience à des vapeurs de ce gaz, éprouva subitement une prostration musculaire extrême, de l’oppression de