C. Signes caractéristiques de la grossesse
Ils sont fournis par le loucher et l’auscultation. La certitude du toucher repose sur ce fait physiologique bien connu, que le fœtus, suspendu dans la matrice au milieu de ses eaux , peut y exécuter des mouvemens «pie l’on distingue quelquefois à travers les parois abdominales, et qui sont toujours ressentis par la mère; mais dans la crainte que ses intérêts ne lui dictent de faux rapports, l’homme de Part doit s’assurer directement de son état; on fixe la matrice entre la main gauche appliquée sur l’abdomen, elle doigt indicateur de la main droite, introduit dans le vagin , on examine alors le volume et la forme de l’utérus, et pour constater la présence du fœtus, on lui imprime un léger choc qui le porte vers le fond de l’utérus, et le laisse ensuite retomber de son propre poids sur le col , où il frappe le doigt qui l’y attend fixement. Il est rare que
HR LA GnO^SESSK.
cette épreuve que l’on nomme ballottement, puisse avoir lieu avant le quatrième mois, et il arrive souvent qu’on ne le détermine qu’à une époque beaucoup plus avancée. M. le docteur Rergaradec a montré, qu’au moyen du sthétoscope , ou même de l’oreille appliquée sur l’abdomen, dans l’intervalle qui sépare l’aine de l’oinbilie, on entendait les battemens du cœur du fœtus, faciles à distinguer des. pulsations artérielles de la mère, en raison de leur fréquence. (Le fœtu3 présente de cent .vingt à cent soixante pulsations par minute.) On entend aussi , sur un point variable de l’abdomen , des battemens isochrones à ceux de la mère, et offrant le bruit de souffle, qu’on observe dans quelques maladies du cœur et des gros vaisseaux. Quelques auteurs croient qu’ils indiquent le point d’insertion du placenta, ce qui les a fait nommer placentaires. Mais cette opinion ne peut être complètement admise, car M. Velpeau cite des cas où ce bruit persistait après la délivrance; de nouvelles recherches sont donc nécessaires pour mettre hors de doute les causes du bruit de souflie.
Grossesse composée.
On nomme ainsi celle où plusieurs fœtus sont en même temps contenus dans la matrice. Il est assez rare qu’une femme accouche de plus de deux enfans à la fos, mais l’on observe néanmoins de pareils exemples. Courue l’utérus ne peut acquérir une étendue double, les eaux sont moins abondantes et le ballottement plus obscur. L’auscultation serait certainement le meilleuv
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moyen de diagnostic; mais elle est difficile. Le plus grand volume de l’abdomen, sa division longitudinale , ne donnent que des probabilités. La seule question médico-légale qu’un pareil cas laisse à décider, serait de savoir quel est le premier produit de la conception. Nous nous occuperons de ce problème, à l’histoire de la superfétation et à celle des âges.
Grossesse compliquée.
Il est très rare qu’un corps développé accidentellement soit renfermé dans la matrice avec un fœtus ; cependant on en possède des exemples. M. Dubois reconnut l’existence d’un énorme polype utérin que l’on avait pris pour le placenta, et que l’on s’était efforcé de faire rentrer. Cette circonstance n’empêclia pas l’accouchement de se terminer heureusement; et après le rétablissement de la malade, M. Dubois fit l’extirpation du polype.
Grossesse ex tr à-utérine.
11 arrive quelquefois dans les conditions qui ne sont pas encore parfaitement connues , que le germe n’est pas déposé dan3 la matrice, mais qu’il reste sur l’ovaire , dans la trompe , ou dans le tissu même de la matrice. Plusieurs auteurs pensent qu’il peut également tomber dans l’abdomen, circonstances qui ont fait admettre les grossesses abdominales de l’ovaire , de la trompe, etc. Mais quel que soit le point où le germe est déposé, celui-ci devient cause d’un travail *
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particulier, par lequel se forment scs enveloppes, 6on placenta, espèce de Liste qui lui tient lieu de matrice. Les nouvelles modifications qui sont imprimées à l’appareil génital par la conception, sont surtout manifestes pour l’utérus; quoiqu’il n’ait pas reçu le germe , il se développe et acquiert deux ou trois fois son volume ordinaire : sa surface intérieure se revêt d’une fausse membrane , et dans une observation de jlj grossesse de la trompe, publiée par M. Chaussier, le < col était assez, ouvert pour permettre l’introduction du ! doigt. Les signes de ces grossesses extra-utérines sont j i ordinairement trop incertains pour que l’on puisse les reconnaître : le plus souvent, dit M.lj Marc, ce n’est qu'après la mort, ou au moins après le terme révolu de la grossesse ordinaire, que l’on arrive à une certitude; avant cette époque, elles peuvent cire tout au plus soupçonnées, et l’on n’a jamais sauvé l’enfant dans de pareilles circonstances; mais une remarque de toute importance , c’est qu’à la suite d’une double conception, un des fœtus , ou au moins quelque débri de fœtus , peut se trouver renfermé dans l’autre , qui se développe et atteint l’agc de puberté. Il serait donc possible qu’en examinant les organes d’une jeune fdle, on rencontrât un tel exemple, et si l’on n’était prévenu, on croirait à une grossesse abdominale et l’on éleverait des doutes peut-être affreux, sur une réputation intacte.
Etats morbides qui peuvent simuler la grossesse.
Ce que l’on nomme” fausse grossesse ou grossesse ap~
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parente nerveuse est un des phénomènes les plus curieux. La femme éprouve tous les accidens de la grossesse, le ventre prend du développement, elle croit i même sentir les mouvemens du fœtus, et cependant tout cet ensemble de symptômes peut se dissiper tout à coup et sans causes connues. M. Fodéré juge que :| cet état indique toujours qu’il y a eu coït. Je le pense, j aussi, car comment une femme pourrait-elle se croire enceinte, si elle ne s’y était pas exposée ê Mais dai s les cas où ces accidens sont attribués par la malade à d’autres causes , je ne voudrais pas affirmer qu’ils puis- 1 sent être considérés comme preuves d’une infraction aux lois de la chasteté.
La présence d’une mole dans l’utcrus. Celte expression de mole est trop généralement adoptée, pour ib que nous puissions la rejeter; cependant elle exprime une foule d’altérations diverses qu’il est important de connaître. On a distingué les moles en vraies et en fausses. Les vraies présentent toujours les restes d’une la conception incomplète qui diffère selon l’âge qu’avait I atteint l’embryon au moment de sa mort, et le temps pendant lequel il est resté depuis dans l’utérus. Comme cette élude se rapporte particulièrement à l’avorte- I ment, nous la renvoyons à son histoire. (Voyez ^Leortement.) Les fausses moles comprennent, selon quelques auteurs, tous les corps étrangers développés dans l’utérus, mais il faut restreindre celte dénominar tion aux concrétions sanguines. Celles-ci se moulent sur la cavité de la matrice ; le sang qui les forme est
DU LA GROSSBSSK.
I plus ou moins altéré dans les couches eicenfrkiues ; mais on retrouve ses caractères dans la partie la plus centrale ; leur couleur et leur consistance varient en raison de leurs diflerens modes d’altérations.
Des hydatides. « Le développement des masses d’hydatides, dit M. Désormaux, est le plus souvent,
• sinon toujours, la suite de la conception. » L’on voit que la question n’est pas tranchée, mais qu’il est
‘ cependant extrêmement probable que ees productions ne sont dues qu’à des altérations de l’œuf et du placenta. M. Yelpeau pense même que les granulations hydati- • I formes de la surface externe du cliorion sont des con- : i ditions normales des deux premiers mois de la coni < eeption , et sou opinion est fortifiée par les préparations
• de Rhuich et d’Albinus, qui, dans leur collection d’embryons, ont fait voir, au milieu des villosités du placenla, une foule de petites vésicules variant en volume , depuis un grain de millet jusqu’à un grain de raisin. J’ai eu occasion de vérifier ce fait au Musée anatomique de Leyde , où se trouve cette magnifique collection.
Super fêta tion .
Est-il prouvé qu’une femme puisse concevoir , quoiqu’elle soit déjà enceinte ? Doit-on seulement admettre une double conception à peu de momens d’intervalle , comme dans l’exemple cité par Bufion , où une femme , ayant eu des rapports le même jour avec un blanc et un nègre, accoucha de deux enfans de couleur dilférente ? ou doit-on reconnaître aussi que la
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conception peut avoir lieu, alors qu’un autre germe i occupe l’utérus? La séparation de ce viscère en deux cornes, qui, normale chez quelques animaux, se rencontre quelquefois chez la femme , n’est pas une ii condition indispensable, puisque le contraire a été observé. « Marie-Anne Bigaud, de Strasbourg, âgée | de trente-sept ans, accoucha, le 30 avril 1748, d’un i garçon viable. Les lochies s’arrêtèrent peu de temps j après , et les mamelles ne donnèrent plus de lait. Le 17 j septembre de la même année, elle mit au monde une fdle vivante , que l’on jugea à terme , d’après son déve-. | loppement. Il y avait donc quatre mois et demi de dis- • tance entre ses deux enfans. Cette femme mourut ir en 1753 , et Eisenmann , qui ouvrit le corps , ne remarqua rien d’anormal dans la conformation de la ; matrice. » M. Desgranges de Lyon a observé une superfétation également authentique. Benoîte Franquet if accoucha le 20 janvier 1780 d’une fdle de sept mois. Aucune des suites ordinaires de la grossesse n’eut lieu. Cinq mois seize jours après ce premier accouchement, j elle mit au monde une seconde fille à terme. Ici il n’y a pas de doute. Mais les adversaires de la superfétation : ) repondent que la matrice était certainement bicorne, et dans les autres cas, ils admettent que les deux conceptions ont eu lieu avant que l’un des germes fut déposé dans la matrice, et que les différences d’âge qu’ont offertes les foetus dépendaient d’une interruption dans le développement de l’un d’eux.
M. Orfila dit « que le médcciu doit admettre la po9-
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j . sibilité de la superfétation , mais qu’il doit se souvenir que dans beaucoup de cas il est extrêmement difficile d’établir quelle a eu lieu, les en fans sus-conçus pou— t vaut être facilement confondus avec les avortons ou
< avec les jumeaux. »
Quoique cette question puisse trouver son application
< dans les cas de reconnaissance d’un enfant naturel, ou i dans celui où l’aîné est appelé à des titres et desavan-
H tages dont ne doit pas jouir le cadet, il paraît que ces ï i difficultés ne se sont pas rencontrées.
Mais il pourrait arriver qu’une femme convolât en secondes noces peu de temps après être devenue veuve, i et qu’elle accouchât d’un enfant viable dans les 180 premiers jours de son second mariage: dans ce cas, j [ l’enfant peut être désavoué , s’il s’est écoulé moins de 300 jours depuis la mort du premier mari. L’enfant prendra son nom, et en sera déclaré fils; autrement, il sera réputé enfant naturel , à moins que les articles suivans du Code civil ne trouvent leur application.
« L’enfant né avant le 180e jour du mariage ne pourra être désavoué per le mari dans les cas suivans : 1° s’il a eu connaissance de la grossesse avant le mariage ; 2° s’il a assisté à l’acte de naissance, et si cet acte est signé de lui, ou contient sa déclaration qu’il ne sait signer; 3° si l'enfant n’est pas déclaré viable. »
La faculté, clc concevoir appartient-elle à un âge
limité?
On remarque trop de différences individuelles dans
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le développement , sans compter encore toutes celles qui dépendent du climat, du genre de vie, de l'alimentation, des circonstances , pour que l’on puisse résoudre affirmativement une semblable question. En France, la faculté d’être mère s’étend ordinairement depuis quinze il jusqu’à quarante-cinq ans; c’est en vain que l’on a prétendu que la menstruation était le signe de celte faculté : il est des exemples de jeunes filles qui sont devenues enceintes avant l’apparition des règles, et l’on J a également observé des grossesses après l’âge critique et jusqu’à soixante ans, et même au-delà de ce terme , || d’après une observation de Haller, lin âge avancé ne devrait donc pas faire rejeter la possibilité de la gros— il sesse, si quelques signes l’indiquaient.
La grossesse peut-elle déterminer des actes ir- || résistibles.
Cette question a presque toujours été résolue négativement par les cours de justice , et il faut avouer que si le seul fait de la grossesse assurait l’impunité, il en | résulterait d’intolérables abus. Cependant , lorsque le médecin est appelé à donner son avis , il ne peut nier la possibilité d’écarts ou de troubles tels de l’imagination, sous l’influence de cet état, qu’ils ne puissent porter à des actes qui seraient odieux et impossibles dans toute autre circonstance. Cette expression . envie de femme crosse, est devenue proverbiale pour exprimer un désir insolite qui doit être satisfait. On a mi les sub-
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stances les plus dégoûtantes être recherchées comme des mets exquis ; l’amitié se changer en haine ; des femmes témoigner le désir le plus violent de mordre , d'égratigner , mais le motif qui les amène le plus souvent devant les tribunaux, est le xol. C’est en effet le penchant qui se développe le plus fréquemment. M. Marc cite l’exemple d’une dame qui ne put résister au plaisir de voler une volaille , et il existe un grand nombre de faits semblables. 11 s’en faut beaucoup que de pareilles aberrations se rencontrent chez toutes les femmes enceintes ; mais il suffit qu’elles aient été bien constatées quelquefois, pour que le médecin doive en établir la possibilité en laissant aux juges l’examen de la moralité de l’accusée et de toutes les circonstances de son action.
Une femme peut-elle concevoir ti son insu , et peut-elle arriver au terme de sa grossesse dans l'ignorance complété de son état.
Personne n’ignore l’histoire de ce jeune religieux , qui s’étant offert pour veiller une jeune fille qu’on croxait morte , la trouva encore belle et en jouit. Ayant continué son voyage, il repassa dans le même endroit au bout de neuf ou dix mois, et apprenant que la jeune fille avait été rendue à la vie et était accouchée , il se déclara le père de l’enfant, et s’étant fait délier de ses vœux, il l’épousa. M. Desgranges a rapporté l’histoire d’une jeune fille qui fut déshonorée pendant un profond assoupissement causé par une forte dose d’opium.
On conçoit que l’ivresse, le narcolisme , expliquent
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de pareils faits. On a soutenu aussi qu’un profond sommeil, chez une femme qui aurait eu plusieurs enfans , pourrait permettre une approche à son insu ; mais l’on sait que le tact est le sens qui se réveille le plus facilement, et il est difficile d’admettre une telle insensibilité dans une circonstance semblable. Tl arrive encore qu’une fille douée de peu d’intelligence se livre à un amant, dans l’intime persuasion que les précautions qu’elle a prises sont un obstacle insurmontable à la conception , et dès-lors elle ne soupçonne même pas sa grossesse jusqu’au terme de l’accouchement. C’est ce qui arriva à une jeune coiffeuse de Lyon, qui, s’étant donnée dans le bain, niait encore qu’elle put être enceinte, au milieu des douleurs de l’accouchement. L’on comprend très bien que, dès le moment où une femme ne soupçonne pas sa grossesse , elle l’ignore jusqu’au dernier moment, surtout si elle est primipare ; puisque l’on a vu des femmes mariées qui avaient eu plusieurs enfans , ne se douter nullement de leur véritable état, quoiqu’elles fussent au dernier terme de leur grossesse et au moment même d’accoucher.