‹ Manuel complet du baccalauréat ès-sciences physiques et mathématiquesChapitre 150 sur 234 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’histoire naturelle est la science qui a pour objet la connais' sance de tous les êtres qui . composent l’ensemble de notre globe. Son but est d’étudier ces corps en eux-mêmes, d’observer toutes les propriétés ou qualités qu’ils manifestent dans leur état naturel avant que l’art ne leur ait fait subir d’altération.

Depuis les temps les plus reculés on a divisé tous les êtres de la nature en trois grandes classes , qu’on nomme règnes : 1^ le règne minéral comprenant l’histoire des êtres privés de vie : on nomme cette science minéralogie ; 2® le règne végétal qui comprend les êtres vivants dépourvus de sensibilité et de mouvement volontaire : on nomme botanique la science qui s’occupe des végétaux', 3® le règne animal comprenant les êtres vivants qui sentent et se meuvent volontairement : on a donné le nom de zoologie à cette partie de l’histoire naturelle.

Les animaux et les végétaux présentent entre eux des rapports intimes; les uns et les autres sont composés de parties les unes agissantes, les autres élaborées; les unes plus ou moins solides , les autres liquides. Dans les deux règnes on remarque une tendance égale, tant que la vie dure , à résister à la putré-

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faction. li exi.^tè des points où ]es rapprochements sont sî grands , comme dans les éponges, les oscillatoires, les conferves, qu’on ne peut affirmer si tel ou tel être appartient au règne animal ou au règne végétal. Les naturalistes, guidés par ces considérations , ont d’abord divisé tous les êtres de la nature seule* ment en deux grandes classes, les eCres inorganisés Qt\e.s êtres organisés. Nous allons étudier les caractères essentiels qui les différencient.

Les corps organisés et les corps inorganisés diffèrent entre eux : i» par la composition chimique ou moléculaire; ofi par la structure anatomique ou texlulaire ; 3® par la forme; 4® par l’origine ou formation ; 5® par le mode d’accroissement; 6® par le mode de destruction.

1® De la composition chimique ou moléculaire.

Les corps bruts sont essentiellement homogènes et les corps organisés hétérogènes; c’est-à-dire que toutes les parties intégrantes des premiers prises séparément offrent des propriétés de l’ensemble, tandis que les parties des seconds sont très différentes les unes des autres , d’où résulte, comme Brougniart l’a observé, que chaque molécule intégrante d’un corps brut forme un tout , et qu’au contraire, dans le règne organisé, le tout n’est formé que par la réunion des parties hétérogènes. On trouve dans les corps organisés un certain nombre de substances qui se rencontrent également dans le règne inorganique : l’eau est dans ce cas; mais les produits qui forment la base essentielle de toutes les parties solides des curps vivants appartiennent en propre au règne organique, et présentent des propriétés fort remarquables. Le nombre de ces substances est très considérable , et elles diffèrent beaucoup entre elles; mais cependant elles sont formées pour la plupart des mêmes éléments réunis en proportions différentes. En général ce sont des composés de carbone , d’hydrogène et d’oxigène, ou bien de substances résultant (le l’uniüu de ces trois éléments avec un#quatrième , Tazole.

"1^ De la structure anatomique ou textulaire.

Le corps brut est une masse essentiellement homogène , un simple assemblage de parties similaires qui , prises séparément ,

offrent la propriété de l’ensemble. Les corps vivants sont corn-* posés de parties solides pour en assurer la forme, et de parties liquides pour y entretenir le mouvement. Leur tissu est composé de réseaux et de mailles ou de fibres et de lames solides qui renferment des liquides dans leur intervalle; c’est dans les liquides que le mouvement est le plus continuel et le plus étendu; les substances étrangères pénètrent le tissu intime des corps en s’incorporant à eux. Ce sont eux qui nourrissent les solides en y interposant leurs molécules; ce sont eux aussi qui détachent des solides les molécules superilues ; c’est sous la forme liquide ou gazeuse que les matières qui doivent s’exhaler traversent les pores du corps vivant ; mais ce sont à leur tour les solides qui contiennent les liquides et qui leur impriment une paitie de leur mouvement par leurs contractions. Cette action mutuelle des solides et des liquides , ce passage des molécules dts uns aux autres, nécessitait de grands rapports dans leur composition chimique; et effectivement, les solides des corps organisés sont en grande partie composés d'éléments susceptibles de devenir facilement liquides ou gazeux. Le mouvement des liquides, exigeant aussi une action continuellement répétée de la part des solides, et leur en faisant éprouver une , demandait que les solides eussent à la fois de la flexibilité et de la dilatabilité ; et c’est en effet encore là un caractère presque général des solides organisés.

Cette structure commune à tous les corps vivants, ce tissu aréolaire dont les fibres ou les lames sont plus ou moins abondantes , est ce qu’on appelle l’organisation.

3® De la forme considérée d'une manière générale et des limites dont elle est susceptible.

Les corps inorganiques ont une forme nécessairement variable en raison de l’indépendance et des particules, que l’on peut considérer comme on le voudra en nombre plus ou moins considérable. Chîhqiie corps organisé au contraire, outre les qualités communes de son^lissii, a une forme propre, non seulement en général et à l’extérieur, mais jusque dans le détail et la structure de chacune de ses parties, et c’est de cette forme, que détermine la direction particulière de chacun de ses mouvements partiels qui s’exercent en lui, que* dépend la complication du

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mouvement général de sa vie, qui coû'îiî.Miî on espèce et fait de lui ce qu’il est.

40 De Vorigine , de la formation ou naissance.

L’origine des corps organisés diffère complètement de celle des corps bruts. Ces derniers ont existé depuis la création du monde , ou bien se sont formés par la combinaison d’autres corps qui ne leur ressemblent en rien. Les corps vivants au contraire proviennent toujours d"un être semblable à eux , d’un ])arent à qui ils tiennent et dont ils se détachent lorsque leur développement est assez avan'cé pour qu’ils puissent vivre par eux-mêmes.

5^^ Mode d* accroissement par suite de nutrition.

Les corps bruts se forment par la simple juxta position extérieure de molécules semblables à eux. Dans les corps organisés au contraire chaque molécule devra être portée au point auquel elle doit s’assimiler; et comme ce transport s’opère par des organes placés à l’intérieur du corps , cette opération a reçu le nom d’intussiisception. La juxta-posilion , dans les corps bruts peut s’opérer et s’opère réellement par un effet simple et nécessaire de l’atU^actiou moléculaire, qui est la propriété la plus générale de la matière. Cette attraction ne suffit point à beaucoup près pour concevoir comment dans les corps organiques chaque molécule parcourt un espace souvent très considérable, et des chemins très compliqués, avant de se déposer sur tel ou tel organe. La force particulière qui opère ce phénomène et plusieurs autres a reçu le nom de force vitale.

Du mode de destruction et de décomposition par suite de la mort,

TiC corps organique ne peut s'accroître que jusqn’à un certain terme apres lequel il marche vers sa destruction; il finit ou par mourir de vieillesse ou d’accident, tandis qu'il n’y a point de limil»'s à raccroissemont du corps inorganique, et une fois formé, d <bire éternellement si nulir action extérieure ne tend à le détruire. Quand la vie a cessé dans les corps organisés, iis reii-

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trent peu à peu dans le domaine des corps inorganisés. La série de décompositions et de produits qui forment ce passage se nomme fermentation putride.

Di/Jérence des 'végétaux et des animaux.

Les êtres vivants sont divisés en êîres animés , c’esl-à-dirc sensibles et mobiles ( les animaux ) , et en êtres inanimés qui ne jouissent ni de l'une ni de l’autre de ces facultés , et qui sont réduits à la faculté de végéter ( /ej ). Quelques végétaux retirent leurs feuilles lorsqu’on les louche , se dirigent vers la lumière et exécutent plusieurs mouvements; mais on ne peut découvrir dans ces mouvements les preuves de perception et de volonté.

La spontanéité dans les mouvements des animaux a exigé des modifications essentielles même dans leurs organes simplement végétatifs. Leurs racines ne pénétrant point la terre, ils devaient pouvoir placer en eux-mêmes des provisions d’aliments, et en porter le réservoir avec eux. De là dérive le premier caractère des animaux, ou leur cavité intestinale, d’où le fluide nourri* ricier pénètre leurs autres parties par des pores ou par des vaisseaux, qui sont des espèces de racines intérieures.

L’organisation de cette cavité et de ses dépendances a dû varier selon la nature des aliments , et les opérations qu’ils ont à subir avant de fournir des sucs propres à être absorbés; tandis que l’atmosphère et la terre n’apportent aux végétaux que des sucs déjà prêts et qui peuvent être absorbés immédiatement.

Le corps animal , qui avait à remplir des fonctions plus nombreuses et plus variées que la plante , pouvant en conséquence avoir une organisation beaucoup plus compliquée, ses parties ne pouvant d’ailleurs conserver entre elles une situation fixe , il n’y avait pas moyen que le mouvement de leurs fluides fût produit par des causes extérieures , et il devait être indépendant de la chaleur et de l’atmosphère ; telle est la cause du deuxième caractère des a*nimaux, ou de leur système circulatoire , qui est moins essentiel que le digestif, parce qu’il n’élail pas nécessaire dans les animaux les plus simples.

Les fonctions animales exigeaient des systèmes organiques dont les végétaux n’avaient pas besoin : celui des muscles pour le mouvement volontaire , et celui des nerfs pour la sensibilité ; et ces deux systèmes n’agissant, comme tous les autres, que par

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des olouvements et des transformations de liquides ou de ûuideK^ il fallait que ceux-ci fussent plus nombreux dans les animaux, et que la composition chimique du corps animal fui plus compliquée que celle de la plante ; aussi y entre-t-il une substance de plus ( Tazote }, comme élément essentiel tandis qu'elle ne se joint qu’acciden tellement dans les végétaux «aux trois autres éléments généraux de l’organisation, l’oxigène, l’hydrogène et le carbone. C’est là le troisième caractère des animaux.

Les rapports des végétaux et des animaux avec l’atmosphère ^ sont inverses : les premiers décomposent l’eau et l’acide carbonique pour s’assimiler le carbone et l’hydrogène; sous l’influence de la lumière ils dégagent de l’oxigène ; les seconds au contraire absorbent de l’oxigèue et dégagent de l’eau et de l’acide carbonique par la respiration qui est la fonction essentielle à la constitution du corps animal; c’est elle en quelque sorte qui l’auimalise, et les animaux exercent d’autant plus complètement leurs fonctions animales, qu’ils jouissent d’une respiration plus complète. C’est dans ces différences de rapports que consiste le quatrième caractère des animaux.

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