‹ Manuel complet du baccalauréat ès-sciences physiques et mathématiquesChapitre 186 sur 234 · DE LA GERMINATION · texte numérisé non relu

DE LA GERMINATION

On nomme germination la série de phénomènes par lesquels une graine fécondée se développe et produit une nouvelle plante.

La germination ne peut avoir lieu que moyennant le concours de plusieurs circonstances qui dépendent de la graine elle-même, ou d’influences extérieures ; ainsi il est essentiel que la graine soit mûre, qu’elle renferme un embryon complet, et qu'elle ne soit pas trop vieille; d’un autre côté elle doit être soumise à l’action de certains agents extérieurs , tels que \eau , la chaleur et Xair. L’eau est indispensable à la germination ; c’est elle qui , en pénétrant la substance de la graine , ramollit ses enveloppes , fait gonfler l’embryon, et détermine dans l’endosperme ou dans les cotylédons des changements chimiques qui rendent leur parenchyme plus propre à la nutrition du jeune végétal. La chaleur est également nécessaire; on sait, en effet, qu’au- dessous d’une certaine température , la graine reste inactive; au contraire , une chaleur trop élevée , en desséchant le milieu dans lequel on met la graine, s’oppose à la germination. La chaleur qui paraît la plus convenable est celle qui varie entre 20 et 3oo, surtout si elle est jointe à une certaine humidité. Néanmoins entre 5 et 20®, et 3 O jet 5oo, certains embryons peuvent encore se développer. Quant à l’air, sa présence est aussi indispensable à la germination des graines, ou du moins à leur développement, qu’elle l’est à la respiration des animaux. La lumière, au contraire, empêche ou au moins ralentit beaucoup la germination. Il paraît que le chlore, d’après les expériences de M. de Humboldt , accélère la germination des graines, de même que certaines substances qui peuvent facilement céder leur oxigène, telles que beaucoup d’oxides métalliques, l’acide nitrique étendu d’eau, etc.

Le fluide électrique exerce aussi une influence très marquée sur la germination. MM. Davy et Becquerel ont vu que les grnines électrisées positivement germaient toujours plus tôt que les graines placées dans les circonstances ordinaires ; qu’au contraire, celles qui étaient électrisées négativement ne se développaient pas.

Le premier phénomène apparent qui se manifeste dans la germination est le gonflement de la graine et le ramollissement des enveloppes. Celles-ci se rompent au bout d’un temps variable

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pour les différents végétaux, tantôt irrégulièrement, tantôt régulièrement. Dès ce moment, on voit paraître l’embryon, qui prend alors le nom de pîantule, se développer; on lui distingue deux extrémités , Tune qui appartient à la gemmule est le eau-dex ascendant', l'autre appartenant à la radicule est le caudex descendant. Ordinairement c’est ce dernier qui se développe le premier, et en s’allongeant il constitue la racine. En s’accroissant le caudex ascendant soulève les cotylédons quand ils sont épigés; ceux-ci exposés à l’influence de la lumière deviennent des feuilles dites séminales. Au contraire, s’ils sont hypogés, ils restent sous terre, se flétrissent, et la gemmule seule se porte à l’extérieur, où une fois parvenues, les folioles qui la composent se déroulent et s’étalent. Tel est le mode de développement de tous les embryons dicotylédonés; mais^ l’embryon monocotylédoné diffère un peu dans son mode de germination qui est généralement plus simple. Ici la radicule sort encore la première; mais elle est obligée de rompre une membrane que nous avons vu ê're la coléorhize'^ elle donne alors naissance à une multitude de radicules dont le développement particulier entraîne la destruction de la radicule principale ; voilà pourquoi les monocotylédones n’offrent jamais de racine pivotante. D’un autre côté le cotylédon qui forme une colcoptile à la gemmule s’accroît toujours un peu avant de laisser apparaître cette dernière; lorsque la gemmule a perforé le cotylédon, celui-ci se change en une sorte de gaine qui embrasse la gemmule à sa base. Enfin , le cotylédon reste souvent engagé dans les enveloppes séminales sans prendre d’accroissement.

Nous venons de voir que la racine, en vertu d’une tendance naturelle et invincible, s’enfoncait toujours dans la terre. Quelle est la cause qui préside à cette direction ? On a donné diverses explications de ce phénomène : les uns ont dit que la racine tendait à descendre parce que, les fluides étant moins élaborés, sont par conséquent plus lourds que ceux de la tige. Cependant dans certains végétaux exotiques, tels que le clusia rosea^ etc., on voit des racines se développer sur la tige, et descendre d’une hauteur très considérable pour s’enfoncer dans la terre. Or, dans ce cas, les fluides contenus dans ces racines aériennes sont de la même nature que ceux qui circulent dans la tige, et pourtant elles se dirigent encore vers la terre ; il est donc évident que cette explication ne peut être soutenue. D’autres ont pensé que cette cause était due à l’avidité des racines pour l’humidité, et

HISTOIRE NATITRELLE.

dès lors Duhamel , voulant s’assurer de la réalité de cette expH-^ cation , fît germer des graines entre deux, éponges humides suspendues en i’air ; mais au lieu de se porter vers Tune ou l’autre des deux éponges , les racines glissèrent entre elles , et vinrent pendre au-dessous en tendant ainsi vers la terre ; cette hypothèse n’est donc point admissible. On avait pensé que la terre par sa nature et par sa masse pouvait attirer les racines ; mais l’expérience contredit encore cette explication. M. Dutrochet remplit de terre une caisse dont le fond était percé de plusieurs trous; il plaça dans ces trous des graines de haricots germantes, et suspendit la caisse en plein air à une hauteur de six mètres. Dans cette position, la terre humide se trouvait placée au-dessus des graines qui recevaient de bas eu haut l’influence de l’atmosphère et de la lumière; et cependant encore les radicules descendirent dans l’atmosphère, tandis que les plumules se dirigèrent en haut dans la terre. Il faut donc admettre que les racines se dirigent vers le centre de la terre , par un mouvement spontané, une force intérieure , une sorte de soumission aux lois générales de la gravitation, et sans doute aussi en raison de la tendance qu’elles ont à fuir la lumière. En effet, nous voyons certains végétaux parasites, tels que le etc., non plus se diriger

vers la terre, mais pénétrer leur radicule perpendiculairement à la surface d’implantation : en sorte que, placée à la partie inférieure d’un rameau , la graine du gui dirige sa radicule vers le ciel afin de s’implanter dans ce rameau ; l’embryon du gui se comporte donc par rapport à la branche comme les autres graines par rapport à la terre.

Un autre phénomène bien remarquable est la direction des tiges. En effet, pendant que nous voyons la racine suivre toutes les directions où elle peut se plonger dans l’obscurité, la tige au contraire suit toujours celle qui peut lui faire recevoir une plus grande masse de lumière. On peut très bien observer ce phénomène dans les plantes élevées dans des souterrains : s’il existe une ouverture par laquelle pénètre la lumière, toutes se penchent , s’allongent vers elle , et surmontent tous les obstacles qui s’opposent à cette tendance invincible. Il en résulte que l’action de la lumière explique assez bien la tendance des tiges à s’élever dans l’atmosphère.

M. Xnight a voulu s’assurer si cette tendance des racines vers la terre et des tiges vers le ciel ne serait pas détruite par un mouvement rapide et circulaire. Sans rapporter au long les

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détails de ses expériences , nous dirons, d’une manière générale, qu’ayant soumis des graines en germination, ou des graines eu végétation , mouvements de rotation, les plumules , les

ti^s, la face supérieure des feuilles, les fleurs qui se tournaient vers la lumière , se dirigèrent constamment vers le centre de cette rotation; tandis que la radicule, les racines, la face inférieure des feuilles se tournèrent d’une manière aussi invincible vers la circonférence. Remarquons que, lorsque le mouvenaent de rotation se faisait horizontalement en agissant sur des graines germantes, les radicules se portèrent encore vers la circonférence , et les gemmules vers le centre , mais avec une inclinaison de loo des premières vers la terre, et des secondes vers le

ciel. , J

Les maladies des plantes sont les dérangements dans 1 économie végétale qui n’altèrent pas sensiblement la forme des organes , mais plutôt leurs autres qualités , et par suite leurs liquides et leurs solides.

• M. Turpin a distingué les organes des végétaux en deux grandes classes, qu’il nomme axiles et appendiculaires. Les organes axiles , ou qui forment l’axe de la plante , sont en général permanents, ou ne meurent que de trois manières qui paraissent toutes accidentelles :

lO Certaines parties de la tige attaquées par la pourriture ou par toute autre maladie, peuvent être altérées au point de mourir; tantôt la carie et la gangrène se propagent, et il en résulte la mort l)ta!e du végétal; tantôt la partie malade se cerne d’elleméme , et la partie vivante la rejette comme la nécrose ; 20 certaines parties articulées de la tige peuvent se séparer les unes des autres , comme on le voit dans la champeUire de la vigne c’est une véritable maladie déterminée par le froid; les tiges annuelles des plantes annuelles ou vivaces meurent après la maturité des graines , par suite de l’épuisement que ce phénomène y détermine. Eu mutilant plusieurs végétaux annuels, je suis parvenu a rendre leurs tiges persistantes.

Quant aux organes appendiculaires, tels que feuilles , bracl'ées , iuvolucres , spathes , sépales , pétales , étamines , carpelles, ils sont, parleur nature, toujours temporaires, toujours destinés à mourir après que leur rôle est achevé , et le plus souvent à se séparer d’eux-mémes à celte époque de la tige qui leur a douaè naissance.

Histoire natürellè.

De la durée des 'végétaux.

Un végétal peut être considéré sous deux points de vue ; ou bien il est formé par l’agrégation d’une multitude d’individu» bourgeons qui se greffent sans cesse les uns sur les autres; ou bien il est lui-même un tout unique qui grandit par l’addition successive et indéfinie de fibres , de couches ou de cellules nouvelles : dans ces deux manières de voir, on doit admettre que la vie de ces individus prise en masse, est indéfinie, et n’a d’autre terme que les accidents et les maladies.

DE l’irritabilité VÉGÉTALE.

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