‹ Manuel complet théorique et pratique du jardinierChapitre 13 sur 111 · DES MOYENS DE PROPAGER LES VEGETAUX · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE PROPAGER LES VEGETAUX

ÏJES voies à suivre pour reproduire les végétaux sont naturelles ou artificielles : parmi les premières , le moyen des semences est général et le plus important , les procédés artificiels ont aussi été enseignés à l'homme par la nature ; mais , tandis que chez elle ce ne sont que des produits incertains, résultat du hasard , l'industrie humaine a su les soumettre à des règles fixes et en tirer un immense parti. Ayant traité cette matière avec détail dans la première partie , nous ne ferons que retracer ici ce qu'il y a de plus important et de plus fugitif.

Les voies de multiplication employées par la nature dans quelques circonstances se font par le moyen d'excroissances que fournissent certaines parties des plantes. Les unes partent de l'extrémité des racines qui , courant à la surface du sol , y donnent lieu au développement de bourgeons susceptibles de produire un nouvel individu par la section de la racine; les autres sont de véritables tiges accessoires, dont le point de départ est au collet de la racine , ce qui leur fait produire en même temps des racines et des tiges ; en les séparant , on a de nouveaux individus. Ces excroissances, nommées rejetons, drageons, œilletons, stolons, sont d'un emploi très-fréquent pour multiplier un grand nombre de fleurs et d'arbustes. Les càieux sont des excroissances qui naissent à l'entour des racines bulbeuses ou ognons ; ils sont tout-à-fait semblables à la racine qu'ils entourent , et servent à la re-

firoduire; -enfin, les soboles sont des caïeux fournis seucment par quelques plantes , et qui , au lieu de naître autour des ognons , se développent aux extrémités des tiges.

On multiplie artificiellement les végétaux par le moyen des boutures , des marcottes et des greffes , qui ne sont autre chose que la division d'un individu en plusieurs •

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maïs ce vice devient une Qualité , puisqu'il étend et propage les variété'* que la culture ou le hasard ont produites, tandis que ie semis les laisserait perdre.

Quels que soient les procédés de buttage, courbures, ligatures, incisions, employés pour marcotter, leur théorie se borne à arrêter la sève dans certaines parties, afin d'y déterminer la production de nodosités qui , placées ensuite dans des circonstances favorables, donneront naissance à des racines. Ces circonstances où Ton doit placer les rameaux ainsi préparés, et qui facilitent le développement des racines, sont une terre légère et substantielle, entretenue constamment dans l'humidité, et souvent de plus dans une douce chaleur. Les marcottes simples , pour les végétaux à tiges flexibles , consistent à courber et mettre en terre une de leurs parties; pour ceux dunt les rameaux ne se prélent pas à celte opération , on a recours aux vases à marcotter : des ligatures , des incisions ajoutées à ces opérations, constituent les marcottages compliqués.

Les boutures ne diffèrent des marcottes qu'en ce qu'elles sont séparées immédiatement de la plante-mère , tandis que les marcottes ne le sont que lorsqu'elles sont pourvues des organes nécessaires à leur existence. Les boutures doivent au contraire les produire au moyen de la sève qu'elles contiennent ; leur réussite est donc moins sûre , mais aussi leur opération bien plus facile. On peut faire des boutures avec toutes les parties permanentes des végétaux, c'est-à-dire avec toutes celles qui ne tombent pas annuellement : leur opération se borne à-peu-près à couper un rameau ou nne racine , et à les mettre en terre ; mais l'époque où on la pratique , la terre où on place les boutures , sont très-importantes à considérer ; de-Ià souvent dépend leur réussite. La terre doit être riche en humus, humide, entretenue dans une douce chaleur, à l'abri des rayons du soleil. L'époque en général préférable est le premier développement du printemps ; alors la sève est dans une grande agitation, et la formation des bourgeons a plus de chance de succès. Le moment de la sève d'août est bon aussi dans quelques circonstances. 11 est des boutures qui sont plusieurs années à rc-

a6 MULTIPLICATION prendre ; maïs maintenant cet art a fait tant de progrès , qu'avec des soins et de la patience , aucune plante ne résiste à ces moyens artificiels de multiplication.

La greffe, a pour but principal , dans les jardins d'agrément , de perpétuer des variétés , et surtout de multiplier une plante rare et précieuse , ne fournissant pas de graines , en transportant une de ses parties sur une autre plante commune, aux dépens de laquelle elle se développe , et sur laquelle elle croît , comme l'eût fait la plante remplacée elle-même. Mais, pour que cette transmutation de sève soit possible, il faut qu'il y ait de l'analogie entre les espèces, c'est-à-dire qu'elles appartiennent au même genre, et tout au moins à la famille naturelle. Il faut de plus qu'il y ait coïncidence entre la nature des sucs propres de ces végétaux , ainsi qu'entre l'époque de leur feuillaison et de leur floraison (i). La greffe est une opération difficile , souvent compliquée , qui exige une grande adresse, une grande habitude et beaucoup de. soin; mais les savans ont tellement multiplié les procédés , selon le but qu'ils désiraient atteindre ou la résistance que leur opposaient les plantes , qu'il en est bien peu maintenant qui ne leur soient pas soumises sous ce rapport.

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soit est

pratiquée, il est un principe constant qu'il ne faut jamais perdre de vue , c'est de faire coïncider exactement le liber ou parenchyme de la greffe avec ce lui cl u sujet (2) : sans cette coïncidence, point d'union , point de mélange des sèves , la greffe avorte et périt ; c'est donc à ce rapprochement intime de* parties inférieures de l'e'corce

(1) Ceci n'est pas toujours nécessaire, car on voit beaucoup d'espèces à feuilles caduques , très-bien reprendre sur d'autres à feuilles persis-. tantes, et yiee versd. Par exemple : les rosiers sempervirens réussissent très-bien sur deux ou trois espèces d'églantiers a feoilles caduques , et l'on greffe avec succès les oliviers sur les troènes.

<a) J'ai l'expérience que ce principe ne s'étend pas rigoureusement au* greffes herbacées.

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qu'on doit s'attacher, quelle que soit A ailleurs son épaisseur. La plupart des greffes exigent de plus, pour aider ]eur reprise , des ligatures et des emplâtres qui fixent leur union et entretiennent en ce point une douce humidité'. Les ligatures se font avec de la laine ou des lanières d'écorce; les emplâtres sont formes de terre franche ou argileuse mêlée de bouse de vache, et qu'on recouvre do mousse pour conserver l'humidité' : on en fait aussi en poix de Bourgogne.

D'après les opérations pratiquées , on distingue quatre sortes principales de greffes; ce sont :

i° Les greffes par approche , qui consistent en ce que les parties qu'on veut greffer Tune sur l'autre ne sont se'pare'es de leurs pieds naturels que lorsque l'union est complète et que le nouveau pied peut nourrir la tige ou la branche qu'on lui a accole'e ; c'est une marcotte placée sur une plante au lieu d'être mise en terre. Ces greffes sont d'une application fre'quente dans les j irdins passagers , parce qu'elles procurent les moyens de former des effets pittoresques par l'union des feuillages varie's et les contours singuliers qu'elles font prendre aux rameaux. Un grand nombre d'incisions f d'entailles, sont pratiquées, selon les circonstances , pour ces greffes comme pour les autres ; mais nous n'entrerons dans aucun détail à cet égard , et nous renverrons à la première partie.

2° Les greffes par entaille de bois ou en fente , en couronne , par ramilles, de côté, qui consistent principalement à enlever de la piaute qu'on veut, multiplier des parties entières, telles que rameaux, ramilles, bourgeons, racines munies de leur bois et de leur écorce , et de les transporter sur une plante pour y vivre et s'y développer a ses dépens.

3Q Les greffes par entaille d'écorce , ou en écusson , en flûte, en anneau, par plaque, par gemma, qui diffèrent de la seconde sorte, en ce que la partie destinée a être greffée ne contient que l'écorce , et que , pour la placer, on n'entaille que l'écorce du sujet. Ces deux dernières greffes, et surtout celle en écusson , sont les plus pratiquées, parce qu'elles sont les plus simples et les plus faciles.

4° Les greffes herbacées , qui se font par des parties

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non encore formées : elles sont dues aux recherches de M. le baron de Tschudy ; roaîs, malgré les nombreuses applications dont elles sont susceptibles , elles sont encore presque inconnues ; leur opération est assez difficile, mais la possibilité de les appliquer à tous les végétaux ligneux ou herbacés les recommande à tous égards aux savans et aux cultivateurs.

Les boutures, les marcottes, les greffes, sont fort utiles aux amateurs de jardins et aux pépiniéristes, puisqu'elles multiplient des végétaux qui ne donnent pas de bonnes graines dans nos climats, et perpétuent des variétés précieuses que le hasard ou la culture ont produites dans nos jardins ; mais , en revanche , les plantes qui en proviennent ont une moins belle venue , une moins longue durée que celles provenues de graines, en un mot, paraissent dégénérées.^ Ces opérations n'ea sont pas moins , dans un jardin riche et bien conduit f . des pratiques de tous les instans, réservées au chef du jardin, qui peut cependant s'y faire aider de ses garçons. Pour les instruire , il doit y consacrer toutes les journées favorables.

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