CHAPITRE III
DES TRAVAUX DE DISPOSITION , d'ENTRETIEH ET DE CULTURE DES JARDINS D* AGRÉMENT.
SECTION PREMIÈRE
disposition du sol.
Le premier travail à exécuter dans un jardin est de disposer le terrain conformément au plan qui en a été tracé. D'après les principes que nous développerons plus loin , ces mouvemens de terre doivent être peu de chose; car nous imposons au cultivateur l'obligation de se conformer aux inflexions naturelles du sol. Ces travaux se
DE DISPOSITION DU SOL. ^ borneront donc à relever les cmplacemcns des corbeilles et plates-bandes, et à leur donner la forme d'un dos d'âne, dans les jardins de peu d'étendue, et à faire la même opé-% ration pour quelques massifs seulement dans les autres1
("ardins. Mais , toutefois f il est des circonstances et des ocaîitcs qui exigent , soit de creuser des vallées , soit d'exhausser certains cmplaremens, soit d'élever des monticules , soit de masquer des murs, et alors des remuera ens de terre sont nécessaires. D'ailleurs, rien ne prèle davantage à la perfection d'un plan que des inflexions
créer devant soi , et, par ses ordres, des abaissemens , des élévations. Ces mouvemens du sol varient pour chaque dessin et pour chaque localité ; ainsi nous ne pouvons faire sur ce sujet aucune observation générale, si ce n'est
Sue les inflexions ne doivent pas être subites, mais s'unir 'une manière presque insensible, ou du moins gracieuse, avec tout le terrain environnant. Cependant , si des rochers y éraîen#»mêlés , si un cours d'eau rapide les sillonnai* , ils donneraient aux lieux un caractère d'apreté
3ui permettrait des accidens plus forcés. On ne doit pas, ans les jardins d'une étendue bornée, chercher à imiter un monticule qui semble un tas d'ordures couvert de ' quelques plantes, et qui >
Veut être pittoresque, et n'est que ridicule,
comme le dît le chantre des jardins. ^ Disons de plus qu'un mouvement de terrain exécuté bien fréquemment et dont le résultat agréable est certain dans un petit emplacement , consiste à creuser la partie centrale du jardin en vallée , en face du bâtiment , et à relever les côtés d'une manière élégante, avec quelques ondulations, quelques sous-vallées qu'on indique plus fortement par des massifs. &
C'est par les mêmes travaux de déblais et remblais que l'on nivelait autrefois le sol pour le disposer en parterre, dont la première condition était un terrain bien plat et bien uni. Nous pensons qu'on n'aura guère d'oc— tfeioaa d'exécuter ce dernier travail. .
ii, J »
3o TRAVAUX
Dans tous les cas , les mouvemens de terre , pour être Lien exécutés , doivent être tracés par des jalons de bois 9 dont la longueur hors de terre indique ce qui est à retirer ou à ajouter à chaque endroit : les brouettes, les tombereaux sont les moyens de transport; les bêches , pelles, Loyaux , servent à couper et enlever les terres. Rien de plus dispendieux que ces travaux ; à peine dans un petit espace s'aperçoit-on de l'enlèvement d'un millier de brouettée*. Combien de propriétaires ont été engages dans des dépenses imprévues qu'ils croyaient presque nulles , parce qu'il n'y avait que quelques pouces de terre à remuer !
1 -a plupart des jardins peu spacieux , et surtout les jardins fleuristes, étant destinés à la culture d'un grand nombre de plantes délicates et difficiles sur la nature du sol , il faut presque toujours lui faire subir quelques préparations , tandis que , dans les jardins paysagers , on ne doit placer que des végétaux susceptibles d'y croître à-peu-près sans culture. Mais, dans un jardin quelconque , il est nécessaire de commencer par défoncer le sol profondément , et par le remuer complètement : dans celte opération, on extirpe avec soin les pierres, les racines , les mauvaises herbes à racines vivaecs. Le sol , ainsi préparé avant l'hiver , n'en serait que jdus disposé à se laisser pénétrer par les racines : on doit donc préférer cette époque. Quoi qu'il en soit, toutes les mottes de terre doivent être écrasées, et, à moins que l'étendue du terrain ne n'y oppose , il doit être en entier peigné au râteau à grosses dents de fer, pour enlever les pierres qui auraient d'abord échappé.
Dans cet état , si le sol est propre à la culture projetée , on dessine les allées, les gazons, les bosquets , les massifs et plates-bandes, conformément au plan, ce qu'on fait , soit au traçoir , soit mieux avec des piquets ou jalons qu'on place de distance en distance , de façon à indiquer aux ouv riers toutes les courbes à exécuter. On s'occupe ensuite des plantations, et le jardin est alors construit. Deux ou trois années au plus donneront aux
Farties qui ne contiennent que des plantes herbacées tout agrément dont elles sont susceptibles , et quelques autres suffiront pour la pleine jouissance des bosquets et des
DE DISPOSITION DU SOI. 3l massifs. Après les plantations, les alle'es doivent être battues et recouvertes de sable.
Mais, dans les petits jardins, lorsque le sol n'est pas propre à la culture nuon a le projet d'y établir en tout ou en partie, et c'est le cas le plus ordinaire, on doil l'amender , c'est-à-dire lui donner les qualités nécessaires aux plantes qu'on veut lui confier , et quelquefois méoie le former de toutes pièces.
Nous avons vu que le sol , pour reunir le plus des ualités nécessaires pour la euhure des plantes de jarms , doit être très-doux, très-perméable aux racines, très-riche en sues nutritifs; aucune nature de terrain ne doit y dominer ; mais aucune n'est meilleure qu'une terre franche peu compacte, mêlée en proportion considérable avec du terreau de feuilles ou autre de cette nature. En général, malgré que les jardins demandent beaucoup d'humus, il faut éviter d'y répandre trop de fumier , tant à cause de son odeur que de son aspect désagréable ; on doit, par la même raison , ne remployer que très-consomméet l'enterrer entièrement. Le meilleur engrais est toujours le terreau, qu'on doit chaque année restituer en petite quantité; aussi est-il indispensable de réserver un endroit où il se fabrique avec (ous Us débris végétaux et animaux du jardin : c'est-là où Ion jette les feuilles, les tonlurcs , les élagages , les
1 liantes arrachées, les ratissages des allées, les baayures, etc , etc.
Si le terrain a quelque étendue , on prépare seulement les plates- bandes , corbeilles et massifs : souvent aussi ceux de ces eraplacemens auxquels on destine des végétaux plus délicats encore que les autres , reçoivent une préparation spéciale et une terre fabriquée exprès, c'est ee qui se fait surtout pour les corbeilles de plantes bulbeuses, de plantes à griffes, pour les arbustes de la famille des bruyères et de celle des rosages et quelques autres ; il arrive aussi que , quand ou dissémine ces plantes dans les plates-bandes, on entoure leurs racines île cette terre qui leur csl propre en plus ou moins grande abondance. Nous donnerons la composition do ces terres artificielles aux articles particuliers des plantca qui les exigent»
Pour les plantes délicates t ces pre'parations ne suffisent pas toujours, il faut souvent encore passer la terre où elles -doivent végéter au crible ou au tarais; ces deux ustensiles sont composés d'un cercle en bois ayant quel-
3ues pouces de hauteur, et dont un des fonds est garni 'une toile à tissu fort lâche ou d'une peau percée de trous ( voyez leur fig. pl. III de la première Partie ). Cette préparation , trop peu usitée , donne des résultats très-satisfaisans , et est d une grande utilité pour les semis et les plantes à racines délicates.
Quand tout le sol d'un jardin est remué, on ne doit pas enlever une couche de terre pour abaisser le sol des allées, lesquelles doivent toujours être de quelques pouces plus basses que le terrain environnant; on est au con- . traire quelquefois obligé d'en ajouter, quoique le plu* souvent le sable qu'on y apporte suffit. Afin de les rendre solides et à-peu-près praticables en tout temps , on doit en battre fortement le sol. On emploie à cet effet ud instrument nommé batte : c'est une planche épaisse e» pesante emmanchée d'un bâton fortement infléchi ; cil 1 : ne doit pas embrasser un trop grand espace , afin d'agi i plus , efficacement. Le rouleau de fer peut encore êti employé au même usage , mais il est moins actif ( voy» leur fig. pl. III de la première Partie ). Après cette op; ration , on répand la couche de sable ou de gravier , on recommence ensuite le battage , afin d'incoripo légèrement cette nouvelle couche avec la surface du et empêcher qu'elle ne soit enlevée par de fortes pluies.
SECTION II