‹ Manuel complet théorique et pratique du jardinierChapitre 15 sur 111 · TRAVAUX DE PLANTATION ET D'ENTRETIEN · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE PLANTATION ET D'ENTRETIEN

Le terrain préparé , on doit s'occuper des plantations et d'abord du semis des gazons : le sol doit être purgé exactement de toute pierre et bien uni , la graine épluchée avec grand soin et à la main, s'il est possible t afin d'en extirper toutes les mauvaises herbes; on ne doit conserver que celles des espèces de gramens les plus vivaces , les plus constantes , les moins élevées du pays. On

DE PLANTATION ET D'ENTRETIEN. 33 peut encore, dans les grands terrains 9 y ajouter des trèfles, des luzernes , des marguerites des près , qui répandront de Péclat et de la vane'te' dans les prairies. On peut même rendre les grandes prairies des jardins paysa-

Éers de véritables prairies naturelles , en les semant avec s graines mêlées qu'on trouve dans les greniers à foin , en observant qu'on doit semer abondamment. Souvent même des luzernes, des trèfles , des sainfoins et autres fourrages occupent ces grands espaces, afin d'en tirer un meilleur parti. Mais , dans les petits jardins , ce qu'il y a de mieux est un gazon formant simplement tapis vert , et, pour l'obtenir ainsi , il ne faut semer que quelques espèces de grainens : le ray-grass, ou ivraie vivace ( lulium perenne ) , est l'espèce ta plus recherchée , et celle dont on trouve, dans le commerce, la graine la plus pure. Les prairies anglaises , si vantées , en sont com-

J osées presque exclusivement. Dans tous les cas , il est ien important de consulter la nature du terrain , afin de ne pas placer dans un terrain sec des plantes qui recherchent l'humidité , ou dans un sol humide celles qui veulent de la sécheresse ; car il vaut mieux alors former son gazon de plantes naturelles du sol que de vouloir y en naturaliser auxquelles il est contraire.

Le semis de gazon se fait à la volée et dans la proportion d'environ on tiers de livre par verge ( 3oo grammes par arc ) ; on le recouvre ensuite au râteau ou à la herse , et on y passe le rouleau : on doit , autant que possible , faire ces semis au printemps et par un temps couvert et pluvieux. Il est bon de semer par-dessus la graine une légère couche de terreau. Les gazons très— soignés doivent être entretenus nets de toute plante étrangère , coupés au moins quatre fois par an, et toujours avant la fructification ; enfin arrosés pendant les chaleurs. On doit , de plus, y passer sauvent le rouleau pour faire tailler les touffes \ mais, dans les jardins potagers, les gazons se conduisent à-peu-près comme les prairies naturelles. Dans tous les cas , on doit entretenir la beauté des gazons et empêcher la croissance de la mousse en répandant chaque année , s'il est possible , une légère couche deterteau ou de fumier très*consommé ; la chaux, k plâtre , les cendres noires ; sont aussi fort propres à

entretenir leur belle végétation; enfin on peut les peigner au râteau de fer.

On forme souvent avec le gazon des bordures, des talus , des bancs , etc. Pour tous ces usages f il vaut beaucoup mieux se servir de plaques de gazon enlevées dans les prairies ou sur les bords des chemins et qu'on dispose ainsi qu'on le désire , que de faire un semis dans ces emplacemens.

Quant aux plantations proprement dites , qui sont la partie importante et difficile des jardins d agrément , elles se font en mettant toutes les plantes herbacées ou ligneuses qui doivent orner le jardin à la place qui leur convient , soit en les y semant , soit plutôt en les transportant des lieux de réserve. La plantation se fait alors au moyen des bêches, des plantoirs , et à la main. Nous ne décrirons pas ces procédés trop simples et trop.connus , on verra plus loin la disposition à donner aux végétaux , les principes qui doivent guider dans leur distribution ; enfin la place qu'on doit assigner à chacun en raison de sa taille , de son port , de son aspect , de son feuillage, de sa floraison, etc. Nous ferons remarquer seulement qu'on doit laisser autour de chaque pied des plantes herbacées un petit bassin qui puisse retenir les eaux des pluies et des arrosemens. Observons encore qu'en créant un jardin, il convient de planter avec excès , afin de jouir plus tôt de l'effet des massifs et des groupes : plusieurs individus en souffriront, mais l'effet • total y gagnera. Pour les massifs de taillis, neuf touffes par toise carrée sont deja une proportion assez conside- ^ rable.

Le jardin ainsi planté, on n'a plus qu'à l'entretenir ; les travaux généraux d'entretien se réduisent à enlever les végétaux qui meurent ou n'ont pas une belle venue , et à les remplacer par d'autres qu'on doit toujours avoir en réserve dans quelque coin. Dans les jardins soignés et de peu d'étendue , on doit de plus couper les feuilles , tiges et fleurs mortes ou passées , et enfin arroser : cette dernière opération, bienfaisante en toute culture , est absolument indispensable dans les jardins fleuristes , où ce travail est des plus importans comme un des plus fatl- Çans ; les arrosemens se font tantôt avec des arrosoirs à

DE PLANTATION ET D'ENTRETIEN. 35 la main, tantôt avec des pompes et des tuyaux, ainsi que nous l'avons explique dans la première Partie.

Deux labours d'entretien chaque année , l'un d'automne, l'autre de printemps, suffisent ordinairement dans les jardins ; mais les ratissages , sarclages, et binages doivent être répétés aussi souvent qu'il est nécessaire pour entretenir la terre nette de mauvaises herbes, lui donner un air soigné et favoriser la végétation. Cependant, dans les grands jardins paysagers, le sol des massifs est garni de plantes basses ou rampantes f comme des muguets, des violettes, des pervenches, des fragons, et ensuite abandonné naturellement.

Quant aux gazons , les battre cl les tondre fréquemment, en exîirper les plantes étrangères, si Ton exige qu'ils forment tapis vert parfait, et raccorder les lieux où le semis n'a nas réussi par de s plaques prises ailleurs , sont des soins qui se renouvellent assez fréquemment.

La culture des plantes d'oraugerie étant tout-à-fait spéciale , on la trouvera au commencement- de la section qui traite de ces végétaux : nous lavons d'ailleurs indiquée avec détail dans la première Partie.

Les allées n'exigent que des ratissages fréquens, tant à la ralissoire qu'au râteau, et le rétablissement des endroits dégradés par les eaux.

Après le labour d'automne, le terrain doit subir quelques préparations au moyen desquelles les plantes supportent plus facilement la rigueur de l'hiver; d'abord en faisant ce labour, loin de former un bassin autour des plantes comme au labour de printemps , il faut au contraire les buttei ou chausser légèrement, c'est-à-dire accumuler autour de leur collet une butte de terre que Ton tasse un peu; de cette façon, la gelée et l'humidité pénètrent plus difficilement aux racines.

C'est encore en faisant ce labour que l'on opère le plus souvent la séparation des racines des plantes vivaces, ainsi que des drageons, rejetons et marcottes, que l'on retire de terre les plantes délicates qui doivent être rentrées en orangerie, de même que quelques ognons et griffes : c'est ce que nous indiquerons aux articles qui concernent ces plantes.

Mais quelques végétaux exigent de plus grands soins ;

abandonnes à eux-mêmes f la gele'c les ferait périr ; cependant les rentrer en orangerie serait souvent impossible, et nécessiterait toujours un plus grand travail : c'est pourquoi on empaille ceux nui conservent leurs tiges, c'est-à-dire qu on les enveloppe d'un vêtement chaud par le moyen de paille maintenue autour d'eur

riar quelques liens. Ce ne sont guère que les arbustes que 'on traite ainsi , car il est rare de laisser en place les plantes à tiges vivaces qui redoutent les gelées ; mais,

}»our celles qui n'ont que les racines vivaces , on emploie requemment ces précautions pour les défendre des frimas : l'abri qu'on leur donne consiste à couvrir , soit tout le terrain , soit l'emplacement seul de la plante délicate (i) , de paille, de fumier peu décomposé, de feuilles, de débris de plantes à tiges et feuilles nombreuses, comme les fougères, etc. On étale ces matières sur le sol à l'approche des gelées , et on les retire au moment du labour de printemps.

A cette époque, certaines plantes qui végètent de bonne heure craignent les gelées p i n tanières ; pour les garantir, ainsi que pour abriter les jeunes plants , il est bon de répandre de nouveau sur le sol une légère couche de menue

Faille, ou bien de couvrir les plantes, quand le temps indique, de paillassons, de cloches , de réseaux, de cages ( voyez leur fig. pl. III de la première Partie ). C'est ce qui se pratique* surtout pour les plantes rares, pour les fleurs d amateurs et pour les jeunes semis.

Dans beaucoup de jardins , la taille des arbres est encore une opération d'entretien assez longue et assez difficile.

Le but de la taille est de donner aux végétaux une forme et une disposition spéciale déterminée par les localités on par l'usage qu'on en veut faire, ainsi que de rendre leurs fruits plus nombreux et plus beaux. Aussi est-ce dans le jardin fruitier que la taille exerce toute sa puissance ; elle hâte la production des fruits , elle l'étend

<i ) Par ce dernier moyen t on risque souvent la perte de la plante ; il faut au moins étendre la couverture à quelque distance.

m JWfc di V Auteur.

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