CHINOIS
d'art; effets de lumières f contrastes dans les couleurs des arbres , position des points de vue, dispositions des sites artificiels ou naturels , rien n'y est ne'gligé , tout y est construit souvent à grands frais. Mais , comme les Chinois sont nos premiers maîtres dans l'art des jardins naturels « comme d'ailleurs, surtout pour les petits espaces, nous n'approchons pas encore de leur talent en cette matière , comme en outre l'accumulation des points de vue préparés, des kiosques, des ponts, des fabriques diverses, leur donne un caractère particulier en relation avec le goût de ce peuple, qui ne recherche pas la promenade mais seulement des occasions , des sujets d émotion ou d'agréables ide'es , nous avons pense' que leur description ne serait pas inutile , et servirait au contraire d'introduction et de complément à l'étude du jardin na- \ turel.
( Dans tous leurs jardins , les Chinois prennent la nature \ pour modèle , et c'est À imiter les belles scènes qu'elle présente qu'ils s'attachent principalement. Ils connaissent surtout et emploient fréquemment le puissant moyen des
autre d'une manière choquante et invrai s'offrira l'aspect de collines escarpe'es , de rocs sourcilleux accompagnes de quelques vieux troncs d'arbres sur lesquels semble s'appesantir la main du Temps , ou
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de quelques plantes grimpantes qui croissent dans interstices ; des rochers qui menacent de leur chi
Sassant iutrepide; des cavernes dont l'abord est hérissé e ronces et où le jour refuse sa bienfaisante influence ; des ravins , des chutes d'eau qui se précipitent du haut des montagnes ? minent et soulèvent des rochers , de'racineut les arbres , des troncs brise'* par la tempête ou renverses dans les torrens, des édifices en ruine , des colonnades roulées par les eaux; telles *ont les belles horreurs d\*.e nature sauvage que les Chinois recherchent. Il ne règne pas moins d'art dans les de'tails de ces grandes scènes ; soit par les sentiers , soit par les points de vue et les lieux de repos, chaque pas ménage au promeneur de nouveaux aspects, de nouvelles bcaute's; la même scène bien exposée, vue de divers côtés , varie à chaque instant, multiplie prodigieusement l'espace, et quelque-
fois change totalement. Ailleurs le contraste sera ménagé par la vue d'un sol aride et des bords rocailleux d'une rivière affreuse, par le passage dans une foret obscure où vous conduit un sentier incertain qui bientôt semble se perdre ; car , au moment où vous venez d'escalader des rochers, de traverser des torrens sur des ponts chancelans et sauvages, lorsque vous pensiez n'avoir autour de vous qu'un sol dépouillé , au moment où le passage semblait tout-à-fait intercepté f où des ronces , des pierres, semblaient annoncer la nécessité de rétrograder , vous détournez la vue; tout-à-coup, semblable à une décoration de théâtre , la scène change : à une scène horrihlr succède une vue charmante qui émeut d'autant plus \ i renient, d'autant plus agréablement qu'elle était mt ins attendue, et que les impressions antérieures étaient pV> opposées : là c'est une riante prairie émail lée des plu* / belles fleurs , animée de xlivers animaux ; c'est un lac , wi ëtang parsemé d'îles, les unes stériles et rocailleuses , le.* autres remplies de tous les ornemens de l'art et de la na ture , et dont la surface et les bords sont animés par dr*i oiseaux aquatiques, des barques de toutes formes, cit.. fabriques , des moulins.
Leurs artistes dessinateurs de jardins, qui sont Chine de grands personnages , des savans distingués , créent encore dans leurs jardins d'autres scènes absolument inconnues chez nous, auxquelles ils donnent le nom A* enchantées i et dont la destination est de faire naître l'étonnement et la surprise ; c'est une rivière souterraine dont le bruit inconnu produit un effet magique; ce sont des rochers tellement disposés que les vents y produisent des siflcmens extraordinaires, des échos singuliers ; ce sont des animaux , des plantes bizarres.
Mais c'est surtout dans la disposition toujours naturelle des cours d'eau et des allées , dans la richesse et la variété des plantations , des bosquets , des groupes d'arbres, des plantes qui bordent les sentiers ou les eaux, qui les ombragent ou s'y plongent , que le bon goût et la science des Chinois se montrent dans tout leur jour , se développent dans toute leur étendue ; c'est encore dans la perfection de leurs rochers artificiels, de leurs ponts; dans la position , la forme bien appropriée aux alentours ,
CHINOIS. 69 ne leurs fabriques, kiosques, temples; dans la grâce et la légèreté de leurs cascades, la multiplicité' de leurs points <Je vue intérieurs dans le terrain le plus petit et le plus borné , que ce peuple manifeste le prix qu il attache aux beautés de la nature. C'est ce qu'attestent tous les voyageurs qui ont pénétré dans ce pays , et notamment Chambers, célèbre artiste anglais , de l'ouvrage duquel nous avons en partie extrait ce qui précède , et dont nous ne pouvons nous empêcher de rapporter le passage suivant , en regrettant que la longueur du morceau ne nous permette pas de le traduire en entier: « Cacher une partie de la composition par des arbres et autres objets intermédiaires, dit M. Chambers, est un artifice généralement employé. Par là , on excite la curiosité du spectateur ; il veut voir de près, et, en approchant , est agréablement surpris par une scène inattendue ou par quelque aspect tout-à-fait contraire à ce qu'il cherchait. La fin des lacs est toujours cachée , pour laisser à l'imagination de quoi s'exercer; cette règle s'observe autant que possible pour toutes les compositions des jardins chinois. » N'est-ce point là, en effet , le principe fondamental de la construction des jardins paysagers ?
Dans les petits terrains , ils usent encore d'un artifice très-ingénieux pour augmenter l'espace et en reculer les bornes en apparence. C'est en diminuant l'élcvaiion des objets et en rembrunissant leurs teintes à mesure qu'ils sont plus éloignes, qu'ils parviennent à tromper l'œil et à faire paraître étendu ce qui est borné.
Mais c'est dans les grands jardins que le luxe de ces peuples brille dans tout son éclat. C'est là que tout est combiné avec art , associé avec précision , un dans l'ensemble, varié clans les détails et les accessoires. Les jardins qui entourent le palais de l'empereur à Pékin paraissent surtout d'une grande beauté et d'une magnificence surprenante. On peut lire leur description dans la relation de l'ambassade de lord Macartney en Chine à laquelle nous renvoyons , ou dans les Lettres édifiantes.
En fui les Chinois possèdent un secret tout-à-fait inconnu en Europe , au moyen duquel ils se créent des jardins d'appartement en tout semblables aux jardins naturels. Ils sont parvenus , par ce procédé , non pas à
arrêter les végétaux dans leur croissance , maïs bien a les diminuer dans toutes leurs dimensions. Rien de plus extraordinaire et de plus joli que les plus grands arbres des forets réduits ainsi à quelques pouces d'élévation et aussi bien proportionnés dans toutes leurs parties, véritables jardins en miniature comme ceux que nous possédons en relief, mais réels et plantés de véritables végétaux. Il paraît que ces jardins coûtent beaucoup et sont un grand luxe en Chine ; le même lord Macartney en parle . avec admiration et étonncment.
Les Jardins chinois nous semblent être le type des jardins naturels, et en même temps être parvenus au plus haut degré de perfection auquel ils puissent atteindre. Certains auteurs trouvent ridicules toutes ces imitations des grandes scènes de la nature tant belles qu'horribles , et les regardent comme des caprices bizarres réprouve par le bon goût; cela serait vrai si ces imitations éta! t
Eoussées h l'excès, l excès en tout est un défaut, ien si ce jardin entier était rempli par une seul: p" et ne présentait aucun contraste , t ennui naçuii an ide V uniformité ; mais un jardin qui , par des tra". r< s . adroitement ménagées , ou par des contrastes fra£ > «iu> mais vraisemblables, réveille dans votre àme des t io tions profondes, à la tristesse de scènes de déchirem- ! , de dévastation, de stérilité de la nature et de ses habitans , fait succéder les riantes images des plus beaux sites avec tous leurs accessoires gracieux, animés et pittoresques , ne peut certainement être considéré comme le produit d'une imagination bizarre, mais au contraire comme le comble de l'art , qui a pour but de faire ressortir toutes les beautés, toutes les grandeurs de la nature , et d'en faire jouir l'heureux propriétaire d'un territoire borné. Ce n'est donc point par les règles du goût qu'il faut condamner de tels travaux et les proscrire en général de nos jardins, mais à cause des dépenses immenses qu'ils nécessitent et pour leur premier établissement et pour leur entretien, il nous semble donc que la critique a mère faite des jardins chinois par plusieurs auteurs distingués qui ont traité de l'art des jardins modernes, est bien injuste, puisqu'elle se borne à démontrer notre impuissance et à blâmer les dépenses qui ont pur but d'em^