‹ Manuel complet théorique et pratique du jardinierChapitre 33 sur 111 · CHINOIS · texte numérisé non relu

CHINOIS

bcllir la nature et de multiplier ses beautés. Qu'on ne les conseille point, mais du moins qu'on ne les blâme pas : elles sont encore un emploi de la fortune, et meilleur et plus agréable que la formation de ces collections dont souvent les hideux objets* ne se recommandent que par une stérile antiquité'.

SECTION II

DES JARDINS NATURELS OU PAYSAGERS, DITS AN- GLAIS, D'ORNEMENT, DE PLAISANCE, MODERNES, PITTORESQUES.

Nous venons de dire que nous regardions le genre chinois comme le plus haut degré de perfection auquel puissent atteindre les jardius naturels; mais, l'immensité' des travaux et des dépenses qu'ils nécessitent pour rassembler artificiellement d'une manière vraisemblable ê , les plus grandes beautés de la -nature, et à force d'art • cacher la maio de L'homme , méritait de les distinguer de ceux qui , fondés sur les mêmes principes , ne s'élever t pas à une si grande hauteur et se bornent à profiter habilement de la disposition du sol, des accidens de terrain , ainsi que des scènes qui peuvent faire naître les plantations et les accessoires d'un jardin. En effet , eût-il été convenable, aurions-nous suivi la bonne Toute pour nous rendre utiles, en dictant, pour ainsi dire, des préceptes inexécutables, et dont, malgré la certitude de leurs résultats satisfaisant , l'application n'a '. pas encore été tentée en Europe , du moins sur un plan un peu vaste? N'aurions-nous pas risqué, en voulant conduire vers une perfection presque idéale pour nous , »-* d'entretenir l'erreur de ceux qui ne trouvent nul terrain bien disposé, et ne peuvent dessiner un jardin san* être accompagnés de milliers de tombereaux? Erreur déplorable qui n'enfante le plus souvent que des paysages mesquins , et a pour conséquence la ruine du propriétaire.

Après avoir donne ces cxplicalious nécessaires pour éviter le reproche d'avoir séparé deux genres qui ont tant d'affinité entre eux, nous allons exposer les qualités, les connaissances que doit réunir 1 architecte dessinateur et

72 COMPOSITION constructeur de jardins naturels, les vrais principes qui doivent le guider selon la disposition et l'étendue du local qui lui est fourni , les divers sites et paysages intérieurs ou extérieurs qu'il peut créer ou ménager, les scènes variées qu'il peut produire par l'artifice des plan— tationset la combinaison savante des massifs, des groupes, des parties couvertes et découvertes , des allées , des eaux, des constructions de toute sorte qu'il peut y placer , enfin les contrastes d'ombre et de lumière , des végétaux à feuillage foncé ou tendre , et les divers artifices de plantation qu'il peut employer pour produire certains effets.

§. I. Des qualités nécessaires pour composer , dessiner , construire un jardin paysager.

Les connaissances que doit réunir l'artiste dessinateur de jardins ne sont ni moins nombreuses ni moins variées que celles de l'architecte qui dirige la construction des bàtiinens , nous verrons même qu elles sont beaucoup plus étendues; aussi , l'absence d'hommes instruits dans cette profession , l'indifférence que Ton met dans le choix de cet artiste , le peu de cas que Ton fait en général de ses travaux , attestent-ils l'état de barbarie où cet art est encore plongé chez nous. Telle est au reste la marche ordinaire de l'esprit humain : on estime peu, on remarque à peine ceux qui consacrent leurs veilles aux progrès d'une science peu connue, ou cherchent à en faire de nouvelles applications; il en fut ainsi des sciences physiques et naturelles avant les Newton, les Linnée , les Galilée, et des sciences chimiques avant les Lavoisicr , les Priestley, et même il fallut encore quelque temps pour que les découvertes de ces grands hommes portassent leurs fruits. Aussi les amateurs de la belle nature ne doivent-ils pas perdre courage, ni désespérer de l'entière régénération d'un art aussi agréable qu'utile f puisqu'il livre la nature entre les mains de celui qui peut en jouir et en tirer parti.

Déjà une nation voisine , après avoir appris des Chinois la véritable direction de cette science , se l'est tellement appropriée qu'elle lui a imposé son nom. C'est Kent qui, au commencement du dix-huitième siècle, tenta

DES JARDINS PAYSAGERS. ^3 ac reformer les jardins de son pays; c'est Brown nui propagea en Angleterre la nouvelle méthode ; mais tous deux étaient des praticiens empiriques : aucun principe n'assurai! leur marche vacillante. La science ne fut réellement fondée que quand f vers le milieu de ce siècle, les écrits d'Addisson , Pone , Mason , et surtout Watcley , eurent créé d'inaltérables principes pour l'imitation de la natore dans l'arrangement des scènes de jardins. Il serait trop long de nommer tous les hommes distingués qui, en Angleterre , ont illustré la science des jardins; niais leurs noms passeront toujours à la postérité avec honneur, tandis que ceux de Lenôtrc , de Leblond, seront frappés de la défaveur attachée aux grands taîens employés à détourner l'esprit humain de sa vraie direction, celle de la vérité (i).

Cependant , les conseils des grands maîtres ne sont pas toujours pris pour règle ; parce que , pour les comprendre parfaitement 9 il est nécessaire d'être jusqu'à un certain point jardinier, métaphysicien , peintre. Pour ceux nui n ont que la première qualité, il est plus facile de copier a-peu-près ce qu'ils ont vu que de comprendre et d'appliquer les principes élevés de l'art. De là, ces misérables caricatures de scènes naturelles qu'on rencontre

(i) Je ne pense pas du tout de la même manière que notre auteur •ur te compte des Lenotre et des Leblond ; je pense que leurs nom» passeront à la postérité sans être frappés de défaveur; ie pense même, quoique partisan des jardins paysagers , que les Chinois manquent souvent de goût dans ce genre de composition , et que le jardin français «t symétrique du Luxembourg, par exemple, est un des plus beanx jardins de l'Europe. Jugeons des jardins chinois par ce qu'en dit Chambers cité par notre auteur :

« Les tableaux du genre terrible , dit-il , sont composés de sombres)

* for? ts , de vallées profondes , inaccessibles aux rayons du soleil , de ** rochers arides près de s'écrouler , de noires cavernes et de cataractes

* impétueuses qui se précipitent de toutes les partie* des montagnes ; le*

■ arbres ont une forme hideuse ; on les a forcés de quitter leur direction

* naturelle, et ils paraissent déchirés par l'effort des tempêtes ; les un*

* sont renversés ; ils arrêtent le cours des torrens, vous voyez que les » autres sout noircis et fracassés par la fondre ; les bàtimens sont en

■ ruine , et , ou à demi- consumés par le feu , ou emportés par la fureur des eaux. I\ien d'entier ne subsiste, sinon quelques chétives cabanes dis-

* nersées dans les montagnes, qui ne vous apprennent l'existence des ha- » bilans que pour vous montrer leur misère. Us chauve-souris, les vautour*

7 4 COMPOSITION si fréquemment. En Angleterre même , le faux goût a eu son règne ; mais il a succombé sous les attaques de Chambers , Priée et Knigbt, et, dans ce pays, ce n'est plus au jardinier charlatan et au praticien empirique que sera confiée la construction d'un jardin naturel.

L'art d'imiter la nature présente des difficultés; mais quel charme est attaché à son étude ! Déjà, non-seulement les poètes de toutes les nations et ceux qui ont écrit sur les beaux arts , ont rappelé les douces sensations , les émotions profondes qu'entraîne l'aspect des beautés de la nature , et ainsi ont indirectement appelé de leurs vœux l'époque où ces beautés seront multipliées , réunies ; mais encore des poètes illustres , des sa\ ans et des artistes distingues ont chanté les jardins, leur agrément , leur pouvoir sur l'imagination ; ont décrit leur composition , leur ordonnance. Est-ce le jardin symétrique qui leur eût inspiré ces vers pleins d'imagination et de feu , dans Lsquels ils décrivent lu bonheur de la vie champêtre.

Ah! si la paix des champs, si leurs heureux loisirs N 'étaient pas le plus pur, le plus doux des plaisirs, D'où viendrait sur nos cœurs leur secrète puissance? Tout regrette ou chérit leur paisible innocence,

*' et tous les oiseaux de rapine voltigent dans les halliers. Les loups , Ici •» tigres , les jakals heurlent dans les forêts ; des animaux affamés sont •» erransdans les plaines. Du mil. eu des routes, on voit des gibets , »» des roues et tout l'appareil de la torture. ».

Je ne continuerai pas plus long-temps cette citation , et l'on conviendra que ces scènes sont plus dégoûtantes que terribles. D'après ceci, je ne puis croire au bon goût des Chinois, que M. Sailly vanta, ce me semble , avec beaucoup trop d'enthousiasme.

J'aime beaucoup les jardins paysagers , quand la nature seule en * préparé les scènes , quand Us sont d'une grande étendue , quand ils sont en convenance avec les localités ; mais mon opinion est que la façade du palais d'un prince doit se trouver en face d'un jardin franjais , sous peine d'inconvenance et même de mesquinerie ; parce que , •elon moi , ce genre de composition , ces statues , ces marbres , ce» bromes , qui seraient ridicules dans un jardin paysager , sont parfaitement en harmonie avec le grandiose d'une riche architecture. Transeportes en imagination les chaumières , les rochers , les bosquets, le» ruisseaux , les vallées, les collines, les ruines toutes neuves , et enfin

Jes scènes variées du plus beau jardin anglais, devant le château des Tuileries , et juges.

DtfS JÀrtDTNS PAYSAGERS. 7 S

I« fagê I son jardin desfine tes tiens ans ; Un grand fuit ton palais pour sa maison des champs ; Le poète recherche un bosquet solitaire ; A son triste bnrean le marchand sédentaire 9 Lasse de ses calculs , lassé de son comptoir , D'avance se promet un champêtre manoir, etc. (1).

Ncst-ce poïat Virgile lui-même qui, dans ses admirai \*±(réorgiq ues , a daigné enseigner la science de la '? que pensait-il de l'habitant des champs (1) ? mt rappellerai point le poëme de Rapin , dans lésai, a chante' les jardins symétriques d'un style à~peu- Sssi compassé nue le sujet f ni le Traité théorique construction ae ces jardins, par Leblond, ni ues autres ouvrages entièrement inconnus : mais ons-nous ne point mentionner le poëme des saisons aint- Lambert , celui des Jardins , dans lequel M. Delille a cherché l'un des premiers à propager en France Iwardins naturels depuis si long-temps adoptés univerïcHement en Angleterre , récemment encore inconnus y le beau sol de la France ? Est-il besoin de ciler la Nature champêtre de M. Marnezia , poëme dans lequel , profilant des légères erreurs de son prédécesseur, il n'en * pas moins cherché, comme lui , à rétablir l'empire du bon goût par des préceptes 01 nés de toutes les grâces de ' la poésie f Ils ont ainsi marché sur les traces de Mason ,

foëtc anglais , qui n'a pas noo plus dédaigné d'enseigner art des jardins dans la langue des dieux (3) , et qui a su communiquer son enthousiasme aux architectes. Ils avaient encore pour guide le célèbre Thomson, qui , dans son poëme des Saisons particulièrement, vante à chaque instant les beautés ù'une nature choisie , et enfin Mil ton, qui , dans sa description du paradis , (ait celle d'un jardin naturel parfait (4). J

(t) Dilillb , Poème des Jardins»

(2) Ofortunatos nimium, sua si bons nérint, agricolas

(3) Son poëme est intitulé : The Ençlish Garden*

(4) Le passage commence par ces mot* : Eden , where paradise, etc.

tfolts de V Autour.

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