‹ Manuel complet théorique et pratique du jardinierChapitre 35 sur 111 · COMPOSITION · texte numérisé non relu

COMPOSITION

durée Je leur existence , selon les circonstances locales

où il les place , etc. etc.

Que fera celui qui veut diriger la construction d'un jardin , s'il ne réunit ces qualite's ? il marchera à tâtons , il s'égarera longtemps dans les routes tortueuses de Terreur , il se privera peut-être pour toujours de ce dont il attendait toute sa jouissance. Car, reconstruire un jardin n'est pas l'affaire d'un jour , d une année ; il en faut plusieurs pour reconnaître les vices d'un plan , il en faut autant pour les réparer. S'il travaille pour d'autres, n 'étant pas arrêté par des principes immuables, il cédera trop facilement aux observations de mille gens qui ne man-

Jueront pas de lui donner mille avis contradictoires ictés par leur caprice, ou seulement par le désir de faire briller leur savoir, qui n'est que de la jactance»

De plus , celui qui ne posséderait que les connaissances particulières à l'art de la peinture , comme celui qui n'aurait que celles d'un cultivateur instruit, ne courrait pas moins le risque de commettre de grandes fautes. Le premier pourra, sur le papier, faire de fort jolis plans ; il pourra, par le souvenir de ses études premières, placer dans son dessin des scènes charmantes, tirées des meilleurs tableaux; les masses, les détails seront parfaitement indiqués; la perspective , le3 vues seront ménagées avec art sur le papier ; mais , si un tel plan vient à être exécuté sur le terrain , et que son exécution ne soit pas surveillée par un artiste profondément versé dans la science des plantations de paysages et dans la connaissance des végétaux , ce dessin qui , sur toile , eut fait un charmant tableau , sur le terrain , manquera son effet par le mauvais emploi des matériaux. Là devait se trouver un bosquet ou un massif peu élevé , afin de ne pas masquer un lointain agréable; on y placera des taillis ou des arbres qui parviennent à une grande élévation; de sorte que , pour les maintenir peu élevés, on annulera le massif en le coupant fréquemment , ou bien, pour laisser le massif, on perdra la vue. Plus loin, au contraire , c'est une haute futaie , ce sont des arbres isolés qui devaient présenter leurs masses imposantes ; on y placera des arbustes ou des végétaux dont le port est opposé à ce qu'il devait être : ainsi, toutes les scètrcs sont

DES JÀRDITIS PAYSAGERS. 9% bouleversées, manquécs, tantôt par l'excès de végétation de certains arbres, tantôt par le dépérissement d'autres placés dans des conditions défavorables à leur existence , tantôt par l'uniformité des couleurs ou le mauvais choix dans les contrastes et dans le port des arbres. Chacun d'eux, en effet, a sa teinte propre , sa tournure particulière , sou extérieur , sa forme spéciale, sa figure , convenables dans certains lieux , nuisibles dans d'autres positions.

Celui , au contraire, qui ne possède que la science du jardinier et non celle de l'artiste , tombera dans un défaut opposé. Toutes les plantations seront faites dans le lieu et le sol convenables , tous ses arbres seront vigoureux et bien portails, mais ils ne seront pas appropriés aux lieux qu'il plantera ; les scènes qu'il disposera n'auront pas cette richesse , cette variété, cette concordance entre elles , ce rapport avec les vues extérieures que peut seule donner l'étude de la nature et des grands maîtres.

L'architecte de jardins doit donc être artiste et cultivateur , au moins en théorie , et toutes les ibis qu'il ne dirige point par lui-même les plantations du jardin dont il a tracé le plan, dont il a fourni les scènes , il doit joindre à son dessin une instruction sur l'emploi et la.

{position des végétaux, d'après leur taille, leur port, eurs couleurs , et d'après la nalure du sol (i).

Cependant, quoiqu'il arrive bien rarement que le dessinateur préside à toute la plantation , il se contente de donner au propriétaire quelques conseils fugitifs, et il l'abandonne ensuite sans guide certain , sans instruction détaillée sur la marche qu'il doit suivre. J'ose dire ,

(i) C'est ce que j'ai toujours fait pour les jardins dont la construction ou la réparation m'ont été confiées. Il est rare que le jardin qu» l'on tous prie de dessiuer se trouve dans le lieu même que tous habitez, et alors il est difficile que celui qui en a fourni le plan en dirige les plantations : le moyen que j'indique y supplée d'une manière satisfais santé. Pen d'artistes le suivent , parce qu'ils trouvent plus commode de s'éviter la peine de combiner les plantations et de rédiger celte instruction : il en est peu , d'ailleurs, qui soient assez profondément versés dans la dendrologie, c'est-à-dire dans la connaissance des végétaux, pour le iaire.

* Note de l'Auteur.

Sa COMPOSITION cependant , que cette instruction est non-seulement plus utile que son dessin , mais encore est la partie la plus importante pour la perfection du plan , comme la plus longue et la plus difficile de la construction d'un jardin : voici le moyen d'éviter ce grave inconvénient et cette cause si fréquente d'erreurs et de défauts dans la construction des jatdins.

Au plan topographique dont les diverses couleurs indiquent les prairies , les bois , les bosquets , les cultures , les eaux t les allées, le dessinateur joindra une instruction communiquant au plan par des signes et des chiffres de renvoi : cette instruction indiquera d'abord les inflexions peu nombreuses, mais souvent indispensables à cxe'cuter , et ensuite tous les détails de plantation , c'està-dire, quels végétaux conviennent à chaque endroit en raison de leur port, de leur taille , de leur couleur , etc. ; quelle distance doit les séparer; quels accessoires doivent les accompagner. Si des fabriques, des grottes , des ponts , des constructions quelconques doivent orner ce jardin , l'artiste ne se contentera pas d'indiquer leur position; il en donnera le plan en élévation et le dessin sur deux faces, dans une proportion assez grande pour que celui qui sera chargé de la construction puisse saisir tous les détails ; il y joindra l'explication de toutes les décorations intérieures et extérieures, en accompagnant le tout d'échelles au moyen desquelles toutes les proportions seront connues exactement.

En suivant cette marche, il serait même possible de dessiner un jardin sans connaître le terrain, et les propriétaires éloignés de la capitale, qui désirent avoir un jardinier paysager, mais ne veulent pas faire la dépense d'appeler chez eux un artiste habile, feraient bien mieux d'employer ce moyen que de confier leur terrain à ces jardiniers de proviuce qui sont tout au plus cultivateurs, et ne peuvent pas plus mettre un plan à exécution sur le terrain , que le composer. Ce propriétaire doit alors envoyer à l'artiste dont il a fait choix le plan géométral de son terrain avec celui des bâtimens, indiquer les inflexions du sol , les principaux points de vue , les cours d'eau, les rochers, les parties du terrain auxquelles il réserve une destination spéciale , telle que potager , ver-»

DES JARDINS PAYSAGERS. 83

ger, ferme, si l'espace est très-vaste ; il doit y joindre

Joclques mots sur la nature du sol , et noter exactement exposition du nord et celle du sud ; toutes choses trèsfaciles à examiner , et que le propriétaire peut relever lui-même , ou se procurer par l'arpenteur du pays , qui suffira toujours, et au-delà , pour cet objet. £nfin , il avertira l'architecte des dépenses auxquelles il consent, de celles auxquelles il se refuse, comme pour les mouvemens de terre , les constructions de rochers el de fabriques, les changemens de cours des eaux, etc. En échange de ces renseignemens , l'artiste lui renverra un plan dessine' , avec une notice qui lui fera connaître quels arbres , quelles plantes , quelle culture , il doit appliquer à chaque partie du terrain ; quelle élévation, quelle profondeur il doit avoir, quels accessoires doivent l'orner f quelles sommes lui coûteront les remuemens déterre, les constructions de tout genre; quelles cultures lui sont permises dans certains emplaccmens ; quelle quantité d'arbres, d'arbustes, de plantes, lui sera nécessaire; quels sont ceux qu'il trouvera dans les bois qui l'entourent , et ceux qu'il doit chercher chez les pépiniéristes , et à qui il doit s'adresser pour cet objet de confiance, etc. Le jardinier cultivateur du pays , ou le propriétaire lui-même , s'il veut s en donner la peine , au moyen de cette instruction , dirigera les plantations à merveille : et, si ce plan réalise' offre quelques défauts d'ensemble, résultat de la connaissance incomplète des lieux t ils seront bien compensés far la beauté, la variété des scènes, par la convenance , le rapport de toutes les plantations , de toutes les constructions.

Mais , si on doit suivre ce moyen plutôt que de confier à des mains inhabiles ou incertaines les jouissances que l'on attend de son jardin, si nous conseillons de l'employer à tout propriétaire qui ne se sentira pas capable de dessiner lui-même son terrain , nous devons cependant avouer qu'il n'offre pas cette certitude de succès d'un plan fait sur le terrain par un maître habile. Aussi avons-nous fait tous nos efforts pour mettre le propriétaire qui aura lu cet ouvrage avec attention , en état de dessiner et planter lui-même son jar<lin : c'est à ce but que tendent les principes que nous allons développer , et

ceux disséminas clans tout le cours de cet ouvrage ; c'est pour atteindre ce résultat que , dans la description des végétaux, nous avons toujours indiqué leur taille , leur port, leur figure, pour ainsi dire. Toutefois, malgré tous nos efforts , le propriétaire qui tentera de construire son jardin ne devra pas s'attendre à rencontrer cetle facilité , cette promptitude d'exécution , cette certitude de succès, cette perfection , cette habitude à lever les difficultés que peuvent seules donner l'étude des nombreux ouvrages écrits sur la matière, l'extrême familiarité avec les principes fondamentaux, leurs nombreuses applications , et tous les détails d'exécution.

Ainsi , trois moyens s'offrent au propriétaire pour la construction de son jardin; i.° imbu des principes de l'art des jardins, versé dans la connaissance des végétaux et de leurs effets pittoresques , il doit lui-même composer , dessiner , planter son jardin ; a.° il doit appeler un artiste habile , et, mettant à sa disposition un grand nombre d'ouvriers, après l'approbation du plan , lui en confier entièrement l'exécution et le charger de la direction de tous les travaux ; mais l'artiste doit alors réunir les qualités que nous lui avons imposées tout à l'heure. Le jardin est construit alors aux frais et risques du propriétaire , qui rétribue l'artiste à part , mais il peut encore lui demander un devis, d'après le plan arrêté et convenu, et le charger de toute la dépense. Dans ce cas , l'artiste devra lui livrer son jardin tout fait , moyennant la somme fixée. 3.° Avoir recours au moyen indiqué plus haut , qui est sans doute le moins dispendieux et le meilleur, c'est-à-dire faire choix d'un auteur habile qui , d'après les instructions du propriétaire , lui prescrira exactement tout ce qu'il aura à Caire (i).

§. 11. Du terrain , de sa forme , de sa situation.

Lorsqu'on veut établir un jardin , son emplacement et ses alentours sont les premières choses qu'on doit con-

<<) Vcyet , à la fin du volume , dans les Annonces, qui l'on peut «'•dresser pour cet objet , comme pour tout ce qui concerne les four* •iturei diverses. flfog & fAit^r.

DU TBRRÀW. 85 sidérer. Celui qui , dans une très-va&te étendue de terrain , aurait le choix de la position pour la maison d'habitation, comme pour le jardin et toute sa composition , aurait un avantage immense ; il serait sûr d'atteindre un haut degré de perfection dans sa composition ; mais une telle circonstance se rencontre bien rarement; presque toujours l'habitation existe déjà , l'enclos est fixé dans certaines limites, et il faut alors approprier sou plan à la

Sosition où Ton se trouve, le jardin \ la maison qu'il oit accompagner. Heureux quand Carliste ne rencontre pas d'entraves plus grandes que celles pose'es par la nature, et n'est pas contraint d'accommoder ses idées au caprice du propriétaire qui veut conserve!' un arbre déjà venu , un beau carré de vigne, ou bien avoir son potager, sa corbeille de fleurs dans un endroit déterminé !

Le choix arbritaire d'une localité devant se présenter bien rarement , nous nous bornerons doue a dire que le terrain entrecoupé de vallées et de collines , sillonné de îuisseaux et de rivières, est toujours celui qu'on doit

5 référer, quelle que soit l'étendue du jardin «]uW a 1 essin de construire, quelque caractère qu'on ait intention de lui donner; les plaines unies, les plateaux de montagnes présentent, par leur uniformité, les plus grandes difficultés à vaincre. Une vallée ceinte au nord el à l'ouest de collines infléchies et inégales , ouverte au midi et à l'est vers'un horizon riche et t>ien décoré, auquel la vue arrive par des plans successifs bien ménagés, fournit au contraire d'avance toutes les beautés naturelles dont l'art n'aura plus qu'à profiter : une rivière qui serpentera dans cette vallée , ou un lac qui en occupera une partie , n'y laisseront rien à désirer. L'habitation sera placée sur le penchant de la colline , ayant la vue principale disposée pour sa façade, et chaque pas fait dans ce site enchanteur pourra présenter de nouvelles scènes , de nouvelles beautés.

Mais , arrêtons-nous. Le but d'utilité que nous nous proposons nous interdit une description qui n'aurait peut-ctre jamais d'application ; c'est à tirer partie des jardins déjà existans , c'es't à^rWidre agréables les enclos, les parcs abandonnés ou gâtés par la fâcheuse influence du genre symétrique, que nous devons surtout nous

attacher; c\îst à construire des jardins peu dispendieux dans leur entretîeo , agréables dans leurs aspects , utiles dans leurs produits , que tentent nos efforts ; c'est à concilier l'utile et l'agréable , que trop long-temps on a cru incompatibles, tandis qu'ils sont presque inséparables.

Le même désir d'être utile au plus grand nombre nous interdira (Vautres recherches. Ce ne sont pas des parcs immenses que nous prétendons enseigner à construire ; lVtendut; de notre cadre ne le comporte pas. Quoique les principes qui doivent diriger les dessins de ces vastes espaces soient les mêmes ; et que , sous ce rapport , les préceptes aue nous donnons puissent suffire si celui qui voudrait les y appliquer les suivait dans toutes leurs conséquences ; toutefois il est facile de sentir que la description de grands terrains nécessite plus de temps et de détails. C'est ce qui a conduit les auteurs qui ont écrit sur cette matière à faire tant de distinctions et de divisions dans les genres de jardins qu'ils conseillent d'établir selon les localités. Nous n entrerons donc dans aucun détail sur les genres agrestes , pastoraux, romantiques, sauvages, riants, terribles, etc. etc. , reconnus par certains auteurs ; nous n'établirons aucune distinction entre le jardin, le parc, la ferme , le pays, la carrière (i) , etc; distinctions peut-être plus arbritaircs que fondées sur la nature des choses , puis— qu'elles n'ont aucuoe ligne précise de démarcation, et se lient de mille manières différentes les unes aux autres t auxquelles d'ailleurs nous ne trouverions aucune utilité. Quelle que soit l'étendue d'un terrain , il doit être composé de paysages , de sites variés et appropriés aux lieux : ainsi donc, comme nous l'avons déjà dit, l'agrandissement du cadre ne fera qu'agrandir et multiplier les scènes. Mais, pour fixer les idées, nous choisirons une base moyenne ; tous nos efforts auront dpnc pour but d'assigner les moyens de rendre agréable à habiter , à parcourir , à examiner, dans son ensemble et ses détails,

(i ) Riding des Àuglais. Ce mot, traduit généralement ainsi, ne donne pas une idée exacte de ce qu'il exprime chez ce peuple ; mais noire langue ne présente pas d'équivalent,

Not* de V Auteur.

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