DU TERRAI
un terrain d'une moyenne étendue qui réunisse divers aspects , divers accîdens. 11 sera facile de rendre ces préceptes généraux en les ëtendant , si on veut les appliquer à une vaste e'tendue; en les restreignant et les combinant avec ceux du jardin fleuriste , pour les espaces trèsbornes {voyez le plan d'un de ces jardins d'une moyenne étendue , utile et agréable , pl. 111 , et sa description à la fin du volume ).
Celui qui veut construire un jardin doit, avant tout, apprendre par cœur , si on peut s'exprimer ainsi , tout le terrain mis à sa disposition : la moindre inflexion du sol, le plus petit contour, tous les aspects extérieurs , doivent lui être familiers ; il doit surtout étudier les relations du bâtiment d'habitation avec chaque partie du terrain ; car, qu'il n'oublie pas que les fenêtres du salon sout le point important et central de la perspective. C'est pour ces fenêtres que doit être disposée la principale vue , tout en annonçant , par des échappées incertaines , par des enfoncemens d'ombre et de lumière , qu'elle n'est point unique , et que la promenade en fera rencontrer de nouvelles que l'imagination se plaira d'abord à supposer fort belles.
Ecoutons , au reste , ce que dit M. Valenciennes (1) sur ce que doit faire l'artiste chargé de construire un jardin : <c Lorsqu'un artiste est chargé de l'exécution et fie la plantation d'un jardin , il commence par étudier la nature du terrain qu'il doit embellir; il observe tour-àtour les environs du local, le paysage qui l'entoure et oui peut lui donner de beaux points de vue, il examine les eaux courantes et dormantes, les rochers, les montagnes y les buttes , les bois taillis ou de haute futaie ; enfin , il se rend compte des arbres, des arbustes, des plantes qui réussissent le mieux dans le terrain qu'il va travailler. Il s'y promène souvent , dans tous les sens et à toutes les heures du jour , pour tirer parti des effets que lui présentent le levant , le midi et le couchant du soleil.
(1) EUmtru de ptnptctm pratique , déjà cités .
tfolu de V Auteur.
D'après ces méditation s , il calcule et trace son plan cm marchant ; il dessine dans sa tétc la distribution des grandes masses ; la perspective lui indique la place qu'elles doivent occuper pour ne pas se nuire mutuellement , soit en se cachant les unes des autres, soit en ne se groupant pas convenablement , et pour former des vues pittoresques si parfaitement composées , qu'il est difficile d'en rencontrer de pareilles dans la nature. »
L'artiste, en faisant ces promenades préliminaires, doit être seul; alors que son imagination crée instant ane ment des bois , des eaux , des prairies , des scènes de toute espèce , il examine avec attention les impressions qu'il en reçoil : bientôt la sensation d'une scène appropriée au lieu l'affecte vivement ; il s'y arrête ; il reconnaît enfin qu'elle convient sous tous les rapports: sa scène
1>rincipale est formée; viendront ensuite les plans et es scènes accessoires. Mais quels principes l'ont guidé dan» celte invention? quelle voie a-t-il suivie pour atteindre ce but d'une manière assurée ? L'imitation de la nature , dans les beautés qu'elle nous ofïre partout d'une manière si diverse, selon les site» et les aspects, Ta seule dirigé.
L'aspect primitif du sol est-il âpre et sourcilleux r des accidens subits , des rochers entassés , des chutes d'eau se sont-ils offerts à sa vue? 11 n a pas cherché a faire de ce lieu une scène riante et douce; mais il ménage l'as— pect des principaux mouvem<ms ; il les accompagne de
{dantations, il augmente ou diminue leur caractère, il es rend et plus grands cl moins af freux. Est-ce une prairie qui s'offre à sa vue? Il ne cherchera pas à en faire un lieu sauvage , mais il l'embellira, il lui donnera des contours gracieux , des formes variées. Il en est de même de tous les autres sites , et c'est ainsi que chaque aspect lui procure diverses sensations qui lui font approprier, à ce qu'il ne peut changer, les matériaux dont il est le maître, et avec lesquels il doit exécuter son tabSeau. Mais il est temps de quitter ces généralités , et d'entrer dans des détails plus techniques et plus circonstanciés.
L'étendue du terrain ne doit rien changer à l'aspect
tnncipal, à moins qu'il ne se rencontre , en face du aliment, une vue désagréable ou très-bomee ; c'e$t
DU TERRAIN. 8g toujours dans cette direction <|tie doit se placer le premier tableau, line pelouse d'avant-scène , dont lYlemlue varie selon les localité'*, se présente d'abord, et , par les groupes ou massifs qui l'accompagnent , conduit l'œil vers l'horizon, s'il est digne d'attention, ou s'il offre dans cetîe direction quelque objet remarquable; sinon la pelouse est bornée par une montagne ou une plantation agréablement contournée, et surtout n'offrant pas une limite tranche'e comme un mur; car un des premiers principes, dans la construction des jardins naturels, est de ne jamais laisser apercevoir les clôtures, et de ne jamais placer de bornes que Pœil ne puisse franchir : tous les moyens doivent être employés pour les cacher ou les remplacer ; l'imagination indépendante veut s'étendre à l'aise.
Il n'est pas toujours possible d'étendre la vue directement en face du bâtiment ; des inégalités dans le terrain, des irrégularités dans l'enclos, peuvent y apporter des obstacles ; ce n'est pas une raison pour se rebuter et pour abandonner la partie : l'homme habile n'a pas qu'un seul moyen pour parvenir à ses fins. On peut alo-s créer deux aspects , l'un à droite, l'autre à gauche, et alors on les diversifie dans leurs contours comme dans leurs terminaisons, ou bien un seul placé de côté, et alors on masque l'autre partie et la façade qui ne peut se découvrir par de grandes plantations imitant une foret placée par la nature fort près de l'habitation. Enfin , on peut encore tirer parti d'un terrain qui ne permet aucun as-
fet de quelque étendue : le meilleur moyen de cacher vice de ce terrain est de commencer très près du bâtiment, et de tous côtés, la plantation d'une foret » mais non pas en taillis épais qui formeraient une ligne impénétrable, mais bien en arbres isolés se resserrant et se rapprochant à mesure que 1 on s'enfonce sous l'ombrage, et enfui -devenant inaccessibles à la vue au point où le terrain cesse d'être a la disposition du dessinateur. C'est dans cette forêt (l avant-scène qu'il est indispensable de réunir des groupes d'arbres arlistement choisis pour leurs formes , leurs couleurs : il est encore indispensable de ménager au moins l'apparence d'une ou deux échappées où pénètre la pelouse, et quftait espérer que la vue pourra U. 1