‹ Manuel complet théorique et pratique du jardinierChapitre 39 sur 111 · IV. Des prairies · texte numérisé non relu

IV. Des prairies

Dans tout jardin qui a pour principe l'imitation de la nature , les prairies , les gazous doivent occuper tous le* espaces qui ne sont pas réservés aux plantations et aux allées; encore le sol des bois doit- il presque toujours être tapissé de diverses plantes. Aussi, peut-on dire que les gazons forment le fond du tableau , en occupent le principal espace , et sont comme la première couche donnéç au terrain, couche sur laquelle on dessine ensuite les massifs , les allées.

Toutes les fois que le jardin n'est pas d'une étendu* très-bornée , les productions des gazons doivent être utiles et fournir , comme les prairies naturelles , des fourrages ou des pâturages. Au reste, les travaux champêtres que nécessitent la coupe et la récolte des foins, la présence des animaux qui paissent dans les herbages, loin d'être reje— tes d'un terrain principalement destine à l'agrément, doivent y être recherchés et multipliés, à cause de la variété et du mouvement qu ils y répandent. D'ailleurs, si une pièce de gazon bien peignée , bien nette , bien tondue , plaît dans un petit jardin , il n'en est pas ainsi d'ua

Srand espace et d'une prairie cjui pénètre dans tous les étoura, dans toutes les anfractuosités des bois et des pUr*.

96 EMPLACEMENT tations. Un tel espace ne doit pas être couvert d'une seule espèce de plantes, ni être uni comme une nappe d'eau ; les irrégularités produites par les divers végétaux qui y croissent ne sont pas assez grandes pour apporter des modifications au plan ge'néral , et offrent néanmoins mille agvémcns dans l'ensemble et les détails , par la multitude de teintes et de couleurs que les fleurs de ces plantes viennent y introduire selon les saisons , et par les formes diverses de ces fleurs , ainsi que du feuillage et des tiges. Il suffit, au surplus, pour reconnaître la supériorité des prairies émaiîlécs de fleurs et composées d'une multitude de végétaux , d'y jeter un coup-d'œil au printemps, lorsque le vert passe successivement dans la même pièce , ou se panache agréablement de blanc, de jaune, de bleu, de rouge. Loin de rejeter les plantes adventices qui se mêlent aux graminées, loin d'éplucher un gazon pour le rendre plus beau, on doit donc multiplier ces plantes accessoires , en jetant des graines de végétaux remarquables par quelques-unes de leurs qualités , et surtout par leurs fleurs. De cette façon , on n'aura pas seulement remplacé la couleur brune du sol par une couleur verte, mais également uniforme ; on l'aura planté d'une multitude de fleurs , on l'aura remplacé par un parterre naturel, en aura créé tout à la fois une prairie et un jardin fleuriste, qui , à chaque pas , offrira un bouquet de fleurs moins rares et moins précieuses que celles du parterre , mais souvent non moins jolies , ni d'une odeur moins agréable.

Les gazons occupant toutes les parties découvertes d'un jardin doivent d'abord paraître avec éclat sous les fenêtres de l'habitation. Cette partie *st ordinairement désignée sous le nom de pelouse ; son avant-scène doit toujours avoir des contours gracieux et arrondis , qui indiquent l'entrée des principales allées. Enfin , toutes les autres parties de gazon demandent beaucoup de soins dans leur disposition, qui n'est au surplus que celle déterminée parles plantations.

L'entretien des prairies est fort simple ; il se borne à nelqucs coupes chaque année , et a la réparation des enioil5 dans lesquels l'ombre uu la qualité du sol empêchent l'herbe de croître avec vigueur j mais , pour le*

DES PRAIRTES. 97 àvoîr constamment dans leur beauté , un sol numide est nécessaire ; car il est presque toujours impossible et trop dispendieux de suppléer au manque d'humidité par des arrosemens. Il est donc bien important, avant de semer une prairie , de consulter la nature du sol , afin d'y approprier les plantes qu'on y placera. Ce serait en vain qu'on essayerait de les acclimater dans des lieux qui ne leur conviennent pas; la tentative sciait infructueuse, et ferait perdre plusieurs années de jouissance. Les tapis des bosquets demandent aussi d'autres plantes que les prairies de'cou vertes, et on emploie souvent à cet usage des plantes annuelles ou vivaecs rustiques de diverses élévations et des plantes rampantes. En général , le meilleur guide à suivre est d'examiner la composition de ces tapis dans les bois naturels voisins , et de les composer de plantes de même nature.

La question de savoir si un jardin naturel doit être précédé d'un parterre a dû être renvoyée ici , et elle sera promptement résolue au moyen delà distinction que nous croyons devoir faire , en prenant le terme moyen qui conduit dans bien des occ.vnons à la vérité. Le parterre régulier , le parterre soigné , le parterre qui consiste en compartimens , doit être entièrement banni du jardin naturel ; son air , plein d'affectation , y est insupportable ; mais le bon goût ne défend pas de garnir le dessous des fenêtres de l'habitation, les premières corbeilles ou petil

petits

massifs de la prairie, des Ôeurs les plus élégantes , les dus recherchées, les plus rares; il ne défend pas même es parcs de fleurs de choix , telles que jacinthes , renoncules , œillets, ni quelques groupes d'arbustes en vases ; il veut seulement que ces cmbcllissemcns accessoires, ces décorations agréables, mais superflues , ne changent rien au plan général, n'y introduisent aucune forme régulière et affectée ; en un mot , remplacent seulement les plantes communes qui devaient s'y trouver. Loin qu'un tel arrangement soit proscrit , il a son agrément , puisqu il occupe et recrée l esprit et les yeux surfis sortir des apP^™*r mens , et supplée ainsi à la proA^j^JdM^tvP^rmd pas le mauvais temps ou la fatirfç, ^ ****^ - *

Page 1