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5. V. De remplacement des diverses cultures économiques et des constructions utiles.
La nécessite d'un potager et d'un verger , et de cultures é< onomi <jurs . si le terrain a quelque étendue , commande au dessinateur d'y conformer son plan , et de le composer de manière que ces objets utiles trouvent la place qui leur convient. Au reste , ainsi que nous l'avons déjà observe, c'est une grande erreur de croire qu'un jardin d'agrc'ment bannit de son sein tout produit u'ile. Au contraire, le jardin naturel n'a que plus d'at— traits, quand il est embelli par le mouvement et la variété des cultures. C'est donc l'ancienne disposition régulière que Ton continue à donner aux plantations utiles, qui les rend insupportables dans un jardin d'agrément, et non leur nature. Mais quelle nécessité qu'un champ de b)é9 d'avoine , qu'une prairie de trèfle, de luzerne, ail une forme carrée ? Les navets, les carottes et tous les légumes ne croissent-ils que dans des planches bien symétriques, et d'une dimension bien égale ? Les arbres à fruits ne donnent-ils leurs agréables produits que lorsqu'ils sont plantés en quinconce? S'il n'en est point ainsi , pour-* quoi , dans les grands terrains, ces végétaux seraient-ils relégués hors de la portée de la vue ? C'est donc la dispositiou qu on leur donne , et non leur aspect , qui est désagréable : c'est donc cette disposition , et non les cultures qu'il faut bannir de tout terrain bien dirigé. D'ailleurs , un autre avantage s'y rencontre , c'est que le terrain est ménagé ; plus de ces grandes allées qui occupaient souvent la moitié de l'espace ; plus de ces pertes de terrain dans les angles des cultures.
Avouons cependant que plusieurs cultures potagères , et surtout fruitières, telles que les espaliers, les quenouilles, exigeant une disposition particulière, doivent être réunies et rapprochées les unes des autres, et consequemroent produisent une espèce de régularité et de contrainte qui rendrait leur rencontre fort désagréable sur la direction d'un poiut de vue , et doit les faire rejeter au moins des plans directs. Les espaliers ressemblent trop à des murailles ou à des barrières; les grands légumes exigent
DES CULTURES ECONOMIQUES. qq une plantation trop espacée pour ne pas produire un fort mauvais effet sur le devant d'un tabhao quelconque. De telles cultures doiveut donc être cachée* soignausement, ou vues de fort loin et de côte'.
Si nous suivons la conséquence de ce* principes , nous verrons que l'on peut adopter deux dispositions particulières pour le verger et le potager. Ce seront les loca* lilés qui indiqueront le choix à eu faire t et, le p>us souvent, le mieux sera de les combiner dans diverses proportions. Tous les légumes qui se cultivent en assez grande quantité, et n'exigent pas des soins fort grands, tels que les carottes, les pommes de terre, les navets, etc., peuvent être disséminés dans les diverses parties du terrain , soit dans les cnfoncemeiis de la prairie principale, soil dans les vallons secondaires, en un mot. où l'indiquent le bon goût et la nature du sol ; de môme, tous les arbres fruitiers que l'on peut abandonner à- peu* près a la conduite de la nature peuvent se placer dans les groupes d'arbres , dans les massifs , même isolement: la plupart ont même plus d'agrément que les autres arbres, puispu'ils commencent à se couvrir de fleurs abondantes , auxquelles succède une belle veidure mélangée des couleurs brillantes et agre'ables de leurs fruits ; on doit donc les placer dans toutes les parties du jardin naturel, même sur les plans les plus rap-
? roches et les plus visibles. Ainsi, l'abondance des fruits, un des charmes de la campagne, sera obtenue sans perdre, pour la promenade, tout l'espace du terrain destiné à les produire : ce qui ne se rencontre que trop dans beaucoup de jardins. Il n'est pas jusqu'à la vigne qui ne puisse être introduite avec avantage dans un jardin d'agrément.
Mais , nous avons dit que toutes les cultures utiles no pouvaient pas recevoir une telle disposition , ni être offertes à la vue avec autant d'avantage; cependant on ne peut se passer d'espaliers, de melonières, de toutes les petites cultures du potager; elles sont essentielles a l'agrément de la vie champêtre, aussi bien qu'une jolie vue, qu'une belle pelouse; les négliger, serait ne s'occuper que îles étrangers , et nullement du propriétaire. Mais, à la difficulté de masquer ces plantations viennent se joindre deux autres difficultés non moins graves , non moins importantes à surmonter; elles consistent en ce que l'ein-
100 EMPLACEMENT fES CULTURES ECONOMIQUES, placement de ces cultures doit être abrite' et expose' au midi, et de plus, à une grande proximité des bâtirnens, afm cpjc la surveillance de tous les instans , les soins minutieux qu'elles exigent souvent soient possibles ; afin aussi qui les objets nécessaires qui y croissent puissent , en tout temps , être recueillis promptement et sans peine. Sur le côté du bâtiment expose au midi , sur un terrain un peu en pente vers cette exposition, si cela est possible, le dessinateur de jardins réservera donc un emplacement pour une
f grande partie du potager , et pour les arbres à Fruits dé— icats et taillés. Il embellira ce lieu , en y conduisant une orangerie ou une serre d'une forme élégante , placée dans une direction choisie et abritée ; enfin , le côté du nord de cet emplacement sera garni d'arbres en palissades ou brisevents, tel que le tbuya de la Cbine et autres, qui , sans être taillés, formeront un abri excellent. C'est contre cette palissade naturelle qu'on place les arbres fruitiers ; les palissades artificielles en planches, ou les murailles, sont trop nécessaires pour n'être pas admises dans les parties les moins visibles. Enfin , tout en mariant le potager avec le jardin naturel pour le dessin , le contour des allées, l'artiste ne permettra pas que la vue y parvienne directement; il s'arrangera de façon qu'il ne fournisse qu une vue secondaire, aperçue seulement en se rappochant de l'habitation au retour de la promenade.
Quant aux cultures économiques, nous n'ajouterons qu'un mot : c'est nue leur disposition seule peut les rendre désagréables dans un jardin naturel. On peut donc les y placer à-peu-près partout , en observant cependant que celles qui fournissent des fourrages , parleur continuelle verdure, font, en général , meilleur effet que les blés qui laissent la terre nue pendant assez de temps , et s'élèvent d'ailleurs plus haut.
Au reste, on conçoit que , dans les terrains très vastes, comme les grands parcs, ceux qu'on désigne sous le nom de pays , doivent entrer nécessairement des cultures de tout genre , souvent même des hameaux , des usines , des fermes , des bâtirnens de tout genre ; c'est là qu'on peut imiter la nature sans rétrécir ni borner ses scènes : le talent du paysagiste consiste donc seulement à en rendre belles toutes les parties.
ORDONNANCE DFS PLANTATIONS. lot Noos savons que la position préférable pour le cbatcau ou la maison d'habitation est , lorsque , place au milieu du terrain , on y arrive sans s'apercevoir qu'on est clans le parc , si ce n'est à la beauté' des lieux. Mais ajoutons quelques mots sur la disposition des cours et des batimens accessoires de l'habitation , tels que cuisines , bains 9 écuries, remises, etc. Dans un terrain dessiné en paysages, l'avant-cour , la cour d'honneur , doit être supprimée. L'arrivée seule digne d'un tel jardin doit avoir lieu par une alle'e le'gèrement contournée, et pour laquelle la maison fasse point de vue : celte entrée est préférable , et produit plus d'effet que toutes les avenues et toutes les cours. Lors môme qu'elle est sur le côté et très-près du bâtiment , il est toujours facile de la rendre agréable , en faisant parcourir un léger circuit bien motivé , amenant à la principale porte. Quant aux bâti mens accessoires , nos usages exigent qu'ils soient très-voisins du bâtiment principal. Nous n'allons pas , comme les Romains t prendre nos repas dans diverses salles : nous aimons à trouver tout sous notre main. C'est donc dans un coin habilement caché par des plantations que seront les cuisines, les remises, les écuries, les communs; mais, toutes les fois que les lieux le permettront , les bains , les bâtimens qui forment la basse-cour , la maison du jardinier, devront être disséminés dans les endroits du terrain analogue à la destination de ces constructions : elles formeront de charmantes fabriques , d'autant plus agréables qu'elles auront un motif. Si le jardin comporte une ferme, c'est dans son voisinage que se trouvera la basse-cour: la maison du jardiniei sera placée sur une légère éminence qui dominera tout le jardin potager ; la maison du concierge formera une première fabrique , qui s'apercevra à l'entrée du terrain. Mais nous ne pouvons entrer dans plus de détails ; il suffit d'avoir mis sur la bonno route ceux qui voudront la suivre. Des volumes seraient nécessaires pour ne tien omettre.
§. VI. Des plantations.
La nature des plantations est toujours déterminée par la disposition du sol et par les effets qu'on veut produire ,