ORDONNANCE
«'est d'après les sites , les paysages , les vues qu'on veut créer ou ménager , que les arbres doivent être plantes isolement en groupes rapprochés ou éloignés , en massifs f en clairières , en taillis , eu futaies , en bosquets, en bois , en forêts. Ce serait donc nous engager à décrire tous les sites , toules les vues , par conséquent à l'impossible , que de promettre l'exposé de toutes les manières de disposer les plantations : c'est à celui qui construit un jardin à se reporter aux principes généraux, à se rendre exactement compte des effets qu'il veut produire , et à combiner toules ses plantations d'après ces considérations. Toutefois, il est encore ceitaines règles qui reçoivent presque toujours leur application , il est certaines disposition* qui se représentent très-fréquemment , et nous devons, par cette raisou , en donner au moins quelque idée. Le dernier paragraphe , qui traite des artifices des plantations , complétera cette connaissance.
Quelle que soit la plantation qu'on exécute , la ligne extérieure en est la partie la plus essentielle, le point capital sur lequel toute -l'attention doit se réunir; c'est elle qui souvent forme le site , c'est elle du moins qui toujours forme les plans ou coulisses des vues et des paysages. On doit d'abord lui donner une teinte et un caractère analogues au site et à la plantation dont elle fait partie; on doit ensuite , d'après la considération de l'effet qu'on veut produire , lui donner des contours gracieux et arrondis , ou lui faire décrire des angles saillans et rentrans plus ou moins profonds , mais toujours gracieux* Xa première disposition convient , en général , à un terrain uni et vaste ; la seconde , à un espace inégal et borné, la multiplicité des saillies et des ouvertures qui eimulent des collines et des vallons, multipliant Jès plans, et par conséquent les distances, et faisant, en outre , supposer de chaque côté une grande extension dans le terrain, iMais, si le dessin , l'ordonnance de la ligne extérieure des plantations, est la partie la plus essentielle de la construction d'un jardin naturel , puis-
?ue de là dépend la bcauUTdcs sites et des aspects, et apparence de grandeur du terrain , c'en est aussi une des parties les plus difficiles à exécuter ; la composition fie cette ligne vient ajouter encore, de nouvelles difii-
DES PLANTATIONS. lo3 collés. En effet , c'est là que les difTérens arbres qui l'arment celte ligne doivent présenter toute la beauté , loule la variété de leurs formes , de leurs ombres, de leurs teintes, de leur feuillage , de leurs fleurs , de leur port; c'est là que les contrastes de végétation , les bouquets de verdure, si on peut s'exprimer de la sorte , doivent être créés, renouvelés, mélanges à chaque instant; c'est là que doivent se présenter taiitôt les grands arbres forestiers , à ombre épaisse , à troncs volumineux , tantôt une plantation en amphithéâtre , qui offre graduellement de-
fiuis les plantes herbacées les plus basses jusqu'aux arbres es plus élevés , dans un arrangement d autant plus difficile qu'il doit paraître naturel.
Mais la ligne supérieure n'est pas tout ; écoutons ce que dit Wateley sur l'intérieur des plantations. « Mais la surface et la ligne extérieure ne doivent pas seules fixer notre attention ; quoiqu'un bocage soit beau en tant qu'objet de perspective, il est encore délicieux comme lieu de promenade , ou de repos ; le choix et la disposition des arbres pour les effets intérieurs doivent donc entrer pincipalemcnt en considération. Les arbres seront rassemblas en groupes , ou plantés sur des lignes variées et irrégulières qui décriront diverses figures ; leurs intervalles seront contrastés tant dans les formes que dans les dimensions ; il y aura dans quelques endroits de giands espaces entièrement découverts; dans d'autres les arbres seront si rapprochés qu'à peine laisseront- ils un passage entre eux , et dans d'autres ils seront aussi éloignés qu'ils peuvent l'être, en formant un même groupe. C'est dans les formes et les variétés de ces groupes , de ces lignes et de ces espaces vides que consiste principalement la beauté intérieure d'un bocage. Tel est Clarcmont, dont le plus bel ornement est une promenade conduisant à une simple cabane. »
é Arrêtons-nous maintenant quelques instans sur les principales manières de disposer les plantations.
La yôr/?/n'admetdanssa composition que de grands arbres d'une végétation forte; leur caractère doit être sombre et majestueux comme celui de la chose qu'ils représentent. Nulle plante , uul arbuste ne doivent se montrer k Tcntréc d'une forêt : tout au plos quelques buissons peu-
Iû4 ORDONNANCE
xent-ils être semés de distance en distance. La ligne extérieure de cette plantation doit être tranchée, et offrir surle-champ les contours majestueux de grands arbres, et l'ombre épaisse qui règne sous leur feuillage. Une telle plantation, très- rapprochée de l'habitation du côté du nord , donne à la vérité à l'ensemble un caractère grave et imposant , mais est toujours d'un très-grand effet. Malheureusement, quand la nature ne l'offre pas préexistante , celui qui la plante ne peut guère espérer jouir de toute sa beauté.
Le bois diffère de la forêt en ce qu'il est le mélange de taillis et de futaie , et par conséquent ne se laisse pas pénétrer à une grande distance par la vue. 11 peut donc occuper des espaces grands en apparence, mais très-bornés en réalité ; ce que la forêt ue peut faire que par un grand effort de génie de la part de l'artiste. La ligne extérieure du bois peut être , à volonté , tranchée ou accompagnée de plantations de toute élévation , à moins qu'un bois ne soit destiné à multiplier une promena de ombragée, à fournir la création d'un labyrinthe de petits sentiers , et alors il prend les noms de bosquet, boulingrin, et de quinconce 9 s'il est un peu découvert ; les allées principales qui y passent ne doivent pas y rester enfermées pendant long-temps, l'épaisseur du bois y répandant de la monotonte ; mais on peut f de même que dans la forêt , occuper agréablement les promeneurs par des clairières habilement ménagées , par des points de vue préparés de distance en distance aux lieux les plus élevés , par des chemins qui s'entrecoupent de diverses manières , et inquiètent sur la route à suivre ; enfin , par des fabriques et des lieux de repos. Les considérations de Wateley, que nous venons de citer, sont spécialement applicables à l'intérieur des bois.
Les plantations composées seulement de taillis sont d'un usage peu fréquent , à cause de leur grande monotonie, et on ne doit jamais leur donner une vaste étendue ; mais ils sont quelquefois d'une applications trèsutile, pour ménager la vue d'un lointain, sans cependant laisser le terrain tout-à-fait à découvert. Du reste , on les embellit intérieurement comme les bois et les forets, et ils partagent avec eux la destination immédiate de garnir ,
DES PLÀNTATrONS. io3 en tout ou en partie , le sommet et le penchant de la
Îlupart des collines. C'est en efïet dans cette situation que es bois ont tout leur attrait, tout leur agrément ; l'ombre Qu'ils procurent n'y est pas accompagnée de l'humi Uié des bois de la vallée ; les aspects qu'ils permettent de réserver fréquemment dans la promenade, les sites intérieursqu'unc plantation en amphithéâtre produit naturellement , les inflexions des allées, les excavation* et lej terrasses que ce terrain permet de rencontrer ç.îel là , en font un des lieux les plus agréables et les plus diversifiés d'un jardin paysager.
Les clairières, les massifs , les groupes d'arbres, les arbres isolés sont très — fréquemment employés dans les jardins pittoresques, et y sont, en effet, d une grande ressource; ilsont mille destinations diverses; ilsservent à parfaire le dessin, à le compléter; ils sont les derniers coups de pinceaux donnés au tableau; ils étendent les espaces en multipliant les plans à volonté; ils servent à unir des plantations qui paraîtraient décousues, et dont ils semblent n'avoir été séparés que par quelque accident extraordinaire; ils piquent la curiosité en cachant en partie une vue défectueuse , ou qui n'aurait pas fné l'attention pendant assez de temps ; ils servent à motiver les contours des allées, et leur donnent, ainsi qu'aux prairies et aux cultures, des formes gracieuses et arrondies; enfin , ils remplacent sur terre les îles qui , certes , doublent bien l'agrément des eaux. Toutes ces plantations exigent des arbres et arbustes de choix remarquables sous tous les rapports, et surtout bien appropiiés à l'effet qu'ils doivent produire. Mais les clairières et les groupes d'arbres (i) n'admettent que des arbres à tiges; ils sont destinés à former masses par leurs tètes, tandis que leurs troncs doivent être plus ou moins isolés et distans les uns des autres: on peut seulement en orner quelques-uns de plantes ou d'arbrisseanx grimpans , qui courent de Pun
(i) Clump des Anglais. Ils multiplient beaucoup cette plantation dans leurs jardins, parce qu'ils en ont reconnu toute la beauté.
Note Je r Auteur.
Iû6 ordonnance à l'autre en guirlandes élégantes. Il y a celte différence entre les clairières et les groupes d'arbres , que ceux-ci sont isolés et occupent des places analogues à celles des massifs et des arbres seuls , tandis que les premières s'unissent toujours aux bois ou aux forêts , et souvent en font partie ; elles y jettent une variété , un agrément que leur vue seule peut faire sentir. Au reste , aussi bien que les groupes , on les forme par la combinaison de deux , trois, quatre, enfin, un nombre quelconque d'arbres, tantôt, pour ainsi dire, les uns sur les autres, tantôt placés* à de très-grandes distances , enfin combinés de mille manières. Si les arbres isolés produisent souvent un bon effet, ils atteignent rarement la beauté d'une souche, de laquelle partent trois ou cinq jets; c'est dans les grandes forêts , dans ce.» futaies centenaires qu'on rencontre mille exemples de combinaison des clairières, des arbres isolés, des groupes, des souches à jets congénères, enfin tous les accidens de forme, qui donnent tant d'attraits à leur promenade.
Les massifs sont touffus dans toutes leurs partie» , et sont ordinairement l'assemblage d'arbres , d'arbustes et de plantes de diverse élévation , diversement groupées et réunies ; quelquefois ils ne contiennent que des arbusrcs t et même que des plantes à fleurs. C'est la scène où ils sont places qui indique ces différences de composition et de caractère. Quant aux arbres isolés, leur destination est la même ; on doit toujours les choisir remarquables par toutes leurs qualités, et principalement par les formes qu'ils affectent ; eux surtout doivent être ornés de végétaux grimpaus.
$. VIL Des allées.
Nos observations sur les allées seront fort courtes , ce que nous en avons dit au jardin fleuriste étant applicable à celles du jardin naturel , nous avons de plus indiqué ailleurs les principales directions que les allées doivent suivre y et les principes qui doivent guider dans leur tracé ; nous n'y reviendrons pas avec plus de détail , par la raison que chaque dessin , chaque terrain exige des allées diversement contournées. Nous rappellerons
DES PLANTATIONS. loy seulement que les circuits des allées doivent toujours être motivés. En effet, que représentent-elles ? des chemins forme's par le passage long-temps répété et habituel des voyageurs; il serait donc absurde , surtout pourse rendre à un endroit que Ton aperçoit d'avance, de tracer des circuits qui allongent la marche. Le lieu où conduisent les allées doit donc dire caché soigneusement, ou leurs détours doivent être molivés , soil par une élévation du terrain, soit par uu massif épais, soit par un pont qu'il est nécessaire d'atteindre , soit enfin par l'embranchement d'une autre allée. Les allées doivent conduire aux difle— lens sites , aux fabriques remarquables , en un mot , à tout ce qui peut intéresser dans la promenade , et parcourir le terrain de manière à en faire valoir l'étendue 9 l'aspect et toutes ses parties. Daus les terrains peu étendus , ('allée principale est ordinairement celle qui en fait le tour , et c'est pour elle que sont placés les massifs ; les autres allées ne sontguère que d'embranchement ou accessoires : mais, dans les grands parcs , c'est la disposition de* lieux qui détermine leur direction. Ainsi , tandis que dans ceux-ci on ne s'occupe des allées qu'a-
{>rès les plantations , dans les premiers elles sont souvent a chose principale.
Nous avons déjà dit que la largeur des allées devait être proportionnée à l'étendue du terrain. Dans un jardin naturel , à moins qu'il ne soit fort petit , les principales allées doivent avoir assez de largeur pour permettre la promenade en voiture , c'est-à-dire de sept à neuf pieds ( 2 m. 3 millim. à 3 m.). Quant à celles d'embran-
dc ce qui a lieu dans les champs où la largeur des chemins est toujours relative aux lieux plus ou moins fréquentés auxquels ils conduisent. Au reste , nous dirons que les largeurs ordinaires sont de neuf pieds pour les grandes allées, sept pour les moyennes, cinq et même trois pour les petites.
On doit toujours éviter de placer une allée ayant précisément pour point de départ la façade de l'habitation ; la pelouse se trouverait par là coupée d'une manière dé-
sagréable , et d'ailleurs la maison doit paraître située sur un chemin, et non l'avoir forme'; l'arrivée serait de plus très-incommode. Mais cette allée se prolonge plus ou moins à droite et à gauche , et parcourt ensuite les diverses parties du terrain dans tous les sens. Remarquons ici qu'on se tromperait beaucoup si on croyait multiplier l'agrément d'un jardin en multipliant les allées , on n'y multiplierait même pas la promenade ; en général , on doit à peine d'une allée apercevoir les autres, si ce n'est aux endroits des embranchemens. Ce n'est que dans les bosquets épais, où l'on veut plus ou moins former labyrinthe , qu'il est permis de rendre les allées très-nombreuses. Remarquons encore qu'une allée ne doit jamais gravir une hauteur en ligne droite f mais elle doit l'attaquer de côté , et, si elle est considérable , l'atteindre en zigzags habilement combinés.
Les massifs de fleurs ou de petits arbustes , quand on en établit, doivent être placés le long des allées, ou k
feu de distance , pour orner la promenade et y jeter de agrément. On doit couvrir les allées de sable ou de gravier pour les rendre nelles de mauvaises herbes le plus long-temps possible, et praticables à-peu-près en tout temps.