PRODUCTION DE LA VIANDE.—ENGRAISSEMENT DES PORCS
891. Diverses productions comparées.—Le tableau qui suit nontre ce qu'une tonne de foin (ou l'équivalent) doit produire dans de bonnes conditions moyennes de Ibs. de lait, ou de croissance chez les animaux, ou de viande grasse d'animaux jeunes où adultes ; et de plus, ce que coûtent ces produits à raison de $8.00 la tonne de foin. Ces chiffre: fort intéressants démontrent que l'engraissement d'animaux adultes coûte beaucoup plus cher toutes choses égales d’ailleurs, Gao celui de jeunes animaux, et quelle importance il y a de produire ou d'acheter les fourrages à la fois les plus riches et les moins coûteux possibles.
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893. Nos conditions économiques.—Placés comme le sont les cultivateurs de la province de Québec, il ne saurait leur être profitable, en règle générale, de faire l'engraissement des bœufs. Les facilités exceptionnelles, qu'offrent à l'engraissement des bœufs les prairies du Nord-Ouest et les distilleries d'Ontario, permettent de livrer ces animaux sur nos marchés à des bas prix que nous ne pouvons pas atteindre économiquement. La production et l'engraissement, dans de bonnes conditions économiques, de jeunes moutons, coûtant moins cher, et se vendant mieux pour le marché d'Angleterre que les bœufs gras, nous promettent des bénéfices. Mais ce qui ne peut manquer d'être profitable, surtout dans les parties de la province, où se pratique l’industrie
laitière, c'est la production du lard bien en chair, mais peu engraissé, lequel coûte bien moins cher de production et se vend maintenant plus cher que le lard gras.
894. Viandes grasses ou viandes maigres. — Lorsque le cultivateur engraisse pour le marché, il est très important pour jui de produire la viande qui lui procurera les plus grands profits nets. Or, il esi prouvé que, toutes choses égales d'ailleurs, la nourriture nécessaire à la production d'une livre de gras pur produira jusqu'à onze livres de viande maigre. Cela peut paraître incroyable pour qui ne pèse pas ses gorets de jour en jour, au commencement de l'engraissement, moment où ils profitent le plus de leur nourriture, et à la fin de l’engraissement. alors qu'ils ne produisent plus que de la graisse. Aujourd’hui, que les marchés des villes paient le lard maigre aussi cher, et même plus cher, que les viandes très
grasses, il devient très important de choisir les races qui donnent le plus de viande demi-grasse, avec le moins de nourriture coûteuse,
895. Importance du sujet. — Les faits qui suivent feront voir l'extrême importance de ce sujet, M. Gigault, assistant-commissaire de l’agriculture, qui arrive d'Europe, où il est allé étudier tout spécialement les questions qui ont rapport à la vente de nos produits agricoles, nous informe que l’an dernier, 1893, l’Angleterre a importé du fromage au montant de $25,000,000 (nous omettons les fractions,) tandis que ses importations de viande maigre de porc fumée (bacon et jambons) lui ont coûté $55,000,000! De plus, les marchands anglais reconnaissent que les viandes de porc préparées à Montréal sont égales aux meilleures du monde entier et ils nous assurent qu'ils en prendront en quantités
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MANUEI D'AGRICULTURE. 383
illimitées. Voilà donc un nouveau marché qui vient de nous êcre ouvert, et qui promet d’être encore plus profitable que celui du fromage et du beurre. Or, ces deux industries se complètent par l’engraissement économique des porcs ; et nous ne craignons pas d'affirmer que la fortune attend ceux qui sauront tirer de ces industries réunies tous les bénéfices qu'elles donneront sûrement aux cultivateurs intelligents, actifs, et assez entreprenants pour en bénéficier largement.
896. Engraissement des porcs.—Les conditions les plus favorables à l'engraissement des porcs sont les suivantes : lo température constante et convenable, ni trop chaude ni trop froide ; 20 propreté complète dans les souilles ; 30 tranquillité et confort des animaux ; 40 choix et préparation des sujets à engraisser; 50 alimentation riche, -hondante, variée, de très facile digestion et à des heures te: juurs régulières, donnée sans excès de manière à conserver l'appétit et à ne rien gaspiller. I] faut tuer l'animal aussitôt qu'il cesse d'engraisser avec profit.
897. La souille doit être construite de manière à empêcher le froid, l'humidité, ou la trop grande chaleur de nuire au développement où à l'engraissement des porcs. Au froid l'animal consomme en pure perte une partie notable de sa nourriture, laquelle aurait pu contribuer à la production de la viande ou de la graisse, si le porc eût été mieux protégé. L’humidité est encore pire que le froid, puisque non-seulement elle refroidit l'animal, mais que de plus elle est une cause constante de malaise et même de diverses maladies. Si au contraire, la chaleur est excessive, l'animal fatigue, transpire, perd l'appétit et, s'il est déjà gras, souffre quelquefois jusqu'au point d'étoufter dans sa graisse. La meilleure température pour le porc
à l'engrais est d'environ 60° Fahr. On peut facilement entretenir cette température dans les souilles, comme dans les étables, écuries, poulaillers, etc., en les construisant avec les précautions voulues, en les aménageant convenablement, et surtout en les abritant contre les froids extérieurs,
898. Propreté absolue.—L'animul renfermé demande, pour son développement et son engraissement économique, une propreté absolue ; puisque célle-ci est de nature à donner et à maintenir l'appétit, à faciliter la digestion, et à rendre la viande plus saine et plus délicate. Si malgré tout, l'appétit venait à manquer, on trouvera utile de brosser régulièrement et énergiquement l'animal, et même de Je laver, si le temps n'est pas trop froid.
899, Ménager les fumiers.—La propreté exige que tous les fumiers, solides et liquides, soient enlevés très fréquemment de la souille, et que leur décomposition putride y soit prévenue, de manière à éloigner des animaux toute mauvaise odeur, qui autrement nuirait à lcur santé et à l'excellence de leur viande. Le cultivateur ne doit pas oublier non plus que les fumiers, surtout ceux d'animaux bien nourris, ont une très grande valeur, et que leur bonne et complète utilisation assurera la partie la plus considérable des profits que l’on doit attendre de l'élevage et de l’engraissement des porcs,
900, Tranquilité et confort.— Plus l'animal est tranquille et à son aise, plus il engraisse économiquement. On assure le confort des animaux € ies traitant avec douceur, en leur procurant un appartement sain, une litière sèche et sbondante, un air constamment pur, une demi-obscurité entre les repas, qui les portera au sommiil, et enfin des soins de propreté irréprochables, On profitera
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de l'heure du repas et du ménage dans la souille, pour ouvrir portes et fenêtres, afin de faire entrer le plus possible l'air frais et le soleil, et de l’assainir convenablement. Il faudra également munir la souille de bonnes fenêtres et de contrevents, de manière à faire l'obscurité, au besoin, tout en admettant l'air pur tant le jour que la nuit, On assurera davantage le confort des animaux à l'engrais en leur donnant tous les jours quelques tourbes fraîches, ou conservées en tas, à l'abri du mauvais temps, pour la saison d'hiver. Les pores enfermés «évoreront ces tourbes avec avidité, et elles aideront grandement leur digestion. La terre qui s'en détachera servira à assécher les planchers et à absorber les odeurs qui autrement s'y fixeraient.
901. Le choix des sujets et leur préparation à un engraissement économique est d'une grande importance. Ilimporte d'assurer aux jeunes gorets une santé parfaite et beaucoup de vigueur, afin de les rendre capables de mieux digérer la nourriture riche et abondante qui sera nécessaire à leur engraissement, et aussi, de maintenir leur santé pendant les quelques semaines de réclusion absolue, à l’étroit, dans la porcherie, qu'il leur faudra subir, en vue d'économiser le plus possible la nourriture, et d'augmenter la qualité de la viande de boucherie. Il est fort désirable que les mères et leurs petits soient tenus dehors dans un bon enclos, où ils trouveront quelque nourriture, de l’eau pure, un bon abri, et une litière sèche et abondante, On pourra ainsi, au moyen d’une nourriture économique, les pousser en chair le plus pos-
sible, sans chercher cependant à les engraisser, jusqu’au
temps de l’engraissement final, Il est démontré que,
toutes choses égales d’ailleurs, plus l’animal engraisse
rapidement, moins son engraissement coûte cher. De plus, les risques de maladie, si grands à ce moment critique, sont ainsi diminués le plus possible.
902. Séparation des porcs à l’engrais. — Lorsqu'on engraisse plusieurs pores à la fois, il est très important de les séparer dans de petits compartiments, de deux ou trois sujets, du même âge et de même force, habitués d'avance à manger à la même auge, Autrement, il y aura querelle constante et coups de dents, au grand détriment des plus faibles, et même des plus forts, par l'excitation que ces querelles entraînent, et la perte qui s'en suit, Il est bien certain que plus l’animal à l’engrais s'agite, moins sa nourriture est profitable. C’est pour cette même raison que les compartiments doivent être petits, ne donnant aux animaux qui engraissent que l'espace qui leur est indispensable pour manger et se coucher.
903. L'alimentation des animaux à l’engrais, pour être très profitable, demande des connaissances et des soins considérables. Il faut, en premier lieu, une régularité absolie dans chacune des parties du service, afin de déranger l'animal le moins possible. Les soins de propreté, ainsi que les repas, doivent toujours être donnés aux mêmes heures. Il suffit, en général, de trois repas par jour; pourvu qu'il soient donnés de très bonne heure le matin, le midi, et tard, le soir. On incitera les animaux à l'engrais à manger le plus possible, en variant leur nourriture, en leur en donnant successivement par petites quantités à la fois, et surtout en \cillant à ce qu'elle soit le plus riche possible sous un même volume et facile de digestion. Les patates cuites, mélangées aux grains renflés et crevés, surtout aux grains moulus, produisent
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soir peut être composé utilement d'aliments plus riches, réchauffants, de pois crevés par exemple, afin de mieux soutenir l'animal pendant la nuit.
904. Notes à prendre.—Ie cultivateur intelligent, qui désire rendre l’engraissement des porcs de plus en plus profitable, fera bien d'annoter soigneusement, de jour en jour et d'année en année, tout ce qui est de nature à lui servir de renseignements dans l'avenir ; par exemple, la race, l'âge. la vigueur, et le poids approximatif des pores au moment de la mise à l’engrais ; la quantité exacte et l'espèce de nourriture employée depuis le sevrage, et pendant l’engraissement ; la préparation donnée à la nourriture ; la durée de l’engraissement et les résultats exacts obtenus ; enfin, tous les faits qui peuvent donner
de l'expérience et permettre de perfectionner cette industrie si importante,