PLANTES SARCLÉES.—PATATES
431. Double but.—La culture des plantes sarclées a un double but en agriculture ; le premier, c’est de produire économiquement une nourriture plus abondante pour les hommes et pour les animaux ; le second, c’est d'ameublir et de nettoyer la terre, en vue de la faire pousser en abondance, pendant plusieurs années de suite, des récoltes diverses, sans nouveaux travaux exceptionnels.
432. Variétés.— Les plantes sarclées les plus communément cultivées dans notre pays en grande culture, sont la patate (1) ou pomme de terre, le blé-d'inde ou maïs, les
(1) Le mot palale est si généralement employé pour pomme de terre, au Canada, que bien qu'il ne soit pas français dans ce sens, nous le lui conservons ici. En français, le mot palale s'applique à une plante des pays chauds, de famille toute différente de la pomme de terre.
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433. Travaux préparatoires.—Toutes ces cultures nécessitent une préparation suivie du sol, qui doit se commencer immédiatement après la récolte précédente sur ces mêmes pièces. Ce travail spécial est expliqué en détail aux articles des labours d'été ou jachères, art. 339 et suivants.
434. Quelle pièce choisir ?—On doit choisir chaque année pour les plantes sarclées, la pièce la plus sale et la plus épuisée de la terre, En changeant ainsi chaque année les cultures sarclées, on finira par ameublir et nettoyer toute sa terre, Ces cultures nettoyantes forment donc la base de toute rotation bien entendue, ainsi qu'on la vu au chapitre des rotations,
435. Travaux préparatoires indispensables. — C’est ordinairement dans l’année, qui précède la culture des plantes sarclées, que l’on s'efforce d'enlever sur la pièce à nettoyer les roches éparses, qui nuisent d'une manière toute particulière dans les travaux si nombreux qu'exigent les cultures sarclées. C’est également en vue de la culture des plantes sarclées que le déchaumage est particulièrement utile, Ces diverses opérations, préparatoires à la culture des plantes sarclées, ont été traitées plus haut, article 339 et suivants, C’est l’ensemble de ces travaux, qui s'appelle demi-* rchère.
436. Quand la jachère nue est-elle nécessaire ?—La demi-jachère est suivie d'une bonne récolte, tandis que la jachère nue occupe la terre l’année toute entière, Nous croyons devoir répéter ici ce que nous avons déjà dit sur ce sujet, la jachère nue devient indispensable dans les terres très fortes, que l’on cultive principalement en grains et dans lesquelles les cultures sarclées ne seraient pas
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profitables, où bien dans celles qui sont tellement sales qu'elles ne sauraient être nettoyées par une demi-jachère, suivie d'une récolte de sarrasin ou de plantes sarclées, Cependant, en règle générale, les bons cultivateurs évitent les jachères nues le plus possible,
437, Deux demi-jachères rapprochées. — Dans les terres où les plantes sarclées sont profitables, mais où la terre est très sale, on peut généralement remplacer la jachère nue par deux demi-jachères, faites soit deux années de suite, soit à une année d'intervalle, L'une d'elles est suivie d'une récolte étouffante, telle que sarrasin ou lentille avec avoine pour fourrage, et l’autre d’une récolte sarclée. De cette manière la terre est mieux ameublie et mieux nettoyée, et toutes les autres récoltes de la rotation profitent grandement de ces travaux.
438, Pommes de terre ou patates.—La culture des pommes de terre (patates) est généralement si profitable, partout où la maladie peut être évitée, qu’il importe de bien connaître les meilleures méthodes à employer. Il est évident qu'au prix actuel de la main d'œuvre, il n’est plus possible de les cultiver uniquement à la pioche. Il faut, au contraire, chercher à utiliser les chevaux dans les opérations de leur culture, même pour leur récolte.
439. Terres qui leur conviennent le mieux.—Les terres légères, sablonneuses, parfaitement égouttées, conviennent le mieux aux pommes de terre. Elles y viennent plus farineuses, meilleures et moins exposées à la pourriture.
440. Précautions dans les terres fortes, —S'il devient nécessaire de cultiver la pomnic de terre dans les 2rres fortes, il faudra d’abord choisir un endroit parfaitement égoutté ou, mieux, drainé, Puis il faudra choisir une des variétés les plus rustiques et les moins sujettes à la pourri-
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ture, En 3ème lieu, il faudra ameublir le terrain d'une manière toute spéciale, étendre le fumier à l'automne qui précèdera l'ensemencement, et ménager une issue profonde à l’eau, par de bonnes et nombreuses rigoles, Un chaulage donné à l'automne est une excellente préparation à la récolte es patates en pareilles terres. Les patates récoltées sur ces terres sont généralement pauvres en amidon. Ce qui va suivre s'applique surtout à la culture de la pomme de terre dans un sol qui lui convient.
441. Profondeur des semis. — La vomme de terre demande un terrain profondément ameubli et un ensemencement profond, d'au moins six pouces environ, afin d'empêcher les tubercules d'arriver à la surface, où ils seraient exposés à verdir, et aussi afin de donner à la plante la profondeur qui lui est nécessaire pour que les patates aient abondamment d'espace. Généralement, dans les terres profondes, elles viennent en trois rangs superposés, tandis que dans les terres trop peu profondes, il n'y : d'espace que pour un seul rang; de là une diminution de récolte d'au moins moitié.
442. Pommes de terres verdies.—Les patates verdies ne sont pas bonnes à manger. Mais elles sont excellentes pour l’ensemencement, plus rustiques et moins sujettes à la pourriture.
443. Meilleures semences.—Bien que la question soit controversée, il ne nous semble nullement économique de planter des pommes de terre entières. Le mieux, à notre
avis, est de faire germer d'avance les patates, en les exposant au soleil et à la chaleur, de manière que les germes soient courts et puissants, de couper chaque germe séparément, pourvu qu'il soit parfait, et d’assécher aussitôt la coupure au moyen de plâtre, de chaux éteinte, ou de
(fl il { cendres. Les patates, ni trop grosses ni trop petites, font ou cana IUTE les meilleures semences. S'il y a danger que les germes un con {1 | pourrissent, ou soient endommagés avant la levée, il vaut haut en {l mieux en semer deux à la fois, mais dans ce cas on arrache évidemi [| || ; plus tard le pied le plus faible, afin de laisser un espace être uti LUTISEU ; | HU suffisant à l’autre, semence HE | il [TE LE if!
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11! AOMSE Fig. 98.—Veines de la patate.
| ERNEE 444. Veines à remarquer.—S$i l’on prend une tranche 445. j 1 | mince du haut en bas d'une pomme de terre, et que l’on férable d (| | l regarde cette tranche à la lumière, on y verra des conduits, ceux de]
ou canaux, partant de chacun des germes et se rattachant à un conduit central qui traverse la pomme de terre du haut en bas, Voir figure 98, en D, Cette conformation cest évidemment en rapport avec la vitalité des germes et doit être utilisée soigneusement lorsqu'on les coupe pour la semence,
Fig. 99.—Comment on fait les germes.
nehe 445, Comment faire les germes ?—I1 nous semble préférable de couper chaque bon germe, en commençant par ceux de la tige (queue). . En coupant le germe, il faut tra-
verser 6 centre de la patate de manière à ce que chaque germe ait toute la force de germination désirable, La figure 99 indique la meilleure manière de couper les germes, en donnant à chacun le plus de substance possible, dans le cœur même de la patate, mais sans ôter la force du germe voisin,
446. Se preparer longtemps d’avance.— Les semences de patates, pour être vigoureuses, demandent des soins particuliers. Il faut : 10. les conserver en cave froide, que l'on peut ouvrir et aérer, aussi souvent qu'il n’y a pas de danger de gelée ; 20. les sortir de la cave et les exposer à la lumière et à la chaleur plusieurs semaines avant l’ensemencement, afin de donner de la force aux germes; 30. ne les couper qu'après que les germes sont verdis et bien développés, indiquant une grande force de production ; 40, les empêcher de chauffer après avoir été coupées, en les étendant le plus possible, en les couvrant de plâtre, de cendre ou de chaux aussitôt coupées, et en les plantant sans trop de retard.
447. Semis sur retour de prairie.—Toutes choses égales d'ailleurs, on obtiendra les plus belles et les meilleures pommes de terre sur retour de trèfle. On réussira bien également sur retour de vieux pâturage ou de prairie, mai la terre sera alors plus difficile à ameublir. Or, on ne saurait trop bien et trop profondément ameublir, dès l'automne précédent, les champs en prairie ou en vieux pâturage, ete., destinés à cette culture. Il faudra commencer par un labour très mince, fait dès les premiers jours d'août. Quinze jours après ou environ, il faudra briser la tourbe au moyen du scarificateur, et revenir sur le cham},. sur le long et le travers, à quelques semaines d'intervalle. Enfin, on donnera un bon et très profond labour d’au-
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tomne, Cependant ces travaux d'automne ne seront pas nécessaires dans les champs de trèfle, qu'il vaut mieux laisser pousser jusqu'au moment de faire le semis qui, dans ce cas, 8e fait sous le versoir, au troisième sillon de charrue, soit à 30 ou 36 pouces entre les rangs, selon la terre et l'espèce,
448. Epandage et enfouissement du fumier.—Si l'on doit semer sur retour de prairie ou de pâturage, il est bien préférable d'étendre convenablement le fumier dès l’automne précédent, avant le dernier labour, Si cela n'était pas possible, on étendrait le fumier au fur et à mesure des ensemencements ; ou bien on l’enterrerait par un nouveau labour fait au printemps, afin de le laisser dessécher le moins possible. 15 tonnes de bon fumier par arpent devraient suffire, en règle générale, sur les chaumes, et de 10 à 12 tonnes, sur les retours de prairies, ete. Ce système d'étendre le fumier sur le champ, en très petite quantité, est nécessaire partout où les patates sont sujettes à pourrir, mais nous le répétons, il vaut infiniment mieux le faire l'automne précédent,
449. Comment faire les rangs (billons) ?— Quand la terre a été préparée et engraissée d'avance, le cultivateur fera un sillon profond, le plus droit possible, se guidant pour cela sur ses jalons d’alignement. Puis il reviendra dans ce sillon de manière à l'approfondir et à le redresser. Plaçant ensuite un cheval dans le sillon ainsi fait et éloignant l’autre à la distance convenable, au moyen d’un long entre-deux, il tracera un second billon, qu'il redressera et approfondira comme le premier, et il continuera ainsi jusqu'à ce que le champ à semer immédiatement soit fini, ayant toujours soin de faire tous ses billons bien droits et de la même largeur.
450. Distance entre les rangs.—La distance à donner entre les rangs dépendra de la vigueur de l'espèce et de la longueur qu’atteindront les tiges. En règle générale, il ne faut pas moins de 24 pouces entre les rangs pour les espèces très hâtives, et pas moins de 36 pouces pour celles dont les tiges atteignent cette même hauteur,
451. Epandage du fumier. — Les rangs étant faits, il importe d'épandre le fumier au plus tôt, si cela n’est pas déjà fait, de le recouvrir et de semer sans retard, atin de ne pas laisser dessécher la terre, ce qui favoriserait beaucoup la levée des mauvaises herbes ct pourrait empécher celle des semis à faire, La gravure 100 indique ces diverses opérations. A droite le laboureur ouvre les sillons. Les tombereaux apportent le fumier qui est tout auprès. Un homme décharge le fumier par petits tas, qu'un homme ou une femme subdivise en parties égales dans trois sillons à la fois Ce fumier est immédiatement étendu, et les patates, le blé-d'inde, les fèves, ete., sont semés sur le fumier, à mesure qu’on l’étend. Enfin le cultivateur revient couvrir les rangs aussitôt semés. Dans les grandes fermes, où le nombre des attelages et du personnel le permet, toutes ces opérations marchent à la fois, tel que le représente la fig. 100. Dans les fermes plus petites, on fait comme on peut, n’oubliant pas les principes qui exigent que la terre et le fumier se déssèchent le moins possible, et que les semences soient mises au plus tôt dans une terre parfaitement préparée,
452. Application des engrais de commerce.—Si l’on doit appliquer des engrais de commerce en semant les patates—et rien ne paiera mieux, en général, —on le fera de suite, sur les sillons ainsi ouverts, pour la moitié des engrais spécialement appropriés aux patates. Il vaut mieux
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les semer à la volée sur les rangs ou billons. Cela fait, on plantera les germes dans le fond du sillon, à dix pouces les ins des autres, et on donnera aussitôt deux coups
Fig. 100.—Plantation des pommes de terre,
de herse pour couvrir en partie les sillons ainsi semés, Cela fait, on sèmera à la volée le reste des engrais de
commerce, et on enterrera le tout au moyen de nouveaux hersages.
453. Pourquoi planter profondément ?—Nous avons dit que les patates demandent à être plantées profondément, La raison en est simple, Dans les *onditions normales, ces tubercules, une fois formés, poussent très rapidement. Ils ne se forment que lorsque Ja plante est en fleur. Six semaines plus tard, si la terre et le climat sont convenables, les patates ont déjà acquis leur grosseur, et elles seront superposces jusqu'à trois rangs, les unes pardessus les autres, comme l'explique l’article 441. De là l'importance d'une terre profondément ameublie (t conservée très meuble pendant toute la période de croissance, afin que les jeunes patates ne subissent aucun arrêt dans leur végétation.
454, Fumier sur billon.—En semant les pommes de terre
par billons, sur le fumier, on ménage un peu celui-ci, Au
lieu d'être étendu partout, le fumier est concentré et peut ainsi nourrir plus directement la plante. En règle générale, en dehors des terres très pauvres, ce système ne vaut pas celui qui à été décrit à l’article 448, parce qu'il expose davantage à faire pourrir la récolte,
455. Quantité à semer.—Il n’est pas nécessaire de semer plus de dix minots par arpent ; de fait, sept ou huit minots de germes bien faits suffisent amplement, Pour cela, il faut choisir une semence de moyenne grosseur, la couper de manière à faire autant de morceaux qu'il y a de germes vigoureux, les plâtrer immédiatement, et planter de bons germes bien apparents, avec un intervalle d'aa moins neuf pouces entre chacun d'eux et de 27 à 36 pouces entre les rangs, selon respèce et la hauteur de
ses tiges.
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charrue