FOURRACES VERTS ET STABULATION D'ÉTÉ
589. Ses avantages. — En les mettant coucher dans une étable bien propre et bien aérée tous les soirs, et en leur faisant manger des fourrages verts matin et soir, les vaches donnent certainement, pendant la belle saison, un tiers de lait de plus qu'elles n'en donnent au pâtuage. De plus, si le cultivateur sait prévenir les pertes de fumier, il augmente la quantité de ses fumiers d’une manière surprenante ; il peut aussi diminuer, dans une forte proportion l'étendue de ses pâturages ; les vaches, mises ainsi à l’abri des intempéries des saisons, et recevant une nourriture suffisante, sont en mesure de donner du lait beaucoup plus avantageusement pendant l'hiver ; on peut ainsi traire les vaches plus à l'aise, et plus rapidement ; enfin ce système permet de garder plus de vaches, et de produire au moins le double de lait ; il convient également aux chevaux de travail, dont on a besoin tous les jours ; enfin il permet de nourrir les jeunes pores, ete., au fourrage vert, ce qui les ferait croître avec rapidité et à bon marché.
590, Nourriture.— La nourriture, qui convient le mieux aux vaches qui couchent à l’étable l'été, consiste ordinairement en fourrages verts, que l’on doit récolter dans les environs immédiats de l’étable, afin de n'avoir pas à faire à distance les lourds transports que nécessite la nourriture
en vert. On calcule qu une vache pesant 700 Ibs en vie et donnant six pots de lait (30 livres) a besoin d'environ
100 1bs des meilleurs fourrages verts par jour. Ce qu'un bon cheval peut traîner, environ 2000 Ibs, suffira donc à 20 vaches par jour, en supposant qu'elles aient peu ou point d'herbe à manger, en sus des fourrages verts.
591. La varier. — Les animaux au pâturage trouvent dans les herbages une grande variété, ce qui contribue à exciter leur appétit et à les tenir en parfaite santé. Ceux qui nourissent en vert à l'étable feront bien d’imiter en cela la nature, en variant la nourriture, donnant tantôt des trèfles, tantôt des herbages de vieilles prairies, tantôt des lentilles vertes, avoine et seigle mélangés et récoltés très verts, enfin plus tard dans la saison, du blé-d'inde fourrage, aussitôt que celui-ci sera suffisamment avancé pour être bien nourrissant: on y ajoutera, si c’est possible, des féveroles ou des fèves naines, en vert, afin de compléter la richesse de la ration de maïs, ou bien encore quelques légumes, des choux moëlliers par exemple.
592. Rotation spéciale.—Il sera très profitable d'établir pour la stabulation d'été une rotation spéciale, dans des champs très rapprochés de l'étable, dont la principale partie serait en vieille prairie, bien engraissée et bien soignée, formant la base de la nourriture ; le reste de la rotation devrait consister dans les cultures que nous venons d'indiquer à l’article qui précède, c'est-à-dire, en trèfle vert, en fourrages mélangés et récoltés en vert, et enfin en un petit champ de choux fourrage ou autres légumes convenables aux vaches laitières.
593. Vieilles Prairies.—Nous avons vu de nos yeux à l'Hôpital du Sacré-Cœur à Québec, pendant plusieurs années consécutives, faucher de vieilles prairies trois fois dans la saison, et cela à pleine faulx. Il faut l'avoir vu pour le croire ; mais comme ces réccites se faisaient en
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plein faubourg de Québec, des milliers de cultivateurs. l'ont constaté comme nous. Evidemment ces prairies avaient été parfaitement soignées et surtout parfaitement engraissées. La première fauchaison en vert pour le bétail commençait du 11 au 15 juin, ce foin ayant alors de 18 à 22 pouces de hauteur ; c’est là la moyenne de plusieurs années, La seconde fauchaison commençait vers la mi-juillet, et la dernière, vers la mi-septembre, Comme on n’en fauchait chaque jour que ce que le bétail pouvait consommer dans la journée, on en récoltait ainsi depuis la mi-juin jusqu'à la fin d'octobre.
594, Les jeunes trèfles.—Jusqu’au temps où la chose nous a été démontrée au Sacré-Cœur, nous pensions que les jeunes trèfles pouvaient comme fourrage vert se faucher plus tôt que la vieille prairie. Nous avons constaté cependant qu'il ne convient de les faucher, comme fourrage vert, qu'environ huit jours plus tard. On commence donc vers le 20 juin à donner aux vaches tantôt du foin vert de vieille prairie, tantôt des trèfles, en alternant chaque jour, jusqu’à ce que la lentille soit prête à faucher.
595, Lentille, vesces, avoine et seigle.—Nous avons parlé ailleurs de l'avantage très grand que l'on trouve dans la culture de ces mélanges de fourrages, et de l'importance qu’il y a de les semer de premier printemps, sur Jabour d'automne, avec mélange de trèfle. En les semant ainsi sur une terre bien engraissée, on pourra commencer à les faucher avec fruit pour tout le bétail, chevaux, vaches, pores, ete., vers la fin de juin et jusqu'à la mi-juillet. Vers cette dernière époque, ces mêmes fourages deviendront trop durs pour continuer à être utiles en vert. Il faudra donc n’en semer qu'une petite quantité à la fois, selon le besoin de ses animaux, et en semer, sans
mélange de trèfle, sur la fin de mai, pour récolter en vert de la mi-juillet jusqu'à la mi-août. Un troisième ensemencement, fait vers la mi-juin, donnera une abondance de ces excellents fourrages pour le reste de la saison et pour l'ensilage, ou pour mélanger avec la paille sèche, comme fourrage d'hiver,
596. Féveroles.—Les féveroles ou fèves à café forment comme nous l'avons dit un excellent fourrage pour les bestiaux, Ce fourrage, à l’époque où les féveroles sont à leur grosseur, sans être mûres, est beaucoup plus riche que celui de maïs ou blé-d'inde. Les deux réunis forment une ration suffisamment riche pour produire de bon lait en abondance, sans que les vaches maigrissent, Or cela est indispensable au succès, surtout quand les vaches sont nourries à l’étable.
597. Choux et panais.—De toutes les nourritures en vert, aucune n'est plus profitable que les choux à grandes feuilles, ou les panais, pour exciter l'appétit des vaches et leur faire mieux utiliser les fourrages verts moins succulents: vesce, avoine, maïs, etc. Il suffira au besoin, de 16 à 15 Ibs de ces légumes, par jour, par vache, en sus des autres fourrages verts décrits ci-dessus, pour obtenir un rendement en lait plus considérable et plus riche. Nous avons dit au chapitre des plantes-racines, comment cultiver ces précieux légumes,
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