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CHAPITRE VIII

Le défrichement.

Une fois en possession do la terre, une fois le logis bâti, une fois les outils achetés ainsi que les béies île travail et de renie, une fois la fonds de roulement disponible pour payer les salaires, acheter les semences et vivre jusqu'à la recolle, il s'agit de se meure à l'i.e.im'e et de cultiver.

Au colon qui a acheté la terre il est facile de procéder en toute liberté, comme bon lui semble; mais le colon qui a obtenu une concession est, Ini, tenu de se conformer aux prescriptions de son cahier des charges, de suivre les errements de l'administration, do procéder quelquefois suivant les avis et losconseilsd'inspecteursdc colonisation qui, souvent, n'ont jamais l'ail d'agriculture, ni en Franco, ni en Algérie, ou, s'ils en ont fait, s'y sont ruines.

Los conditions imputées au concessionnaire sont :

1° Construire, à bref délai, une maison d'exploitation;

2° Planter des arbres dans la proportion de trenle par heclare ;

:s- Défricher r.t r-:q,h>itrr loulrs tus terres;

4° Payer au domaine une renie annuelle rachelable.

Ces clauses doivent être remplies dans un délai de trois années, si le colon veut recevoir son titre définitif do propriété.

Parmi ces clause, celle nui ciiurerne le défrichement doit nous occuper ici, car sa stricte exécution a été cause de bien des désastres.

Les icrros qui peuvent composer une concession sont : ou des terres arable.-, elles seuil rares; ou des herbages naturels, ou des broussailles, enfin ou des marais ou des bois; souvent dans une même concession on rencontre ces différentes sortes de terrains, les marais sont rares et les bois sont rarement concédés; les herkiees et les broussailles eonsliluont la majeure parlie des terrains roiuijusaul les concessions.

Le défrichemcnl des broussailles esl Irés pénible et très

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coûteux; aussi les colons ne s'en occupent qu'en dernier lieu; ils débutent par mettre la charrue dans leurs herbages, les retournent pour y semer des céréales, et détruisent ainsi les éléments nécessaires pour l'alimentation de leur bétail et la fabrication de leur fumier ; puis ils s'étonnent que leurs récoltes soient chétives et ne rendent pas do quoi couvrir les frais qu'ils ont faits. '

La faute, du reste, n'en est pas aux colons, mais à l'administration elle-même, qui a inséré dans ses cahiers des charges l'obligation de défricher et ((exploiter toutes les terres dans un délai de trois ans.

La mise en culture de tout le sol est le but ; mais le défrichement ne doit venir qu'à son heure et progressivement.

Supposons une concession comprenant un tiers do terres arables précédemment cultivées par les Arabes, un tiers d'herbages et un tiers de broussailles. Tous les travaux de la première année doivent être dirigés de manière à améliorer les prairies, les épierrer, aplanir les inégalités de la surface, enlever les plantes ligneuses et les joncs; sar les terres arahles on détruira les arbustes, les mauvaises niantes vivaces, on neltoierale sol et on l'ameublira parun bon labour el de vigoureux hersages. On l'ensemencera d'orge et surtout de mais, de millet, de vesce, de sorgho, do lupin, d'avoine pour fourrages.

fin procédant ainsi, on pourra tenir beaucoup de bétail do rente, qui, en plus desbénéiices qu'il procurera, fournira les engrais nécessaire* nmir cmnmeueer, les années suivantes, non-seulement à cultiver une partie des terres arables, mais encore à commencer le défrichement des broussailles.

Beaucoup de bétail, c'est beaucoup d'engrais, c' est-a-dire la richesse- Peu de bétail, c'est la misère.

C'est le bétail qui a fait la richesse et la prospérité de l'agriculture en Angleterre, c'est lui qui fera la richesse et la prospérité agricole do l'Algérie.

Ces principes posés , comment procéder au défrichement? Les terrains couverts de broussailles sont les plus pénibles et les plus coûteux à défricher; parmi ies plantes qui garnissent ordinaircnieiil ces (en'ains, celle qui offre le plus d'obstacles, c'est lo palmier nain <<:l„nn,rivps Immilis), dont les racines tenaoos, nombreuses n nnireliiive*. fonnem îles loutres parfois de plus d'un mètre de diamètre, et dans lesuelles les instruments pénètrent avec lu plus grande dif-

Viennenl ensuite les chênes kermès, les grandes bruyères, les lenlisques, diverses espèces de genêts et de pueevriers, les arrête-bœufs, etc.; parmi ces broussailles se rencontrent aussi des plants d'arbres fruitiers sauvages, oliviers, figuiers, citronniers, jujubiers, etc.

Avanl de profiler à l'extraction des gros pieds, on doit commencer par enlever avec précaution, 'pour être replantés immédiatement dans un terrain bien préparé el qui servira de pépinière, Ions lus plants il' :i rb ro.-i fruitiers sauvages ; cela fait, l'extraction des gros pieds de broussailles s'opérera en creusant à la pioche autour de la souche et ou coupant les grosses racines au-dessous du collet, le plus profondement possible.

Le sol une fois débarrassé îles plus srands obstacles de ce genre, ainsi que des roches isolées à fleur de terre qui pourraionl s'y trouver, on se servira de la charrue pour retourner, ameublir le sol et le débarrasser des racines.

Une forte charrue Armelin peut, dans cette occurrence, rendre d'excellents services; cette charme, construite dans des conditions do solidité remarquable, ;i l'avantage d'être d'un prix peu élevé.

L'emploi de celte charrue, malgré sa force, no supplée pas complètement à la main-d'œuvre. Pendant son travail, il est utile qu'un ou deux ouvriers, armés de pics et de pioches, puissent rarcompngner pour enlever les obstacles , pierres ou racines qui pourrai ni 1 l'arrêter dans sa marche on causer des accidents qui nécessiteraient des réparations toujours coûleuses et difficiles.

Ce lahoiir opéré, on réunit les racines, les portions de souches et de liges ramenées a la sur-an- du sol, soit nourles hrùier sur place, soit pour les enlever pour servir de combustible.

Après un défrichement, et avant de donner do nouvelles façons au sol, tl esl indispensable do laisser à la terre neuve, ramenée à la surface le temps de s'aérer, de mûrir. Plus le défoncement aura élé profond, plus longtemps la terre doit rester en guéret; mais, règle générale, avant de donner un nouveau labour, ainsi que des hersages, il faut aumoinsqu'elle ait subi les alternatives de pluie et de soleil qui, en Afrique, produisent les mêmes effets que les gelées dans le Nord, enfin, pins le défoncement aura été profond, plus la quantité do fumier a répandre sur ie terrain défriché devra être considérable.

On peut encore, après un défrichement, semer un Irène incarnat on des lupins, pour les enfouir au moment de la limaison; ces [liantes enrichirent le sol au moyen do leurs délrilus, et sont d'une précieuse ressource comme engrais an début d'une exploitation, nu lorsque l'étal des chemins rie permet point, à moins de grands fr;ns do transport, l'emploi des fumiers. Les engrais vert- conviennent minix en Algérie que dans le Nord, par la grande quantité d'humidité qu'ils renferment.

Le Irèfle incarnai réussil presque loiijtniis, même quand on le sème immédiatement nprés un .1. fi it liomenl.

C'est aussi au moment <U rrirli.-nn'iiis iju il importe d'appliquer au sol les amen.lemr-oi. qu'us nécessitent : la chaux, la marne, etc., destinés à fin modifier la constitution physique, minéralogique ou chimique.

Enfin, c'est au moment où l'on procède aux travaux deiiofrichemenl que doivent s'accomplir les ouvertures de fossés pour l'écoulement des eaux, le nivellement du terrain, les canaux d'irrigation ou les opérations de drainage, si l'utilité

L'époque la pius favorable nu dû fric hement dans les bonnes terres est l'automne, après les premières pluies; mais, à cette épo:jtn:-. tous Un brus et ions le* attelées sont oi/.'H[ji aux façons à donner a la terre destinée à recevoir les se mailles d'automne; iicuruui-emerit les travaux de défrichement peuvent s'opérer toute l'année, à l'exception toutefois des mois de juillet, d'août et de septembre, où d'ordinaire la terre est trop desséchée.

An minimum, le udrirheuîent d'un lieciare revient de 150 à i!00 fr., et peut s'élever à i et 50U fr. Dans ce dernier cas. il moir.s de circonstances exceptionnelles, le mieux est de renoncer à la mise en culture lie ces terrains, et de les conserver tels quels pour les convenir successivement on planta-

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