‹ Manuel d'agriculture pratique algérienneChapitre 15 sur 39 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Semailles et plantations.

Il no suffit pas seulement que la lerre 6oit bien disposée pour recevoir la semence.il faut encore que celle semence soil convenablement distribuée.

La perfection d'un serais serait de pouvoir dire qu'on a déposé un à un les grains dans la lerre à des profondeurs et a des distances touIubs, en largeur et en longueur ; aujourd'hui, comme se fonten général les semailles, c'est répandre plus ou moins uniformément les graines qui doivent se transformer en végétaux.

Pour qu'un serais soit bien fait, il faut qu'il satisfasse à (ies conditions essenlielles: 1" que la semence soit également répandue; 2" qu'elle soi I. répartie en quantité déterminée, pour non éloniiiu; donnée.

Mais, dans la pratique, en suivant la routine, il est difficile .[miles semni '.\-.<.< puisent jamais remplir d'une manière satisfaisante ces deux conditions ; quelle qui; soil l'habileté 'd'un semeur, la graine est souvent io^ai émeut répartie, et il en résulte de grandes places vides au moment où la plante se développe, tandis qu'à côlé les semences trop agglomérées se nuisent mutuellement.

Le seul moyen de régulariser et d'économiser la semence, est d'avoir recours aux instruments spéciaux employés aujourd'hui dans toute l'Angleterre et dont l'usage devient de plus en plus général en France.

Les principales us'jèet^ du semailles sont: 1° les semailles à la volée; 2" les semailles en lignes ou en rayons; 3° les semailles sous raies; i° les semailles en poquels.

S H. — Semailles à la volée.

Cette manière est la plus répandue ; bien qu'elle ne soil pas la meilleure, c'est colle que l'on a pratiquée de tout temps et dans tous ies pays.

Le semeur porte la graine dans un sac on dans un long tablier suspendu à son cou ; si c'est un tablier, il roule fortement son extrémité intérieure autour du bras gauche, et jette les poignées de semences devant lui, en leur faisant décrire une demi-circonférence de droite à gauche. M, Jourdier recommande ausemeur de marcher d'un pas ferme etrégulieret en se balançant en cadence ; il doit avoir soin aussi que la main droite marche en mémo temps que le pied gauche se lève, afin que l'un serve à l'autre de contre-poids.

M. Jourdier recommande une excellente méthode, qui régularise et économise la semence jetée à bras d'homme. Pour cela, il faut gaufrer ou rayer \u terre, pourrait-on dire. On a dans ce liutun instrument que les Anglais appellent land pressera ou rayon neurs rmiii»-i'.vt-u>-;< : ce sont des sortes de roues en fonte taillées sur leur circonférence en cono tronqué el qui ont pour but de faire dans le sol des sillons analogues à ceux qu'on fait, sans le vouloir, quand on passe dans un champ meulilo avec une voilure chargée.

Si, sur une terre couverte île ce; I rares creuses, parallèles entre elles et écartées l'une de l'autre de telle distance qu'on voudra, on sème à la volée, les grains tomberont dans les raies, et le hersage y ramènera ceux qui seraient restés dans les intervalles.

Celte méthode, trop peu répandue, donne d'excellents résultats.

5 III. — Semailles an lignes om en rayons.

Ces semailles s'exécutent an moyen d'instruments appelés semoirs, et. qui sont de deux espèces principales: les semoirs à brouette el les semoirs à cheval.

Le semoir à brouette, qu'un homme pousse devant lui, est simple et coûte peu, mais il no sème qu'une ligne à la fois et no peut élro employé dans la grande culture. Cependant, dans la petite et même la moyenne culture, il peut rendre d'utiles services.

Le semoir a cheval sème depuis quatre jusqu'à sept lignes à la fois. Avec cet instrument on n'a pas besoin de semeurs spéciaux d'une adresse lotilc p ;;rticnlière, lasemence est plus également répartie, il y a économie de semence et le grain est recouvert instantanément et garanti contre les dégâts des oiseaux et des insectes. Enfin, en se servant du semoir à cheval, les plantes sont espacées d'une manière régulière, qui permet plus tard de les sarcler soit à la main, soit avec des instruments à cheval qui diminuent les frais et lu durée des

Dans son traité sur le matériel agricole, M. Jourdier a démontré que c'était ]>iin ci paiement de la manière de semer que dépendait la fécondité ou la plus ou moins grande stérilité des céréales. Celte vérité a été parfaitement reconnue par Iob Anglais, qui ont porté toulo leur attention pour résoudre ce problème économique qui consiste à semer le moins possible pour récolter le plus possible. Un bon semoir peut seul atteindre ce but-

Le semoir mécanique le plusparfait, devrait, d'après M.Jourdier, avoir pour fonctions indispensables :

1" De tracer lui-même les rations où seront déposés les semonces et rendrais. Ces rayons auront la largeur que l'on voudra, cl seront espacés entre eux comme on l'entendra; niais la profondeur qui aura Tir déterminée pour ces rayons devra surtout rester géométriquement invariable, selon la volonté de l'opérateur;

2" De déposer les semences, soit par unités, soit par nojtffies groupés, en maintenant, soit en ire les grains isolés, soit ontro les groupes, îles intervalles ealnilês, c'est-à-dire en établissant un rapport iiiaihr.matiiptnnent exact entre les quantités de grains semés et l'étendue îles lignes ou des surfaces ensemencées -, de pouvoir semer cniin avec la cerlilude m< s r.am(jtitmvnt acquise qu'on ne laisse pus de lacunes ou de [larlies vi.hs sur le terrain;

3° De distribue!' l'en'.'rnis vn un" me temps que les semences, précisément aux lieux où se développent les racines et à la même profondeur;

à* De recouvrir les semences et l'engrais sans les déranger des lieux et de la profondeur où ils sont déposés ;

3° De niveler la terre rabattue sur les rayons afin qu'elle no modifie pas, par un exédant de niveau, la profondeur donnée à ces rayons;

6° D'appuyer la terre sur les lignes ensemencées lorsque cela est jugé nécessaire, et d'éviter au contraire cette compression lorsqu'on la croit nuisible.

Jusqu'à ce jour aucun des semoirs qui ont été construits n'exécutent toutes les fonctions que nous venons d'énoncer; aucun n'est, à vrai dire, encore exempt de critique, mais cependant tous rendent de bous offices, parce qu'ils sèment plus ou moins en lignes, ce qui augmente les rendements et facilite le sarclage et le binage, enfin parce qu'ils procurent tous une cerlaine économie dans l'emploi de la semence.

Les graines qu'on sème le plus communément avec les semoirs sont celles des plantes qui ont besoin d'être sarclées et réclament impérieusement le binaire. Tomefoison commence à s'en servir pour les céréales, le [roment parliculièrcmeni.

Du reste il n'est pas de graines auxquelles celle méthode De soit bonne à appliquer.

S IV. ScmiUlu «mirait).

On appelle ainsi des semailles failes à la volée qu'on enterre ensuite a l'aide d'un labour léger. Cette méthode est assoKconmnnément employée en Algérie par les indigènes ainsi que par les colons. Dans ce cas les charmes polysocs et les scarificateurs sont d'un excellent usage. Dans les terres tories, les semailles sous raies viennent très bien.

5 7. — Semailles eo poqooli.

Sur la (erre préparée on fait, au moyen d'une binette on d'une houe, des irous de dislance en distance et dans lesquels ou dépose deux, trois ou quatre "raines qu'on recouvre de deux ou trois travers de doigt de terre ; ces trous s'appellent poquels ou potets. On sÈme ainsi les haricots, le colon, les fèves, e le.

Cerlaines plantes ne se perpétuent pas en culture par graine, mais par planls de tubercules, comme les pommes de terre et les topinambours, ou par caïeuv comme l'ail.

Les plantations s'exécuieni alors ainsi : On donne un labeur ordinaire; des femmes ou des enfants suivent la charrue et déposent les tubercules ou plants dans le sillon ; la charrue les recouvre au tour suivant.

Pour certaines plan tes, l'ensemencement secompliqued'une seconde opération : le labac, le ml/a. par exemple, sont d'abord semés en pépinière, puis transplantés ou repiqués ailleurs.

Les terrains destinés aux premières sont ordinairement choisis avec soin, lu tu fumés cl irai aillés plusieurs fois à la bâche jusqu'à ce que les molles soient exactement détruites.

Lorsque le moment du repiquage est arrivé, c'est-à-dire, en général, quand le jeune plant commence à prendre six à huit feuilles, on enlève ce plant avec soin et autant que possible avec une partie de la terre qui l'a nourri. On le dispose avec précaution dans une corbeille, la racine en bas, et on le transporte sur le champ qui doit !e recevoir et qui a été d'avance convenablement préparé, hersé et tassé au rouleau, si la terre est de nalure légère.

Le plan est repiqné an moyen d'an plantoir on piquet, à la dislance convenable ; il est enterre exactement jusqu'au collet, en ayanl soin de veiller à ce que lalerre, en tombant dans la cavité formée par le plantoir, ne laisse pas d'espace vide dans l'intérieur. La plante repiquée doit être arrosée immédiatement, et il est utile, pour le tabac, par exemple, de la recouvrir de suite avec une poignée d'herbes fraîches pour la garantir d'un soleil trop ardent.

Pour faciliter les plantations on se sert d'un instrument appelé rayonneur. if consisle en un châssis de bois mont.» sur roues et garni de dents qui tracent des raies sur le sol et dont on peut faire varier à volonté l'écarlemenl. On trace ainsi des raies en long et en large, et sur l'espèce do canevas ainsi dessiné, l'ouvrier ait ce qu'il doit planter à chaque point de rencontre des lignes.

Page 1