CHAPITRE XI
Cultures d'entretien.
Pendant qu'elles sont en végétiiliori termines plantes exigent qu'on donne au sol cerlain.es préparations dont les plus importantes sont : les sarclages, les binages et les battages.
On confond assez souvent les deux premières opérations; elles sont cependant très distinctes. Le saTdage a pour but principalement la destruction des mauvaises herbes; le binage est une façon donnée an sol, afin d'en ameublir la superficie; le but qu'on se propose est de réchauffer la terre on en brisant îa croûte pour augmenter les surfaces en contact avec l'atmosphère.
Quant au huttage, comme son nom l'indique, c'est une opération destinée à butter on rechausser les plantes.
g T. — Sarclages.
On se sert pour sarcler de houes ou binettes à main ou de houes à cheval.
Les houes à main varient considérablement pour la forme de la lame et la longueur du manche; il importe toutefois de fixer l'attention des cultivateurs sur ces instruments qui paraissent très simples : » Quand on fait sarcler, dit M. Jourdier dans son Matériel ai/ricoh; il faut veiller il ce que les binettes soient toujours bien tranchâmes, puisqu'on veut détruire principalement les mauvaises herbes; autrement, on déplacerait tout simplement les racines , et à la première pluie l'opération serait à recommencer.
« Quant au manche, plus il est long, moins il est bon poulies sarclages, surtout pour ceux dans lesquels il faut de temps en temps que l'ouvrier prenne les touffes d'herbes à la main, afin d'en mettre les racines au vent, après les avoir dégagées de la terre qui pourrait très bien les maintenir en vie. s
Les houes à cheval ont sur les houes à main l'avantage de faire beaucoup plus d'ouvrage cl de coûter moins cher de main-d'œuvre, et par conséquent de permettre une foule de
sarclages nui seraient impraticables an Ire m ont, car il est souvent difficile de se procurer au temps voulu assez d'ouvriers pour sarcler.
| H. — Binsgn.
Les binages s'exécutent avec, les infimes instruments que les sarclages ; mais, ayant j.our luit, entame nous l'avons dit, d'ameublir la lerre en brisau! la croûte pour augmenter les surfaces en contael avec l'ai !iios|iïkt(.ï el de favoriser aussi la végétation, il est moins ini^uri im l d'inuir une binelte bien tranchante.
On bine aussitôt que l'étal du srd le permet et que la présence des mauvaises herbes lYxisre : il ne faut pas attendre surtout quo ces mauvaises herbes aient pris leur croissance entière, sans quoi elles montent bientôt en graine, el en les binant on ne fait que les semer.
Une culture reçoit ordinairement plusieurs binages, et les derniers doivent rire plus profonds que les premiers. Enfin, on doit plus fréquemment biner pour ameublir dans les terres fortes que dans les sables e! les terrains légers.
Le binage convient non seulement aux terres qui viennent d'être arrosées, mais encore à celles qui ne sont pas susceptibles d'irrigation. C'est une grave erreur de croire que Tarn eublisseme ni du sol favorise l'évaporationde l'humidité; au contraire, les plantes ne souffrent jamais autant de la sécheresse que lorsque la 'surface du sol, battue et durcie, forme une croule qui interrompt toute communication avec l'atmosphère. " Lorsque la surl'are du sol est bien divisée, dit M. Hardy, elle accomplit deux fondions physiques; pendant les nuits fraîches, elle ali.r.irbc l'humidité de l'atmosphère; a défaut, elle agi! sur l'humiiinc dik-neuj'c du sol et du soussol, en l'attirant à elle par la force capillaire. j>
Les houes à cheval présentent sur celles à main des avantages d'économie et de rapidilé ; enlin il est bon d'ajouter que les binages se présentent dans une saison où le plussuuvent les attelages de ferme n'ont rien à faire ; mais l'emploi des instrumenta à cheval n'est possible que dans les cultures on lignes.
| III. — Bnttage,
Le bnttage estime opérai inn donl la valeur a été contestée par plusieurs agronomes, Mathieu de Uorabnsle entre autres, el qui cependant, dans bien des cas, es! très utile pour rechausser les plantes.
Une charrue tourne-an-ilie. à laquelle ou fixe un versoir de chaque coté, forme un excellent butloir.
Pour que le bullage produise de bons effets, il faut qu'il
ait lieu an moment où la terre vient d'être ameublie par un binage; si elle était dure, le butteur fonctionnerait mal.
§ 1T. - ImgatiM».
De ions les soins a donner à la plante pendant le cours de sa végétation, il n'en es! pas, en Algérie, do plus utile, do plus essentielle, de plus indispensable que l'irrigation.
Indispensable a lavio des individus comme breuvage, l'eau, disait dernièrement M. Barny dans un excellent travail sarle régime des eau-r mi Ai-jèrie (1), l'eau devient, combinée avec la chaleur, un élément créateur qui vivifie la terre et en décuple les produits.
L'Algérie n'est pas dotée largement sous le rapport des eaux, il faut le reconnaître ; mais il faut reconnaître aussi qu'on n'a rien fait dans ce pays pour s'enrichir de cet élément-, au contraire, on s'est appauvri ea déboisant les cimes elles pentes que la neige couvre à peine quelques instants de l'année, disparaissant aux [.m. 1 in i ers nmnis du soleil.
■ Les régions situées aux pieds des montagnes, dilM. Barny, sont traversées par des torrents qui, dans leur impétuosité sauvage, se hâtent vers la mer, ou qui vont se perdre dans les parties basses des plaines et alimenter des marais d'où s'exhalent, pendant l'Hé, .les mi.ismes funestes, véhicules invisibles, qui portent avec eux la maladie et la mort. Ils s'épandent au sortir des gorges et s' emparent, à leur gré, des terres qu'ils dévastent : l'été, ils ae sont plus qu'un mince filet d'eau, d'autant plus pivdeiix qu'il est plus rare. »
Quelle que soit la quanlité d'eau dont on puisse disposer, il est évident que si cette eau était employée â l'irrigation, la production serait sans limite.
> Irrigations! disait M. de Gasparin en i84S; c'est un cri unanime, et jamais le bon sens national ne s'est mieux fait sentir. — C'est un cri de salut et de rédemption. Les sources do nos montagnes etdenos lleuves roulent annuellement des milliards à la mer : une pensée et une volonté peuvent les fixer sur notre territoire, »
Irrigations! C'e>: aussi, répéterons-nous, le cri de salut et de rédemption de l'Algérie.
Malheureusement la loi de 1851 , sur la propriété, place les eaux dans le domaine public elles rend inaliénables; ce principe d'inalicnabili té est défavorable il l' agriculture qui n'a sur les eaux que des droits précaires et temporaires. Dans la discussion qui eul lieu à la Chambre, ce principe avait été
(1) At(Sr, 1860.
énergiqnement repoussé par M. ltaudol. s C'est nn principe détestable et funeste, disait-il. L'administration devient ainsi maîtresse de donnera l'un et d'ûler à l'anlrc. Les propriétaires n'ayant plus aucun droit légal, il n'y a plus de propriété inviolable, il n'y a plus que l'arbitraire. La colonisalion seraimpossible dans ces conditions. En France, le congrès de l'agriculture proteste contre les principes qu'on propose d'adopter pour l'Algérie. »
La révision et la modification de la loi de 1831 est donc urgente cl indispensable. « Le principe de l'inaliénabilité des eanx, dit M. Barny, dans le travail remarquable que nous avons déjà cité, est plutôt fâcheux que favorable à l'agriculture. Et la question est prai e en Ak-érïe. où la jouissance irrévocable d'un certain ïdIuuic .l't'iin, dans ce pays et sous ce climat, conslilue une porlion considérable de la' valeur I iniiiiinhle — A""> I- 't iirae <*[■'. lu l-u .J» ts'.l . il n'est pas possible que les propriétés qui y seront soumises acqnièrenl jamais une valeur normale. »
Avec le principe d'inaliénahililé il est impossible qu'un syndical puisse se créer pour es écuicr les travaux nécessaires pour rassembler les eaux destinées à l'in iiialion ; cependant, en France, l'association ;i déjà rendu d'immenses services à l'agriculture; les syndicats de lii scintiller, de la Dombe, ont démontré ce qu'on pouvait faire et obtenir pour assainir et améliorer des contrée? il, ''-.niées, et les résultats obtenus ont été tels que le crédit foncier a été autorisé à prêter aux entreprises d'irrigations.
Avec la loi de 1 851 , que pourraient, en Algérie, obtenir du crédit foncier les associations de propriétaires? Rien; car des droits précaires et temporaires sur les eaux ne seraient pas une garantie suffisante pour cet établissemenl de crédit.
Les irrigations produisent les plus heureux résultats sur la végétation ! » Si deux de chaleur, multipliés par deux d'eau, ne donnent que quatre de produits, .lit M. de tlasparin, quatre de chaleur multipliés par quatre d'eau donnent seize. De là l'effet miraculeux de l'irrigation dans le midi. > Mais les irri-
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si elles n'étaient pas complétées par des binages donnés à propos. L'irrigation, comme l'a dit souvent M. Hardy, lasse et mastique le sol, au pointde l'empêcher d'élro pénétré par l'air et la chaleur, si l'on ne s'empressait de le diviser et de l'ameublir par des binages. Cette façon offre, en outre, l'inappréciable avantage de conserver pins longtemps au (errain l'humidité qu'il vient d'acquérir.