CHAPITRE XII
Travaux de récoltes.
Les travaux compris sous celle dénomination, etquenous allons passer en revue, sont la fauchuison et la fenaison des fourrages; la moisson comprenant la coupe, le liage et la rentrée des céréales, enfin l'arrachage des racines.
SI. — FtUlchÙHB.
Nous avons indiqué (chapilrc ISI, § xi et suivants) les instruments en usage pour celle opération; nous n'y reviendrons que pour recommander encore une fois l'emploi des machines, assez. lent à se propager malheureusement. [.'Algérie, à l'époque des récolles, souffre du manque de bras; on est oblige de faire venir de France des faucheurs et des moissonneurs, et de payer fort cher la main-d'eeuvre; le travail des machines présente plusieurs avaniages: il est plus expédilif, beaucoup mo.ns coûteux et ne fait jamais défaut an cultivateur; ces considérations doivent, dans un avenir peu éloigné et que les écrivains agricoles cherchent à rapprocher, faire donner la préférence an travail de la machine.
L:s récolte 'les fourrages commence ordinairement en mai; il est assez difficile de déterminer l'époque précise de la récolte des prairus naturelles ; les phinles qui les composent sont très-variées, et viennen! souvenl a maturité a des époques différentes; il est donc utile, avant, de faucher un pré, de savoir quelles sont les principales plantes qui le composent. Le cultivateur qui fait coiisunimer r,ii<y, lui son fourrage doit rechercher surtout la quantité de matière nutritive contenue dans la plante ; telle espèce de plante, arrivée à une maturité complète, ne fournil plus qu'un foin dur, peu savoureux et peu nourrissant ponr le bétail. Les cultivateurs qui vendent leur fourrage prennent noies .le précaution: ils n'estiment que le poids brut el attendent alors que la plupart des plantes aientatnené leurs graines à ii)aluntéc.i>:a;i[èle ; mais. comme dntis îjna bonne exrdoilaiion il n'y a jamais trop de hélail
qu'on iloil bien entretenir, le colon ne doit rien négliger pour obtenir le meilleur fnnrni-e. Voici, d'après Victor l)orie, Sa liste des piailles qu'il nmvirnL de fauclicr à l'époque de la floraison : fétuqiic élevée . réiuque roseau, brome stérile, brome des lotis, ln'ome à pi lis leur- Heurs, fétuque dure, fétnqnc des prés, bouque molle, bouque laineuse, pbaîaris roseau, poa àpelitos fouilles, alopéeure des prés, avoine pubesce nie, avoine des prés, avoine jaimàhToi pàlurin des prés.
Les plantes qu'il convient .le faochiT à l'époque de la maturité des graines sont : la tléole des prés, le dactyle pelotonné, l'agrostis traçante, la fétuque rouge , l'ivraie vivace, la brize tremblante, la cynosure à crête, la douve odorante et le poa commun.
Toutefois, quelle que soit la nature des plantes qui composent uno prairie naturelle, il est toujours plus avantageux de faucher à l'époque de la floraison que de couper plus lard ; le foin est plus savoureux et plus nutritif.
Parmi les précautions à observer pour la fauchaison. i! en est une qu'il importe d'observer, c'est do faucher le plus près possible de terre, autrement on diminuerait le rendement et on laisserait de pms truioams qui, en séchant, durcissent et rendent les secondes coupes plus difficiles.
Le fourrage est l'âme d'une ferme, dit P, Joigneaux ; les bèïes en vivent , le fumier vient de là, et le fumier est tout. Le colon doit donc surveiller tout particulièrement ses foins, le succès agricole est là.
Due fois l'herbe fauchée, il importe de la faner avec soin .
Le foin sèche en trois ou quatre jours en Algérie , et dans notre colonie, à l'époque do laTenaison.onn'a pas a craindre, comme en France, les pluies ou l'humidité; le foin peut donc sans danger, rester eu andains plusieurs jours; mais, dès qu'il a commencé à sérlier, il faut éviter soigneusement, eue la pluie ou la rosée ne le surprennent dans cet état. Il faut donc le relever chaque soir ou dans la journée si la pluie devient imminente, ce qui arrive fort rarement toutefois. Au fur et à mesure que la dessiccation avance, on augmente le volume des tas qui sont étendus le malin; le foin est retourné dans la journée et les tas sont refaits le soir.
Toutes ces opérations nécessitent un grand nombre de bras; aussi croyons-nous que, dans peu d'années, on aura adopté partout les faneuses et les râteaux qui, avec un homme et un cheval, remplacent au moins dix faneurs.
Quand le foin est suffisamment sec pour ne pas fermenter
en las, on en fait des metiles dans les champs mêmes. Ces meules doivent aire faites avec soin, bien lassées dans tmiles leurs parties, élevées régulièrement de manière a pouvoir resler pendant plusieurs mois sans Irop s'affaisser, et être le moins possible pénétrées p:ir les rnsées cl par l'air. Dans ses instructions agricoles, P. Joigneaux recommande
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un'i.'i) le ri.irjservo au Sun il, soit en meules. ■< Plus lu le fouleras, dit— il, moins il s'échauffera et mieux il conservera son arôme. »
Une pratique excellente et qui ne saurait atre trop propagée, c'est la compression, soit au moyen d'une presse hydraulique, soit au moyen d'un pressoir ordinaire. Le foin se trouve ainsi réduit à'un soplième environ de son volume ordinaire ; le foin compressé est d'un transport et d'une conservation plus faciles, il ne craint plus lu pluie et peut se conserver plusieurs années. Il est incroyable que celle méthode, connue depuis loneiemps, recommandée par des agronomes éroériic^ei appliquée aux fourrages que la marine transporte, ne soit pas adopléc partout.
S lil. — Moîuo».
La moisson en Algérie se fait avec de grandes facilités ; on n'y a pasit craindre, comme en France, les pluies et lesorages; le ciel y est pur et reste quelquefois quatre mois sans donner de plnies; il n'y a donc pas lieu de se précipiter pour faire le travail et sauver la récolte menacée par un excès d'humidité ; la sécheresse et la chaleur du jour permettent de laisser sur place les céréales qui ne germent jamais en javelles, en gerbes ou sur les aires où on les transporte.
En France, comme sous Ions les climats brumeux, on recommande de couper les céréales quelques jours avant leur parfaite maturité, afin d'éviter la porte produite par l'égrenage; cette manière d'opérer ne serait pas sans danger en Algérie. ■ Le blé, dit M. Hardy, l'habile directeur de la pépinière du gouvernement, le blé, coupé avant d'Être complètement mûr ei avant que la pailb' ait perdu toute teinte verte, puis exposé à Parieur du soleil, éprouve une dessiccation subito par l'effet de laquelle, le giraiii se retirant sur lui-même, perd de son volume et de son poids, et devient très difficile à battre. r>
Du reste, les variétés de blé dur cultivées en Algérie sont très rustiques et peuvent rester sur pied longtemps après leur complète maturité, sans courir le risque de s'égrener. Les blés tendres, plus sujets à ce mouvement, sont toujours ceux pur lesquels on doit commencer.
L'époque de la moisson esl souvent en Algérie une époque de crise pour le cultivateur, qui peut dilbcilcrmiT'.t se procurer les bras nécessaires pour nn travail qui doit assurer le produit de toute une année. Il lui faut, ou se procurer des indigènes qui travaillent mal, ou des ouvriers européens dont la main-d'œuvre est très élevée; les Arabes moissonnent à la faucille, coupent le chaume à 40 centimètres au-dessous de i'épi, laissant ainsi les deux tiers de la paille dans le champ; c'est là une perte pour le cultivateur qui pourrait vendre sa paille ou l'employer en litière pour son bétail, ce qui vaudrait encore mieux, puisque celle paille augmenterait d'autant la somme de fumier.
Les ouvriers européens se servent habituellement de la faux qui fait un travail plus rapide, mais elle a l'inconvénient d'ébranler le grain.
L'importation des machines à moissonner, dont nous avons parlé (chapitre Kl, g xv), esl une nécessité pour les cnltivaleurs qui, avec une dépende moindre, obtiendront une plus grande somme de travail journalier ; cette importation sera aussi un véritable bienfait pour le pays.
Les céréales coupées sont mises en javelles, puis réunies eu
^Après la mise en gerbes, on laisse sur le champ ou bien l'on dispose des mot/ete; bien que les pluies ne soient pas à craindre, il vaut mieux encore iviiiiir b:s -erbes, parce que la paille étalée on exposée aux alternatives du serein des nuits et de la chaleur du jour subit nue espèce de rouissage el devient noire, ce qui la gale entièrement.
La mise enmc.ji itt-s, en u>n;;o dans le Nord, est une pratique rccommandable partout; elle est extrêmement importante pour la noii-i'i'vniiim îles crains et mérite qu'on fasse des efforts pour la propager. Voici, d'après MM. Girardin et Dubreuil, comment on procède :
« On aplanit cto^li'titihtiI lo soi ;'i l'endroit le plus sec et le plus élevé des champs ; on y dépose trois javelles, de manière que les é|)is ne touchent pas la terre, et l'on pose sur cette première base un rang circulaire de javelles, les épis convergeant vers le centre et se tournant sur ce point ; on continue à disposer parai ièlement plusieurs liis suc ressii> do javelles jusqu'à la hauteur ile l ra 30 environ. Tous les épis étant réunis au centre, ce point se trouve plus élevé que le pourtour, et l'eau qui pourrait s'y introduire tend alors à s'écouler au dehors. On ajoute de nouvelles javelles en croisant de plus en plus les épis au centre, pour diminuer graduellement)^ diamètre de la moyette, el lorsque l'exhaussement central forme une inclinaison d'un demi-angle droit environ, on s'orrelc el l'on recouvre la moyette avec tin cha-
peau formé d'une grosse gerbe renversée et liée solidement.
« Les moyens.- peuvent iiii>=i être construites de la manière suivante, c'est la plus usitée : on prend un certain nombre de javelles équivalant à trois ou quatre gerhes ; on les place debout, do manière à former un faisceau, et on le lie à 20 ou 25 centimètres au-dessous de l'épi-, on ouvre ensuite ce faisceau par le bai. du maoière à lui donner du pied et à faciliter à l'intérieur lacirruialion de l'air, puis on couvre ce faisceau d'un chapeau formé d'une gerbe renversée dont on a ouvert les épis et qu'on lie avec le sommet du faisceau. »
Cetlo seconde sorte de moycHos est plus prompte à construire que la première et suffit en Algérie où les pluies ne sont pas à craindre; mais dans le Nord on préfère la première qui garantit mioui le grain contre une pluie prolongée.
Quand ces nioyetles sont bien faites, elles peuvent durer un mois et plus, après quoi on met en gerbes et on rentre, lorsqu'on ne bal pas sur place.
S IV. — Battage.
En Algérie, comme, du reste, dans le Midi, ou emploie plus frénueiunieni le dépiquage.
Le dépiquage se fnii. par les pieds des animaux ou au moyen d'un rouleau en pierre conique. Iles deui méthodes sont défectueuses, pulvérisera la paille el mrlenl an grain beaucoup déterre dont il est ensuite difficile de le débarrasser.
L'introduction des machines à battre est un progrès notable dans le dépiquage des grains. Celte introduction remonte à plus de douze ans dans la province d'Alger, et l'usage en devient de plus en plus général; malheureusement, dans les deux autres provinces on ne rencontre guère de machines à battre que dans les grandes c\ploi:;iiiiins européennes. 11 serait à désirer qu'il s'établit, comme cela a lieu aux environs d'Alger, des personnes ou des compagnies qui iraient battre la récolte des petits cultivateurs dont l'exploitation n'est pas assez importante pour supporter les frais d'achats d'une machine à battre.
Nous renvoyons pour cequi concerne les machines abattre au chapitre Hl, g xvi.
En Algérie les céréales se vendent au moment de la récolte ; on livre immédiatement après le dépiquage ne réservant que ce qui est nécessaire à la consommation et à la semence. Ce mode est bon en ce qu'il économise beaucoup do travaux d'emmagasinage et de conservation ; cependant, s'il
(■tait nicirPMii'p tir ronr-i-ri nr tout on partie de la rfcollc, il faudrait alors mettre en moules ou en silos. (Voir chapitre III,
S V. — Arrachage des racines.
Cotte opérafion.— et c'est le procédé le plus partait, quand les plants sont irréfiulicremont dispose s, —s'exécute d ordinaire a la main arec la fourche ou ta houe ; mais quand les racines ou les tubercules ont été plantés en ligne, on peut et mieux se servir d'un buttoir ou d'une charruo sans versolr. Le travail de ces instruments, par la rapidité de l'exécution, par une grande économie de main-d'œuvre et par le labour qu'il donne en mi'me temps ii hi icrrc, iloil toujours Cire préféré quand on est à môme de l'employer.