CHAPITRE XIII
Les cultures & entreprendre.
Depuis dix ans ctplus, on discale sur la question de savoir quel rôle l'Algérie est appelée à jouer, au point de sue agricole, dans les destinées de la France ; —Doit-elle se borner a lui fournir les trois ou quatre millions d'hectolitres de blo qui lui manquent dans les aiméi.'; mauvaises? ou bien les efforts de la colonie doivent-ils lendre a produire les colons, les soies, les huiles, les plantes tinctoriales ou textiles nécessaires à la consommation industrielle de la métropole? En nn mol, l'Algérie doit-elle élre un en-cas '! ou est-elle appelée à conquérir ce titre que lui décernait un jour le ministre de la guerre : Us Indes de la France?
La question n'est pas encore résolue el ne le sera sans doute jamais; car soit qu'on so place au point de vue de la métropole, soit qu'on se place au point de vue de la colonie, il est impossible de désigner d'une manière absolue quelle est, de la culture exlensive ou intensive, la plus favorable au développement de la colonisation, et il faut conclure que l'une et l'autre ont leur utilité, el qu'il est impossible de sacrifier l'une aux dépens de l'autre.
Pour le colon, la question doit élre posée autrement} il ne s'agit pas pour lui de savoir quelle culture il doit entreprendre, il doit d'abord savoir quelle superficie do terrain il peut fumer; car il ne doit jamais oublier qu'en agriculture la première et la plus importante de toutes les régies, c'est qu'on ne peut semer vue- ce i/u'on abondamment fumé.
C'est donc sur la quantité de fumier dont il peut disposer qu'il lui faut baser ses cultures.
La culture des plantes industrielles est la plus productive, mais elle est toujours limitée ; elle demande non-seulement do grandes avances, mais encore beaucoup de fumier, et elle ne rend rien pour l'élève du bétail qui en est la source ; la culture exlensive est plus facilement exploitable, demande
moins d'avances, permet d'améliorer les terres, mais elle rend peu et n'est possible que lorsqu'on dispose de grands espaces.
Ainsi, le colon qui ne cultiverait que des céréales sur le petit loi qu'on lui a concédé avec parcimonie trouverait à peine de quoi vivre, si toutefois il pouvait vivre ; car, sous peine de voir sa ierre s'épuiser, il ne peut en cultiver qu'une partie et doit laisser le reste en jachères pour se reposer.
D'un autre coté, dans les années mauvaises, lorsqu'il^ a déficit dans la récolle de la métropole, les céréales s'écouleraient facilement: mais dans les bonnes, que deviendraient les blés d'Algérie? Que ferait-ondes excédants de récolte ? Ne faudrait-il pas s'en défaire à tout prix et à perte? La produciion industrielle est, au contraire, presque îllimiteé. Le colon doiL donc nécessairement cultiver simultanément et
lout, ne pas négliger l'élève du liétail , indispensable aux cultures intensives tout aussi bien qu'aux cultures extensives.
Dans les chapitres suivants nous allons passer en revue les plantes cultivées en Algérie ; nous suivrons la classification en usage chez les cultivateurs, savoir:
Les céréales, comprenant le froment, l'orge, le seigle, l'avoine, le maïs, le sarrasin, etc.;
Les légumineuses farineuses, c'est-à-dire les fèves, les haricots, les pois, les lentilles;
Les tubercules et racines qui comprennent la pomme de terre, le topinambour, l'igname et la patale, la betterave, la carotte, les raves et navets, etc. ;
Les fourrages soit artificiels, comme le trèfle, le sainfoin, la luzerne, le maïs, le sorgho elles choux, etc., soit les prairies naturelles-,
Enfin les plantes industrielles se divisant en plantes oléagineuses, plantes textiles, plantes tinctoriales, plantes diverses ; dans les premières, on classe le colza, le pavot, l'arachide, le modia sativa; dans les secondes, le lin, le chanvre, le coton, etc.; dans les troisièmes, la garance, lagauûe. Je safran, etc.; dans les quatrièmes viennent, à divers titres et pour divers besoins, le tabac, le houblon, le sorgho, etc.