CHAPITRE XXI
Les assolements.
Mathieu de Dombnsle, le premier, il y a plus de quarante ans déjà, a posé les principes généraux delà meilleure exploitation du sol, de )' agriculture perfectionnée : « Certaines plantes, disait-il, soit à cause du mode de culture qu'elles exigent, soit par l'effet de la manière dont elles se nourrissent dans la terri;, riHissi.»>.'nl mieux ou plus mal, selon qu'elles succèdent a. telle ou (elle autre plante. De la est né l'art des assolements. ■>
La pratique déterminera en Aigrie le meilleur assolement a suivre: nous nous Ijoriici'uns donc ici à reproduire les règles posées par Mathieu de Dotnbaslo, le maître que l'on doit toujours consulter.
" La première question qui se présente, relativement aux assolements, est de savoir s il est possible d'enlrelenir la terre en bon état île culture en supprimant complètement les jachères.
« On doit répondre oui ou non, selon les circonstances.
« Le défaut de moyens pécuniaires des cuhivaleurs est, dans beaucoup de cas, un des principaux obstacles à la suppression des jachères. Le grand avantage d'un bon assolement est de produire on abondance des récoltes destinées aux bestiaux, parée que co n'est qu'ainsi qu'on peut fumer copieusement la terre el accroître ta fertilité ; mais il faut, pour jouir de cet avantage, que le cultivateur puisse acheter ces bestiaux, qu'il ait le moyen de les loger, etc.
« D'un autre côté, on ne peut supprimer les jachères sans cultiver beaucoup de plantes sarclées, qui exigent des Irais do main-d'œuvre fort élevés. Tout cela fait que le capilal destiné u. l'exploiiation d'une ferme doit être beaucoup plus considérable, lorsqu'on veut la cultiver sans jachères, que lorsqu'on suit l'ancien système. 11 est certain que celui qui consacre à la culture perfectionnée le capital nécessaire en
■ tire des bénéfices très considérables; mais enfin il faut avoir ce capital.
• D'après ce motif, le changement de l'ancien système de culture ne pourra être que graduel dans la plupart des circonstances où les cultivateurs ne sont pas assez riches pour adopter d'emblée une meilleure méthode. En élevant quelques tetesde bétail de plus. un cultivateur introduira un meilleur assolement sur une pièce de terre de son exploitation, qu'il pourra ainsi amender plus copieusement sans nuire à ses autres terres; le bénéfice qu'il en tirera lui permettra d'étendre progressivement cetie amélioration à tout son domaine. Dès qu'il en aura fait l'expérience sur une seule pièce de terre, il n'y a pas de danger qu'il s'arrêle; les avantages en sonttropévidentspourqu'ils nele frappent pasvivement; il verra bientôt que c'est un moyen de tripler ou quadrupler sa fortune : c'est une marche qui sera lente, mais cette lenteur est inévitable, si co n'est pour les personnes qui sont en état de consacrer immédiatement à leur exploiïton le capital nécessaire pour y adopter un bon assolemeni.
i II est certain que si, siins y consacrer les avances nécessaires, un cultivateur se mettait en léte de supprimer ses jachère.-, il minerait, infailliblement ses terres, et tendrait ainsi à déprécier une méthode excellente en elle-même, mais qu'on no doit pas adopter sans réflexion. >
Les assolements sont do plusieurs sortes; Victor Borie les définit ainsi :
<° L'assolement sans fourrages. — C'est l'enfance de l'art. Dans ces assolements, les céréales se succèdent entre elles, ou bien alternent avec des plantes industrielles. Ils ne contiennent que des plantes qui épuisent le sol, et qui consomment plus d'engrais qu'elles n'en produisent. A ces assolemonts il faut le concours de la jachère mono souvent répétée, ou bien ils rendent indispensables une grande étendue de prés et de pâturages permanents, ou enfin l'achat d'engrais hors de la ferme. Ce système a élé critiqué par Ions les agronomes; il a des défauts capitaux : il n occupe pas assez les bras, il ne nourrit pas assez de bétail, Une réalise pas pour l'agriculteur assez, do profits,
%" L'assolement avec four-rages vivaces ;
3* L'assolement aveo fourrages annuels.
Ces deux assolements contiennent toute une révolution agricole. « Les fourrages, dilVictorBûrio, au Heu d'occuper des terrains spéciaux (prairies naturelles et pâturages), sont cultivés sur les terres à blé, alternativement avec les céréales et les plantes industrielles. La terre arable n'est plus constamment épuisée à sa superficie ; les racines des fourrages
DigitizGdb/Googl
légumincux plongent dans les profondeurs du sol, y cherchent leur nourriture, pendant que la surface du terrain, qu'occupent d' ordinaire les céréales, se repose et acquiert de nouveaux éléments fécondants. •>
L'emploi de la jachère a pour but non-seulement délaisser reposer la terre, mais encore de nettoyer des champs infestés de mauvaises herbes; en même temps, elle ameublil le sol et donne à la terre le temps d'absorber les engrais contenus dans l'air et dans l'eau de pluie.
Dans les assolements perfectionnés, la jachère est remplacée parnne culture qui permet de nettoyer le sol, de le fumer, de l'ameublir ; les p'unii-s .^rei'ivi, fourragères ou industrielles remplissent parfaitement ces conditions.
Mathieu deDombaslc u résumé eu quelques lignes les principes qu'on doit suivre dans un bon assolonienlsansjachère; ils sont :
1* On doit intercaler les récoltes épuisantes et les récoltes améliorantes, de manière à entretenir le sol dans le meilleur étal de fertilité possible;
2" Us recolle.- suielees Juiveui revenir assez soumit |imn' maintenir le terrain bien net de plantes nuisibles. Dans la plupart des circonstances, l'intervalle de quatre ans est le plus long qu'on puisse mettre entre les récoltes sarclées, qu'on a appelées souvent rccottcs-jacitirna, parce qu'en effet elles en donnent lieu dans binujo'jp de ras;
3" Le fumier doit toujours être appliqué ù la récolte sarclée, parce que les cultures qu'elle reçoit détruisent les mauvaises herbes dont ic fumier a apporté les semences ou dont il a favorisé le développement;
i" Les récolles sarclées doivent recevoir des cultures fréquentes, à la houe à main ou à la houe à cheval, de manière qu'il n'y vienne pas h graine une seule mauvaise herbe;
il" On doit éloigner autant que possible les récoltes du même genre; on doit rarement, en particulier, placer, deux années de suite, deux révoltes de céréales;
6° Le trèfle, la luzerne, le sainfoin, et en général les plantes à fourrage destinées à être fauchées ou pâturées doivent toujours se placer dans la récolte de céréale qui suit immédiatement la récolte sarclée el fumée;
7" On doit faire choix, nom' l'assolmifiiL d'un terrain, des plantes qui conviennent le mieux a la nature du sol, el elles doivent être placées dans un ordre convenable pour que les eullures préparatoires que chacune d'elles exige puissent su donner avec facilité;
8' L'assolement qu'on adopte doit produire assez de fourrages pour nourrir un nombre de nesliaux suffisant pour
— soo —
fournir la quantité d'mgrai:; que l'aw'cinent lui-même exige. On peut cependant s'écarter l! hj coite règle lorsqu'on a d'autres ressources pour la nourriture des bestiaux, dans les prairies naturelles, etc.;
9° Le meilleur assolement est celui qui ttonne le produit net do frais le plus considérable; car, en ikMhiitive, le profit Ùoil toujours être le but de ruitrinilnire. Mais il faut qu'un bon assolement donne ce proli: -an.; éjiarsci' le sol, el au contraire en le contenant en état eonsiaiiuV amélioration.
En Algérie, pendant longtemps encore, il sera difficile de proscrire la jarhére un ne 'minière absolue; c'est le but auquel on doit tendre, mais lentement, progressivement. Mathieu de Dombasle lui-même, qui a le plus soutenu la question ■ ...li-ri.mK AiïArt -i-t-' I» |-r-mri|-li'-ii k'cnèrali* Cl absolue de la jachère était une des plus graves erreurs que l'on ail commises dans les régies posées pour l'amélioration de l'agriculture : « La jachère, ajoutait-il, est un moyen coûteux, puisqu'il emporte la privation des produits de !a terre pendant une année; mais c'est un mutile énergique et efficace pour le m'itoiemeut du sol. Dans beaucoup de cas, une jachère bien conduite est la seule ressource certaine pour purger d'une multitude rie plantes vivaces une terre argileuse ou même de cousis! am'e moyenne; et lorsqu'une jarhére fournit ainsi le moyen d'obtenir quatre ou cinq bonnes récoltes successives, le résulta', n'est pas trop c\ière-
Les régies qui précèdent posées, c'est la pratique seule qui pourra apprendre aux colons le meilleur assolement.