CHAPITRE V
L'hygiène et la nourriture.
, J !. — La ïolnbrité.
Tous les hommes spéciaux qui ont eu à s'occuper de l'Al- , gérie, au point de vue du climat, do la salubrité et de l'acclimatement, ont confirmé les faits constatés par MM. Foloy et Martin, dans leurs instructions hygiéniques publiées par' ordre du ministre do la guerre (1).
• Le climat de l'Algérie est sain. L'inculture du sol el la présence des marais y sont les principales causes de malailics pour les Européens. "
» Les maladies, en Algérie, sont déterminées :
1° » Par la chaleur prolongée que l'Européen n'est pas encore habitué à éprouver, mais à l'influence de laquelle il se fait vite ;
2" i Par le froid humide et le brouillard des nuits, qui succèdent promplement à la chaleur du jour;
3° « P.ar les miasmes des marais, que le Gouvernement s'efforce chaque jour de faire disparaître ;
i" " Par les exhalaisons qui s'échappent du sol, quand on !c remue pour la première fois, après de longues années de repos.
« La salubrité de cette contrée n'était pas, à beaucoup près, dans l'origine de l'occupation, ce qu'elle est aujourd'hui. Toutefois, quelles que soient les améliorations obtenues, les colons, pour se bien porter, devront s'assujétir, dans leur manière de vivre, a certaines règles qui, bien qu'elles ne paraissent pas toujours d'une grande importance, sont cependant d'une telle Qi'a'ssilé i[uu,ViIj les négligent, il Inir i-i'ii inipo-Mble de conserver leur santé. Les affections les plus l'ré [nentes en Algérie sont : la diarrhée, la dyssonterie ci la jV-vrc t m <rr initiante. »
C'est dans le but do prévenir ces affections que des instruc-
(I) Alger. — Imprime rie du gouvernement, tBsi.
lions ont été rédigées, tant par ies docteurs Folcy et Martin, qoeparlesiloctcurs A rnsiiinljii'ri licrîiinl. fli.; Pimra Sania.eie. C'est aux travaux de ces praticiens qui' nous empruntons les conseils d'hygiène qui suivent , travaux insérés dans la Gazette médicale de ^Algérie, ou dans dos ouvrages spéciaux.
Nous avons déjà dit (chap. II, § tii), que la maison, construite en pierre et chaux, devait être vaste, aérée, ouverte au nord et il l'est. Si, à quelque dislance se trouvaient des marais, il faudrait l'éloigner le plus possible et planter des rideaux d'arbres qui formeraient un rempart contre les vents chargés de miasmes marécageux; leur ombrage servirait aussi à prévenir h trop sr.nnie sécheresse.
Si un cours d'eau avoisino l'habitation, il faut avoir soin de le régulariser dans sa pente, de manière ace qu'il ne puisse jamais former ni mares, ni flaques.
La plus grande propreté régnera partout, à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur; les murs seront souvent blanchis à la chaux, et l'on évitera, avec le plus p-:u\i\ soin, l'accumulation des immondices prés des habitations. A l'intérieur, on se tiendra en garde contre les émanations que répandent les fourneaux de cuisine, les eaux ménagères qui séjournent, et les latrines mal entretenues.
Les indigènes ne portent que des vêtements blancs, en colon ou laine-, en ceci, nous devons les imiter. Les colons doivent adopter des vêlements de couleur claire, assez larges pour ne pas gêner les mouïcmen's. L'u-nsii des vêlements de toile est dangereux en Afrique ; l'hiver ils- sont trop froids, l'été ils glacent la peau, quand le moindre courant d'air vient a frapper le corps en sueur; il faut donc ne faire usage que de vêtements de coton ou, mieux encore, de laine. Les jours sont très chauds, mais les soirées, nié nie en été, sont fraîches; il est bon d'avoir avec soi un caban, si l'on revient ilu travail iila Ilndu jour.
L'usage de la ceinture do flanelle ou de coton appliquée sur la peau, et entourant pinceurs [ois !o ventre, esl excellent pour se préserver de lu diiiniiéu <;1 de la dyssenierïe. On s'habilite très vile à celle ceinture qu'on fera bien de ne jamais quitter. i
La cravate est inutile en Afrique; en lotit cas, elle doit èlrc légère cl ne faire qu'un tour.
Le colon no doil jamais ni sorlir ni travailler la léto nue au soleil; le chapeau (le paille est insuffisant; le mieux est de faire usage du feutre haut de forma et à larges bords.
S IV. — Les Kim ptcimucb.
La propreté ne coule rien citait du bien, dit P. Joigneanx, dans sos Instructions agricoles-, le cultivateur n'a que Irop de tendance à négliger les soins de propreté ; en Afrique, autant et plus qu'en France, on ne saurait se dispenser nonseulement des lotions quotidiennes des mains et du visage, mais encore des ablutions du corps et des pieds. Les bains d'eau froide en eau courante sont bons; quant flux bains de mer, ils sont rarement favorables aux colons nouvellement arrivés.
|Y. — L'albattUtta,
" À forte besogne, forte nourriture. Dépense cinquante centimes de plus à lable, lu pagneras un franc de plus aux champs. Il n est si mauvais cheval qui ne paie son avoine; il n'est si mauvais travailleur qui ne puisse payer son repas (t). »
lin Algérie, comme en France, la viande associée aux légumes doit faire la hase de la nourriture du colon. Les vivres doivent autant que possible être variés, les meilleures choses fatiguent quand elles reviennent tous les jours; d'ailleurs, le corps se trouve bien d'une alimentation variée.
Le poisson est excellent et en général bon marché on Afriquo; les fruits sont rafraîchissants et agréables, seulement il faut les manger bien mûrs et en quantité modérée.
Le vin coupé d'eau est la boisson la plus convenable pour les repos. Les boissons fennentées que l'on fabrique soit avec des fruits secs, soit avec le fruit du caroubier, ne valent rien ni au goùl ni au corps; le vin de bonne qualité, pris en quantité raisonnable, ne revient pas plus clier que ces détestables boissons, causes do bien des dyssenteries.
Du reste, la nourriture pauvre coûte tout aussi cher que la nourriture riche, il ne faut pas l'oublier; on mange plus de la première que de la seconde; plus do pain bis que de pain blanc, plus de viande blanche que do viande noire; on boit plus de cidre, de piquette ou de boisson que de bon vin. Où ht qualité manque, la quantité devient nécessaire.
Les liqueurs fortes, l'eau-de-vie, l'absinthe surtout, sont
(1) P.loijiMM. luslruciionl (enrôles.
très dangereuses en Afrique; les liqueurs forics ont tué plus de monde que les lièvres, l'absinthe a lué plus do soldais que les bulles arabes.
Eu été, quand la soif esL ardente, l'infusion légère cl lit-tle du café est ta meilleure boisson pour la calmer; elle diminue les sueurs et ranime les forces. I railleurs, moins l'on boit, mieux cela vaut; il faut que le eolon le sache bien, plus il boira plus il aura soif H transpirera ; ii résistera d'nulant moins à la fatigue qu'il aura ainsi provoqué des sueurs plus abondantes.
JVI. — Le limait.
Ne défricher qu'en hiver et cesser le travail à l'apparilion
des chaleurs.
En été, les eolon* feronl bien Je siistinidre leur travail pendant le moment le plus chaud du jour ei de prendre alors une heure ouden\ de sommeil ; niais jamais la sieste ne doit se faire au milieu des champs, ni surtout sur un sol fralcheinen! défriché en humide.
Le soir au reloue du travail, le colon dml avoir grand soin de remettre la veste qu'il a quittée ou de se couvrir d'un caban, s'il est véiii l.yèromenl : car. comme nous 1 avons duja dit, la huit succède [■apnl.-m...m: au jour cl. ainsi en 1res peu de temps, une froide humidité succède à une chaleur excessive.
En été, il ne fau! jamais travailler dehors ni voyager la nuit Mirtoutdanslespaiaiesbasse- où rèenenl habituellement des brouillards -, cependant s'il v avait nécessite de manquer a ce prfccpto.il faudrait se vêtir chaudement, se couvir d'un caban dont on relèverait le capuchon sur la lele, et avoir soin do prendre des alimeais e\i niants eu tout au moins une infusion chaude de cale. f/usase du tabac à fumer ou a cniqnerest, dans ce cas, une bonne pivcatilioti. .
Enfin s'il était nécessaire de passer la nu il dans la plaine, il serait indispensable de couvrir sa li-urc d'une elolTe do laine, et de choisir pour dormir l'emplacement le pins sec.
j VU. — IWinmê.
MSI. Foloy et Martin résument ainsi les précopies généraux d'hyeièno a l'usane des colons:
En Afrique, les maladies uiaivhen! avec une grande rapidité ■ si on ne les soigne pas dès le debui, elles enlèvent lo malade, ou elles se prolungeul in.nl qu'il devient souvent impossible de les guérir.
A la première alleinlo du mal, les colons consulteront lo médecin ; ils suspendront leur travail, s'abstiendront d'aliments solides cl se borneront à quelques bouillons.
DigiicoO OyCoogle
Enfin, ils devront se bien pénétrer de l'indispensable nécessité dû suivre les précèdes indiqués plus haut, et qui se
1° Employer toute la saison des pluies aux travaux de défi'ii'ln'Eiii'iiLi'i île remuement du sol en général; ■ f :<!~.~ci- lc> 'U'-LVi cli ornent i\ l'apparition des chaleurs; 3" Éloigner do l'habitation tout ce qui pourrait j corrompre
4" Éviter, on été, do travailler pendant les heures les plus chaudes, et le soir se garantir du froid humide, des rosées cl des brouillards;
!i° Porter des vùlemcnls de couleur claire, en coton ou en laine, et ne serrer jamais les parties qu'ils recouvrent ;
6° Ne point quitter la ccinlure de ilanclle;
7° Entretenir s oigne use me ni la propreté do la peau;
8° Se nourrir d'.alimenls sains, éviter les liqueurs fortes;
9" Ne jamais boire beaucoup d'eau à la fois et la choisir de bonne qualité ;
10° Ne travailler, ni ne voyager la nuit, surtout dans les pr;ir;j basses;
Ut Allaiter les enfants jusqu'à la sortie des dents canines ou œillères ;
12° Ne jamais nourrir les enfants au biberon ;
13" Préserver avec soin, en été, les enfants do l'action du soleil, et les éloigner des terrains qu'on remue pour la première fois ;
14» Les faire vacciner lo plus tût possible (1).
Avant do songer à lui, le cultivateur doit penser à ses bêtes.
« Avant de te mettre à table, recommande P. Joignoaux, assure-toi que tes bêles ne manquent de rien. »
Lcsrèglcsgénérales qu'on puai appliquer au gouvernement du bétail se bornent à peu de choses, dit M. A. Jourdier: s N'avoir que ce qu'on peut bien loger, bien nourrir, bien soigner, mieux que soi-même, si c'est possible. Tous les animaux font perdre, si on ne les lient pas pr oprement, si on ne Jes nourrit pas en raison de a: qu'on leur demande en travail ou en viande. »
Ces régies sont souvent méconnues en Algérie. Les Arabes foni séjourner, hiver comme été, le jour aussi bien que la
(1) Insirnctiotis hïflicniqafs.pir MM. B. Fottj, médecin 1 PHpUt civil d'Alger il A. t.. V. llartisi, aitilcfin .il l'Ujiilal militaire du dcj. '
nnil, leurs troupeaux en plein air. C'est là un détestable système Économique.
Le* colons doivent avoir des établos et dos bergeries, en bon état, bien aérées, sans humidité, salubros, toujours propres, et où lus déjections ne peuvent ni séjourner ni se perdre,
Lee repas des animaux doivent avoir lieu à heures fixes, les râlions doivent cire pesées.
En ne rationnant pas les animaux, on donne trop ou trop peu; si l'on donne trop, les animaux gâchent et perdent le surplus; si l'on donne moins, les bëlos souffrent et dépérissent. Dans les (imix cas, c'est le cultivateur (]ui perd.
Rationner est donc lo meilleur sysièmo ii suivre, et si le colon laisse à des domestiques le soin do distribuer les vivres ii ses bêles, il doit veiller ù ce que les rations soient c\;; élément pesées.
Un resle. il y a plusieurs sortes do râlions, suivant que les animaux travaillent ou se reposent.
Hii;i!i..l une bi'lc re;te l'éeunt:, . ■ lie- n'a pns besoin de la mûmû quantité de nourriture que lorsqu'elle a de la peine à rompre dessous. La ration doit élre forte si la bflte travaille fort, elle sera faible quand !a béte no travaillera guère où se reposera.
Quand un cheval fatiguo heauconp, sa ration doit élre en moyenne de trois kilos do paille hachée, huit ou dix kilos de foin, dix à douze litres d'avoine, et, de temps en temps, un peu d'eau et de son.
En général on Afrique, on préfère l'orge a l'avoine \ jo pense, — M. Demis est du mémo avis, — que l'avoine doit être employée avec avantage en hiver, et quand les animaux sont obligés de dépenser une grande force musculaire.
Quand le cheval se repose ou ne faiigue guère, une ration de cinq kilos de paille hachée, cinq kilos de foin et deux litres d'avoine, est suffisante. Dans ce cas l'orge remplace avantageusement l'avoine.
« Avec dix kilos de carottes cl cinq ou six litres d'avoine par jour, dit M. P. Joigneaux, :u cntn'iimuli;is un choval ordinaire en bon ùlnl pendant l'hiver, mieux qu'avec plus d'avoine et pas de carottes. >
L'avoine sera concassée, les racines seront coupées, les fourrages hachés; les aliment ainsi préparés profilent mieux, et l'on peut en donner moins. Les animaux sont en meilleur état, enfin il y a économie notable.
Les aiimepls vitîs ronvimncii! pendant le printemps, l'été, une partie de l'aulomno et la première jeunesse des bestiaux. En hiver, et lorsque les animaux arrivent vers la vieillesse, la nourriture sèche est préférable.
En Algérie, la pénurie des aliments verts se fait sentir
beaucoup irop (61; au commencement des chaleurs souvent, il n'y a plus que îles fourrages secs; les colons doivent 'aire ton.; 'leurs efforts pour obvier à cet inconvénient, lis doivent aussi ne pas nécH.L'er la culuire Jcs nidnc-s.
Le meilleur «ri, Jil 31. Bernfe. csl celui qui est composé en partie Je sainluin, ues Jiier.-cs lu/enies, Je «es^es,
de vestes, Je trèfle rouge, de beaucoup de graminées, lelles que llouvcs, fétuques, ajrosiis, elc.
A ces plantes des prairies naturelles, il faut njouier, pour le lion entretien du bétail, les pommes de terre, les betteraves, (es carottes, quelques espèces de choux, le mais donné en vert, le sorgho, etc.
Les bœufs et les vaches doivent, autant que faire se peut, Cire nourris a l'etablc. " La nourriture à l'étalde, c'est l'ai bondanco du fumier, c'est (e j;raml secret en agriculture. »
La ration d'un bœuf Je travail est d'environ cent kilos de fourrage vert par jour-, ïiïi : 'l-cinq ou trente kilos de foin sont nécessaires quand il s'agit Je le mctlre en bon état pour la boucherie.
La ration d'une vache laitière est de quarante à cinquante kilos de fourrage vert, ou de douze à quinze kilos de foin. Seulement au lieu de donner le foin sec, on se trouve bien de l'arroser d'abord d'eau bouillante.
La ration d'un mouton à la bergerie est de quatre kilos d'herbe verte ou de racines, ou un kiio de fourrage sec, et pour l'entretien seulement. Ed temps de pluie, il est bon de saupoudrer cette nourriture de sel de cuisine deux fois par semaine.
A l'élablc et dans la bergerie, il est bon de mctlre à la portée des animaux, dans un baquet, des morceaux de se) gemme.
La nourriture des cochons, une fois sevrés, se compose d'un mélange clair Je reiit-lait, de son et de carottes cuites, distribués quatre ou cinq fois par jour; plus tard, on ajoute des eaux de vaisselle et quelques poignées de farine d'orge ou de seigle.
A sis mois, si le colon n'a pas de petit-lait, il donnera à ses porcs dix ou douze kilos de fourrages verts, on bien des panais, des carottes, des pommes de terre, des betteraves cuites aussi.
Quand le moment d'engraisser sera venu, c'est-à- il ire lorsque le cochon atteindra l'âge Je dix muis, il donnera J'abcrJ ((es racines. Jes eaux de vaisselle, du lait écrémé ou du lait aigri; quinze jours après il ajoutera Je la farine Je seigle, d'orge, de sarrasin ou Je maïs, i/enuraissi.' nient se terminera avec la farine seule Jéla; ée dans de l'eau grasse, de manière
Rnoaux, il rout28 kilos 1(1 rrniurum.u4.to rarolic. mu.*, i>„ ji ( kilos «li' i-ninmcs Je trn-« mules, ou « « nwminrs «lewm. on !» kilos r.S mihiM'animes il or;;,' ciiilc. »
Le colon 11.' saurai! eliui-ir UM' il;' mm l <mli ik'.ivwiirc à ses nniHinux : la meilleure nsl relie .jm csi lii!i|.i.lc, r.liiirc. sans (..Jour nnunic sans p.ni:. n.m conlicnldel air, qui ilissoullu .savon ol mil bien les li^umes.
On no (loi! jamais foin» hoirr les animaux <|ur;iul ils son! .VlnnlTéiiiaï UT) exeivire vinlom : il (nul a! le min.' qu'ils soienl. reposés, ol los alnviiver ensuilc on les faisuiit boire aussi len- Lomonl que possible. . . , , ,.
L'heure la iilns rinivenaliir; ...iuï i.mv benv Us l..-slian\ os! relie rie ln'iil lienros do soir, .lu M. KniusM). IViinaiil les tïr.nnlcs chaleurs on peui les abreuver (rois fois par jour, lo