MUSCLES DES MEMBRES
C'est aux membres, plus que partout ailleurs, que s'applique le principe que Ton ne peut arriver à des résultats certains dans le domaine de l'embryologie comparée qu'en tenant compte des homologies des pièces du squelette et des rapports des parties molles voisines et des nerfs (1).
Malheureusement les travaux sur la musculature des extrémités sont encore trop peu nombreux pour permettre d'en tracer un tableau d'ensemble détaillé, et nous devrons par conséquent nous borner à en indiquer seulement les traits les plus généraux.
Tout montre que les muscles des extrémités, sous leur forme la plus primitive, telle que nous la trouvons chez les Poissons etles, Dipnoïques, doivent être considérés comme dérivés des muscles -painétaux, et nous avons vu que l'embryologie des Sélaciens confirme cette manière de voir.
Chez les Poissons, et encore mieux chez les Dijmoïques, ces muscles peuvent être divisés en deux groupes, division qui d'ailleurs se retrouve aussi d'une manière générale chez tous les autres Vertébrés. Le premier s'étend des muscles latéraux du tronc, aussi bien de la moitié dorsale que de la moitié ventrale, sur la ceinture scapulaire et sur la ceinture pelvienne; le second est situé dans la partie libre des membres. Ce dernier se compose essentiellement chez les Poissons et les Dipnoïques, ([''élévateurs, (Y adducteurs et (ï ahaisseurs de la nageoire, qui peuvent à leur tour se subdiviser en couche superficielle et en couche profonde. Déjà chez les AnipJiibiens les rapports sont bien plus compliqués par suite de la transformation de la nageoire en une patte, c'est-à-dire en un levier à plusieurs bras. On y trouve des élévateurs, des ahaisseurs, des adducteurs, des rotateurs, des muscles destinés à tirer en avant et en arrière la ceinture scapulaire et la ceinture pelvienne. 11 s'y ajoute des extenseurs et des fléchisseurs de la partie libre des membres, qui se subdivisent en fléchisseurs et extenseurs du bras et de la cuisse, de V avant-bras et de la jambe, de la main et du jo/ec?, des doigts et des orteils. Bref, à partir des Urodèles, le nombre des muscles augmente constamment chez les Reptiles etles Oiscauxjusque chezlesMammifères(2). Enmême temps leur influence
(1) L'étude détaillée que Gadow a faite des muscles, dont les nerfs proviennent de deux sources difTérentes, offre un grand intérêt. Elle montre que ces muscles se préparent en quelque sorte à se multiplier par division, et qu'on doit par conséquent les considérer comme très primitifs et comme représentant un état inférieur.
(2) Les muscles de l'épaule et du bras des Oiseaux se rattachent par leurs dispositions essentielles à ceux des Crocodiliens, des Sauriens et en partie aussi des Chéloniens. Le haut degré de différenciation qu'on y observe tient avant tout au développement excessif des muscles qui déterminent les mouvements principaux d'excursion de l'aile. Ces muscles ont empiété sur les parties osseuses voisines, et par suite se sont produits des transpositions étendues, princijjalement du côté ventral, et un entrecroisement des groupes musculaires ventraux et dorsaux. Dans beaucoup de cas les pièces du squelette ne suffisent plus pour donner insertion aux muscles, les surfaces d'insertion se trouvent alors augmentées par l'apparition de membranes conjonctives (Fiirbringer).
MYOLOGIE 135
sur la transformation du squelette est bien manifeste, particulièrement dans la face, l'omoplate, le Ijassin et le tarse.
Les muscles les plus iraportanls de Vépaule, qui, chez les formes supérieures, présentent une insertion de plus en plus large sur le tronc, sont le trapèze, le sterno-cléido-masloïdien qui morphologiquement doit lui être réuni, les rhomboïdes et Yangiclaire de t omoplate. Ces muscles ont pour action de faire tourner, d'attirer en avant et en arrière l'omoplate. Les antagonistes de ces muscles sont le ()rand dentelé et le petit pectoral.
Dans le bassin, dont la mobilité est bien moins considérable que celle de l'omoplate, on ne doit pas s'attendre à trouver des groupes de muscles homologues; sous bien des points les rapports sont entièrement différents. Au contraire les ressemblances sont bien plus accentuées dans les muscles de la partie libre du membre antérieur et du membre postérieur. Dans l'une comme dans l'autre on y trouve des muscles destinés à faire tourner en dedans et en dehors la partie supérieure au membre (bras et cuisse) et sur la face interne des adducteurs puissants. L'angle que forment l'articulation du coude et celui de l'articulation du genou étant ouvert, le premier en avant et le second en arrière, il en résulte que les muscles extenseurs sont situés sur la face postérieure au membre antérieur et et sur la face antérieure au membre postérieur, et que la position des fléchisseurs est précisément inverse dans les deux cas. Les muscles pronateurs, bien plus différenciés au membre antérieur qu'au membre postérieur, sont dérivés des fléchisseurs, les muscles supinateurs des extenseurs (voir le Système nerveux).
Toutes les fois que des parties du squelette viennent à s'atrophier les muscles correspondants s'atrophient également. C'est ainsi que dans les memhres des Scinques l'atrophie des pièces osseuses est accompagnée d'une atrophie des muscles qui se produit de l'extrémité distale vers l'extrémité proximale.
Diaphragme.
Les premières traces d'une cloison musculaire séparant la cavité thoracique de la cavité abdominale se rencontrent chez les Urodèles. Ici en efï'et l'extrémité antérieure du transverse de l'abdomen envoie quelques fibres annulaires ou semi-annulaires entre le péricarde et le foie.
Chez les Chéloniens et surtout chez les Crocodiliens et les Oiseaux, où ces faisceaux musculaires s'insèrent les uns sur la colonne vertébrale, les autres sur les côtes, l'ébauche du diaphragme est déjà bien plus prononcée, mais la séparation des deux grandes cavités du corps par cette cloison musculaire est encore incomplète, car chez les Oiseaux par exemple, celle-ci est encore traversée par le cœur (1). Ce n'est que
(l) Il serait très désirable que l'anatomie comparée du diaphragme cliez les Sauropsidés fût cludiée de nouveau avec soin. Bien des points sont encore obscurs.
chez les Mammifères que le diaphragme forme une voûte complète dont les bords s'insèrent sur la colonne vertébrale, sur les côtes et sur le sternum. C'est un des principaux muscles respiratoires, et par sa contraction il augmente le diamètre sagittal de la cavité thoracique. Il est innervé par le nerf phrénique , qui provient du plexus cervical. Il se compose de deux parties tout à fait indépendantes au début l'une de l'autre une partie péricardique ou sternale, une partie pleurale ou dorsale. La première, qui est philogéniquement la plus ancienne, est fibreuse; elle constitue le centre phrénique, auquel viennent se rattacher les muscles de la paroi du corps (voir le Péricarde). La formation du diaphragme a donc pour résultat la séparation graduelle de trois cavités, qui n'en formaient primitivement qu'une seule, la cavité abdominale, la cavité pleurale et la cavité iJéricardi que.
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