ORGANES ÉLECTRIQUES
Les organes électriques se rencontrent chez certains Poissons; ils sont surtout bien développés dans une Raie très commune dans les mers du suà.{To7yedo marmorata) , dans une Anguille de l'Amérique du sud {Gijmnotus electricus) et dans un Siluroïde africain {Malopterurus electricus). Le Gymnote est de tous les trois celui qui possède la force électrique la plus puissante, puis vient le Maloptérure et en dernier lieu la Torpille. Les batteries électriques de ces Poissons sont situées dans des parties différentes du corps; c'est ainsi que chez la Torpille elles sont volumineuses et occupent toute l'épaisseur du corps de l'animal de chaque côté de la tête, entre les sacs branchiaux et le proptérygium (fig. 128, E). Chez le Gymnote elles s'étendent dans toute la moitié ventrale de leur longue queue, à la place par conséquent où se trouve d'ordinaire la moitié ventrale du grand muscle latéral du tronc (fig. 129, 130, E).
Chez le Maloptérure enfin ces organes occupent presque toute l'étendue du corps, entre la peau et les muscles; ils sont surtout très développés sur les côtés et entourent l'animal tout entier.
Des décharges électriques beaucoup plus faibles sont produites par les Poissons, que l'on appelait jadis pseî<rfo-éZec/Hgues, mais dont la faculté de donner des commotions électriques a été démontrée d'une manière positive par l'expérience. A ce groupe appartiennent toutes les Raies autres que la Torpille, les différentes espèces de Mormyrusei les Gymnarchus {[] . Chez tous ces animaux les organes électriques sont situés de chaque côté de l'extrémité de la queue ; ils présentent la même disposition métamérique que les segments musculaires situés en avant d'eux, de telle sorte que, chez les Mormyrus par exemple, il existe de chaque côté une rangée supérieure et une rangée inférieure d'organes électriques.
Les appareils électriques de tous les Poissons que nous venons de citer ont la même origine et la même signification physiologique. Tous sont des fibi^es musculaires trmisformées et leurs nerfs sont les homologues
(1) Suivant G, Fritsch les organes électriques des Gymnarchus sont tiistologiquement inférieurs à ceux du genre Raja, et ne sont vraisemblablement pas capables de donner des commotions volontaires; peut-être même ne méritent-ils pas le nom d'organes électriques et ne sont-ce que des réseaux admirables.
des plaques motrices des muscles. Aussi est-on autorisé à les placer dans le même chapitre que le système musculaire (1).
La structure microscopique de ces organes est partout essentiellement la même. La charpente est formée par des lames de tissu fibreux disposées, les unes long-itudinalement, les autres transversalement, de manière à constituer un réseau limitant des milliers d'alvéoles ou déloges polygonales ou plus ou moins arrondies. Ces dernières sont disposées,
Fig. 129.
Fig. 128. — Torpédo marmorata. E, organe électrique préparé ; .S, crâne ; Sp, évent; KK, branchies; Au, yeux.
Fig. 129 et 130. — Organe électrique du Gymnotus electricus représenté dans toute son étendue (A) et en coupe (B). H, peau •,Fl, nageoire ; DM, DM'-, moitié dorsale du grand muscle latéraldu tronc vu en coupe transversale et en coupe longitudinale; VM, VM'-, moitié yentrale du même muscle ; E, organe électrique vu en coupe (E) et de côté (£'^) ; WS, V/S^, colonne vertébrale vue de côté avec les nerfs qui la traversent et vue en coupe ; LH, extrémité de la cavité viscérale ; Sep, cloison fibreuse sagittale qui partage en deux moitiés égales l'organe électrique et les muscles du tronc ; A, anus.
tantôt en séries parallèles à Taxe du corps {Gymnotus, Alalopterunis), tantôt en séries dorso-ventrales (Torpédo), et forment ainsi des colonnes prismatiques, comme on peut le voir sur la figure 131.
De nombreux vaisseaux et nerfs sont contenus dans le tissu conjonctif intermédiaire aux alvéoles ou aux colonnes prismatiques. Les nerfs sont entourés dégaines très épaisses et ont une origine qui varie suivant Tespèce considérée. C'est ainsi que chez la Torpille ils proviennent tous du lobe électrique situé dans le voisinage de l'arrière-cerveau, sauf une seule
(1) G. Fritsch soutient une opinion diamétralement opposée. D'après lui, les organes électriques du Maloptérure ne dérivent pas du tissu musculaire, mais d'éléments glandulaires transformés.