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CHAPITRE V

Le corps des animaux réunis dans cette division, est formé d'un nombre le plus souvent déterminé dans les divers groupes de métamères, et, dans la règle, difTérenciés de manières fort diverses. Cette hétéronomie ne s'exprime

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pas seulement par la différence dans l'aspect extérieur et les proportions, mais aussi par une difTércnciation des organes internes. Un nombre de meta* mères plus ou moins semblables se réunissent pour constituer des sections plus grandes; ils peuvent même se souder ensemble. Tantôt il subsiste des traces de cette réunion dans les divisions plus grandes du corps formées d'une somme de métamères, tantôt ces traces disparaissent, ou ne sont visibles que dans les premiers états du développement. Il en résulte pour le corps une articulation secondaire. Ce qui formait auparavant des segments isolés, est remplacé par des groupes de ceux-ci, qui constituent des portions plus grandes du corps, vis-à-vis desquelles les métamères, en ce qui concerne l'articulation de l'organisme, ne jouent souvent qu'un rôle subordonné.

Il ne résulte pas seulement de la formation métamérique, que nous avons à faire à une division descendant des Ânnclés parmi les Vers ; mais encore les rapports des divers systèmes d'organes sont les mêmes. Comme chez les Annelés, le système nerveux est constitué par un anneau œsophagien qui se rattache à une chaîne ganglionnaire ventrale; l'organe central de la circulation a une situation dorsale, à la place même où, chez les Annélides, on trouve un tronc Tasculaire qui, fréquemment, fonctionne comme un cœur. La dérivalion de la souche des Arthropodes de celle des Vers se révèle aussi parles appendices du corps. La partie céphalique porte des antennes, et les autres segraenls d'autres prolongements, qu'on peut considérer comme des différen- Hations ultérieures des parapodes des Vers. Les appendices abdominaux, très^répandus, représentent des pattes articulées, qui sont caractéristiques (le toute la division. En outre, la condensation de l'organisme, formée de parties multiples, tel que nous la voyons chez les Vers, en un tout plus centralisé, est encore plus marquée. Des organes qui chez les Vers, se répètent pour chaque segment, deviennent chez les Arthropodes communs au corps entier, et là même où il existe une série de segments semblables, ainsi que des membres articulés en apparence uniformes, on peut constater dans l'organisation intérieure, que la formation métamérique ne prédomine plus dans Tensemble de l'organisme (Myriapodes), mais est vaincue par les efforts de la centralisation.

Les divisions des Arthropodes peuvent se répartir en deux grands groupes. L'un représente l'état le plus inférieur des organes respiratoires, destinés à la vie aquatique, et dont la branchie constitue la forme dominante. On peut opposer sous le nom de BranclUata ce groupe à l'autre, qui comprend les Arthropodes respirant l'air libre, ou les Tracheata. Les Cnisfac^^ correspondent 3 la première catégorie. Les membres articulés des divers segments du corps présentent un grand nombre de modifications complètes résultant d'une adaptation. Ils fonctionnent ou directement comme organes respiratoires, ou sont au moins en étroite connexion avec eux. Nous devons considérer comme la forme fondamentale celle dite Naupliiis, parce qu'elle constitue le premier état Ju développement de divisions qui sont ensuite des plus divergentes, et s'observe même dans celles dont la plupart des membres franchissent cet état.

Les Cirrhipèdes forment le premier ordre ; ils sont caractérisés par une duplication des téguments avec des pièces d'une carapace dure qui entoure

le corps depuis le dos, sauf Touverturc ventrale. Une subdivision transformée par le parasitisme est celle dos Rhizocéphales,

Je regarde comme formant le second ordre, les Copépodes, chez lesqueU on peut de nouveau opposer une subdivision particulière comprenant plusieurs familles présentant divers degrés de parasitisme sous le nom de Siphonostomes^ aux autres Copépodes vivant à Tétat libre.

On peut comprendre dans le troisième ordre les Ostracodes^ qui par In formation d'un double repli du manteau, constituant une coquille bilatérale à deux valves, se rapprochent de divers Cirrhipèdcs, ainsi que de Tordre suivant, et offrent encore d'autres rapports avec les précédents.

Le quatrième ordre, celui des Branchiopodes, est à considérer comme la continuation la plus directe de la forme Nauplie, en ce qu'il dérive de cet état par simple formation de métamères, avec fort peu de modifications apportées à celle des membres. Les Cladocères représentent un sous-ordre, dans lequel Taccroissement des segments est le moindre. Ce fait est plus remarquable chez les Phyllopodes, les Branchiopodes les moins modifiés, auxquels on doit ajouter comme un sous-ordre, les Trilobites fossiles.

Le cinquième ordre, celui des Pœcilopodes^ se trouvant en rapports étroits de parenté par les Bélinures fossiles avec les Trilobites, doit dériver de ces derniers et par conséquent de Tordre des Branchiopodes. Toutes les divisions qui précèdent se réunissent pour former un groupe plus étendu, eelui des Entomostracés.

Enfin la dernière division est celle des Malacostracés^ la plus riche en formes et en même temps la plus répandue de tous les Crustacés vivants. On les partage, d'après la manière dont se comportent les yeux, en Podophthalmes et Edriophthalmes. L'état de Nauplie observé par F. Mùller chez le Peneus relie étroitement les Malacostracés Podophthalmes (appelés aussi Thoracostracés)sL\iic les cinq premiers ordres. Les Podophthalmes constituent du resle une division plus développée dans une direction déterminée, et qui paiTourt encore un autre état larvaire (la forme Zoëa), Cet état ne possède, parmi les formes vivantes, eucun. représentant adulte.

Les Décapodes constituent un sous-ordre, dont on peut détacher les Schiz-(h podes^ qui en sont proches parents. Ce groupe représente la forme souche des Décapodes, comme aussi celle d'un autre sous-ordre, des Stomatopodes: car tous deux dans leurs phases larvaires, parcourent des états semblables à ceux des Scliizopodes. On distingue deux groupes principaux chez les Décapodes. Celui des Macroures possède un abdomen conformé comme celui de^ Scliizopodes, auxquels ils sont étroitement reliés par les Carides. Le groupe des Brachyures qui comprend des Décapodes dont l'abdomen offre un dévoloppeinent rétrograde, dérive probablement de celui des Macroures.

Le deuxième ordre des Malacostracés comprend les Edriophthalmes (aussi nommés Arthrostracés) qu'on divise encore en plusieurs sous-ordres connus sous les noms d'AmphipodeSy Lœmodipodes, Cumacées et Isopodes, Le> Cumacées rattachent les Edriophthalmes aux Podophthalmes, et plus s()êcialement aux Schizopodes. Chez les Isopodes^ on observe sur une famille terrestre une espèce de respiration aérienne, qui parait être une vraie ada|>-

APEItÇU GÉNÉIIAL. 527

tation indépendante, et dont les dispositions sont totalement étrangères aui arrangements respiratoires qui régnent dans la seconde grande division des animaux articulés.

Cette division est formée par les Trachéales^ dont la respiration se fait par rintermédiatrc d'un système tubulaire aérien (trachées) servant à distribuer l'air dans le corps. Les Arachnides en constituent la première classe. Deux ordres ne comprenant que des formes peu diversifiées, ceux des Tardigrades et des PycnogonideSy que Uâckel a nettement et avec raison séparés du reste des Autarachnées sous le nom de Pseudaraeknées^ sont vraisemblablement les représentants de formes rétrogrades, qui se sont détachées de la souche des animaux articiilés beaucoup plus tôt que les Trachéates. Les Tar* digrados pourraient mémo être entièrement sépaix3s du reste des Arthro* podes.

Pour les autres vraies Arachnides, leur plus grande différence au milieu de beaucoup de traits communs se remarque dans les conditions des seg* ments de leur corps, par la fusion d'un certain nombre desquels se constitue une partie plus considérable. Nous aurons à regarder comme étant les moins transformés, et les plus rapprochés de la forme primitive, ceux chez Ifôquels existent plusieurs parties de ce genre, permettant encore de reconnaître Tassemblage des métamères. On comprend les Arachnides à abdomen articulé dans une subdivision, celle des Arthrogastres. Dans Tordre des Ga* léodes, outre l'abdomen, la tête distincte des trois segments thoraciques in* dique déjà un groupement qu'on retrouve chez les Insectes. Hao» le second ordre, celui des SeorpionSy l'abdomen articulé s'ajoute à un céphalothorax. De morne dans le troisième ordre, des Phrynides^ dont la première paire des pattes comme celle des Galéodos, dilTère des autres paires et se prolonge en une conformation semblable à une antenne, DilTérant des vivais scorpions par le raccourcissement de la partie postérieure et caudiforme de l'abdomen, on peut faire des Pseudoseorpions un quatrième ordre ; et enfin un dernier de celui des Opilionées, dont l'abdomen tout eu étant articulé, est intimement réuni au céphalothorax.

La deuxième subdivision des vraies Arachnides est celle des Aranées qui ont un céphalothorax et un abdomen qui en est séparé. L'ensemble des métamères de l'abdomen sont soudés entre eux. Cette fusion s'étend à la troisième subdivision, celle des Acarides^ jusqu'au céphalothorax, lequel n'a lunscrvé que de faibles traces de la séparation de sa partie antérieure. Il ^^rnble indubitable qu'on a à faire ici à une rétrogradation d'une forme provenant d'un autre groupe, qu'eiplique le parasitisme caractéristique de la plupart de ces subdivisions, et qui dans la famille des LinguattdideSy a même •Irtemiiné des formes de corps encore bien plus divergentes.

La deuxième classe des Trachéates offre dans les Myriapodes un groupe nettement circonscrit mais petit, qui a vraisemblablement une origine commune avec la précédente classe. L'uniformité des métamères, qui portent presque tous des membres, les sépare des Insectes. Leurs formes peu nom- I)reuses peuvent se répartir dans les deux ordres des Chilopodes et Chilognathe$. Par la formation des métamères, ils correspondent aux états inférieurs

518 KCllINOUEinitS

s'efTeclue, on constate une entrée d'eau dans la cavité du corps, de sorte que tous les organes internes sont également baignés par Teau salée, ce qui est important surtout pour les vaisseaux sanguins qui rampent sur le canal intestinal, et qu'on connaît très-exactement chez les Holothuries^ les Synaptes et VEchinus, A cela s'ajoute encore un revêtement de cils vibratiles qui se trouve partout dans la cavité du corps, aussi bien sur ses parois que sur le4> surfaces des organes qu'elle renferme, et qui détermine un courant constant et un prompt renouvellement de l'eau, facteur essentiel pour la respiration. Une circonstance, qui est encore aussi importante pour cette fonction, est celle que dans la cîivité du corps, chez VEchinuSy du moins, il y a mélange d'eau avec le liquide sanguin. Chez les Ophiures comme chez les Astrephyto7i^ l'introduction de l'eau se fait par ce qu'on a appelé les « fentes génitales », dont on ne connaît aucun homologue dans les autres Échinodermes.

Chez divers Echinodermes, il y a des organes creux en forme de coicunis qui sont en connexion avec la cavité du corps, font saillie à sa surface, et sont ainsi baignés par l'eau tant en dedans qu'en dehors. Ils se distinguent des ambulacres, tentiicules, etc., essentiellement par le fait, qu'ils ne sont point en rap[)ort avec le système aquifère. Ces conformations sont, soit les nombreux caîcums qui se remarquent à la face dorsale des Astéries et qui chez le Pteraster, présentent même diverses dilatations ; soit ce qu'on a appelé les « branchies derinif|ues » des Echinides (elles manquent chez les Spatangues), et dont on remarque cinq paires sous la forme d'organes arborescents, contractiles, situés dans le voisinage de la bouche.

Tandis que ces conformations peuvent n'avoir avec la resph*ation que des rapports subordoimés et qu'une faible importance morphologique, on peut avec plus de certitude tenir com|)te, pour la fonction qui nous occupe, des organes ramifiés et arborescents^ dont nous avons parlé plus haut, et qui chez les Holothuiies débouchent dans le cloaque. Mais ici les rapports ne sont pas très-simples, comme le prouve le fait que ces organes ont été incorrecteiueul désignés comme « des poumons ». On n'a pu, notamment, reconnaiti'c une connexion du réseau sanguin qu'avec un seul de ces organes, l'autre étant seulement fixé à la paroi du corps, et fiiisant saillie dans la cavité de ce di'rnier. J. Miiller a cependant ])résumé que des vaisseaux provenant de rexlrômité de l'intestin, pouvaient pénétrer dans les deux organes. Quoi qu'il eji soit, le fait démontré (p. 506) de l'accès et de l'expulsion de Teau, Il'e^t point à négliger au point de vue de la fonction respiratoire.

Les abondantes ramifications de ces organes se réduisent chez quelques Uolothurîdes. Chez les genres apodes comme le Molpadia (M. boreaUs)^ iU présentent de courts ciecums ramifiés; ils paraissent encore plus simples chez les Echinocucumis (E. typicus), où ils constituent un tube mince et allonge ne portant qu'une seule branche courte.

Cette rétrogradation conduit aux dispositions qui existent chez les Syna^htes, ci qui, jusqu'à présent, sont encore incomplètement connues. Le long de rinsertion méscntérique, on trouve des organes ciliés, en forme d'entonntur ou de pantoufle, conduisant dans des canaux longitudinaux, qui doivent être considérés comme des transformations des organes ratnifiés des Hohv-

OliGAMio DE hESl'IHATlOiN El D'EXCKETION. 319

tburies. Comme ces organes viiiratiles, représentant les ouvertures des canaux longitudinaux, débouchent dans la cavité du corps, Fenscmble des dispositions est bien qualifiée pour déterminer soit l'entrée, soit la sortie de Teau de la cavité du corps.

Il est douteux que, en dehors des Ilolothurides, ces organes existent chez d'autres Échinodermes. C'est au plus si on peut les rapprocher des œcunis rayonnants du canal intestinal dos Astérides. Des rapports plus déterminés se trouveraient parmi les Vers, chez les Géphyrées (voy. p. 245) qui présentent les mêmes connexions entre l'organe excréteur et le cloaque (BoneUia).

Les appareils, dont nous venons de nous occuper, se divisent, comme nous Tavons vu, on deux grands groupes ; les uns étant des appendices à la surface du corps, les autres des ramifications de canaux ou cxcums faisant saillie dans la cavité du coq>s.

Le premier groupe comprend deux divisions. L'une forme une partie du système ambulacraire, des pndongements du système aquifère y pénètrent. On peut y faire rentrer les anibulacres et leurs moditications, les branchies ambulacraires des Spatanguei et des Clypéasirn, les tentacules des Holothuries. L'autre division comprend ce qu'on a appelé les bnnchies dermiques des Astéries et des Échinides,

Le second groupe se partage à son tour en deux divisions. L'une est représentée par les tobcs fermés, ramifiés des Holothuries, l'autre par les canaux qui s'ouvrent dans la cauté du corps des Synaptes par des entonnoirs ciliés.

La si^ificaiiun des branchies dermiques situées sur le dos des Astéries est donink* |»ar le transport d'eau qui a lieu chez le Pteraster, et qui résulte dans ce cas d'une adaptation par UDe série d'autres petites modifications. Par la réunion des extrémités des paxilles en une membrane détachée des téguments, il se forme une cavité qui recouvre la face dorsale, et dans laquelle se trouvent les branchies dermiques. Une ouverture placée à Topposé de l'orifice anal pratiqué dans Favant-toit extérieur, soutenu par les paxilles, conduit dans cette cavité, et permet ainsi aux téguments dorsaux qui portent les branchies « d'être baignés par un counint d'eau chassé par le mouvement de l'avant-toit. Cette distribution d'eau, jointe à la plus gnindc différenciation des branchies dermiques, donne à l'ensemble des dispositions une plus grande valeur fonctionneUe. Stimpson (Synopsis of ths marine Invertebrata of Qr. Manan; Stnithson. Ind., 1855) et Sars (Sorges Échitiodermer, p. 50), qui a le premier cxplique toute r«tte conformation.

Les organes dendritiques des Holothuries sont augmentés chez quelques-unes. Chez le Molpadia Chilensis, un des deux grands arbres est divisé, et de plus petit(*s masses arborescentes partent de l'intestin rectal. Les canaux pourvus d'entonnoirs ciliés chez les Synaptes ^nt décrits chez les Chirodotes par Sars (/. c), leurs rapports avec d'autres parties sont cependant encore inconnus. Les entonnoirs à cils vibratiles, s'étirant en lamelles d'un côté de leur orifice, sont disposés en série serrée et souvent réunis en touffes sur chacun des troncs ^a^culaires longitudinaux. Ils correspondent aux organes en forme de « pantoufle, » que Muller et Leydig (Arch. An. Phys., 1852, et Lehrb. der Histologie, p. 591) ont fait connailre chez la Synapta digitata, de sorte qu'il y a L^ une disposition plus largement répandue.

La question est maintenant de savoir si ces organes à orifices ouverts des Synaptes, sont homologues aux organes arborescents des Holothuries, chez lesquelles on ne rencontre pas ces 'orifices s'ouvrant dans la cavité du corps. La connaissance du débouché des canaux longitudinaux, jusqu'à présent observés chez les Chirodotes seulement, pourrait décider ce point. (Les données de Scmper trop indéterminées ne pourront nous servir ici). Actuellement, on peut seulement dire que Thomologic est vraisemblable. Il me semble que l'exclusion réciproque des deux catégories d'organes a moins d'importance que les rapports de situation. Les organes arborescents des Holothuries sont placés en partie dans le mésentère, et l'un se rapprochant plus de la paroi du corps, ressemble par sa situation au canal longitudinal indiqué par Sars dans les Chirodotes. Le Molpadia présente un état intermédiaire important, chacun des organes arborescents étant fixé tout de son long h la paroi du corps par une série de fils. On

."^ôO ARTHROPODES.

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TÉGUMENTS SSl

L'enveloppe musculo-dermique des Vers a subi chez les Arthropodes des différenciations diverses. Les téguments sont plus indépendants du tissu musculaire, et sont composés de deux couches distinctes.

La couche cuticulaire déjà présente et sécrétée chez les Vers par une roa« trice molle, devient caractéristique pour les téguments des Arthropodes. Elle recouvre toute la surface du corps et se continue dans les oignes internes par les ouvertures de ces derniers débouchant à la surface. Elle forme, grâce à sa puissance, la partie la plus importante des téguments, et l'emporte tou« jours sur la couche cellulaire sous-jacente. Elle varie beaucoup par son épaisseur et sa fermeté. Molle et flexible entre les segments du corps, qui sont ainsi réunis de manière à être mobiles les uns sur les autres, elle se durcit sur le segment même, ainsi que sur les membres. Cependant ses propriétés physiques peuvent osciller entre des limites très-larges, et depuis l'enveloppe molle des Araignées, de la plupart des larves d'Insectes, et de quelques parties d'Insectes même développés, on trouve tous les passages jusqu'aux carapaces rigides qui enveloppent le corps de la plupart des Crustacés, des Myriapodes, des Scorpions, et chez les Insectes, surtout celui des Coléoptères, etc. Les divers degrés de solidité ne dépendent pas seulement de l'épaisseur de la cuticule, mais principalement de la chitinisation de ses C4)uchcs. A TéUit fraîchement formé, des couches même épaisses sont encore molles pour se durcir sous l'influence d'une action chimique. Outre l'épaisseur et l'accroissement des couches successives, comme moyens d'augmenter la dureté de la carapace, il intervient encore chez beaucoup de Crustacés et de Myriapodes des dépôts de sels calcaires qui font disparaître à quelque degré les propriétés élastiques. La chitinisation et l'incrustation calcaire de cette portion des téguments limite l'accroissement en volume du corps. Aussi longtemps que celui-ci dure, on remarque, se répétant à des intervalles déterminés, la chute de la cuticule — une mue — avant laquelle se sont déjà formées, sous la peau qui doit être déposée, des couches nouvelles qui s'affermissent graduellement.

En raison du mode de leur naissance, ces couches cuticulaires sont formées de lamelles distinctes, disposées par couches , dont les intérieures ont une consistance plus molle. Elles sont ordinairement traversées par des canaux poreux, dans lesquels s'enfoncent des prolongements de la matrice.

L'enveloppe molle qui produit ces couches extérieures plus fermes est toujours composée de cellules. Elle est l'homologue de l'épiderme des autres groupes d'animaux, et n'a, chez les Arthropodes, qu'une puissance relativement faible. Quoique dans beaucoup de cas elle renferme du pigment, chez les Crustacés par exemple, elle est, dans la règle, incolore,

la coloration des Articulés résultant de dépôts de pigments dans Tenveloppe chitineuse externe.

En dedans de ces couches épilhéliales proprement dites, il y a encore une couche do tissu connectif, qui, cependant, comparée à la couche cuticulairc et à la matrice, n'est que peu développée.

Comme prolongements ou appendices des téguments étant en connexion directe avec eux, ou trouve des piquants, des soies ou des poils, qui se rencontrent sous les apparences les plus diverses chez les Crustacés, Arachnides et Insectes ; et qui tantôt intimement unis à la carapace chitineuse et immobiles, ne sont que des annexes de celle-ci, comme les soies de certaines parties du corps des Crustacés, les poils des Araignées, Chenilles, etc.; tantôt sont simplement et librement placés sur le corps dans leur état développé, comme les écailles des Lépidoptères. Dans les deux cas, Tenveloppe chilitineuse des appendices reste en continuité avec le reste du tégument. Les deux conformations diffèrent en ce que chez les appendices mobiles, il se trouve, au point de contact, une portion de la couche chitineuse qui est plus molle, pendant que la cuticule s'étend sans changement sur Tappcndice rigide. — Les appendices des téguments sont souvent en connexion avec des appareils sensitifs, que nous indiquerons en traitant du système nerveux.

Aux téguments se rattachent aussi des organes (jlandtdaires^ qui dérivent de modifications de la couche matrice. Peu répandus chez les Crustacés, ils sont plus fréquents chez les Insectes. La partie sécrétante de la glande se compose ou d'une seule, ou d'un petit nombre de cellules, et leur canal excréteur est en grande partie figuré par les canaux poreux de la couche cuticulairc. Une ou plusieurs cellules de la matrice ont ici, par un développement indépendant, acquis une fonction différente de celle des autres cellules. On peut indiquer, au nombre des glandes particulières qui ne fonctionnent que dans certaines circonstances, celles qui se rencontrent chez les Insectes (lanes des papillons). Le canal excréteur de ces glandes ne s'ouvre pas librement à la surface des téguments, mais pénètre dans un prolongement ténu et sétiforme de ces derniers. Ce n'est qu'après la rupture de l'appendice que le produit sécrété qu'il renferme peut être expulsé.

Le corps chimique désigne sous le nom de Chitine, qu'Odier présenta le premier en 1821, est extrêmement répandu dans les formations cuticulaires des Arthropodes, mais se trouve aussi dans différentes autres divisions animales et toujours dans des substances provenant d'une sécrétion cellulaire. Il existe dans la règle, dans les parties du corps des animaux invertébrés, auxquelles on attribue habituellement une nature « cornée. » Le tissu chitincux e<t caractérisé par son insolubilité dans les acides et les alcalis. Cette propriété ne se const:ile cependant pas dans les couches qui viennent d'être déposées par la matrice, mais elle ap{»arait seulement au bout de quelque temps. Les couches internes, les phis jeunes de la ruliculf des Arthropodes sont fréquemment fort différentes des plus externes, comme cela est ù\is<\ le cas chez les Vers. (Voy. sur la nature de cette substance chez les Arthropodes : C. Schmitit, Zur Vergleich. Phys. der Wirhellosen Thiere, 1845; et sur sa distribution, R, Leiickart, Arch. /. NaL, 185^2, p. 22.)

La couche cutirulnire des téguments offre dans la règle sur sa surface des dessins particuliers, limités dans leur étendue, qui, parfois, ont une apparence de cellules, et ont autrefois fait admetire l'existence d'une couche épidermiqne spéciale. Les lamelb's de la couche cuticulairc présentent aussi fréquemment des différenciations, et sont disposées eu faisceaux

qui, indWidueUement, preonent des directions diverses. 11 en résulte une structure fasciculaire, d'après laquelle, en tenant compte des canaux poreux remplis de substance cellulaire qui trarersent cette couche, Leydig a pu comparer Tensemble des téguments des Arthropodes au tissu connectif, chez lequel le contenu des canaux poreux représenterait les cellules, et les couches fasciculaires la substance intercellulaire.

Le dépôt de sels calcaires est surtout prédominant chez les Crustacés ; il se trouve aussi chez les Myriapodes (Julus)-, manque chez les Arachnides ; est rare chez les Insectes, où Leydig Ta observé chez b larve de Stratiomyê, (Arch, Nai., 1860). Le calcaire forme ici des concrétions stratifiées déposées sur la cuticule chitineusc.

Les appendices de la couche cuticuLiire (piquants, soies, écailles, etc.) ont tous les mêmes rapports avec la matrice, qui, dans la règle, se prolonge dans leur intérieur. Les états extrêmes de ces conformations si diversifiées, sont reliés entre eux par des passages. On peut les distinguer en mobiles et immobiles, suivant que leur enveloppe chitineuse est molle à leur base, on qu*elle est rigide comme celle du corps avec laquelle elle est en continuation directe. Fréquemment, sur les points où s^élèvent des appendices cuticulaires, la matrice présente des modifications correspondantes. Ainsi de grandes cellules qui font saillie sous la couche de la matrice, participent à la formation des écailles des papillons. Entre les cellules de la matrice, dont elles proviennent, elles émettent des prolongements qui so continuent dans la substance des écailles, lesquelles paraissent ainsi élre un produit de difîérencialion du protoplasma des cellules, tandis que les prolongments,par leur sortie de la couche des cellules matrices, ressemblent aux glandes dermiques, comme on les rencontre à la base des poils chez les chenilles. (Sur la formation des écailles et des poils chez les papillons, voyez Semper, Zeit, ZooL, YIU, p. 326.)

Les canaux poreux qui se trouvent dans la couche cuticulaire doivent être divisés en deux groupes (Leydig). Les uus contiennent des prolongements du proloplasmu de la matrice, et ont une cavité plus large que les autres, qui ne consistent qu'en un tube très-fin, le plus souvent, servant à conduire un liquide. L*air peut aussi se renronti'cr dans ces canaux poreux, comme chez les Insectes aquatiques (Nolonecla^ Htfdrometra), Ceci se remarque d'ailleurs aussi dans les écailles des papillons, et dans les poils des araignées. Les canaux poreux peuvent se compliquer par des ramifications, ainsi que par des anastomoses de ces deiiiières. De telles conformations ramifiées peuvent avoir quelque ressemblance avec les corpuscules osseux (chez le Spheercma, d'après Leydig, par exemple).

û matrice chitinogène (qu*on a plus récemment nommée Thypoderme), n*a pas toujours l'apparence d'un épithélium régulier, comme la représente l'école cellulaire ; car, même dans beaucoup de cas» on ne peut y reconnaître qu'une couche de protoplasme dans laquelle des noyaux distribués régulièrement, et souvent entourés d'aoaas granuleux, semblent indiquer une division en cellules de la substance qui les entoure. Lorsque cette couche porte du pigment, la répartition de ce dernier autour des noyaux détermine encore plus fortement la séparation de la couche continue en champs d'apparence cellulaire. — Cette matrice subit une métamorphose particulière chez des Crustacés inférieurs, les Carycœideê (Sapphirina, etc.) par exemple, où, réunis en champs polygonaux, sa surface est traversée par des systèmes de lignes se croisant obliquement, qui produisent sous la cuticule, transparente comme du îerre, un éclat métallique des plus remarquables, résultant d'un phénomène d'interférence (le la lumière (Hackel Jenaiêch. ZeiU,, 1, p. 67).

On n a observé la dissémination des glandes dermiques que dans les divisions les plus inférieures des Crustacés. Chex VArqulus^ elles forment d'élégants follicules sur les bords latéraux du dernier segment bilobé du corps, et sont encore plus richement réparties sur celui des Corycœides, Parmi les Myriapodes, on a observe des glandes dermiques sur les cotés du corps qui débouchent dans ce qu'on appelle les foramina repugnatoria. Leur sécrétion est un liquide à odeur très-forte qui s'évacue lorsque l'animal est touché. Deux grands canaux glandulaires s ouvrent sur le dos du céphalothorax des Opilionides (Krohn, Archiv, Aol., 1867, p. 69). Des parties du corps fort différentes présentent des glandes dermiques chez les Insectes. Elles se trouvent fréqucnmient sur les parties molles qui relient les seguienls du corps ou ceux des membres, chez les Coléoptères, et les larves de Lépidoptères et d'Hyménoptères (Leydig, Arch., An., ?hys., 1859, p. 40; Claus, ZHt., ZooL, XI, p. 33). Les gbudes dermiques des Insectes sont pour la plupart unicellulaires, leurs conduits excré-

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leurs 8c contiiiuciil de Tintérieur de la cellule par des fins tubes de chitine, jusqu'à la surface de la cuticule. — Ces glandes présentent, sur certains points du corps, un développcuieiil considérable chez les Insectes producteurs de cire. Chez les Aphidiens, dont quelquesuns se couvrent d'une espèce de duvet composé de filaments de cire très-déliés et fins, de pareilles glandes unicellulaires se trouvent réunies en groupes qui s'ouvrent sur des points spéciaux des téguments. Des modifications paraissent exister chez les Coccides. Chez les Hyménoptères producteui^s de cire, Tappareil est plus compliqué. Les Abeilles sécrètent cette substance par des lames antérieures minces et transparentes des anneaux abdoniinaia, lieux où est placé ce qu on appelle la « pellicule cirière. » Des champs de forme polygonale portent les orifices d'un nombre très-considérable de canaux poreux très-fins, dans lesquels, entourées de riches i*amificatious trachéennes, débouchent des cellules glandulaires cylindriques et serrées enti'e elles. Ces glandes constituent les « organes à cire, » et sont recouvertes d une couche graisseuse ; elles sont réduites chez les A}>eilles qui ne produisent point de cire. L'organe cirier se rencontre aussi chez d'autres Hyménoptères, les fiourdons, par exemple (Claus, Marhurger SUz.y n* 8). (hi peut ranger au nombre des glandes dermiques, ce qu'on a désigné chez les Insectes sous le nom de glandes anales. (Voy. Siebold, Anat, Comp., I, p. 610.)

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