‹ Manuel d'anatomie comparéeChapitre 82 sur 93 · SYSTÈME VASCULAIRE SANGUIN · texte numérisé non relu

SYSTÈME VASCULAIRE SANGUIN

Chez tous les Graniotes, le cceur naît d*un tube simple qui se sépare graduellement en deux parties. La postérieure reçoit le sang et le transmet à Tantérieiu*e, qui l'envoie par des arcs vasculaires vers un tronc artériel courant le long de Taxe du squelette; ce tronc artériel le distribue, à son tour, ultérieurement dans tout le corps. La première portion du cœur s'appelle V oreillette^ la seconde le veiitrictde. Une cavité spéciale, qui se produit dès la première apparition du cœur et comprend le ventricule et roreillctlu, est la cavité péricardiale, dont la paroi, le péricarde, sert à envelopper le cœur.

Le cœur demeure à l'état simple chez les Poissons. Un ventricule et une oreUlette en forment les deux divisions principales. La dernière reçoit le sang veineux d'un sinus situé immédiatement derrière elle, et partiellement en dehors du péricarde. Elle offre généralement des deux côtés des expansions ou auricules qui se prolongent latéralement le long du ventricule situe au-devant d'elles. La paroi de l'oreillette est pourvue d'une couche musculaire qui forme à l'intérieur un réseau saillant. Le ventricule, au contraire, offre des parois notablement plus épaisses, par suite du développement à son intérieur d'un réseau de puissants faisceaux musculaires (fig. 281, V). La cavité interne proprement dite est d'autant plus réduite relativement à ses dimensions extérieures, que ce réseau musculaire empiète en dedans. Deux minces valvules {fig. 281, o) destinées à empêcher le retour du sang, ferment l'orifice de communication entre le ventricule et l'oreillette. La cavité du ventricule se continue dans une autre, le plus souvent élargie, naissant du cœur, et qu'on nomme le bulbe artériel ; c'est d'elle que partent les artères (a). A l'orifice artériel se trouvent également deux ou plusieurs valvules qui fonctionnent comme valvules atrio-ventriculaires. La portion du ventricule qui se continue dans le bulbe artériel oITre, chez les Sélaciens et les Chimères^ un allongement considérable, qui présente une confor-

iiiiitîoii identique à celle des parois du cœur, et se trouve limité vers le bulbe [liir des valvules en rornie de poche. Cette partie {fiij. 281 , B) parait élre ump din'crcncialiun du vealricule. Nous la désignerons sous le nom de cône artériel pour la distinguer du bulbe qui fait partie de l'artère. Derrière les valvules, qui ne dépassent pus le nombre de trois, se trouve un nombre variable d'organes valvulaires disposés en séries longitudinales et transvcrsaics, qui sont rattachées par des iilameuts tendineux ^l à la paroi du cône. Cette portion du ventricule existe aussi

' ^^ chez les Gano'ides, où elle présente une disposition semblable de l'appareil valvulairc. Elle se trouve plus rar*mcnt indiquée chez les Téléostéens, où elle manque toujours de ces replis valvulaires, de sorte que les valvules sont ici réduites aux poches valvulaires, placées à la naissance du bulbe artériel, et qui ordinairement sont au nombre de deux. Il faut admettie que la disparition de ces séries de valvules dépend de la contraction qui transforme le cône allongé des Sélaciens et des Ganoïdcs en un organe trè--court chez les Poissons osseux. Chez les Dipnoï, qui ont également uji l'ône artériel bien développé, deux replis longitudinaux font une saillie qui indique une séparation en deux canaux.

Le tronc vasculaire, qui commence à l'orilice artériel du ventricule subit, chez les Téléostccns, une dilTérenciation en rapport avec la disparition ou le raccourcissement du cùnc artériel ; il se dilate, comme nous l'avons déjà dit, en forme de bulbe, en même temps qu'augmente la quantité des éléments contractiles de ses parois, U se forme ainsi une disposition compcnsatricu de lu réduction du cône, avec lequel ce bulbe ne doit pas être confondu.

Chez tous les Poissons, ce tronc se prolonge sous la charpente branchiale (/j(/. '281, a). U envoie des deux côtés, le long des arcs branchiaux, des vaisseaux {(itj. 282, 1-5), qui, dans les premières phases de développement, passent immédiatement de chaque côté dans un vaisseau longitudinal situé à h base (lu crâne. Nous désignerons les vaisseaux artériels recourbés sous le uoni d'ntrj aortiques; sous celui de tronc aorlique^ le tronc qui les rassemble («"l, les arcs séparés qui de chaque côte se réunissent étant les raciiiet aorùifues. (Celles-ci envoient toujours en avant un vaisseau à la tête, principsleiiient au cerveau, la carotide (c). Avec le développement des feuillets branchiaux sur les arcs viscéraux, il se forme dans leur intérieur des vaisseaux partant des arcs aortiques; puis, par suite du développement du réseau di'^ l'euillets branchiaux, chaque arc aortique se décompose en un réseau capillaire, qui pénètre dans ces feuillets et cesse do la sorte de prolonger directement la racine aortique, Le sang provenant des capillaires branchiaux se rassemble dans des vaisseaux qui le versent dans l'aorte, d'où il est ramené

Kig. 281. — Cœuf de Squaiina rulgarti; la piroi nnliiricurc du ventricule et ducAncnl cnli'iêc de r3r;oii i l.iÎFScr voii' la cirilc ûa ce ilcrniur. ainsi i|iid celle du icntiicute el le) pillera muicut^irrs fie In pmi; A. nrcillctlc; li, ciiie arlûiieli o, orilico «Ino-veulriculairo «ec deui «Iniles.

CŒDR ET IROnCS ARTÉRIELS. TSS

au cœur par le système veineux du corps. Les ramcnus du tronc artériel, sont les artères branchiales; et les vaisseaux conduiaaut à l'aorte, représentent des veines branchiales contenant du sang artériel, tandis que lea artères branchiales en renferment de veineux.

Le nombre des artères brancbiates provenant du bulbe artériel, correspond à celui des branchies qui se trouvent en acLÎvité. C'est cbcz les Cyclostom<>3 et les Sélaciens qu'il est le plus considérable. Il y en a cinq paires chez les Ga- ■loîdes {fig. 283), tandis que chez les Poissons osseux, il n'y a un numbi'e d'arcs artériels plus considérable (b-7) que pendant l'étut embryonnaire. Le plus antérieur ou quelquefois les deux plus antérieurs ne sont pas en rapport avec des branchies, du moins la branchie qui appartient au second urc n'en rempli te lie que passa^à'rement les fonctions (Branchie opercuiaire}. L'arc viscéral postérieur devenant plus lard rudinientaire pour se tnmsfuriner en os pharyngiens inférieurs, lu brauchie qui lui est primitivement attachée se perd et )e nombre des troncs branchiaux est ainsi réduit à quatre et même à trois paires.

La naissance des artères branchiales a lieu de manières diverses. Ou elles partent par paires d'un tronc principal unique qui se termine à l'émission de la dernière paire, ou il en part plusieurs à la fois de chaque calé d'un court tronc commun, comme cela a parlicutièrenicnt lieu pour les artères branchiales postérieures des Sélaciens (aussi plusieurs Ganoïdes {fuj. 283) et Téléostéens) ; ou bien encore le tronc principal de t'arlêrc branchiale se divise dès son origine en deux troncs latéraux, dont K s artèivs branchiales sont autant de ramifications distinctes (chez le Bdeltosloma parmi les Myxinoïdes),

Fig. !S2, — Schéma de l'cbiucbe dea ^rindt tronudont l'appareil drs Taîsseiai bnnclii^iui se difTércDcic; a, buibu nilvrjelle; 1-J, uca irlÉiicIs ;il y en a dainiidi^e tbci les l'oiuoiiB ; a", aorte;

Pig. S83. — Cœur, arlèrM broncbialoii el brarchie 0|(crculniredu l.fiiitloilcii* oxirut; V, VL-ntricute; AA, oraillKllci B, bulbe aiiûricl miiiculairc; o, Ironc d^t irtùies braiichialea; 1, Irancliie acccaaoii-c (opettulaire) ; ;i, p^cudubraiicliia (bniiKliie de l'éveiil-i ; 'i, 3, 4, îi, braiiïbiei dci «rci. Let nèchea iudiquenl la dircclian du courant Mugub ^d'apri-a )uh. JIQIKt''.

786 VERTEBRES.

Le développement du cœur a lieu sur la paroi d'une cavité particulière qui devient plus tard la cavité péricardiale. II représente d'abord un cordon plein, de nature cellulaire, qui apparaît sur la paroi dorsale de la cavité précitée, et se développe bientôt en une anse doul la partie saillante sera le ventricule, Tantérieure le bulbe artériel, et la postérieure l'oreillette. Le cœur conserve sa situation primitive chez les Poissons et se trouve immédiatement derrière les copules des arcs branchiaux (Sélaciens), ou sous elles couvert par la ceinture scapulairc. Le ventricule, l'oreillette et le bulbe artériel sont ordinairement libres dans la cavité du péricarde, mais peuvent parfois se trouver en connexion avec les parois de ce dernier, par des filaments tendineux. Le ventricule du cœur n'est pas symétrique chez les Sélaciens {fig. 281). L'oreillette s'ouvre dans sa partie gauche, le cône artériel s'élevant sur la droite. 11 présente une forme symétrique dans la plupart d^es Ganoïdes et des Téléostéens, mais s'éloigne par cela de l'état où il se trouve chez les Vertébrés supérieurs, dont le coeur embryounairc présente plutôt des ressemblances avec celui des Sélaciens. Le cône artériel du cœur des Sélaciens a ses parois constituées par des faisceaux de muscles à fibres striées, comme le reste du cœur. Il forme de même une annexe do ce dtirnier chez les Ganoïdes; mais les valvules en poche situées en arrière, sont fort différentes des précédentes par leur structure. Elles forment de petites plaques proéminentes, qui, appliquées en avant sur la paroi, ne peuvent se renverser en arrière, à cause des ligaments filiformes qui s'attachent à leur surface. Le nombre des séries transversales de valvules est aussi différent que celui des valvules distinctes appartenant à une même série. Elles sont au nombre de deux : (Chimara, Carchanas)^ trois (Acanthias, Muslelus, Torpédo^ etc.), quatre (Hcptanchus, Hexanchus, etc.) ou cinq (Scymnu^, Squalina^ etc.). Chez l.s Gaiioïiles il y eu a trois séries chez VAcipemer et ÏAmia, neuf chez le Pohjpterus. La série aulériourc contient toujours des valvules en poche au nombre de trois. VAmia seule n"cn a que deux, et se rattache par là aux Téléostéens, où, comme chez les Cyclostomes, il y a également à la limite du cône artériel deux valvules. Par contre chez le l^tiifriniu l'existence de deux séries, contenant chacune deux valvules, continue chez les Téléostéens la disposition dos Ganoïdes ; comme aussi chez d'autres, dont les valvules ont disparu, à l'exception des deux plus antérieur(»s, le ventricule se prolonge à sa partie antérieure en un cône artériel alloni'é (Broclicl).\\ résulte de là que nous ne devons point considérer comme identiques, le bulbe artériel des Téléostéens avec la partie du cœur des Sélaciens et Ganoïdes, que j'ai désignée sous la qualilicationde cône artériel. Consulter sur les valvules, J. Mûller, Abh. d. Berl. Acad., 1844, p. 125, ainsi que mes remarques sur le bulbe et cône artériels, Jenaische Zeiisch,, II, p. 565.

Chez les Cyclostomcs {Petromyzon)y le péricarde est soutenu par une lame cartilagineuse, consistant en un appendice dentelé et élargi du dernier arc viscéral. Par suite d'une dilïereneiation gi*aduelle le cœur reçoit aussi un système vasculaire particulier. De jKiri'iN vaisseaux destinés à la nutrition du cœ.ur se trouvent chez les Sélaciens et GanoUles (Esturgeon) et doivent selon Ilyrll {Sitz. Wien.^ XXXIII, p. 572) manquer aux Poissons o^seus, ainsi qu'aux Amphibiens, tandis que chez les Reptiles la couche extérieure seule est vasculiûrc. On observe cependant toujours chez les Téléostéens des vaisseaux se distribuant sur le ventricule.

La formation des poumons et leur substitution aux branchies dans Tactomplissement des fonctions respiratoires, exerce une influence de la plu^ grande importance en déterminant dans Tarrangement des gros troncs vasculaires des modifications considérables. Ce changement ne retentit pas moins sur la conformation du cœur. Les Dipnoi offrent à ce point de \ue un cas intéressant, car c'est chez eux que commence la division longitudinale de la cavité du cœur. Chez le Lepidosiren, un tissu réticulé de faisceaux musculaires partant de la paroi de roreillette, se continue en formant dans celle-ci une es|)èce de cloison. Elle la ])arlagc ainsi en une portion droite et

CŒUR ET TROSCS ARTÉRIELS.

c gauche, qui

eut ce|)cn(]aiit encoru de iiumbreuscs coiu!

hg. i8i.

tiuiis par les inlervalle» de ses faisceaux musculaires, et s'o veutricule par uue ouverture commune. Le sinus veineux ï reillette druite, et une veiiie pulmonaire se rend dans la gauche. Le ventricule commence aussi â élve le siège d'une différenciation iudi(|ui'e par ,'

la fonnaliun de s:iil[ies musculaires. Le bulbe artériel {fig. 28t, a) qui part du ventricule, purail iliviiio par deux pli^ longitudinaux, en deux cavités dont chacune émet des artères particulières. Celles-ci fonneul de chaque côté trois vaisseaux courant le long des arcs branchiaux antérieurs; lesdcuxarcsvusculairesantérieursseréunisitent de chaque côté après avoir contourné les fentes branchiales et le tronc résultant de cette union, continue sa route pour former l'aorte (flo), en s'unissantâ l'artère correspondante venant du côté oppose. Tandis que ces deux arcs vasculaires (/îy. 'J8t, 1, 2) n'entrent pas en connexion avec les branchies, le troisième arc(ô) fournit les artères branchiales, s'unit par un canal étroit (6) avec la racine correspondante de l'aorte et se continue pour constituer l'artère pulmonaire [}>). Ccl arc constitue donc le tronc aiiéricl desservant les deux sortes d'appareils respiratoires (Art. brancbio-pulmonuire), ut les deux arcs antérieurs peuvent, puisqu'ils n'éjncitcnt point de vaissc^iux branchiaux, être désignés sous le nom d'arcs aoiliques.

L'appareil circulatoire des Amph'é'ifns nous offre des dis|)ositious analogues. La séparation de l'oreillette est complète chcK la plupart d'entre eux (le Prolée excepté) ; mais le ventricule reste encore unique, ne présentant que des traces de séparation. Les deux valvules membraneuses de l'orifice atrio-TCntriculaïre, se comportent connue chez les Poissons. Le ventricule porte un biillie artériel musculaire {fuj. 2S5, ba), dans lequel la cloi.ion indiquée chez le l.cpidnsiren, s'est compléléc. Il envoie primitivement cinq paires d'arcs artériels, dont quelques-uns s'atrophient ensuite, et il n'en suh-

Fig. ÎSi. — Ares Hrtiqiti» du Upidoiircit paradoza

1, Imlbcaorliiuc; 1, 'i.

-., iici irlÎTÎeli

dont Inj deiil premiers se rHunisspiit en oortc; j

>n.l Je BgUI;

br, fenlc» bM.nliiales; br'. fausse brtnchic; ao, wi

(e;r, «rléro ïudi*iiic; oe

dcl-d--,phi,(i«(d'.prèsIlTrll).

Fig. Ï85. — Cœur el fio, misse.iu d'une Isrie de Trllo

n; no, oreillein.»: t. venir

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