CRISTALLIN
Le cristalliu est une lentille biconvexe, située entre l'humeur aqueuse qui baigne sa face antérieure, et le corps vitré dans lequel il se trouve enchâssé, suivant l'expression de Petit, comme un diamant dans son chaton.
Il est maintenu dans cette situation par la zone ciliaire dont les fibres étendues comme autant de petits lii;anients denses et résistants, de !a membrane hy iloïde à la membrane cristalline, l'unissent très solidement au corps vitré, tandis ipie ses plis engrenés avec ceux de la choroïde l'atlachent d'une autre part à h seconde tuniipie de l'œil, et par l'intermi-diaire de celle-ci à la sclérotique et à la cornée. Il suit de ces connexions que le cristallin ne peut se déplacer ni eti arrière, le corps vitré s'opposant à ce mouvement de recul, ni en avant, la zone de Zinn rendant impossible tout mouvement de projection dans ce sens, ni vers aucun point de sa circonférence, les liens situés au point diamétralement opposé le retenant en place. Situé entre deux milieux, dont l'antérieur présente une fluidité complète et le postérieur une demi-fluidité, il conserve cependant sur l'a^e visuel de l'œil une position tellenir-nt (ixe cpie celui-ci lui est toujours exactement perpendiculaire. Un intervalle de 2 millimètres lj-2 le sépare de la cornée; celui qui le sépare de la tache jaune est de 14 millimètres, c'est-à-dire environ cinq fois plus grand que le précédent.
Le poids du cristallin varie de la quatrième à la cinquième partie du gramme. Le plus léger que j'aie trouvé pesait 2ul milligrammes et le plus lourd 25 2. Sou poids moyen chez r.idulte. calculé sur les résultats que j'ai obtenus en soumettant à une pondération exacte une série de onze cristallins pris sur des hommes et des femmes âgés de vingt à quatre-vingtquatre ans s'élève à 2 18 milligrammes, près de 4 grains et demi.
La pe>!anteur S[)écifique de l'eau étant représentée par 1,00U, celle du cristallin équivaut, suivant Chenevix, à 1,079.
Son pouvoir réfringent comparé à celui de l'air, pris pour unité, est de 1,384, selon Brewster.
Le volume, de la lentille cristalline est déterminé par l'étendue de son diamètre et la longueur de son axe.
Le diamètre mesuré avec les branches d'un compas sur les onze cristallins précédemment mentionnés, a varié de 9 à 10 millimètres. Petit était arrivé à un résnltat tout à fait identique ; car il avance que ce diamètre est ordinairement chez l'homme adulte de 4 lignes, et ipiehpiefois de 4 lignes l/i ou 4 lignes \/i (9. 9 1/2, ou 10 millimètres). M. Lamé, en l'évaluant en moyenne à 10 millimètres, l'a donc légèrement exagéré. Mais M. Hiischke l'a exagéré bien plus encore en l'estimant chez le nègre à 5 1/2 ligues, c'est-à-dire à près de 13 millimètres.
L'nxp ou l'épaisseur du cristallin, confondu avec la partie correspondante de l'axe visuel, est de 4 I/2 à 5 millimètre'*. Sur ce point encore mes recherches viennent contîrmer celles de Petit, qui évalue cet axe chez l'adulte à 2 lignes, 2 lignes 1/4 (4 I/2 à^ 5 millimètres). En parcourant
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le tableau dressé par cet auteur, on voit que sur un cristallin la lon.2;ucur de l'axe s'élevait ;i 2 lignes .^/i, et sur un autre à 2 lignes 7/h, c'est-àdire à 6 tnilliinètres l/i. M. Miisclike et M. Krau^e di-^ent avoir rencontré chez un enfant un cristallin dont ré|iaisseur atieisnait o lignes (ou G midimètres 3/4). Ces chiffres CNCeptionnels me parai-^sent le résultat de ({neliiue erreur. Poin' mesurer l'épaisseur du cristallin il faut le placer dans l'eau; or le li(piide pénètre par voie d'emlosmose dans la lentille, et augmente a«sez rapidement son volume; après une immersion d'une heure, il a déjà augmenté d'un demi-millimètre; après huit à dix heures il s'est allongé d'un second demi-millimètre ; après vingt-ipiatre ou trentesix heures, et souvent plutôt, il s'allonu;e encore d'un troisième et atteint alors de 6 à 6 I/i millimètres. Très probablement les cristallins de :i lignes d'épaisseur dont parlent Petit, Husciil^e et Krau^e avaient séjourné quel- (pie temps dans l'eau. Mais le cristallin (pii a aCiiuis une semblable épaisseur est tout à fait déformé. C'est dans cet état cependant (pi'il a été représenté par plusieurs anatomistes, particulièrement par Arnold, et plus récemmciit dans un ouvrage publié en France.
L'axe du cristallin présente ime louiîueur constante, c'est-à-dire à peu près iuilép 'ndaute de l'âge. Dans le fœtus de sept mois, son étendue est déjà de 4 l/i à 5 millimètres, et elle ne varie plus ensuite dans le coijrs de l'existence. La lentille s'accroît 'eulement par élotigation de son diamètre ; et comme celui-ci est d'abord très court, et à peine supérieur à l'axe, il en résulte que pendant toute la durée de la vie intra-utérine le cristallin est presque rond. A la naissance, son diamètre est déjà de 7 millimètres; à dix ou douze ans il arrive à 8, et à dix-sept ou dix-huit ans il atteint sa longueur définitive.
Les extrémités de l'axe ont reçu le nom de pôles : 1! y a donc un pôle antérieur et un pôle postérieur : le premier répond au centre de la pupille, et le second au fqramen cœcum, centre de la tache jaune.
Les fnres du cristallin sont lisses et unies. L'antérieure regarde la pupille dont elle est séparée par un intervalle variable d'un tiers à un demi-millimètre. La postérieure occupe la fossette du corps vitré qui la reçoit en totalité. — Leur courbure diffère : la première est toujours moins convexe que la seconde ; l'axe étant supposé divisé en cinq parties, on trouve que le plan passant par la circonférence de la lentille coupe
Cristallins d'adulte, (Tenjant et dejœtus.
i. Cristallin d'adiilln vu de face. — 2. Ce même cri<lalliii vu de profil, — 3. Cristallin d' Ml .-nt'.ini lie dix ans. — 4. CristaMin d'iiii fœlus 'e m-uf mois. — "i. Ciistall u d'un fœtus de sept mois, —('es trois derniers ctisial lus, ainsi que celui de Th ■mme ad lie soiU re(ii é-eilés de prolll, alin de moQirer t|Ui- leur axi^ ne varie pas avec l'âge, el (|ue la courbmede leur face se modifie en raison inverse du développement de leur dianièlre.
cet axe à l'union de ses deux cinquièmes antt^rienrs avec les (rois cinquièmes |K)stcrii'nis. Ce inoiie de coiitormatioii [(régenterait, selon relit, quelques exceptions ; en parconrant le tableau qu'il a dreï->é. on voit ([ue sur les vingi-six > ristallins par lui observé-', il en est ûi'mx sur lesquels les deux faces sont égaiement Convexes, et un sur le |iiel la face améneure est plus convexe qne la po^tér'enre. Ces excepiions sont possibles. Je déclare lontefois qu'elles nie l.iisseni des doules; ear , siw près de cent cristallins i|ue j"ai examinés [lour juger de la ccurbiue relatp ? <^es deux faces, je n'en ai trouvé aucun qui ne m'ait présenté une face postérieure plus convexe.
La forme et le degré de courbure de chaque face sont extrêmement difficiles à déterminer; aus'<i les auteurs qui ont tenté celle détermination sont-ils arrivés à des résultats très divergents. Selon Kepler, la face antérieure est un segment de sphéroïde, et la postérieure une secti )n d livperbole. D'après M. Chossat, toutes deux représenlent nu segment d'ellipsoïde en révoluiion surson ijetitave. Petit, qui partage l'opinion de Kepler sur la forme de la face antérieure, évalue le diamètre de la spliéic dont elle fait parlie à 9 lignes (20 millimètres) : ce diamètre peut descendre chez (pielques individus à 6 lignes (1:^ millimètres l/ii, et s'éievcr chez d'autres à 12 (-27 millimètres;. Pour le même auteur, la face postérieure est tantôt un segment de sphéroïde, dont il estime le diamètre à 5 ligues (il millimètres l/2j et tantôt une seciioEi de parabole.
La cu'covfc'rence du cristallin est arrondie et très régulièrement circulaire. Elle forme la paroi interne du canal godr(--nné. Les plis de la zone ciliaire viennent s'y attacher. Lorsijue l'œil a été divisé eu deux bémisphères, si l'on renverse l'hémisphère antérieur sur la cornée pour voir le cristallin à travers le corps vitré, on remarque assez souvent (pie la circonférence de cette lentille est lé;;èremeiit festonnée ou dentelée; cette disposition est due aux |)lis de la zone de Zinu, qui. se trouvant alors tendus, exercent un h'ger tiraiilement sur le pourtour du cri--tall)n.
Ce pourtour n'est pas immédiatement recouvert par la zone de Zinn et les procès ciliaires de la choroïde; entre ces derniers et la circoidérence du cristallin , il existe un intervalle dont l'étendue varie de l à j/i millimètre. Cet intervalle est comblé en avant par la troisième portion, ou portion terminale de la zone de Zinu, qui s'étend transversalement de la base des procès ciliaires de la choroïde au pourtour de la face antérieure du cristallin : de là il suit qne, dans l'opération de la cataracte |iar abaissement, l'aiguille peut passer, à la rigueur, du corps vitré dans la chambre postérieure, sans blesser ni les procès ciliaires de la chorc/ide, ni le cristallin; mais celte tentative n'aurait aucune utilité et serait imprudente.
Structure du crislalUn.
Le cristallin se compose de deux parties : d'une partie périphérique ou enveloppante, qui |ioite [eiiom t\e. en px nie d a oialn II n, et d'i-ne substance |>ropre,- lamellaire et fibre;;sc, qui constitue le cristallin proprement dit.
Entre la capsule et la substance propre du cristallin, tous les auteurs admettent en outre une couche de liquide qui entoure cette dernière, de
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même que celle-ci est entonn'-e par la capsule. Établissons d'abord que cette couclie <ie liquide, appelée humeio- de Morgttgni, n'existe pas.
En 1719, Morgai^iii nieiitionuaii p<nu la preinièie fois celle lniiiieiir. et s'exprimait ainsi ; « Eu perforant la caiisnle du crisiabin dii veau et du » bœuf, réceriuuent turs, ou tués déjà depuis quelque leiups, j'ai plusieurs » fois remarqué qu'il s'en éclia|qiait à l'instant une cerlai),e humeur » aqueuse qui m'a paru exister aussi chez l'homme, et j'ai pensé que, » lorsque sa sécrétion vient à se supprimer, le cristallin doit se dessécher » et devenir opaque à peu prés comme il le devient lorstpi'il a été extrait » et eiposé à l'air (1 . » M )rgigni ajoute (pi'il n'a pas toujotu's trouvé cette humeur. Dans sa dix-septième lettre anatomitpie, il rappelle son existence (i) en euq)loyaut avec intention les mêmes ternies, et rei>ioche à Sténon, (|ui l'avait signalée dans les poissons, d'avitir avancé (pi'elle était tout à fait aqueuse, otnvino agneo. 11 ré^ulie de ce re[)roche et des termes mêmes qu'emploie Morgagni, qu'il conservait beaucoup de doute sur la nature et le degré de consistance de ce liquide.
Quelipies années plu>i lard, en 1730, Petit, qui avait lu Morgagni, reprit l'histoire du même liquide avec la netteté (ju'il apportait dans toutes ses recherches, et le décri\it avec détails : « En quelque endroit, dit-il, que «l'on perce la capsule, on voit sortir ordinairement cette litpieur; » après (pioi la ca[»sule se flétrit et perd s^ tension en proportion de la
» quantité de liqueur qui s'est épanchée li n'y a (piel(|uefois de ii(pieur
>' que dans un œil, et point dans l'autre... Celte liijueur est claire, traits- » parente et très liipiide dans l'homme, le chien, le chat, etc. ; celle du B bœuf et du cheval est visqueuse et pâle comme l'humeur vitn'e... Pour » déterminer avec autant de précision qu'il est possible la quantité de cette » liipieur, il faut peser le cristallin dans une balance qui pui^^se trébu- » cher au moins à un demi-grain ; après (pioi il faut ouvrir la capsule à sa «partie antérieure et postérieure avec une lancette, et en faire sortir la
» litpieur par une It-yrre prr.ssion l'ai trouvé que la capsule du cris-
» taliin de Ihonime en contenait un demi-grain lorsqu'il s'y en est ren- » contré, et jusqu'à un grain dans les yeux cpie jai mis tremper dans l'eau » pendant vim;t deux heures... J'ai voulu faire d"s expériences sur celte » liipieur. Il n'y a pas nniyen de les faiiesur celle de l'homme; je n'ai pu n en ramasser un seul grain de dix-huit yeux... J'ai donc éié obligé de me » servir de la liipieur (pie l'on trouve sous la capsule du cristallin des yeux » de bœufs et de chevaux, (pii, comme je l'ai dit, est visqueuse.
)> Cette liqueur a deux usages : 1° elle empêche (pie le cristallin ne se » dessèche; 2" elle lui foru-nit sa nourriture... Le cristallin ne peut se «dessécher pendant qu'il est humecté de cette li(pieur; mais aussitôt » qu'elle lui maïupie, il devient sec, dur et opa(pie, et voilà ce (jui fait le » fondement de toutes les cataractes mcmbraneu-es, parce qu'on a trouvé » la capsule opaque et é|)aisse. Mais on n'a pas pris garde ipi'elle n'est » épaisse (pie parce (|u'il reste sur cette cap-ule un peu de matière du » cristallin sèche et o[)a(pie : si l'on prend le soin de la mettre dans l'eau » comme. je l'ai fait, pour détremper cette matière, on la sépare facile-
(1) Adi'ersfirin ntint. VI, Ànhnnd, 71,
(2) Episl. XVII, ?, 3 >.