‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques (volume 2)Chapitre 79 sur 133 · APPAREIL DES SENSATIONS · texte numérisé non relu

APPAREIL DES SENSATIONS

Considerotions générales.

L'appareil des sensations comprend trois ordres d'organes liés entre eux de la manière la plus intime, et cependant très distincts les uns des autres :

Des organes extérieurs ou périphériques destinés à recueillir les impressions de tout ce qui nous entoure ;

Des organes à direction convergente, destinés à transmettre ces impressions ;

Des organes plus pi'ofondément situés encore, réunis en un seul, médian et central, dans lequel toutes les impressions reçues et transmises viennent pour ainsi dire se refléter à la conscience comme autant d'échos partis des divers points de l'horizon.

Les organes placés à la périphérie du corps pour recueillir les impressions du dehors sont les sens. — Ceux qui transmettent ces impressions sont les nerfs sensitifs. — Ceux qui les perçoivent sont les diverses parties constituantes du centre nerveux.

Parmi ces trois ordres d'organes, les deux derniers nous sont déjà connus. Pour compléter l'étude du vaste appareil des sensations, nous n'avons donc plus à décrire que les organes des sens que nous aurons à envisager, soit en eux-mêmes, soit dans leurs rapports avec les nerfs qui en partent.

Les organes des sens sont au nombre de cinq : le sens du tact, le sens du goïit, le sens de l'odorat, le sens de la vue, et le sens de l'ouïe.

Le sens du tact recouvre toute la surface du corps. C'est à la fois le sens le plus général et celui qui nous procure les notions les plus précises. C'est aussi celui dont nous invoquons instinctivement l'intervention lorsque nous désirons nous mettre plus sûrement à l'abri des illusions auxquelles nous exposent les autres sens. Ceux-ci sont assez fréquemment le siège d'hallucinations; le sens du tact peut être aboli ou exalté, il n'est jamais perverti.

Les sens du goût, de l'odorat, de la vue et de l'ouïe, mis en contact avec les corps extérieui's, en reçoivent aussi une impression; mais ce qui les caractérise surtout, c'est leur aptitude à être impressionnés par certaines propriétés de ces corps : de là le nom de sens spéciaux sous lequel ils ont été désignés. — Us occupent la tête, où on les voit s'échelonner de bas en haut et de dedans en dehors en se rapprochant de plus en plus du centre nerveux. — Celui du goût est placé comme une sentinelle à l'entrée des voies digestives, pour présider au choix des aliments. — Celui de l'odorat, à l'entrée des voies respiratoires pour contrôler les qualités de

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l'air que nous respirons. — Celui de la vue, entre le crâne et la face, c'està-dire entre l'empire de l'intelligence et le mobile tableau sur lequel viennent se peindre toutes les passions qui l'agitent. — Celui de l'ouïe, dans l'épaisseur même des parois du crâne, et par consétiuent à une plus grande proximité encore de l'encépliale. — Les deux premiers pourraient être considérés comme des annexes de la vie nutritive ; les derniers appartiennent exclusivement à la vie animale ; et de même que la vie de nutrition survit un peu à la vie de relation, de même le goût et l'odorat s'éteignent en général plus tardivement que les fonctions de la vue et de l'ouïe.

Les organes des sens varient dans leur structure comme les excitants qui doivent agir sur eux varient dans leur nature. Cependant, en les comparant entre eux, on ne tarde pas à reconnaître qu'ils comprennent dans leur composition une partie essentielle qui leur est connnune et des parties accessoires propres à cbacun d'eux.

La partie essentielle ou fondamentale des sens est une membrane, représentée par la pe«î/ pour le sens du tact, par la muqueuse linguale pour le sens du goût, par la infuitairc pour le sens de l'odorat, par la rétine pour le sens de la vue, parle labyrintlie membraneux et la lame spirale du limaçon pour le sens de l'ouïe. A l'aspect de cette membrane douée d'une sensibilité exquise, et commune à tous les sens, on ne saurait méconnaître l'étroite parenté qui les unit. Tous dérivent évidemment d'un même type dont le sens du tact nous offre l'expression la plus simple : goutter, c'est loucher avec l'organe du goût les molécules sapides des coi-ps; odorer, c'est toucher avec la pituitaire leurs molécules odorantes ; voir et entendre, c'est toucher avec la rétine et le labyrinthe membraneux, d'une part, les vibrations que ces mêmes corps impriment à l'éther, de l'autre celles qu'ils transmettent à l'atmosphère.

Les parties accessoires des sens ont pour but de les mettre en parfaite harmonie avec les excitants dont ils doivent recevoir les impressions; c'est pourquoi elles varient pour chacun d'eux. On peut les diviser en deux classes :

Les unes jouent le rôle d'organes protecteurs; elles modèrent l'action des excitants et ménagent ainsi la sensibilité de l'organe fondamental qui ne tarderait pas à s'émousser. A cette classe appartiennent l'épiderme et toutes ses dépendances; l'épithéUum qui recouvre la muqueuse linguale et celui qui revêt la pituitaire ; les sourcils, les paupières et l'iris, (pii refusent l'accès de la rétine aux rayons lumineux lorsqu'ils se présentent trop nombreux ou trop éclatants ; les muscles, qui détournent le pavillon de l'oreille des sons trop aigus, etc., etc.

Les autres, plus importantes, remplissent une destination opposée ; elles facilitent l'accès des sens aux excitants du dehors, multiplient les points de contact entre ces excitants et l'appareil sensorial, accroissent par conséquent l'intensité des impressions qui seraient trop faibles pour être perçues, et ajoutent par ce mécanisme une nouvelle étendue à la sphère de nos sensations. Nulle part peut-être la nature ne s'est montrée plus admirable dans ses œuvres que dans les moyens qu'elle a mis en usage pour réaliser ces divers perfectionnements ; il semble qu'au moment de lier l'homme à tout ce qui l'entoure, elle ait voulu tenter un dernier et sublime effort afin d'agrandir encore le domaine de son intelligence en

reculant les limites de sa pensée jusqu'au sentiment de l'infini. Nous la verrons tour à tour :

Pour communiquer au tact plus de délicatesse, hérisser la peau de papilles dans lesquelles viennent s'épanouir les dernières divisions des nerfs sensitifs; et dans les régions où ces papilles sont le plus développées leur donner pour point d'appui un appareil mécanique composé de pièces multiples et mobiles, de telle sorte que si les corps extérieurs ne s'appliquent pas à elles, ou s'y appliqtient mal, celles-ci peuvent s'appliquer à eux et en parcourir tous les contours ;

Pour perfectionner le sens du goût, placer dans son voisinage des organes sécréteurs chargés de dissoudre les corps sapides et d'inonder de leurs molécules le corps papillaire de la langue ;

Pour développer le sens de l'odorat, multiplier la surface de la pituitaire en l'étalant sur des lames osseuses roulées en volutes ;

Pour faciliter aux cônes lumineux partis des divers points de l'horizon l'accès de la rétine, placer au-devant de cette membrane un appareil dioptrique qui lui transmet une image réduite de tous les corps exposés à nos regards ;

Pour favoriser l'ébranlement du nerf de Taudition par les ondes sonores, placer au-devant de ce nerf un appareil acoustique représenté par le pavillon de l'oreille, etc., etc.

A chaque sens se trouve annexé un petit groupe de muscles. — Sous la peau on trouve des muscles memhraniformesqui ne lui adhèrent en général que par une de leurs extrémités : ce sont les muscles peauciers, rudimentaires chez l'homme oi^i on les observe sur les parties latérales du cou, autour du ciàne et surtout à la face, très développés au contraire dans un grand nombre d'animaux. — Sous les papilles de la langue existe un plan musculaire qui leur imprime des mouvements, et un grand nombre d'autres faisceaux contractiles ; mais ces derniers ont beaucoup moins pour usage de favoriser la gustation que de concourir à la mastication des aliments et à l'articulation des sons. — L'entrée des fosses nasales est entourée d'un appareil musculaire qui la resserre ou la dilate, suivant que les odeurs qui se présentent nous sont pénibles ou agréables. A l'orifice de sortie de ces mêmes fosses est disposé un appareil analogue destiné à le fermer au moment de la déglutition des boissons et des aliments. — Deux groupes de muscles appartiennent également au sens de la vue et de l'ouïe r l'un, superficiel, chargé de mouvoir les sourcils, les paupières, le pavillon de l'oreille ; l'autre, profond, qui dirige la rétine vers les objets sur lesquels nous désirons fixer nos regards, et qui tend ou relâche la membrane du tympan.

Entre tous nos organes, les sens ee distinguent par le grand nombre de branches nerveuses qu'ils reçoivent. Ouehpies unes de ces branches, les phis grêles en général, vont se perdre dans leur appareil musculaire, et ajjpartiennent par conséquent à l'ordre des nerfs moteurs; les autres sont des branches sensilives (pii président, celles-ci à la sensibilité spéciale, celles-là à la sensibilité générale.

L'existence des branches motrices ne saurait être contestée pour aucun sens : il n'en est pas ainsi des nerfs spéciaiix. Les organes de l'ouïe, de la

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vue et de l'odorat ont pour siège do Icnr scnsibiiilë spL^t-iale les nerfs acons- (i(iuee, optiques et olfactifs, et pour agents de la sensihilitf? générale des Jjranclies émanées de la porlion ganglionnaire de la cincpiicnie paire. Mais ces deux ordres de nerfs se vcîrouvent-ils aussi dans le sens du goût et dans celui du tact? A cette question tous les physiologistes répondent négativement. J'incline au contraire vers l'afrirniative. De ce que le giosso-pliaryngien et la brandie valutviincî'.se que le maxillaire inférieur fournit à la langue président à la fois à la sensibilité générale et à la sensibilité spéciale de cet organe, pouvons-nous légitimement conclure en effet que chacune des fibres qui composent ces deux nerfs réunit en elle ces deux aptitudes? Puisijue les deux modes de sensibilité sont confiés dans les autres sens spéciaux à deux ordres de fibres, n'est-il pas plus logique d'a<lmettre qu'il en est de même pour le sens du goût, sens tout aussi spécial que ceux de l'odorat, de la vue et de l'ouïe? Les fibres cpii composent les branches terminales du glosso-pharyngien et le nerf lingual ne seraient donc pas identiques entre elles et chargées chacune d'un double rôle; elles seraient de deux ordres, les unes afrectées à la sensibilité spéciale, les autres affectées à la sensibilité générale; seulement, au lieu de se grouper comme les fibres correspondantes des autres sens de manière à former des branches et des troncs distincts, elles se mélangent entre elles de la manière la plus intime. Mais ne voyons-nous pas les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs se mêler aussi à chaque instant? et cependant ces deux classes de nerfs diffèrent l'une de l'autre plus encore que les deux ordres de nerfs sensitifs.

Les considérations qui précèdent sont aussi applicables au sens du tact; car la peau nous offre manifestement plusieurs niodes de sensibilité : la sensation que nous éprouvons en palpant la surface d'un corps ne ressemble pas à celle que détermine le chatouillement, et cette dernière est très différente de celle que nous occasionne le contact des barbes d'une plume ou le piétinement d'un insecte, etc.; dès lors n'est-il pas rationnel de penser qu'à chacun de ces modes de sensibilité correspond un ordre particulier de fibres sensitives. Le sens du tact, considéré généralement comme ayant reçu en partage seulement la sensibilité générale, ne serait donc pas moins richement doté que tous les autres, puisipi'il possède eu outre plusieurs modes de sensibilité spéciale, ainsi que M. Gerdy l'a très bien démontré (i).

Les organes des sens pourraient être distingués, d'après leur situation, en médians et latéraux.

Les sens médians, au nombre de trois, celui du tact^ celui du goût et celui de l'odorat, sont impairs et symétriques ; ils se rapprochent par une grande analogie, soit dans leur partie fondamentale, soit dans leurs parties accessoires; un contact matériel est la condition nécessaire de tontes les impressions qu'ils éprouvent. On remarque seulement entre eux cette différence, que les agents de ce contact se présentent à l'état solide pour le pi-emier, à l'état liquide pour le second , et à l'état de fluide aériforme pour le troisième.

Les sens latéraux, c'est-à-dire ceux de la vue et de l'ouïe, diffèrent

(1) Gerdy, Du tact el des sensations cutanées {Bulletin de V Académie de médecine de Paris, 1842.)

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nolableuieiit des préccdenls. Leur partie essentielle se iiiuiilre i)ius délicate et leurs parties secondaires plus compliquées; pour eux, plus de contact matériel, mais uu iluide subtil intermédiaire qui leur transmettes ondes lumineuses et les ondes sonores émanées de corps plus ou moins éloignés.

Cette classification des sens paraît mieux fondée que la plupart de celles qui l'ont précédée. Ainsi qtie ces dernières néanmoins, elle offre réellement l)eu d'importance, en sorte qu'on peut s'en écarter sans inconvénient. Le sens du tact, étant le plus général, m'occupera d'abord ; je décrirai ensuite ceux de l'ouïe, de la vue, de l'odorat, et enfin celui du goût. En suivant cet ordre nous descendrons l'échelle des sens au lieu de la monter; mais il aura l'avantage de nous conduire par la voie la plus naturelle de l'appareil des sensations à l'appareil de la phonation, qui ont entre eux des connexions si intimes.

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