SENS DU TACT
Le sens du tact est constitué par la peau ; il se présente à nous par conséquent sous l'aspect d'une vaste membrane jetée à la manière d'un voile sur les dernières limites du domaine de l'organisation.
La sensibilité qui a été départie à celte membrane n'est pas également développée sur tous les points de son étendue : les parties les plus éloi* gnées du centre circulatoire sont aussi les plus sensibles ; les téguments qui revêtent la surface du tronc sont moins sensibles que ceux de la tête ; ces derniers le sont moins que ceux qui correspondent à l'extrémité terminale des membres. Le pied et la main présentent eux-mêmes une notable différence sous ce rapport, et cette différence est en faveur de la main, bien que celle-ci soit moins éloignée du centre de l'organisme ; mais elle en est redevable à sa configuration, à l'étendue, à la variété, à l'opposition de ses mouvements, à ses avantages mécaniques, en un mot, et non à sa sensibilité proprement dite : de là le nom d'organe du toucher sous letpicl elle a été désignée par la plupart des physiologistes, parce qu'en effet son admirable mécanisme lui permet de s'appliquer à la surface des corps, d'en constater la forme, la résistance, la température, les saillies et jusqu'aux moindres aspérités. C'est donc à tort que le tact et le toucher ont été confondus par un grand nombre d'auteurs. — Le sens du tact attend les impressions et les transmet telles qu'elles lui arrivent ; il reste pasnf dans les fonctions qu'il remplit.— Le sens, ou mieux l'organe du toucher, n'attend pas le contact des agents extérieurs, il se porte à leur rencontre et s'applique sur eux; c'est un organe explorateur qui agit sous la direction de l'intelligence consécutivement aux impressions reçues par les autres sens. La peau constitue tout le sens du tact, mais elle ne constitue qu'une partie, la plus importante, il est vrai, de l'organe du toucher.
La i^cau, ou iegument externe, n'est pas seulement destinée à recueillir les impressions tactiles; elle a aussi pour usage d'éliminer une partie des liquides qui parcourent l'appareil circulatoire et de protéger tous les organes qu'elle entoure.
Considérée comme sens de tact, l'enveloppe cutanée est remarquable par le grand nombre de nerfs qu'elle reçoit.
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Considérco comme éinonctoire général, elle se tlistingue par le grand nombre de vaisseaux qu'elle présente et de glandes qu'elle renferme.
Considérée comme moyen de protection, elle se compose de deux plans étroitement unis, l'un extérieur et lamelleux, formé comme les minéraux de particules homogènes superposées, l'autre intérieur et fibreux, dont les fibres et faisceaux de fibres s'entrecroisent dans tous les sens.
C'est dans ce dernier plan que viennent s'épanouir les divisions terminales des nerfs sensitifs et celles du système artériel; c'est dans son épaisseur que naissent les premières radicules des veines et des vaisseaux lymphatiques qui serpentent à la surface du corps ; c'est dans ses aréoles, au milieu du tissu cellulaire et de la graisse que résident les bulbes pilifères, ainsi que les organes préposés à la sécrétion de la sueur et de l'huile cutanée. — Si l'on veut bien prendre en considération tous ces éléments divers, et avoir égard surtout à la ténuité presque infinie qui les caractérisent pour la plupart, on comprendra sans peine les difficultés attachées à l'étude de la peau, et les résultats incohérents auxquels sont parvenus les nombreux auteurs qui s'en sont occupés; on comprendra aussi que cette étude ne pouvait être abordée avec un entier succès par les moyens d'investigation généralement usités et qu'elle en réclamait de plus puissants. C'est en effet à partir de l'époque où le microscope a été appliqué à l'exploration de nos tissus que l'histoire de la peau a pu s'enrichir assez rapidement de faits empreints de quelque exactitude. Ces faits sont déjà assez nombreux pour jeter un vif intérêt sur l'anatomie et la physiologie de cet organe, et le moment n'est peut-être pas éloigné où ils seront assez multipliés pour nous éclairer aussi sur le point de départ, c'est-à-dire sur le siège véritable de chacune des affections comprises dans le vaste cadre de la pathologie cutanée.
La peau nous offre à considérer sa conformation extérieure et sa structure.
CONFORMATION EXTEHIEIRE DE LA l'EAU.
La conformation extérieure de la peau comprend tout ce qui est relatif à sa configuration, son étendue, son épaisseur, sa couleur, aux orifices, aux plis et sillons de sa surface libre, et aux connexions qu'elle contracte par sa surface interne avec les organes qu'elle recouvre. ,
1° Configuration de la penii.
La forme de la peau est celle d'une membrane, ainsi que nous l'avons vu. Cette membrane n'est pas régulièrement convexe en dehors et concave en dedans : parvenue à la rencontre d'une saillie, elle se soulève et se moule sur elle; arrivée au niveau d'une dépression, elle se déprime pour en tapisser les parois; mais tandis qu'elle soustrait à la vue la base de la première, elle masque en partie le sommet de la seconde et sur quelques points les voile entièrement l'une et l'autre lorsqu'elles sont peu prononcées. Elle a pour effet général, par conséquent, d'arrondir les formes extérieures du corps. Aussi l'aspect de l'écorché est-il très différent de celui du cadavre. Nos peintres et nos statuaires n'ont pas toujours été assez heureux pour faire la part de ces différences; et parmi les plus II. 38
grands artistes de rautiquilc il n'en est aucun pcul-cti-e iini soU tout à fait exempt de ce reproche : dans l'Apollon du Bclvéder les saillies musculaires sont trop voilées; dans la statue de l'Rercule au repos elles sont au contraire beaucoup trop accusées.
La grande diflicuitc, du reste, n'est pas d'exprimer l'habitude extérieure du corps telle (pic le cadavre nous la présente, mais de la reproduire avec les mille variétés que lui impriment nos diverses attitudes. Or, pour une allitnde donnée, il n'y a jamais qu'un certain nombre de muscles qui se contractent. Ce sont ces muscles qui viennent alors se dessiner sous la peau; les autres s'effacent pinson moins. Nos formes se modifient ainsi pres(pie autant que l'expression de la physionomie et par le même mécanisme c'est-à-dire par le jeu réciproque des organes cachés sous l'enveloppe tégiunentaire. Pour en saisir et en rendre toutes les nuances, il ne suffit donc pas d'avoir étudié l'anatomie de ces organes, il faut en connaître aussi la [»îiysiologie ; malheureusement la physiologie des formes est une science dont les éléments ont été jusqu'à présent à peine coordonnés.
2° Etendue superficielle de la peau.
L'étendue superficielle de la peau, envisagée d'une manière générale, est un peu supérieure à celle des organes qu'elle recouvre. Parvenue à l'extrémité libre de ces organes ou dans leurs interstices, on la voit assez fréquemment se porter un peu au delà, se replier ensuite pour s'adosser à elle-même, puis se réapi)li(pîer sur l'organe qu'elle avait débordé; c'est ainsi qu'elle se comporte sur la périphérie du pavillon de l'oreille, à l'entrée des narines, sur la base du gland, au niveau des grandes et des petites lèvres, autour de la racine des ongles, dans les espaces interdigitaux, etc. Cette disposition a pour avantage d'ajouter à la perfection du sens du tact ; elle dérive de cette loi générale déjà signalée, en vertu de laquelle la nature multiplie d'autant plus les sources de la sensibilité dans un organe que celui-ci est plus éloigné du centre circulatoire et qu'il remplit des foiictions plus importantes.
Quelles sont les dimensions absolues de l'enveloppe cutanée? Considérée à ce point de vue, l'étendue superficielle de la peau a été jusqu'à présent très vaguement délerminée. Deux procédés peuvent conduire à cette détermination : dans l'un on compare le cou, le tronc et les membres à autant de cylindres, la tête à une sphère, et l'on évalue leur superficie d'après les données de la géométrie. Dans l'autre on détache le tégument externe, on le cloue sur une table en lui conservant exactement sa longueur et sa largeur, et lorsipi'il est sec on le découpe, puis on assemble toutes les pièces sur un plan d'iui mètre carré. Afin de mieux connaître la valeur relative de ces deux procédés, je me suis servi de l'un et de l'autre pour évaluer la superficie du membre abdominal droit d'un cadavre de taille moyenne; le résultat que j'ai obtenu par le second différait à peine de celui que j'avais obtenu par le premier : d'où j'ai conclu que celui-ci, qui est beaucoup plus expéditif, pourrait me conduire à une évaluation suffisamment approximative.
J'ai pris pour sujet de mes recherches un homme de quarante-cinq ans, d'une taille élevée, bien musclé et doué d'un embonpoint médiocre. La
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tête représentant un sphéroïde irrégulier, je me suis d'abord attaclié à déterminer la circonférence de l'un de ses cercles de moyenne grandeur que j'ai trouvé égal à 0'",6 6 ; en prenant le tiers de celte circonférence, j'avais le diamètre moyen ; et connue la surface d'une sphère a pour mesure son diamètre multi[)lié par la circonférence d'un de ses grands cercles, je n'avais plus qu'à multiplier ces deux termes l'un par l'autre pour obtenir l'expression de la superficie totale de la tête en centimètres carrés.
Passant ensuite au cou, j'ai constaté que sa hauteur moyenne était de 10 centimètres, et sa circonférence moyenne de 3 7 centimètres ; or le cou représentant un cylindre assez régulier, et la surface du cylindre ayant pour mesure sa hauteur multipliée par la circonférence de l'une de ses bases, j'ai procédé à cette multiplication.
En opérant de la même manière j'ai ainsi obtenu successivement pour la superficie :
m. m. ce.
Delalele 0,22 Diam. moyen. . X 0,6G cire, moyenne. = lio2
Du cou 0,10 Haut, moyenne. X t),ô7 — = Ô70
Du tronc 0,58 — X 0,92 — = îiôôH
De la cuisse 0,58 — X 0,51 - = lfj5S
De la moitié' sup. de
la jambe 0,20 — X 0,ûG — = 1-20
De la moitié' inf. de la
jambe 0,20 — X 0^-3 — = 460
Du larse et du métatarse 0,23 Long. moyenne. X 0.26 — = 508
Du gros orteil. . . . 0,05 — X 0,08 — = 40
Du second orteil. . . 0,06 X 0,('5 — = ÔO
Du troisième orleil. . 0,04 X 0,05 — = 20
Du quatiième orteil. 0,03 X 0,04 =1-2
Du cinquième orteil. 0,02 X 0,04 — =8
Du pénis 0,08 X ",11 — =88
De Tépaule, du bras
et de Pavant-bras. 0,55 X 0,26 — = 1430 Du carpe et du métacarpe , 0,22 X 0,10 — = 220
Du pouce 0,06 — X 0,07 — =42
De l'index 0,09 — X 0,06 — =54
Du médius . ...... 0,!0 X 0,' 6 — = 60
Del'annubiire 0.09 — X 0,05 — =45
Du pelil doigt 0,07 — X 0,04 — = 28
Du scrotum et du périnée = IGO
Et des deux pavillons des oreilles. = 82
Total 13173
La superficie totale de l'enveloppe cutanée chez un homme de taille élevée et fortement constitué s'élève donc à 1 mètre carré et un tiers de mètre, c'est-à-dire à 12 pieds carrés environ. Chez un homme de la même taille qui serait doué d'un embonpoint considérable, elle pourrait s'élever jusqu'à 14, 15 et même 18 pieds carrés. Mais dans la plupart des individus du sexe masculin elle ne dépasse pas 10 pieds carrés. Dans le sexe féminin, d'après les mesures que j'ai prises sur une femme de trente ans, de taille et d'embonpoint ordinaires, elle serait de 6 à S. Son étendue varie ainsi d'un sexe à l'autre dans la proportion d'un tiers.
Une aussi vaste surface nous rend facilement compte des déperditions
abondantes qui se font par la peau. On sait que d'après les reclierclies de Sanctorius, sur 8 livres d'aliments que nous prenons dans une journée, 5 sont éliminées par les respirations pulmonaire et cutanée. Or, Lavoisier et Séguin, qui ont fait la distinction entre les deux perspirations, ont trouvé que la première est à la seconde, terme moyen, dans le rapport de 7 à II. Sur les 2500 grammes d'aliments éliminés, il y en aurait par conséquent 1591 qui s'échapperaient par la peau, et 909 qui s'échapperaient par le poumon, c'est-à-dire un peu plus de 3 livres par l'une et un peu moins de 2 livres par l'autre ; d'où il suit que l'enveloppe cutanée représente le principal émonctoire de l'économie, au moins dans les climats chauds; car dans les climats froids, les produits éliminés parle poumon et le rein l'emportent très notablement au contraire sur ceux qu'élimine la peau.
û° Epaisseur de la peau.
Elle présente beaucoup de variétés. La peau qui répond aux paupières est très mince; il en est de même de celle qui tapisse le fond du conduit auditif externe et de celle qui entoure la verge. Celle qui recouvre le pavillon de l'oreille l'est un peu moins. — Dans les points où elle est destinée à jouer le rôle d'organe protecteur, l'enveloppe cutanée devient plus épaisse, et son épaisseur s'accroît alors d'autant plus (lu'elle est exposée à des pressions plus considérables. Pour constater l'exactitude de cette observation, il suffit de comparer la peau de la plante des pieds et de la paume des mains à celle des autres parties du corps, les téguments du crâne à ceux de la face, les téguments de la région dorsale du tronc à ceux de la région abdominale, les téguments de la région externe des membres à ceux de la région interne, etc. Par des raisons analogues, la peau autour des grandes articulations est plus délicate du côté de la flexion que du côté de l'extension.
4° Couleur de la peau.
La couleur de la peau diffère selon les races, les individus, les saisons, les diverses régions du corps et aussi selon les âges.
Les différences de coloration que nous présentent les races humaines constituent un de leurs caractères distinctifs les plus importants. Ouel- (pies auteurs, exagérant l'importance de ce caractère, l'ont même pris pour base de leur classitication, et ce principe une fois adopté, les uns ont admis deux races seulement, la blanche et la noire ; d'autres, à ces deux races, en ont ajouté une troisième, la race cuivrée ; d'autres une quatrième, la race jaune. Mais comme la couleur de la peau, considérée dansl'univei'salité des hommes , se modifie par degrés insensibles de la coloration blanche à la coloration noire, il en résulte que pour appliquer ce principe avec une rigoureuse exactitude, il faudrait multiplier les races autant que les nuances, c'est-à-dire jusqu'à l'infini ; toute classification établie sur une base semblable se trouverait ainsi frappée de nullité ou entachée d'arbitraire.
La couleur propre à chaque race est indépendanle des climats, car on trouve sous la même latitude des peuples de race différente qui ont conservé chacun leur couleur distinctive, et sous des latitudes très différentes des peuples de même race dont la coloration demeure invariable :
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la race mongole, par exemple, qui sVteml de l'é([naleur au pôle, nous offre dans tous les climats qu'elle habite la couleur jaunâtre qui forme l'un de ses attributs (1).
Dans chaque i*ace humaine la couleur de la peau varie un peu selon les individus. Ces variétés individuelles sont d'autant plus sensibles que le type de la coloration est moins foncé; c'est donc surtout dans les races germanique, celtique, caucasique. etc., qu'on les observe. — Il en est de même des variétés q»ii tiennent à l'influence des saisons, avec cette difft'rence toutefois que les précédentes portent sur toute l'habitude extérieure du corps, tantlis que celles-ci se montrent seulement sur les régions exposées à l'action solaire. Cette dernière proposition souffre cependant quelques exceptions qui méritent d'être mentionnées : ainsi, chez l'homme, le scrotum et en général les téguments qui recouvrent les organes génitaux sont d'une couleur plus ou moins brune. Chez la femme, les grandes et les petites lèvres, Taréole qui entoure le mamelon, etc., présentent une coloration analogue.
Chez l'enfant naissant, la peau est d'un blanc rosé. Quelques années plus tard l'enveloppe cutanée ayant acquis plus d'épaisseur et perdu une partie de sa transparence, elle devient blanche. — Chez l'adulte, elle est blanche également, mais plus mate. Quelquefois aussi elle présente à cet âge un reflet légèrement bleuâtre dû à la présence des muscles qu'elle recouvre et dont elle laisse entrevoir en partie la coloration ; cette nuance n'appartient qu'aux individus chez lesquels le système musculaire est bien développé, la peau mince et délicate et le tissu adipeux presque nul ; elle est en quelque sorte le privilège des constitutions les plus belles, de ces constitutions que la Grèce allait admirer aux jeux Olympiques, et qui pour ses athlètes n'étaient pas moins une conquête de l'art qu'un don de la nature. — Dans la vieillesse, l'enveloppe tégumentaire, privée d'une partie de sa vascularité et moins tendue par suite de l'amaigrissement général, se montre plus terne et prend ordinairement une nuance un peu plus foncée ou légèrement jaunâtre.
5° Surface externe de la peau.
La surface libre de la peau est recouverte de poils très développés dans certaines régions, et à peine visibles dans d'autres. Des lames cornées qui constituent les ongles la recouvrent aussi à l'extrémité terminale des doigts et des orteils. Ces deux ordres de productions, ainsi que nous le verrons pins loin, forment une dépendance de l'épiderme avec lequel elles seront décrites.
A la sortie de chaque poil la peau présente chez un grand nombre d'individus une petite saillie arrondie. Ces saillies, dont le volume est extrêmement variable, se montrent tantôt sur toute l'étendue de la surface tégumentaire, tantôt sur une ou plusieurs parties seulement, et le plus souvent alors sur celles qui sont le plus habituellement recouvertes. Elles deviennent en général plus manifestes sous l'influence subite d'un air
(I) Voyez sur ce sujet le Traite de physiologie de M. Berard, qui a expose' et lumineusement discuté dans sou premier volume toutes les queslious relatives à l'histoire des races humaines.
froid. Chez quelques personnes elles n'apparaissent même que dans cette circonstance i c'est leur apparition soudaine qui constitue le phénomène si connu de la chair de poule. Suivant que ces saillies existent ou n'existent pas, la peau est rude ou polie; et comme leurs dimensions varient avec les individus, avec les régions et avec la température, il en résulte qu'entre la peau la plus rude et la peau la plus douce il existe une foule de degrés intermédiaires. Les peaux blanches sont en général plus unies et plus douces. Une peau brune peut cependant offrir une très grande douceur; mais ce qui est la loi pour l'une est une exception bien rare pour l'autre.
Indépendamment des produits épidermitiues qu'elle présente et des saillies mamelonnées qui la rendent plus ou moins rugueuse, la surface extérieure de la peau est encore remarquable par un grand nombre de pertuis ou orifices et par des plis et sillons <raspect très varié.
Parmi les orifices, les uns livrent passage aux poils, les autres correspondent à l'embouchure des glandes cutanées, c'est-à-dire aux glandes qui sécrètent la sueur et à celles qui sécrètent l'humeur sébacée. — Cens des glandes sudorifères s'ouvrant très obIi(}uement sur l'épiderme ne sont pas visibles à l'œil nu. — Quant à ceux des glandes sébacées, quelques uns sont extérieurs et en général apparents, bien que leur diamètre varie beaucoup suivant les régions. Mais la plupart de ces glandes, ainsi que nous le verrons, s'ouvrent dans l'intérieur des follicules pileux.
Les plis et sillons qu'on observe à la surface du corps peuvent être distingués avec Bichat, d'après le mécanisme de leur production en quatre ordres :
\° Les uns sont dus à la contraction des muscles sous-jacenls : tels sont les rides produites par le muscle frontal, celles que déterminent le pyramidal et le surcilier , celles que l'orbiculaire grave autour des paupières, etc.; tous ces petits plis sont de même nature que ceux qui se forment à la surface libre des muqueuses lorsque le plan charnu qui les entoure se contracte; aussi leur direction est-elle toujours perpendiculaire à celle des muscles qui les occasionnent. Us sont d'abord essentiellement temporaires comme la durée de la cause qui les produit. Mais lorsque celle-ci est énergique et son action souvent réitérée, ils deviennent définitifs : c'est à la présence de ces plis permanents que la face est redevable de l'expression qui lui est propre et du privilège qu'elle possède de refléter nos passions dominantes ou nos préoccupations habituelles.
Les rides du scrotum sont analogues aux précédentes; elles dépendent de rélasticité des fibres du dartos dont l'action peut être comparée à celle des muscles peauciers.
2° D'autres plis reconnaissent pour cause les mouvements imprimés aux diverses articulations ; ils sont donc aussi un résultat de l'action musculaire, mais un résultat éloigné et indirect. On les trouve d'autant plus prononcés que la peau est plus fixe ; c'est pourquoi ils existent à peine autour des grandes articulations et se multiplient au contraire à l'extrémité des membres dont les os, les parties fibreuses et les téguments contractent une mutuelle adhérence.
Ces plis et sillons sont surtout remarquables à la région palmaire de la main et à la région plantaire du pied, où ils affeciput une situation et une
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direction coiislantes. — Dans la paume de la main 11 en existe trois : l'un supérieur, dû au mouvement d'opposition du pouce ; le second, inférieur, du au mouvement d'opposition des quatre derniers doigts; le troisième, intermédiaire aux précédents et produit à la fois par ces deux mouvements combinés. Les plis qui correspondent aux doigts et aux orteils diffèrent un peu suivant qu'on les considère du côté de la flexion ou du côté de l'extension. Dans le premier sens ils sont plus profonds, moins nombreux, et occupent une situation fixe relativement aux interlignes articulaires ; pendant l'extension ils s'effacent moins complètement t[ue ceux du côté opposé pendant la flexion. — Les plis et sillons (pi'on observe sur la face dorsale du pied et de la main et sur quelques autres parties du corps sont extrêmement superficiels et dirigés dans divers sens, de manière à circonscrire des polygones plus ou moins irréguliers.
:i° Il y a des rides de vieillesse qui sont d'une nature toute différente. Lorsque la graisse, sous l'inPiuence du progrès de l'âge, a en partie disparu, l'enveloppe cutanée devient comparativement trop étendue, elle se plisse alors dans divers sens. Très élastique chez l'enfant et chez l'adulte, cette enveloppe se rétracte et ne se ride [)as. Mais son élasticité diminue de plus en plus dans les dernières années de la vie ; de là il suit que le nombre et l'étendue des plis cutanés chez le vieillard sont en raison composée de l'amaigrissement qu'il a éprouvé et de l'âge auquel il est parvenu.
A la suite de la distension forcée que subit la cavité abdominale pendant le cours d'une grossesse ou le développement d'une hydropisie ascite, on voit le plus souvent la jieau du bas-ventre et celle qui répond à la partie supérieure des cuisses s'érailler sur plusieurs points. C'est bien à tort que ces éraillements, connus sous le nom de vergeturcs, ont été comparés aux plis séniles; ils dépendent d'une modification survenue dans la charpente fibreuse des téguments et diffèrent très notablement par leur apparence, ainsi que par leur nature et leur cause, des rides qui se dessinent sur la peau dans la vieillesse. Leur aspect rappelle plutôt celui des cicatrices qui succèdent aux brûlures superliciclles.
40 Enfin il existe à la surface de la peau des sillons qui semblent tracés avec la pointe d'une aiguille et qui serpentent entre les papilles. Ces sillons papiliaires qu'on observe à peu près exclusivement à Id paume des mains et à la plante des pieds sont plus développés sur le pouce, où ils ont été très bien représentés en 1740 par Cooper, qiîe sur les quatre derniers doigis; ils sont aussi beaucoup plus manifestes au niveau des dernières lihalanges qu'au niveau des secondes et des premières. — L^ur direction varie : sur l'extrémité des doigts et des orteils ils décrivent en général des courbes concentriques assez régulières dont la concavité regarde en haut et eu dedans. Mais ces courbes ne sont pas toujours ouvertes; au niveau de la partie centrale de la pulpe des doigts, elles représentent quelquefois des ovales assez régulièrement inscrits les uns dans les autres, ou bien elles s'enroulent à la manière d'une spirale. Sur les autres parties des régions palmaires et plantaires les sillons papiliaires suivent en général un trajet parallèle aux sillons du second ordre ou sillons articulaires que nous avons précédemment signalés.
Tous ces sillons peuvent être assez facilement observés à l'œil nu ; mais on les étudie mieux à l'aide d'une loupe, et mieux encore sur un pied on une main dont l'épidémie a été détaché par la macération.
C° Surface iulenie do l:i penii.
Cette surface est très inégale. Les faisceaux fibreux qui constituent la charpente de la peau et qui forment un tissu extrêmement serré sur sa face externe, se dissocient au niveau de sa face profonde pour plonger dans l'épaisseur du tissu cellulaire sous-cutané en continuant à l'entrecroiser, et donnent ainsi naissance à de grandes cellules dans lesquelles se trouve contenu le tissu adipeux. La couche cellulo-adipeuse, généralement considérée comme sous-jacente au tégument externe, est donc en réalité logée dans son épaisseur; réunie aux mailles fibreuses qui l'entourent, elle en constitue le plan le plus profond.
Les faisceaux fibreux qui se détachent de la face profonde du derme se comportent du reste différemment dans les divers points de leur trajet. — A leur origine ils sont encore si rapprochés, qu'ils s'entrecroisent dans tous les sens en formant une sorte de lame que les anatomistes modernes ont désignée sous le nom de feuillet exlerne du fascia superficialis. — Plus loin ils s'écartent davantage pour recevoir dans leurs intervalles les pelotons du tissu cellulo-adipeux. — Arrivés au niveau des aponévroses qui enlacent les muscles, on les voit de nouveau s'entremêler pour donner naissance à une seconde lame connue sous le nom de feuillet interne ou j'^rofond du fascia superficialis.
Dans certaines régions ces faisceaux fibreux se portent obliquement du derme sur l'aponévrose correspondante pour se continuer avec celle-ci : telle est la disposition que nous présentent les téguments dans les régions palmaire et plantaire ; elle a pour conséquence une fixité plus ou moins grande de ces téguments.
Sur d'autres points ces faisceaux se perdent insensiblement au milieu du tissu cellulo-adipeux; le fascia superficialis ne comprend alors qu'un seul feuillet. Dans ce cas, comme dans celui où le fascia superficialis se compose de deux feuillets, la peau jouit d'une mobilité variable.
Par sa face profonde l'enveloppe cutanée se trouve en rapport non seulement avec les aponévroses, mais avec les muscles peauciers, avec certaines parties du squelette, avec des artères, des veines, des vaisseaux lymphatiques, et enfin avec plusieurs organes, les lèvres, le nez, les paupières, etc., au niveau desquels elle se continue avec le tégument interne.
Les muscles peauciers occupent chez l'homme la tête et le cou. Chez les animaux, où ils constituent le pannicule charmt, ils répondent à une étendue beaucoup plus considérable des téguments. Ces muscles s'insèrent à la peau, tantôt par leurs deux extrémités, tantôt par l'une d'elles seulement. Au niveau de leur insertion cutanée ils présentent des fibres albuginées qui, d'abord irrégulièrement enti-emêlées aux fibres musculaires, s'en isolent de plus en plus pour aller se continuer et se confondre avec celles du derme.
La surface comprise entre les deux insertions des muscles peauciers est séparée du derme par une couche cellulo-graisseuse qui varie dans son épaisseur, mais qui est en général peu considérable et qui participe au plissement de la peau pendant la durée des contractions musculaires. Lorsque cette
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couche acquiert une certaine épaisseur, elle se plisse plus difficilement et cesse mt'iiie entièrement de se rider ainsi que la peau qui lui correspond. C'est pourquoi les figures trop cliargées d'embonpoint sont toujours moins expressives; le jeu de la physionomie se réduit alors à un simple ébranlement des téguments de la face. Aussi les artistes qui, sur nos théâtres, expriment avec le plus de succès les passions comiques, sont-ils en général remarquables par leur maigreur ; lorsqu'arrive pour eux l'âge de l'embonpoint, ils sont condamnés à la pénible alternative de redoubler d'efforts pour dérider un parterre que d'un seul mot ils électrisaient jadis, ou bien, ce qui est plus sage, de changer d'emploi.
Les rapports qu'affecte la peau avec le système o?seux sont peu étendus. La clavicule, Tépine de l'omoplate, le sternum, la rotule, le tibia, tels sont les os qui offrent les plus larges surfaces d'appui à nos téguments ; leur situation sous-cutanée entraîne deux conséquences : d'une part, elle les prédispose aux fractures, et l'on sait en effet combien ces os (à l'exception toutefois du sternum qui joue le rôle d'une clef de voûte) en sont fréquemment le siège ; d'une autre part, elle rend beaucoup plus douloureuses les contusions qui leur correspondent. — Les autres parties du squelette qui se trouvent en contact avec la peau sont de simples saillies, comme les tubérosités interne et externe de riiumérus, les apophyses styloïdes du radius et du cubitus, l'épine iliaque antérieure, les malléoles, etc. La connaissance de toutes ces saillies doit être familière au chirurgien qui trouve en elles autant de guides précieux dans l'étude des déformations du squelette et des déplacements articulaires ; chacune d'elles est séparée de la peau par une bourse séreuse (pii en favorise le glissement, et qu'on voit quelquefois s'enflammer lorsque ses parois sont soumises à des frottements trop réitérés et trop violents.
Les rapporîs de l'enveloppe cutanée avec les artères, les veines et les vaisseaux lymphatiques ont été déjà mentionnés à l'occasion de chacun de ces systèmes. Je me contenterai donc de rappeler :
1 "^ Que les téguments du crâne et de la face, ceux des doigts et des orteils sont les seuls qui l'épondentà des troncs artériels et qu'ils puisent dans cette disposition exceptionnelle une vitalité bien supérieure à celle des autres parties du système tégumentaire ;
2" One les veines et les vaisseaux lymphatiques qui rampent sous la peau émanent exclusivement de cette membrane, et qu'ils cheminent entre les deux feuillets du fascin siiperficialis ou au-dessous de celui-ci lorsqu'il est constitué par une seule lame.
Les organes qui ont les rapports les plus intimes avec l'enveloppe cutanée sont les organes des sens et ceux de la génération. Cette enveloppe, après avoir entouré le pavillon de l'oreille, se prolonge dans le conduit auditif externe jusque sur la membrane du tympan; après avoir revêtu les paupières elle se réfléchit sur leur bord libre pour aller se continuer avec la conjonctive et la muqueuse des voies lacrymales ; du nez qu'elle recouvre elle passe dans la cavité des narines dont elle tapisse les parois, et se continue ensuite avec la muqueuse des fosses nasales ; parvenue sur le bord libre des lèvres, elle change graduellement de coloration et de nature pour se trans-
former en membrane muqueuse. A l'extrémitë de la verge chez l'homme, à l'entrée clu vagin chez la femme, autour de l'anus dans les deux sexes, elle se comporte d'une manière analogue. Le tégument externe n'est donc pas perforé; au niveau de chacun des orifices du corps il se continue avec le tégument interne. Le passage de l'un de ces téguments à l'autre ne s'opère pas d'une manière brusque, mais graduellement, de telle sorte qu'on ne saurait dire avec précision oîi finit le premier et où commence le second. A cette disposition générale il existe cependant une exception : au niveau de l'orifice supérieur des narines, ou vestibule des fosses nasales, on observe une ligne circulaire; tout ce qui est au-dessous de celte ligne appartient à la peau, tout ce qui est au-dessus appartient à la muqueuse des fosses nasales.
Il est digne de remarque qu'au moment où il se continue avec le système muqueux le tégument externe contracte une adhérence plus intime avec les organes qu'il recouvre; cette adhérence est manifeste sur le bord libre des paupières; elle ne l'est pas moins à la base du nez, autour des lèvres, à la surface du gland, à l'entrée de l'anus, etc. Le tégument interne est moins solidement uni aux parties qui lui correspondent; c'est ce qu'on remarque surtout à la face postérieure des lèvres, à l'entrée de la vulve, à l'entrée du canal de l'urètre, et mieux encore à la partie inférieure du rectum,. dont la muqueuse chez les enfants et même chez l'adulte se renverse assez fréquemment au dehors.