‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques (volume 2)Chapitre 81 sur 133 · STRUCTURE DE L\ PEAU · texte numérisé non relu

STRUCTURE DE L\ PEAU

La peau se compose de deux couches superposées : d'une couche profonde, le derme ou clioriouy cvtis des auteurs anciens, et d'une couche superficielle, Vépiderme ou cuticule.

A chacune de ces couches se rattachent une partie essentielle et des parties accessoires.

Comme partie essentielle le derme nous offre un tissu fibreux élastique, et comme parties accessoires :

r Les papilles et toutes les ramifications nerveuses qui viennent se perdre dans la peau ;

2° Des artères et des veines ;

3° Des vaisseaux lymphatiques ;

4° Deux ordres de glandes, les glandes sudorîfcvcs et les glandes sébacées ;

5° Les organes producteurs des poils ou bulbes pileux.

Pour partie essentielle l'épiderme possède des cellules dont les diverses couches représentent une sorte de pavé ou de mosaïque, et pour parties accessoires :

1» D'autres cellules dans lesq\ielles se déposent une matière colorante : ce sont les cellules pigmentaires ou le pigment de la peau ;

2° Les ongles, lames d'aspect corné, appliquées sur la dernière phalange des doigts et des orteils ;

3° Les poils, qui appartiennent au derme par l'organe qui les produit, et à l'épiderme par la substance qui les compose.

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Dr DEIVME ET DE SES DEPENDANCES.

Le derme ou cliorion représente la partie la plus dense, la plus résistante et la plus épaisse de la peau. Il sert de subslratum à tous les autres élélucuts de l'enveloppe cutanée : à l'épiderme qui s'étale sur les inégalités de sa surface comme un vernis, anx divisions nerveuses et vasculaires qui viennent se perdre dans son épaisseur, aux glandes sudorifùres et sébacées qu'il loge dans ses mailles, au tissu cellulaire et à la graisse qu'il reçoit dans ses aréoles les plus profondes.

Le derme est blanc et demi-transparent. Lorsque les rayons lumineux qui le traversent rencontrent dans ses parties profondes une grande quantité de graisse, ils sont réfléchis pour la plupart et la surface de la peau parait alors plus ou moins blanche; s'ils rencontrent un courant veineux, ils sont au contraire absorbés et les téguments superposés à la veine prennent alors une teinte azurée; s'ils arrivent jusqu'aux muscles, ainsi qu'on le voit chez les hommes maigres et fortement constitués, ils sont en partie réfléchis pendant leur trajet et en partie absorbés, et l'enveloppe cutanée offre un reflet d'un blanc bleuâtre ; s'ils rencontrent plus profondément des milieux transparents, comme les milieux de l'œil, ils les traversent et par l'impression qu'ils produisent sur la rétine ils concourent au réveil ; si ces milieux transparents soulèvent la surface de la peau comme la sérosité accumulée dans la tunique vaginale ou dans un kyste, ils la traversent de part c;i part, et, en sortant par le côté opposé, viennent nous révéler en parîie leur nature.

L'épaisseur du derme présente quelques variétés : elle est de 2 millimètres dans les régions où les téguments sont expos°'s à des pressions répétées et plus ou moins grandes, à la plante des pieds, à la paume des mains, sur la face postérieure du tronc, sur le sommet de la tête, etc.; elle est un peu moindre sur la jambe et la cuisse, sur le bras etl'avant-bras, et beaucoup moins considérable encore au-devant des paupières, au fond du conduit auditif externe, autour delà verge et des testicules. Il est remarquable qu'au niveau de ces derniers organes où la peau se trouve réduite à l'épaisseur d'une simple feuille de papier, elle se dépouille d'une manière complète et constante de toute trace de tissu adipeux : de là résulte en partie sa plus grande transparence; delà aussi pouf ces organes des dimen^ sions fixes ou indépendantes de toutes les causes qui peuvent modifier le volume du corps. — Le derme n'offre pas la même épaisseur aux divers âges : il est plus mince chez ronfant où il n'a pas encore acquis tout son développement, et chez le vieillard où il participe à l'atrophie générale.

La résistance du derme diffère peu de celle des tendons et des ligaments* 11 peut supporter un poids considérable sans se rompre : soumis à la traction produite par ce poids, il s'allonge plus ou moins ; abandonné ensuite à lui-même, il reprend bientôt ses dimensions premières. Il ne résiste donc pas à la manière du tissu fibreux, mais à la manière du tissu fibro-élastique cont il partage en effet toutes les propriétés. Il possède de plus une sorte de contractilité qui lui est propre et qui se manifeste soit sous l'influence du froid, soit sous l'influence du galvanisme, ainsi que l'ont démontré les expériences de M. Brown-Séquart. La contraction dont il devient le siège sous l'empire de ce dernier excitant ne s'opère jamais d'une manière

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brusque, mais avec lenteur ; on voit alors surgir peu à peu les petites saillies situées à la base des poils et les téguments offrir cet aspect rugueux qui a été comparé à la chair de poule. M. Brown-Séquart, qui a constaté ce fait sur lui-même, a pu aussi le reproduire en présence de 31. Jules Béclard, sur le cadavre d'un supplicié, plus de six heures après la mort:.

La surface externe du derme est recouverte parles papilles qui lui donnent un aspect inégalement mamelonné lorsqu'on l'examine au microscope. Sur toutes les régions où ces papilles ne sont pas visibles à l'œil nu, c'est-à-dire sur la presque totalité de la peau, le derme dépouillé de l'épiderme apparaît comme une membrane lisse, unie, criblée d'orifices dont les uns correspondent aux bulbes pilifères et aux glandes sébacées, et les autres aux glandes sudorifères.

Vu par sa face interne, le derme présente la disposition aréolaire que nous avons déjà signalée. Les aréoles formées par la dissociation et l'entrecroisement de ses fibres les plus profondes logent le tissu adipeux situé entre la peau et les aponévroses qui enlacent les muscles; ce tissu n'est donc pas sous-dermique, mais intra-dermique. Toutefois, comme les mailles fibi'euses dans lesquelles il est reçu dégénèrent sur beaucoup de points en tissu cellulaire et diffèrent très sensiblement par leur densité et leur résistance de celles qui constituent le corps du derme, la plupart des anatomistes ont considéré ce tissu et les lames qui le circonscrivent comme une couche distincte et sous-jacente à la peau ou sous-cutanée, et cette couche elle-même a été subdivisée, ainsi que nous l'avons vu, en trois couches secondaires.

Les aréoles de la face interne du derme sont d'autant plus larges qu'on s'éloigne davantage de cette membrane, et d'autant plus étroites qu'on remonte plus haut dans son épaisseur. Bichat avait cru remarquer qu'elles se prolongent jurqu'au-dessous de l'épiderme , et un grand nombre d'auteurs modernes partagent encore cette opinion qui ne repose pas sur une observation exacte. Le sommet de ces aréoles, en effet, ne s'étend pas au delà de la partie moyenne de l'épaisseur du derme. Les orifices qu'on observe sur la face extei'ne du chorion répondent exclusivement aux conduits excréteurs des glandes de la peau et aux bulbes pilifères. Il est vrai que ces bulbes représentent un canal qui descend obliquement dans l'épaisseur de la peau pour se prolonger jusque dans ses aréoles. Mais chacun de ces bulbes est formé, ainsi que toutes les glandes cutanées, par une dépression de la membrane tégumentaire. Cette membrane n'est donc perforée sur aucun point de son étendue.

Le tissu cellulo-adipeux qui occupe le sommet des aréoles du derme s'enflamme assez fréquemment ; lorsque cette inflammation, qui constitue le furoncle, se termine par suppuration, on voit le pus s'échapper à la surface externe de la peau par un orifice d'abord étroit mais qui ne tarde pas à s'agrandir. Cet orifice, considéré bien à tort comme ime dilatation des canaux obliques de Bichat, est le résultat d'une perte de substance semblable à celle qui précède l'ouverture de tous les abcès.

La structure du derme est fibreuse ; ses fibres, qui se croisent à angle aigu et dans tous les senS; sont extrêmement serrées en dehors, et de plus en

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liUis écartées à sa face profonde pour recevoir dans leurs intervalles le tissu cellulaire, la graisse, les vaisseaux et les nerfs de la peau. Vues au microscope, ces fibres ne présentent pas des caractères idcntiijues ;

Quelques unes se composent de filaments exlrèinement ténus, parallèles, transparents et solubles dans l'acide acétique: ce sont des fibres- de tissio cellulaire ;

D'autres, plus volumineuses, ne se montrent transparentes que dans leur partie moyenne ; leurs bords offrent une couleur sombre ; leur calibre n'est pas régulier, mais étranglé sur certains points et renflé ailleurs : ce sont des fibres de noyaux;

D'autres, de même volume ou un peu plus volumineuses que les précédentes, et à bords sombres aussi, marchent en décrivant des courbes ou des sinuosités, se divisent dans leur trajet et s'anastomosent sur quelques points : ce sont des fibres élastiques.

Ces trois ordres de fibres ne concourent pas également à la formation du derme : les fibres de tissu cellulaire et de noyaux sont en général plus abondamment répandues dans la peau que les fibres élastiques. Cependant ces dernières, quoique variables dans leur nombre, se retrouvent dans toutes les parties de l'enveloppe tégumentaire.

Soumis à une coction prolongée, le derme se convertit en gélatine. — Exposé à l'action de l'eau froide, il blanchit d'abord, puis acquiert un volume plus considérable et une densité plus grande; mais après une longue macération ses fibres se ramollissent et finissent par tomber en putrilage. — Mis en contact avec l'acide tannique, il se condense en conservant sa soup.lesse ainsi que sa résistance, même après son entière dessiccation. Les procédés à mettre en usage pour obtenir cette transformation diffèrent un peu suivant l'épaisseur et la nature rie la peau, qui offre elle-même de grandes variétés dans les diverses classes de mammifères : de là, les arts du tanneur, du mégissicr, du chamoiseur, du corroyeur, etc.

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