‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques (volume 2)Chapitre 82 sur 133 · DÉPENDANCES DU DERME · texte numérisé non relu

DÉPENDANCES DU DERME

1» Po pille S.

Les papilles sont de petits prolongements de la surface externe du derme remarquables par leur exquise sensibilité. Elles ont été découvertes vers le milieu du xvii'^ siècle par Malpighi qui les aperçut d'abord sur la langue, puis sur le pied du bœuf et celui des oiseaux, plus tard sur les lèvres et à l'entrée des narines chez plusieurs mammifères, et enfin chez l'hoînme sur la paume des mains et la plante des pieds. A l'aide du microscope le même anatomiste put aussi observer ces saillies sur la peau du bras et sur la région dorsale de la main ; de là il conclut que les papilles forment une couche étendue sur toute la surface du derme, où elles se montrent d'autant plus développées que la sensibilité est plus vive.

Ruysch, vers la même époque, décrivit aussi les papilles de la face antérieure de la main et de la face inférieure du pied; il signale en outre et nous représente dans ses planches celles qu'on observe à la surface du gland, à l'entrée des organes génitaux et au niveau du mamelon chez la femme, ainsi que celles qui recouvrent les lèvres dans les deux sexes. Quant aux papilles des autres parties du corps, il s'exprime ainsi à leur sujet i II. 39

458 ÂNATOMIE.

« J'ai souvent vu des milliers de corpuscules proéminents à la surface » de la peau, non seulement chez l'homme, mais chez les oiseaux où » ils livrent passage aux plumes, de même qu'ils livrent passage aux poils » chez nous (l). » Ces paroles nous montrent ([ue l'illustre anatomiste hollandais considérait comme autant de papilles les saillies situées au point d'émergence de chaque poil, et qu'il avait méconnu par conséquent les véritahles papilles du tronc et des membres.

Un siècle plus tard, P. -S. Albinus, abordant à son tour Thistoire des papilles cutanées, les range en trois classes : en grandes, m.oyennes et petites. Les grandes sont celles de la main et du pied; les moyennes se montrent sous les ongles ; les petites sur tous les autres points de la surface du corps. Ces dernières ne sont pas situées à labase des poils, mais dans leurs intervalles. Ruysch, âgé alors de plus de quatre-vingts ans, lui ayant rendu visite et persistant dans la proposition qu'il avait récemment émise sur le siège des papilles cutanées, Albinus s'attacha à réhiter son erreur : « Je lui » ai montré, ajoute -t-il, les intervalles compris entre les bulbes pilifères » pleins de tubercules ; non seulement les grands intervalles qu'on observe » sur le dos de la main, sur le bras, sur la cuisse, la jambe, le dos du j» pied, etc., mais aussi les plus petits, comme ceux, par exemple, que nous » présentent la joue, le lobe et les ailes du nez. Ayant enlevé la cuticule » avec le corps réticulaire , je lui montrai les fossettes dans lesquelles » étaient reçus les tubercules ou papilles de la peau (2). »

Albinus nous dit que Ruysch se retira convaincu. Ses observations méritaient, en effet, d'entraîner la conviction ; elles étaient exactes ; et comme elles concordaient parfaitement avec celles de Maipighi, elles acquirent une telle autorité qu'elles furent accueillies sans contestation.

Depuis cette époque les trois ordres de papilles ont été universellement admis ; mais il suffit de parcourir les écrits des principaux anatomistes pour reconnaître qu'ils n'ont observé ni celles du second ni celles du troisième ordre et qu'ils les ont admises seulement sur la foi de l'analogie.

Maipighi et Albinus invoquant l'observation, j'ai voulu voir ces papilles aussi nettement qu'ils les avaient vues. Je détachai donc les ongles par voie de macération, et je cherchais à découvrir les papilles sous-unguéales; mais je n'en aperçus d'abord aucune. J'examinai attentivement la peau des membres et du tronc ; les papilles se dérobaient également à ma vue. Je me servis alors de loupe en variant les grossissements ; même insuccès. J'allais conclure que ces deux grands anatomistes s'étaient mépris, lorsqu'un heureux hasard vint me fournir l'occasion de rendre hommage à leur sagacité : pendant que j'observais au microscope une coupe perpendiculaire de la peau de la cuisse pour étudier les glandes sudorifères, je vis sur le bord libre ou épidermique de la coupe de petites saillies coniques et très distinctes. Ces saillies étaient-elles des papilles? Pour m'en assurer je répétai aussitôt cette observation en la variant et en la multipliant ; ces saillies étaient bien en effet les papilles décrites par Maipighi et Albinus. — C'est surtout sur la peau qui a macéré dans l'acide acétique qu'il convient de les étudier. Sous l'influence de cet acide la peau se ramollit, se distend dans tous les sens, acquiert plus de transparence et

(1) Ruysch, Th. dec. n" CXXX, p. of.

(2) B.-S. Albinus, Âcad. anuol., l. 11, p. 66.

SPLANCHNOLOGIE. 459

ses moindres détails deviennent alors plus visibles. J'avais plongé dans le niéme acide étendu d'eau un doigt dont l'ongle s'était détaché et dont le derme sous-miguéal vu à la loupe m'avait paru parfaitement uni ; je coupai une tranche de ce derme, je l'examinai au microscope et je ne fus pas médiocrement surpris de le voir hérissé de papilles. Celles-ci, du reste, ne ressemblaient pas aux précédentes ; elles ne ressemblaient pas non plus à celles des doigts ; elles étaient moins considérables que ces dernières et plus longues que les premières. Dès lors il ne m'était plus permis de douter : les trois ordres de papilles existaient bien réellement.

Ces saillies, en partie unies et confondues par leur base, recouvrent toute la surface extérieure de la peau. Considérées dans leur ensemble, elles constituent le corps ijapillaii-e. Après avoir constaté leur existence, étudions leur arrangement respectif, leur volume, leur forme et leur texture.

La situation relative des papilles varie : Celles du troisième ordre sont irrégulièrement disséminées à la surface du corps. — Celles du second ordre ou papilles sous-unguéales sont disposées en séries linéaires et parallèles.— Celles du premier ordre sont disposées aussi en séries linéaires et parallèles marchant sur certains points en lignes droites et sur d'autres en lignes courbes ; ces séries sont séparées par des sillons dirigés de la même manière. A l'extrémité des doigts et des orteils elles décrivent des courbes paraboliques dont la concavité est tournée vers la l'acine des membres. Au niveau des secondes et des premières phalanges ainsi que dans les régions palmaire et plantaire, elles affectent une direction générale qui est plus ou moins transversale et parallèle aux sillons correspondants de la peau.

Sous la plante des pieds, de même qu'à la paume des mains, chaque série est double ; les papilles, en d'autres termes, sont disposées par paires, de telle sorte qu'entre deux sillons voisins on trouve toujours deux rangées de papilles. Celles-ci sont placées côte à côte ou bien elles se succèdent d'une manière alterne. — Les deux rangées elles-mêmes sont séparées par un sillon extrêmement superficiel que j'ai pu cependant distinguer à l'œil nu, mais seulement à la lumière solaire ou à la lumière d'une lampe en variant convenablement l'incidence des rayons lumineux. — C'est dans ce sillon intermédiaire aux papilles accouplées que viennent s'ouvrir les conduits des glandes sudorifères; en l'examinant attentivement, on y remarque une succession de fossettes extrêmement petites qui ôorrespoudent à l'embouchure de ces conduits.

Le volume et la forme des papilles présentent beaucoup de variétés : Parmi les papilles de la première classe les plus grandes sont celles qui occupent le talon et la base du gros orteil. Celles des autres parties du pied, celles qui répondent à la tête des métacarpiens et à Ténilnence hypotiiénar, sont des papilles de moyenne grosseur. Celles qu'on observe dans le creux de la paume de la main figurent parmi les plus petites. — Les papilles du second ordre ou sous-unguéales sont plus étroites à leur base que celles du premier et beaucoup plus allongées; leur direction est verticale ; par leur volume elles diffèrent très peu les unes des autres. — Les papilles du troisième ordre offrent une large base et peu de hauteur, de telle sorte qu'on les distingue plus difficilement,

460 ANVTOMIE.

Leur furme est en général coniqne : tel est surtout l'aspect des papilles de la main et du pied. — Les papilles sous-unguédles, en se rétrécissant à leur base, deviennent presque cylindriques ou tiliformes. — Celles des membres, da tronc et de la tête, qui s'agrandissent par leur base aux dépens de leur hauteur, se rapprochent au contraire delà forme mamelonnée ou hémisphérique. — Certaines papilles du prenner et du troisième ordre se renflent à leur extrémité et se trouvent ainsi fixées à la peau par un pédicule plus ou inoins court : telles sont quelques papilles du mamelon, certaines papilles du talon, de la couronne du gland, etc.

Les papilles se composent de deux éléments principaux : d'une gaine ou enveloppe fibreuse et de filets nerveux. — L'enveloppe fibreuse est une dépendance du derme dont les fibres constituantes se soulèvent au niveau de la base de chaque papille en s'écartant les unes des autres pour recevoir dans leurs intervalles les dernières divisions des nerfs cutanés ; par conséquent, elle ne doit pas être considérée comme une sorte d'étui entourant des fdaments nerveux, mais comme une trame lisse et dense à sa surface externe, aréolaire à son centre. — Les filaments nerveux qui viennent s'épanouir dans cette trame se dirigent de la base vers le sommet de la papille en décrivant une légère courbure à concavité interne. Tarvenus à l'extrémité de celles-ci, tous ces filaments paraissent se continuer entre eux de manière à former des anses qui seraient au nombre de six à neuf suivant Gerber. Ce mode de terminaison est adnds aujourd'hui par un grand nombre d'anatomistes. Mes observations microscopiques tne portent aussi à l'admettre, mais seulement comme très vraisemblable, car je n'ai pu le constater encore avec toute la netteté que j'aurais désirée, et la plupart des observateurs qui se sont occupés de ce point d'anatomie ne me semblent pas avoir été plus heureux.

Les proportions relatives de l'élément fibreux et de l'élément nerveux sont variables ; dans les papilles les plus riches en nerfs l'élément fibreux conserve toujours une notable prédominance.

La destination des papilles est de multiplier les surfaces sensitives qu'elles occupent, de même que les valvules conniventes et les villosités multiplient la surface absorbante de l'intestin grêle, de même que les lobes et lobules des glandes multiplient les surfaces sécrétantes, de même encore que les innombrables cellules des poumons multiplient la surface respiratoire; leur existence, en un mot, peut être considérée comme une api»!!cation de cette loi générale en vertu de laquelle l'énergie de la fonction se trouve proportionnée au développement de l'organe, développement qui dans les organes membraneux se mesure à l'étendue des surfaces.

1'^ Artères et veines de la peau.

L'enveloppe cutanée reçoit un très grand nombre de vaisseaux sanguins. Une injection, même grossière, poussée par le tronc aortique, arrive facilement jusqu'à ces vaisseaux. Mais pour les remplir de manière à pouvoir ensuite observer leur disposition' et toutes les variétés qu'ils présentent, ce sont les liquides froids qu'il convient de mettre en usage : les différentes espèces de vernis, et surtout le vernis à l'alcool, qu'on peut en

SPLANCllNULOulI'. .161

partie solifiificr en lnis>ant les parties injectées dans l'eau froide pendant quehiues jours, l'huile à laquelle Ruyscli donnait la préférence, l'essence de térébeulliine colorée comme les liquides précédents avec le vermillon, sont les substances qui permettent d'obtenir les plus beaux résultats. L'injection sera plus riche encore si elle porte seulement sur un memhre ; mais il importe alors, après avoir placé un tube dans l'artère principale, d'entourer la partie du membre qui est située immédiatement au-dessus avec un lien suffisamment fort et de l'étreindre à l'aide d'un garrot. Il faut du veste éviter de distendre trop les capillaires ; car dans ce cas les veines et les artères étant également bien injectées, le résultat devient confus et moins satisfaisant pour l'étude. En variant ces injections on pourra constater :

1° Que les parties les plus éloignées du centre circulatoire sont aussi les plus vasculaires.

2° Que les parties médianes sont en général plus riches en vaisseaux que les parties latérales du corps. Cette observation est fondée surtout pour le crâne, oîi nous voyons les deux occipitales en arrière, les deux frontales en avant, s'unir par d'innombrables anastomoses transversales ; elle l'est aussi pour la face, où les deux faciales se comportent de la même manière ; elle l'est un peu moins pour la région antérieure du tronc, où nous retrouvons cependant une disposition analogue dans les deux mammaires internes d'une part, et les deux épigastriques de l'autre. Mais elle cesse de l'être pour la région postérieure du tronc, dans laquelle viennent se perdre des artères plus petites et moins nombreuses que celles des régions latérales : de là sans doute en partie la fréquence des escarres qu'on observe vers la partie inférieure de cette région; de là aussi peutêtre le peu d'efficacité des exutoires qu'on applique sur elle pour combattre les affections chroniques de la moelle épinière et de la colonne vertébrale.

3° Qu'autour des grandes articulations, la peau qui correspond au côté de l'extension est beaucoup plus riche en artères et en veines que celle qui correspond au côté de la flexion, d'où il suit que le premier est celui qu'il importe de choisir pour l'application des agents révulsifs.

4° Que les parties les plus riches en papilles sont pourvues également d'un plus grand nombre d'artères. A l'appui de cette proposition il suffit de rappeler l'extrême va^cularité de la paume des mains, de la plante des pieds, du gland, des lèvres, etc.

b'^ Que sur les régions où le derme se trouve séparé des troncs artériels par d'épaisses couches musculaires, les vaisseaux destinés à la peau sont plus ou moins grêles et comme appauvris par leur passage à travers toutes ces couches: telles sont les artérioles qui se distribuent aux téguments de la partie postérieure de la jambe, à la partie postérieure et externe de la cuisse, à la face postérieure du bras et de l'avant-bras ; aussi voyons-nous dans les intlammations phlegmoneuses des membres la mortification atteindre d'abord ces diverses régions. Plus la peau se rapproche au contraire de ces mêmes troncs artériels, plus sa nutrition se trouve assurée ; la peau des doigts et des orteils, celle de la face et surtout celle du crâne, sont les régions les plus privilégiées sous ce rapport.

Après avoir traversé les aponévroses, les artères qui se rendent à la peau parcourent le tissu cellulo-adipeux sous-cutané en décrivant des fiexuosités, se divisent, chemin faisant, en rameaux et ramuscule=;: et, réduites à une

i'^^ ANATOMIE,

Srande ténuité, s'engagent dans le sommet des aréoles de la face profonde du derme, pour se perdre en s'anastomosant dans les divers points de son épaisseur.

Sur les régions où les papilles sont plus développées les ramifications artérielles se répandent en plus grand nombre dans la couche superficielle du derme. Au niveau de chaque papille on voit une artériole s'élever presLpae perpendicuiairemeut de sa Lase à son sommet en émettant des ramuscules à direction divergente, de telle sorte cpi'elle représente une petite aigrette. — A ces divers ramuscules succèdent autant de veinules (lui suivent une direction inverse et forment en se réunissant une veinule centrale adossée au rameau artériel ; c'est surtout sur la peau du talon que celte disposition peut être facilement constatée.

Sur les parties qui ne possèdent que des papilles plus ou moins rudimentaires la répartition des ramuscules artériels est plus uniforme; les divers points de l'épaisseur du derme exandués à la siule d'une injection heureuse paraissent à peu près également riches en vaisseaus.

D'après les recherches d'Eicliorn, les artères se distribueraient surtout aux parties interne et externe du derme, ce qui l'a conduit à diviser celte membrane en trois couches qu'il a désignées sous les noms de : couche vasculeuse interne, couche vasculeuse externe et couche moyenne. De ces trois couches la dernière serait peu vasculaire et plus dense que les deux autres. Je n'ai rien vu qui puisse justifier une semblable distinction.

Les veines delà peau, confondues d'abord avec les divisions terminales des artères, s'en isolent lorsqu'elles ont atteint la face profonde du derme. Elles sont remarquables : 1° par leur volume beaucoup plus considérable que celui des artères correspondantes ; 2» par leur situation ; elles demeurent sous-cutanées dans toute l'étendue de leur trajet; 3" par leurs coiumunications extrêmement nombreuses et le réseau à mailles d'abord très serrées, puis de plus en plus larges qui résulte de ces anastomoses ; 'i" par leurs valvules très multipliées sur quelques unes d'entre elles, ])articuîièrement sur celles du membre inférieur; 5° par l'épaisseur inégale de leurs parois : celles dans lesipielles le sang coule par son propre poids, comme les veines sous-cutanées du crâne, offrent des parois fort minces ; celles qui suivent une direction ascendante, comme les veines saphènes, offrent au con« traire beaucoup d'épaisseur.

?.° /^Cfisseaux lymphatiques de la peau.

Le derme est le point de départ d'un très grand nombre de vaisseaux lymphatiques. Plus les divisions nerveuses et les glandes se multiplient dans une partie de l'enveloppe tégumentaire, plus le nombre de ces vaisseaux s'accroît , d'où il suit que l'action absorbante de la peau semble se trouver partout en coi'rélation intime avec ses fonctions sécrétoires et sa sensibilité. La paume des mains et la plante des pieds, remarquables par l'innombrable multiplicité des fibres nerveuses et des glandes sudorifères qu'ils présentent, le sont aussi par le développement de leurs vaisseaux absorbants : je possède dans mou laboratoire plusieurs pieds dont la face plantaire est recouverte depuis le talon jusqu'à l'extrémité des orteils d'un réseau lymphatique à mailles extrêmement serrées. J'ai vu sur la face pal-

SPLANCHNOLOGIE.

maire de la ra\in ce réseau s'étaler avec la même richesse depuis le poignet jusqu'à la j ulpe des doigts; il n'est pas moins développé sur le scrotum.

Fie. 234.

FlG.

Vaisseaux lymphatiques de l'organe du toucher.

Fig. 254. — Doigt indicateur de la main gauche vu par sa face palmaire. Un le'seau lymphatique à mailles extrêmement serrées recouvre cette face dans toute son élendue ; ce réseau s'étend d'une part sur les parties latérales du doigt, de l'autre vers la paume de la muiti. 11 se prêter te avec les mêmes caraclères sur les parties correspondantes des autres doigts. Si on le cherche sur la face dorsale de la main, on n'en retrouve ciue des vestiges à peine perceptibles; son développeiueut est en raison directe de celui des papilles.

Fig. 253. — Le même doigt vu par sa face latérale externe. Sur cette face on apeiçoit par transparence les troncules très nombreux qui partent du réseau représenté dans la figure précédente, et les deux troncs dans lesquels ceux-ci viennent se jeier. Ou voilaussi que le réseau lymphatique existe surla face dorsale de la phalange uuguéale, mais qu'il n'existe ni sur les autres points de la facf dorsale du doigt, ni n\i niveau de l'ongle.

sur la surface du gland, en un mot sur tous les téguments qui correspondent aux organes génitaux de l'homme et de la femme.

Les parties du système cutané dont le corps papillaire est moins apparent et qui renferment moins de glandes sudorifères, mais qui possèdent cependant une assez vive sensibilité et un grand nombre de glandes sébacées, donnent aussi naissance à des réseaux lymphatiques très nmltipliés : tels sont le pavillon de i'oreiile, les ailes du nez, la partie médiane du cuir chevelu, etc.

Sur les régions où la sensibilité devient plus obtuse et le travail élaborateur des glandes moins actif, les réseaux disparaissent à la vue; en piquant au hasard la couche la plus superficielle du derme, on injecte seulement quelques rares troncules qui vont se rendre aux vaisseaux lymphatiques les plus voisins.

Le mode d'origine des vaisseaux qui émanent des papilles et de ceux qui partent des glandes est un peu différent.

Lorsqu'on injecte une partie recouverte de papilles du premier ordre, on voit d'abord le mercure serpenter, tantôt irrégulièrement et dans tous les sens en rayonnant de la pointe du tube à des distances plus ou moins grandes, tant(3t dans une direction parallèle aux séries papillaires, et la peau se transformer en un réseau argenté. Les vaisseaux absorbants intra-derniiques étant remplis, si le courant mercuriel ne s'arrête pas , il pénètre bientôt dans les papilles sous la forme d'une petite colonne ascendante qui occupe le centre de chacune d'elles ; cette colonne se partage elle-même en trois ou quatre autres plus petites et divergentes, et dans les injections les plus heureuses, celles-ci se subdivisent à leur tour en s'anastomosant et en formant un réseau extrêmement fin qui semble recouvrir la papille, bien qu'il soit constamment situé dans son épaisseur.

Sur les parties du domaine cutané qui sont recouvertes par des papilles du troisième ordre et riches en glandes sébacées, le réseau qu'on obtient n'est pas serré comme dans le cas précédent; il se compose de mailles assez larges dont chacune correspond à l'embouchure d'une giande. De la circonférence interne de ces mailles partent un nombre variable de divisions déliées qui descendent dans la cavité de la glande et en tapissent toutes les dépendances. Cette disposition peut être facilement constatée sur la peau du pavillon de l'oreille et sur celle qui revêt les ailes du nez.

Les vaisseaux lymphatiques de la peau émanent-ils aussi des glandes sudorifères? L'observation jusqu'à iH'és,ent ne nous a rien appris à cet égard.

Pour tout ce qui se rattache à l'histoire générale des vaisseaux lymphatiques de la peau, voyez tome 1^% page 5'j2.

4° Glandes sudorifères.

Ces glandes ont été mentionnées pour la première fois, en 1683, par jMicolas Sténon qui leur donna le nom de fontes sudoris. — Malpighi leur consacre quelques lignes dans son Traité de l'organe du tact, mais avoue qu'il est extrêmement difficile et même presque impossible de les apercevoir ; cependant il n'hésite pas à les admettre. — Elles furent également admises par Boerhaave et Duverney sous la dénomination de glandes miliaires. — Winslow signale leurs conduits excréteurs et les orifices par

SPLA.XaLNOLOGlE. 465

lesquels ceux-ci viennent s'ouvrir à la surface de l'épidernie : « orifices (|u'on peut voir, dit-il, au bout des doigts, même sans le secours du microscope. "

En 17:^9, G. Coopcr, dans le texte explicatif annexé aux planches de son ouvrage, parle en ternies beaucoup plus explicites de ces glandes qu'il appelle glandes sudorifcres. Il indique exactement leur siège; il constate qu'elles différent par leur volume; que les principales occupent l'aisselle ; que les autres, beaucoup plus difficiles à distinguer à l'œil nu, sont situées sous la peau de la face palmaire de la luain, de la face plantaire du pied, des régions inguinale, frontale, etc.; enfin dans une planche très défectueuse, il est vrai, d'exécution, il a même fait représenter leurs conduits excréteurs.

Dans la seconde moitié du xYm<: siècle et la première duxix^, un grand nombre d'anatomistes remarquèrent, en séparant le derme de l'épiderme, que ces deux couches sont unies l'une à l'autre par des filaments ténus qui furent considérés par quelques uns, et particulièrement par G. Hunter, comme les canaux excréteurs des glandes sudorifères.

Ces mêmes canaux, en 1826, fixèrent particulièrement l'attention d'Fichorn qui , dans un travail étendu et consciencieux , bien que mêlé d'inexactitudes, s'attacha surtout à en déterminer le nombre, la direction, les dimensions , le mode d'origine et le mode de terminaison. Malheureusement cet observateur ne put apercevoir ni les corps glanduleux d'où partent les canaux sudoripares (dénomination qu'il leur imposa) , ni la direction s[iiroïde de ceux-ci. Ses recherches , néanmoins , étaient bien supérieures à toutes celles qui avaient paru jusqu'alors sîir ce sujet; mais restées incomplètes, elles ne furent pas accueillies avec le succès qu'elles méritaient.

Ce n'est qu'en 1833 que les glandes sudorifères ont été vues dans leur ensemble par Purkinje et Wendt. Breschet et 31. Roussel de Vauzème, en 1834, en publièrent aussi une description assez exacte dans le Bullclin de l'Académie des sciences. Les deux anatomistes allemands et les deux anatomistes français, dont l'attention paraît avoir été simultanément éveillée par le travail d'Eichorn, peuvent donc être considérés comme les véritables auteurs de cette importante découverte ; car leurs prédécesseurs, en admettant les glandes sudorifères, avaient plutôt pressenli que démontré leur existence.

Les glandes sudorifères, glandes miliaires de Boerhaave, glandes hydrophores de 31M. Breschet et Roussel, se présentent sous l'aspect d'un grain de sable suspendu à la face profonde du derme par un filament extrêmement ténu. — Si l'on enlève ce grain de sable avec la partie du derme à laquelle il est suspendu, et si on l'examine au microscope k un grossissement de 30 ou 40 diamètres, on remarque:

i^ Qu'il est constitué par un tube irrégidièrement pelotonné ;

2° Que ce tube se redresse vers la partie supérieure du corps de la glande et s'élève ensuite verticalement;

'à° Que, parvenu au derme, il s'engage dans l'interstice de ses mailles et monte perpendiculairement vers sa surface libre ;

4° Qu'au sortir du derme il se contourne en spirale pour venir s'ouvrir obliquement à la surface do l'épiderme.

Telle est la disposition commune à toutes les glandes sudorifères ; elle peut être facilement constatée par tous les observateurs et avec tous les microscopes. Ces glandes nous offrent donc à considérer un corps et un conduit excréteur ; nous aurons ensuite à étudier leur siège, leur couleur, leur volume, leur nombre, le produit qu'elles sécrètent et enfin leurs fonctions.

Le corps ou la partie sécrëtoire des glandes sudorifères est en général arrondi. Quelquefois il est allongé dans le sens vertical, plus rarement dans

FiG. 2ûG.

FiG 237.

FiG. 258,

Glandes sudorifères.

Fig. 2û6, — Glandes sudorifères vues dans leurs dimensions réelles sur une coupe verticale des le'gumenls de la yiaume de la main. — 1,1. Epidémie. — 2,2. Papilles. — ô,o. Demie. — 4,4. Tissu cellulaii^e sous-cutané dans lequel se trouvent disséminées les glandes sudorjfèies. De chacune de ces glandes on voit

SPLANCHNOLOGIE. 467

le sens transversal ou oblique. Des cellules graisseuses l'entourent presque constamment et le masquent en partie; de là cette extrême difficulté de le distinguer qu'accuse Malpighi et les anatomistes qui le suivirent. Aujourd'hui cette difficulté n'en est plus une; nous sommes parvenus à l'econnaître ces glandes même au milieu de la graisse qui les entoure ; dès lors il nous a été possible de les séparer de celte graisse, en grande partie du moins, soit par des procédés mécaniques, soit à l'aide de certains réactifs. Quelques unes d'ailleurs, et particulièrement celles qui sont les plus rapprochées du derme ou logées dans son épaisseur, sont dépourvues de graisse et se prêtent facilement à l'observation.

Le tube contourné et pelotonné qui constitue le corps de ces glandes est régulièrement calibré. Dans les contours qu'il décrit on le voit se porter tantôt vers la surface, tantôt vers le centre de la glande, de telle sorte qu'il serait fort difficile et peut-être impossible de le dérouler. — Le nombre de ses replis m'a paru varier de 6 à 12. — Après s'être redressé pour s'élever vers le derme, il ne s'enroule plus autour de lui-même pour former un nouveau peloton. Quelquefois cependant il semble se comporter ainsi ; mais cette apparence tient uniquement au hasard des coupes. Les glandes préposées à la sécrétion de la sueur sont si multipliées, qu'il est impossible dans une coupe verticale de la peau de ne pas diviser quelques uns de leurs conduits excréteurs ; lorsqu'un conduit se trouve divisé au niveau du corps d'une glande, il reste apposé sur celle-ci qui paraît alors le résultat d'un nouvel enroulement.

Chaque glande émet un seul conduit ; Wagner est certainement tombé dans l'erreur lorsqu'il a fait partir d'une même glande deux conduits se réunissant presque aussitôt pour en former un seu.l.

Les glandes sudorifères logées dans les aréoles de la face profonde du derme ne paraissent pas emprunter aux parois de ces aréoles une gaine fibreuse qui leur soit propre. Elles sont placées irrégulièrement sur le trajet

nnître un conduit excréteur rpii s'élève vers la surface épiilermique en décrivant de légères flexnosités.

Fig. 257 . — Ces mêmes glandes vues à un grossissement de 20 diamètres. — 1,1. Epidémie. — 2,2. Corps muqueux. — 3,3. Papilles accouplées. — 4,4. Derme, — 5,5. Tissu cellulaire sous-culaué. — r 6.U,6,G. Glandes sudorifères. — 7,7. Cellules graisseuses entourant et lecoiivraut en grande partie le corps de ces glandes. — 8,8. Conduits excréteurs des glandes sudorifères, Oexueax jusqu'au nive;iu des papilles, devenant reclilii^nes au moment où ils atteignent les sillons intermédiaires aux papilles accouplées, et se contournant à la manière d'une spirale lorsqu'ils ont franchi le corps muqueux. — 9,9. Conduits excréteurs qui allaient s'ouvrir snr un plan antérieur à celui qu'occupent les précéden s et (jvii se trouvent ici divisés.

Fig. 2ô8. — Glandes sudorifères du creux de Taissdle vues à l'œil un. — 1,1. Epiderme. — 2,2. Derme. — 5,3. Tissu cellulaire sous-cutané et couche des glandes sudorifères.

Fis- 259. — L'une des glandes représentées dans la figure précédente, vue ici à un grossissement de 20 diamètres. — 1. Epidémie. — 2, Derme. — 3. Poil du creux de l'aisselle au bulbe durpiel se trouvent annexées deux glandes pilifères. — 4. Poil rudimentaire ne dépassant pas l'épaisseur du derme et au bulbe duquel se trouvent aussi annexées deux glandes pilifèies lobulccs. — 5,o. Tissu cellulaire sous-cutané. — G. Glande sudorifère. —7. Coudiiil excréteur de cette glande. On voit que ce conduit est ])taucoup plus llcxucus que celui des petites glandes sudorifères. — 8,8. Cellules adipiuses.

iOS ANATOMIE.

des artères cutanées qui leur fournissent de nombreux raniuscules et au\- (luelles elles sont pour ainsi dire appendues couiine les fruits d'un arbre aux branches qni les supportent.

Le conduit excréteur de ces glandes s'élève perpendiculairement de la face profonde à la face libre de la peau dans toutes les régions dont Tépidernie est mince. Dans les régions dont l'épidernie est plus ou moins épais comme la paume des mains, la plante des pieds, son trajet est encore perpendiculaire à la surface des téguments, mais il n'est pas rectiligne. A sa sortie du derme il occupe le sillon intermédiaire aux papilles accou- I)lées de chaque série ; et comme ce sillon est extrêmement superficiel et les deux papilles qu'il sépare très rapprochées, il semble sortir du sommet d'une papille unique. Arrivé dans l'épiderme, il est d'abord droit ; mais à peine a-t-il dépassé les couches les plus profondes de cette membrane, qu'on le voit s'incliner autour d'un axe idéal et décrire ensuite une succession de spires d'autant plus nombreuses que l'épiderme est plus épais.

Le nombre de ces spires varie de G à 10 pour la main, de 12 à 15 pour le pied. Cl'.ez les individus dont l'épiderme acquiert une grande épaisseur il peut s'élever jusqu'à 20, 2 5 ou 30. Par conséquent, c'est sur la peau du talon qu'il convient surtout de les étudier ; cependant on peut les observer aussi très ficilement sur la peau de la pulpe des doigts. Pour cette étude il importe de choisir un lambeau qui n'a pas macéré ; car l'épiderme, par suite de son hygromélricité, perd alors sa transparence et les canaux spiroïdes qui le traversent deviennent obscurs ou tout à fait invisibles.

La couleur des glandes sudorifères est jauncàtre; elle diffère très sensiblement par conséquent de celle des fibres constituantes du derme qui sont blanches et demi-transparentes. Lorsque la peau a séjourné pendant vingtquatre ou trente-six heures dans l'acide acétique pur ou étendu d'une égale quantité d'eau, elle acquiert une transparence presque complète, et les glandes sudorifères prennent au contraire une nuance plus foncée. Si l'on pratique sur cette peau une coupe perpendiculaire à sa surface de manière à en détacher une lame mince qu'on comprime ensuite entre deux lames de verre, on distinguera nettement les glandes sudorifères les phis rapprochées du derme et mieux encore celles qui seront contenues dans son épaisseur, celles-ci par leur couleur foncée contrastant avec les fibres blanches et transparentes du derme.

Le volume de ces glandes offre de remarquables variétés ; quelques unes présentent un diamètre qui s'élève jusqu'à 1 et même 2 millimètres; mais la plupart ne dépassent pas dans leur plus grande dimension 1/5" de millimètre. Considérées sous ce point de vue, on peut les diviser en deux classes, les grosses et les petites.

Les grosses glandes sudorifères sont situées dans le creux de l'aisselle, ainsi que l'avait-tléjà remarqué Cowper. J'en ai aussi trouvé quelques unes sur les parois latérales et antérieure du thorax chez l'homme. On les distingue sans difficulté à l'œil nu. — Le tube qui les compose est à celui des glandes ordinaires dans le rapport de 3 à 1 ; ses replis sont beaucoup plus nombreux, d'où il suit que ces glandes empruntent la supériorité dé leur

SPLANCllNULUGIE. 469

volume moins an calibre de lenr conduit qu'à l'extrèiiie enroulement de celui-ci. Cet enroulement s'opère aussi suivant un mode différent : le tube, en se repliant, ne se porte pas irréguliùrement dans tous les sens ; il marche parallèlement à lui-même, en sorte que lorsqu'on comprime ces glandes entre deux lames de verre, leurs nombreux replis paraissent situés dans un même plan. Toutes ces différences semblent accuser dans leur destination un caractère spécial. Toutefois je dois ajouter que parmi les grosses glandes du creux de l'aisselle il en existe de petites tout à fait semblables à celles des mains et des pieds, et d'autres intermédiaires qui établissent pour ainsi dire le passage des unes aux autres. Toutes ces glandes, par conséquent, offrent entre elles la plus étroite parenté et ne diffèrent bien manifestement que sous le rapport de leur volume.

Lespclites glandes siidori fèves, qui représententà peine la dixième partie du volume des précédentes, sont d'une couleur beaucoup moins foncée. Les grosses glandes de l'aisselle forment au-dessous de la peau une couche assez uniforme ; les petites glandes des autres régions sont irrégulièrement disséminées dans les aréoles de la face profonde du derme. Quelques unes sont situées à la partie la plus inférieure de ces aréoles ; d'autres à leur partie la plus élevée et même dans l'épaisseur du derme; d'autres occupent une situation intermédiaire. Leurs conduits excréteurs présentent par conséquent une longueur très inégale.

Le «ojn&j'e des glandes sudorifères est extréraernent considérable. Leeuwenhoeck et Eichorn ont cherché à l'évaluer , et tous deux ont pris pour base de ce dénombrement les orifices par lesquels la sueur s'épanche à la surface de l'épiderme.

LeeuNvenhoeck s'exprime ainsi : « D'après tout ce que j'ai vu, j'estime à » 120 le nombre des oriiiccs que présente la peau sur un espace linéaire )) équivalent à la dixième partie du pouce ; mais admettons que sur un » pareil espace il existe 100 orifices seulement: sur une longueur d'un » pouce il y en aura l.OCO, sur une longueur d'un pied 12,000, dans un » pied carré 144,000,000 : et si nous évaluons à 14 pieds carrés la super- » ficie totale du corps chez un homme de taille moyenne, le nombre des » orifices appartenant à cette superficie s'élèvera à 2,016,000,000 (1). » Ce calcul, manifestement entaché d'exagération, repose, ainsi qu'on le voit, sur une base un peu arbitraire; c'est pourquoi je ne m'attacherai pas à en relever les erreurs. Les faits ultérieurement exposés viendront du reste le réfuter.

Le procédé qu'avait adopté Eichorn présente plus de garanties. Ayant remarqué que les pores qui livrent passage à la sueur sont visibles non seulement à la loupe, mais à l'œil nu, au moins dans certaines régions, à la main et au pied par exemple, cet anatomiste imagina d'appliquer sur la

(1) Omuilms qnam potui accnratissime peusitutis jndicavi, spatio rutis^ quod décima; poUicis parti longiUidine lespoudeat, facile I2J vascula coutiuoi. Vei uni couteiili sinius numéro ceiUenario : e;go spatiam culis, pollice iiou tongius , balîebil vascxibi mille; spalium pedar.eum duodecim vasculorum miilia ; alque adeo pcs qiiadialiis t4'(-,000,000 millia coulinebit. Si ergo superficiL-m viri nie- (.liûciiler nuigui ponamus coustare 14 pedibus (juadralis; SpqueUir cjusmodi cutem vasciilis 2,01(J,OUO,000 perforari. ( Aut. Leeuwenhoeck, Epist, phys., \îld, episl. 45, p. 415.)

470 ANATOMiE.

peau une feuille de papier à laquelle il avait pratiqué une fenêtre d'une ligne carrée (mesure anglaise) et de compter exactement tous les pores compris dans cet espace. Sur la pulpe des doigts il observa 2 5 pores, sur la peau qui répond aux espaces interdigitaux 7 5, et 50 sur les autres parties de l'enveloppe cutanée. Adoptant ce dernier chiffre comme une moyenne, il conclut (lue la peau présente 5000 pores par pouce carré, et un peu plus de 10 millions pour sa surface entière (I). Cette évaluation, exagérée aussi, repose sur une donnée qui est en partie exacte et en partie illusoire. Les orifices par lesquels les glandes sudorifères s'ouvrent au dehors peuvent être facilement comptés, soit à l'œil nu, soit surtout à la loupe sur les régions munies de papilles du preiuier ordre, c'est-à-dire à la main et au pied. Mais sur les autres parties des téguments ils sont presque invisibles ; malgré tous les soins que j'ai apportés à cette étude, et bien que je jouisse d'une excellente vue de myope, il ne m'a pas été possible de les apercevoir bien distinctement. J'ai dû recourir par conséquent à un autre moyen de dénombrement.

Ce moyen, je ne pouvais le trouver que dans l'énumération des glandes sudorifères elles-mêmes. Après les avoir longtemps cherchées en vain à la jambe, à la cuisse, à l'avant-bras, au bras, etc., etc., je parvins enfin à les découvrir dans toutes ces régions, sur des lambeaux de peau que j'avais fait macérer préalablement dans l'acide acétique. Dès lors il me devenait possible de comparer le nombre de ces glandes au nombre de celles qui occupent la paume des mains et la plante des pieds. Cette comparaison me permit de constater que les glandes palmaires et plantaires sont beaucoup plus nombreuses que celles qu'on observe sur les autres régions : celles-ci sont aux précédentes dans le rapport de 1 à 8.

Cette première donnée étant recueillie, j'ai voulu reprendre par sa base le calcul approximatif d'Eichorn : sur la pulpe d'un doigt indicateur, j'ai compté soixante séries de papilles décrivant des lignes courbes à concavité supérieure ; parmi ces séries les plus petites avaient 2 centimètres de longueur, les plus grandes 6 centimètres, les intermédiaires 3 centimètres et demi. Ces dernières m'ont présenté en moyenne 104 orifices; en multipliant ce chiffre par 50, on voit que le nonsbre des orifices ou des glandes sudorifères situées au-devant et sur les côtés de la phalange unguéale du doigt indicateur s'élève à 6000 environ. Les téguments qui recouvraient les faces antérieure et latérales de cette phalange avaient une étendue superficielle de près d'un pouce carré ; or nous avons vu que d'après le calcul d'Eichorn on compte 5000 pores sur une semblable suiierficie. Les résultats auxquels nous sommes arrivés l'un et l'autre en suivant à peu près la même méthode sont donc très analogues. — Le nombre des glandes qu'on observe au-devant et sur les côtés de la seconde phalange peut être considéré comme égal au précédent ; même remarque pour les glandes qui correspondent à la première phalange. En multipliant 6000 par 3 nous obtenons le chiffre 18,000 qui exprime la totalité des glandes annexées aux faces antérieure et latérales du doigt indicateur. — Ce dernier résultat multiplié par 5 porte le nombre des glandes palmaires des doigts à 90,000. — La paume des mains représentant les deux cincpiièmes environ de la surface

(I) Eichorn, Excrétions de la peau, ait. 2e {^Jouriud des progrès, i« vul, 1827, p. 60;.

SPLANCHNOLOGIE.

que formeraient par leur réunion les portions palmaires de la peau des cinq doigts, ce noQibre s'élève de 90,000 à 126,000. Il n'est pas moins élevé pour la région plantaire. A ces 504,000 glandes il faut ajouter celles des faces dorsales de la main et du pied, et celles de toutes les autres parties du corps, que nous savons être huit fois moins nombreuses.

Pour arriver au terme de notre évaluation nous avons donc à rechercher maintenant combien il existe de glandes dans 1 centimètre carré de la main ou du pied. Dans ce but j'ai circonscrit un espace de cette étendue sur la paume de la main. J'ai compté ensuite le nombre des rangées de papilles comprises dans cet espace : il était de 26 ; puis celui des orifices appartenant à une même rangée : je l'ai trouvé de 31. xMultipliant ces deux résultais l'un par l'autre, j'ai obtenu le chiffre 806, Les glandes comprises dans 1 centimètre carré de toute autre région du corps étant aux précédentes dans le rapport de t à 8, il ne nous reste plus qu'à prendre la huitième partie de ce dernier nombre et à multiplier ce huitième par 1300 centimètres carrés, expression de la superticie totale du corps ;

FiG nu.

FiG. 2i0.

FiG. -242.

Einhouclnire des coiidttits sudorifères st de cl'S conduits.

unes e/iidcrmirjr es

Fig. 2i0. — Celle figire représente le nomlue des orifices qu'on observe sur un cenlimèti'e caiié de la paume «le la in..iii. — 1 , 1 ,1 ,1 . Sei ics l'es orifices (|ui foiment Fembuachure des cuuduils SLi'ioiilères. — 'i,'2,-l,'J. Sillous inlerpapillaires.

Fig. 241, — Ce même cenlinièlre carre de la paume de la maiu vu à un gn.ssissemeiil de 4 diamètres. — 1,1,1,1. Embouchure des conduits sudorif res, occupant le sillon intermédiaire aux papilles accouplées, sil'ou qui n'a ])as clé représenté ici pour éviter la confusion. — i, -2, 2, 2. Sillonscjiii séparent les papilles.

Fig. 24i?. — GaÎQPS épidermiques des conduits sudorifères vues à l'œil uu. — 1,1. Derme. — 2.2. Epiderme. — 5,3. Gaines épidermiques se dégageaut des conduits sudorifcres au moment oii l'on soulève Fépideinie, et appariiis.-ant aux regards de l'observateur comme autant de fils d'araignée recliligues et parallèles.

Fig. 24 jiièii

Deux de ces gaines épidermiques vues à un grossissement de CO dia- - Sut leurs parois on distingue les cellules qui les ciinposcnl.

4/2 AXATOMIE,

nous arrivons ainsi à reconnaître que les glandes sudorifères situées dans les parties pourvues de papilles du troisième ordre, c'est-àdire sur toute la surface cutanée, à l'exception des régions palmaire et plantaire, ne s'élèvent qu'à 130,000. Le nombre total de ces glandes serait donc de 600,000 à 700,000.

Ce résultat me paraît aussi approximatif que peuvent l'être les calculs de ce genre. J'ajoiiteraiquedans ma conviction il est plutôt affaibli qu'exagéré ; car en procédant au dénombrement des pores (jui livrent passage à la sueur je n'ai pu mentionner que ceux que j'ai vus. Quelques uns parmi les plus petits m'ont certainement échappé. En outre le nombre de ces glandes varie suivant les individus, il serait donc possible que l'anatoniiste qui se livrerait aux mêmes calculs dans le but d'en vérifier l'exactitude obtînt pour résultat un chiffre un peu plus élevé, 800,000 ou 900,000, par exemple. Quel que soit ce résultat, nous pouvons considérer comme un fait acquis à la science, que si les glandes sudorifères ne se comptent pas par milliards, ainsi que l'avait avancé Leeuwenhoeck, ni par millions, ainsi ([ue l'a pensé EichorU; on les compte du moins par centaines de milic.

Propriétés et composition chimique de la sueur. La sueur a déjà été analysée par plusieurs chimistes, M.M. Thenard, Chevreuil, Berzelius, Anselmino , Simon , etc. Mais les expériences jusqu'à présent ont été faites sur de petites quantités qui rendent très difficile une analyse complète. En outre ce produit de sécrétion a été souvent examiné dans des conditions où l'on pouvait craindre qu'il n'evit déjà subi un commencement de fermentation.

M. A. Favre, le premier, a opéré sur des masses de sueur considérables, recueillies avec les soins nécessaires pour la gai'antir de toute altération produite par voie de mélange ou de fermentation. Les détails qui suivent sont extraits du travail lu à l'Académie des sciences dans le mois de novembre 18 52 par ce jeune et habile chimiste.

La sueur présente la fluidité et la transparence de l'eau. Son odeur légère et sui generis n'offre rien de désagréable dans l'état p]iysiologi(iue, c'està-dire lorsqu'elle n'offre aucune trace d'altération. Sa saveur est acide ; mais elle devient promptement alcaline sous l'innuencede l'évaporation.

Lorsqu'on fractionne la quantité de sueur recueillie sur la surface du corps durant la transpiration, on constate : que le premier tiers est toujours acide, que le second est neutre ou alcalin, et le troisième constamment alcalin.

La sueur contient une forte proportion de sel marin, une certaine quantité de chlorure de potassium, des sels, de l'urée qu'on obtient en cristaux doués de tous les caractères de cette substance, et deux acides combinés avec la soude et la potasse.

De ces deux acides le premier est l'acide lactique. — Le second ne se rapprochant par ses propriétés d'aucun acide connu, M. Favre propose de l'apiieller acide sudoriquc ou hydrotique (de f^f^ojç, eau, sueur). A l'état libre ce dernier acide est sirupeux, incristallisable , soluble dans l'alcool absolu. Il forme des sels presque avec toutes les bases et contient le même nombre d'éipùvalents de carbone que l'acide urique , ce qui peut faire soupçonner entre eux quelijues liens de constitution.

SPLANCHlNOLOGlE. 473

Une analyse faite sur 1 1 litres a permis à M. Favre de constater que les principes de la sueur sont unis dans les proportions suivantes :

Slu- 14 litres. Pour 10000 gr.

Clilurure de so.3ium 51,22 22,30

C'hlorun; de | olassiuni .... ô,'ii 2.41

Snlfalrs alcalins 0,16 0,11

Albuminates alcalins 0,07 0,0;i

Laclale de soude et de potasse, . 4,44 5,17

Hydrotale de soude et de isolasse. 21 ,87 15,62

uVee 0,of) 0,42

Blatières grasses 0,1!) 0,15

Eau 13058,02 0955,73

On trouve en outre dans la sueur quelques traces de phosphates alcalins, de phosphates alcalino-terreux, de sels calcaires et de débris d'épithélium.

En comparant cette constitution à celle de l'urine, on voit que ces deux produits de sécrétion renferment de l'urée et que tous deux ont pour matière minérale prédominante le sel marin. Mais ils diffèrent par les proportions de sulfate, de soude et de potasse qu'ils contiennent : les sulfates sont beaucoup plus abondants dans l'urine; la soude et la potasse combinées avec les acides lactique et hydrotique se présentent au contraire en quantité plus considérable dans la sueur.

Les glandes sudorifères sont-elles destinées à sécréter seulement la sueur ? Ou bien 2^ouvons-nous les considérer comme étant à la fois le point de départ de la sueur et de la transpiration insensible ? Ces questions sont restées jusqu'à présent à l'état de problème. Mais avec les données nouvelles que nous venons d'emp^'unter à l'observation il nous devient possible de les aborder, et, si je ne me trompe, de les résoudre.

Reconnaissons d'abord que la source de la sueur n'est pas équivoque. Toute la difficulté consiste donc à déterminer si la transpiration insensible est une simple exhalation comparable à celle qui s'effectue à la surface des séreuses, ou une sécrétion identique avec celle de la sueur, c'est-à-dire ayant aussi pour organes les glandes sudorifères.

Tous les physiologistes se sont prononcés en faveur de l'exhalation. A l'appui de cette opinion quels faits ont été allégués? T'n seul : l'absence de tout organe sécréteur. Or ces organes sécréteurs, loin de faire défaut, existent; non seulement ils existent, mais ils sont extrêmement multipliés, puisque dans les régions qui en contiennent le moins on en trouve encore une centaine sur 1 centimètre carré. Ce fait reconnu erroné, tout l'échafaudage sur lequel repose la doctrine de l'exhalation s'écroule, et nous serions déjà en droit de conclure que la transpiration insensible est une sécrétion.

Mais d'autres preuves nous sont fournies par l'observation. L'épiderme, bien qu'hygrométrique, se laisse très difficilement traverser par les liquides, soit que ces liquides se portent du dehors au dedans, soit qu'ils se portent du dedans au dehors; c'est pourquoi, après l'application d'un vésicatoire, la sérosité s'accumule au-dessous de cette membrane ; de là aussi les phlyctènes qui se forment à la suite des brûlures, celles qui succèdent à certaines contusions, celles qui accompagnent parfois l'érysipèle ou qui se produisent dans le cours de plusieurs affections de la peau, etc. Lorsque l'épiderme se

laisse pénélrer par Vean ou tout autre liiiuitle, on le volt s'épaissir et perdre en même temps sa transparence: telles sont les modilications qu'il subit à l'extrémité des doigts à la suite d'un bain un peu prolongé: tel est l'aspect sous lequel il se présente à nous après l'application réitérée de cataplasmes émollients, ou de compresses imbibées d'une liqueur résolutive. Ainsi, lorsqu'il eàî. en contact avec un liquide venu de l'économie, il s'oppose à son passage, et si celui-ci afflue en plus grande quantité, il se détacbe plutôt que de se laisser traverser. Si le liquide vient du deliorsil résiste également, puis après un lenqis plus ou moins long se laisse traverser, mais alors il ciiauge d'aspect sous l'influence de l'imbibition dont il devient le siège. Dans la transpiration insensible observons-nous une semblable modification? Nullement; il fautadmeltre, par conséquent, ou bien f[ue l'épiderme peut s'imbiber du liquide (pii le traverse sans subir les modifications dépendantes de cette imbibilion, ou bien qu'il est creusé de canaux particuliers destinés au passage delà transpiration insensible. La première hypothèse est évidemment inadmissible ; la seconde est entourée au contraire de tous les attributs qui formeîit le corlége ordinaire de la vérité:

1° Il ci-t en effet incontestable (jue ces canaux existent, et qu'ils sont disséminés sur tous les points de la surface cutanée.

2° Le liquide qui provient de la transpiration insensible traversant ces canaux, l'épiderme n'est plus exposé à s'imbiber, et l'on conçoit dès lors pourquoi il ne subit aucune modification sous l'influence des transpiralions les plus abondantes.

3° Ces canaux s'ouvi'ant au dehors par un orifice toujours béant, on comprend très bien aussi que le liquide qu'ils renferment puisse s'écouler d'une manière continue.

4« Ce liquide pour un moment donné se réduisant pour chacun d'eux à une gouttelette invisible dans l'état ordinaire, et celte gouttelette invisible possédant une tempéralure de 3 6 degrés, nous ne saurions nous étonner que son évaporation s'opère d'une manière presque instantanée en se dérobant à nos regards.

5<* Lorsipie le mouvement circulaîoire du sang s'accélère subitement à la suite d'une course , ou sous l'induence d'un accès fébrile, les glandes (pii sécrètent ce licpiide reçoivent des matériaux en plus grande abondance ; les goutîelettes(iu'elles produisent augmentent proportionnellement ; d'invisibles (pi'elles étaient, elles deviennent sensibles et la sueur succède à la transpiration ordinaire. La sueur et la transpiration insensible ne sont donc pas deux phénomènes différents par leur siège et leur mécanisme. Tous deux ont pour siège les glandes sudorifères : lorsque l'activité de ces glandes est modérée, tout le liquide sécrété s'évapore et la transpiration est insensible ; lorsque cette activité devient très grande, une partie de ce liiiuide s'évapore et se dissimule à nos regards, l'autre ruisselle à la surface du corps et frappe nos sens. Dans le premier cas, la quantité du liquide est petite ; dans le second, elle est plus considérable ; mais dans l'un et l'autre le phénomène reste identit[uement le même.

On sait quel rapport intime exisïe entre la transpiration et la sécrétion urinaire. L'histoire des glandes sudorifères nous démontre que ce rapport li'est pas seulement physiologique, il est aussi anatomique : de part et d'autre il y a sécrétion ; de part et d'autre le fluide sécrété est essentiellement cxcrémcntitiel; de part et d'autre ce fluide nous présente une odeur

SPLANCHNOLOGIE. 475

sui generis ; de part et d'autre l'organe sécréteur est une j^Iande tubuleiise; seulement, dans l'appareil destiné à sécréter l'urine, les tubes urinifères sont comme reliés en un seul faisceau que la nature a placé sur le trajet de l'un des plus grands courants artériels de l'économie, tandis que dans l'appareil sudorifère ces tubes se trouvent inégalement dissémiués sous l'enveloppe cutanée et appendus comuie des globules aux dernières divisions de l'arbre aortitpie. De part et d'autre ces tubes sécrétoires sont enroulés à l'une de leurs extrémités.

Ajoutons, pour comi)létcr ce parallèle, que les deux appareils sont soumis à l'influence instantanée du centre nerveux : cerlaines émotions réagissent vivement et soudainement sur l'ai^pareil urinaire ; d'autres provo- (jueut «ne réaction tout à fait analogue sur l'appareil sudorifère. Rappelons aussi que lorsviue l'un de ces appareils cesse de fonctionner ou se ralentit dans sou action, l'autre redouble d'activité afin de le suppléer. Le vieillard, que la faiblesse de ses muscles condamne à un repos plus ou moins prolongé, transpire peu et urine beaucoup ; aussi le rein est-il entre tons ses organes le seul peut-être qui échappe à l'atrophie sénile. L'homme qui vit sous un climat chaud transpire beaucoup, au contraire, et urine peu. Il est probable, dès lors, que plus on se rapproche de l'étiuateur, plus l'appareil sudorifère se développe; que plus on remonte vers le pôle, plus l'appareil urinaire acquiert d'iniportauce. Une étude des proportions respectives de ces deux grands appareils sous les diverses latitudes offrirait assurément un vif intérêt ; mais la science ne possède jusqu'à présent aucun des éléments de cette comparaison.

GLAîsDES SÉBACÉES.

On donne le nom de matière sébacée au fluide graisseux qui revêt la surface libre de la peau. Les glandes qui sécrètent ce fluide ont été considérées jusqu'à ce jour comme de simples dépressions de l'enveloppe cutanée se terminant à leur extrémité profonde en un cul-de-sac unique; la dénomination de follicules sébacés sous laquelle elles sont encore désignées dans tous les traités d'analomie exprime clairement ce mode de conformation. Mais une telle dénomination ne saurait être conservée : car elle n'est plus propre aujourd'hui (pi'à rappeler une erreur. Parmi les glandes qui sécrètent l'huile cutanée il n'en est aucune qui se termine à son extrémité profonde par un cul-de-sac unique ; toutes se composent d'un conduit dans lequel viennent s'aboucher d'autres conduils plus courts; chacune d'elles représente par conséquent un lobule isolé des glandes en grappe. Dans une note adressée à l'Institut en 1845 , M. Ch. Robin, l'un des premiers, s'est attaché à démontrer cette structure. Les recherches que je viens de faire de mon côté la confirment entièrement. Nous aurons donc à étudier aussi dans ces glandes leur partie sécrétoire ou le coi-ps de la glande, leur canal excréteur, leur structure, leur situation, leur nombre et leurs rapports.

Le corps des glandes sébacées est arrondi, légèrement bosselé et d'un diamètre qui varie de 1/3 de millimètre à 2 millimètres. Il se compose, dans les plus petites, de trois ou quatre conduits terminés en cul-de-sac à leur- extrémité périphériijue. Le nombre de ces conduils peut s'élever, pour

■i/b ANATOMIE.

los plus voluiniiieuscs, à lu ou 12 ; la plupart de ceux-ci [iréseutent un renflement à leur origine et un rétrécissement au niveau de leur embouchure dans le conduit central ; les dimensions relatives de la partie renflée et de la partie rétrécic sont du reste extrêmement variabies.

Le conduit central ou canal excréteur de la glande représente quelquefois une cavité sur les parois de laquelle viennent s'ouvrir phis ou moins irrégulièrement les conduits sécréteurs ; mais il revêt plus souvent la forme d'un cylindre verticalement dirigé, recevant par son extrémité profonde tous ces conduits, ets'évasant légèrement à son extrémité opposée pour se continuer avec le derme et l'épiderme. — Le diamètre de ce canal excréteur est toujours considérable; il égale environ le tiers du diamètre total de la glande. Le produit déposé dans sa cavité et dans ses cavités afférentes présente toutes les propriétés des cellules adipeuses, leur couleur jaunâtre, leur aspect, leur consislance et aussi leur nature. — Lorsque ce produit séjourne dans leurs cavités , les glandes sébacées prennent une couleur plus ou moins sombre et leur contour se détache très bien sur le fond transparent de la préparation ; en les soumettant à luie compression modérée on voit le produit de sécrétion s'échapper sous la forme de globules par l'embouchure du conduit excréteur qui se vide ainsi peu à peu. Quelquefois cette embouchure se rétrécit; le produit sécrété s'accumule alors dans l'intérieur de la glande, dont il distend les parois ; en même (emps il s'épaissit ; les couches les plus rapprochées de l'orifice externe prennent une teinte foncée et celui-ci apparaît sur la peau comme un point noir légèrement saillant. Si dans ce cas on saisit le corps de la glande et si on la comprime, on pourra encore déterminer la sortie du produit qu'elle renferme; seulement ce ne sera plus sous l'aspect de gouttelettes ou de globules qu'il s'échappera, mais sous celui d'un vermisseau qui se contourne dans divers sens comme pourrait le faire un animalcule violemment expulsé de sa résidence, rn anatomiste allemand. M, Simon, dit avoir observé en effet dans la matière sébacée ainsi excrétée un très petit ver dont il nous a donné un dessin, et qui serait visible seulement au microscope. Jusqu'à présent je n'ai jamais rien vu d'analogue ; je ne sache pas que d'autres observateurs aient été plus heureux.

Les glandes sébacées se composent, ainsi que l'a très bien observé M. Hiiguier, de trois tuniques : 1*» d'une tunique externe, celluleuse, qui entoure toutes les parties de la glande et les relie en un seul et même lobule ; 2° d'une tunique moyenne, plus épaisse, de nature granuleuse; 3" enfin d'une tunique interne qui forme une dépendance de l'épiderme. Les cellules qui constituent cette dernière tunique sont plus petites que celles qui recouvrent la surface libre du derme : elles ne renferment pas de granulations moléculaires. Sur les téguments en voie de putréfaction, lorsqu'on sépare Tépiderme du derme, cette tunique se détache et reste appendue à la couche épidermique ; il devient alors très facile de l'étudier ainsi que le produit contenu dans sa cavité.

Ces glandes sont situées dans les couches superficielles du derme : jamais elles ne s'étendent jusqu'à sa face profonde. On les trouve du reste dans toutes les l'égions, excepté cependant à la paume des mains et à la plante

SPLANCUNOLOGIE. 477

(les pieds. Elles sont remarquables par leur nombre et leur grand développement au niveau des ailes du nez, et sur la conque de l'oreille; on les trouve en grand nombre aussi, mais moins développées au front, autour du mamelon, à rentrée des organes génitaux chez la femme. Sur le tronc çt les membres elles sont moins nombreuses et comme rudimentaires.

Quels sont les rapports des glandes sébacées avec les glandes sudo' rifàres. Dans toutes les régions où les deux ordres de glandes existent, les premières sont constamment superposées aux secondes- Cependant aucune ligne de démarcation ne les sépare. On voit même assez souvent les glandes sudorifères les plus élevées s'adosser à l'extrémité inférieure des glandes sébacées les plus volumineuses. C'est sur le cuir chevelu , sur le front , sur les paupières, sur le pavillon de l'oreille qu'elles offrent le. plus de tendance à se rapprocher. Sur le tronc et les membres un intervalle plus ou moins grand les sépare, bien que sur certains points encore les unes et les autres se trouvent en contact.

Les conduits excréteurs des deux ordres de glandes marchent partout indépendants, tantôt presque conligus, tantôt placés à distance ; celui des glandes sébacées étant recliligne, et celui des glandes sudorifères plus ou moins flexueux, leur direction est rarement parallèle.

Quels sont les rapports qu'affectent les glandes sébacées avec les bulbes piliféres ? Cette question est une de celles qui divisent le plus les anatomistes. Tous cependant s'accordent à reconnaître les connexions étroites qui existent entre ces deux ordres d'organes. — Reil fait remarquer que : « les poils sortent au voisinage des glandes sébacées et proviennent » quelquefois de leur intérieur. » — Meckel considère les glandes sébacées comme des follicules pileux plus développés sécrétant la matière sébacée partout où ces glandes n'existent pas. — Eichorn, en ] 82 7, aborde le même sujet et conclut de ses recherches multipliées « c^u'il n'existe point de » glandes sébacées comme organes distincts et cjue la -matière sébacée « est sécrétée dans les kystes des 2)oils. »— Selon Weber « partout où il » y a des poils les glandes sébacées s'ouvrent dans le follicule du poil lui- » même. — Auprès des lèvres, des narines et des paupières, à la marge de » l'anus, à la vulve, autour de la couronne du gland, ces glandes s'ouvrent » à la surface de l'épiderme. » Il résulte des observations faites par ces divers auteurs que les glandes sébacées elles follicules pileux ne constituent pas deux organes essentiellement distincts, puisqu'ils se confondent en un seul sur certains points , d'après Reil, iMeckel, Weber, et sur tous les points d'après Eichorn.

Désireux de connaître la vérité à cet égard, j'ai voulu explorer attentivement toutes les régions du corps, et j'avoue que l'opinion de Weber est celle qui me paraît formulée de la manière la plus heureuse: presque constamment j'ai vu les glandes sébacées s'ouvrir dans les follicules pileux. Celles qui sont situées au voisinage des orifices naturels se comportent de la même manière : ainsi chacune, des glandes qui constituent la caroncule lacrymale s'ouvre dans un follicule pileux; même mode de terminaison pour les glandes sébacées des paupières , pour les glandes sébacées si considérables et si nombreuses du pavillon de l'oreille, pour celles du nez et des lèvres, etc. Je me rallie donc à l'opinion de Weber en

la généralisant plus que ne l'avait fait cet observateur, et je me rapproclie ainsi beaucoup de celle d'Eicborn que j'adopterais si elle était moins absolue.

L'abouchement des glandes sébacées dans les follicules pileux a lieu ordinairement vers l'union du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de ceux-ci, parfois un peu plus bas, quelquefois aussi, mais assez rarement, plus haut. Ces glandes se présentent en général au nombre de deux ; quelquefois elles sont plus nombreuses, et occupent toute la circonférence du follicule, qui grossit subitement au niveau de celte adjonction, et acquiert ainsi un diamètre trois ou quatre fois plus considérable ; c'est celte partie élargie du follicule pileux destinée à transmettre au dehors le poil d'une part, la matière sébacée de l'autre, qui a été décrite et qu'on peut considérer en effet comme le conduit excréteur des glandes sébacées. La partie inférieure ou rétrécie du follicule est dans quelques cas si pelile relativement à la précédente, qu'elle n'est pas aperçue ; mais avec un p?u d'habitude et une attention suffisante il est exlrèmement rare qu'on ne la trouve pas. Pour éviter loute cause d'erreur il importe d'avoir à sa dis|)osition un lambeau de peau dont l'épiderme est parfaitement intact; car si la couche épiderniique se détache ou a déjà été enlevée, les poils, et particulièrement les poils de duvet, ont aussi disparu pour la plupart. Ce sont probablement des cas de ce geiwe (jui ont conduit plusieurs anatorni-^les à méconnaître le mode de connexion des follicules pileux et des glandes sébacées.

Après avoir décrit les glandes S(''bacées et montré les rapports intimes qu'elles affectent avec les follicules pileux, il nous resterait, pour terminer l'histoire du derme et de toutes ^es dépendances, à étudier ces follicules ainsi (pie les glandes qui leur sont annexées. Wais comme le poil est une production essentiellement épidermiqne, et dont l'étude doit être précédée de celle de l'épiderme, je ne m'occu[)erai de ces follicides (pi'au moment où je pourrais m'occuper des poils eux-mêmes ; nous éviterons ainsi de scinder leur description en deux parties.

DE L'EPlDEiniE ET DE SES DEPENDAISCES.

L'é[)iderme, ou cuticule, couche la plus superficielle de la peau, est cette lame mince, insensible et transparente, (jui se moule comme un vernis sur toutes les saillies de la surface externe du derme, et (pii se dé[irime au niveau de chacune des dépressions de celui-ci pour aller tapisser les follicules et les glandes qui en dépendent.

L'épaisseur de cette lame est variable: sur la face palmaire de la main elle re[»résente la moitié environ de celle du derme ; sur le talon elle en représente les deux tiers. Mais elle est souvent plus considérable dans la première région chez les honnnes (jui s'adonnent à des travaux mécaniques, et dans la seconde chez ceux ([ui se livrent à des marches forcées ou ([ui par profession conservent le plus habituellement l'attitude verticale. Sur les autres parties du corps l'épideruie est mince et n'équivaut qu'à la sixième ou à la huitième partie de l'épaisseur du derme. — Ces faits nous laissent pressentir que l'épiderme sera d'autant plus épais dans une région que les compressions auxquelles il est soumis seront plus réitérées. J'en citerai seulement quehiues exemples : Quelle est la région sur laquelle l'épiderme se développe exceptionnellement chez le tailleur? La malléole externe, (lui

SPLAiNCIINOLOGlE. 479

lui sert de point d'appui. Quelle est celle qui devient le siège d'un développement analogue chez le boulanger? La rotule pour une raison seiublaljle. Quelle est celle sur laquelle porte ce développement chcx le cordonnier ? La partie antérieure et inférieure de la cuisse sur laquelle il frappe sans cesse. En recherchant tous les faits de cette nature, nous verrions chaque profession industrielle laisser pour ainsi dire son empreinte sur un point déterminé de la surface du corps et confirmer ainsi la loi que nous avons énoncée. La connaissance de ces empreintes mérite de fixer toute l'attention du médecin légiste qui trouvera dans leur étude attentive un enseignement souvent utile.

La surface externe de l'épiderme, ou surface libre de la peau, nous est déjà connue. Nous avons vu qu'elle présente : 1° des plis et sillons de divers ordres; 2" des saillies situées au point d'émergence des poils et plus ou moins apparentes suivant les Individus ; 'à'^ des orifices dont les uns sont larges et destinés au passage des poils et de la matière sébacée, dont les autres au contraire sont microscopiques et répondent à l'embouchure des glandes sudorifères.

LAsurface interne de l'épidémie se moule très exactement sur lecorps papillaire du derme auquel elle adhère d'une manière intime. En outre elle fournit un prolongement à chaque follicule pileux, à chaque glande sébacée, à chaque glande sudorifère. Elle nous offre par conséquent à considérer des dépressions ou alvéoles, et des saillies ou prolongements canaliculés.

Les alvéoles de l'épiderme sont aussi multipliées que les papilles qu'elles recouvrent et auxquelles elles servent de gaines. Sur toutes les régions où les papilles sont régulièrement disposées en séries linéaires, elles présentent une disposition correspondante : aux sillons interpapillaires du derme répondent du côté de l'épiderme de petites crêtes ; aux papilles accouplées comprises entre deux sillons, correspondent deux rangées d'alvéoles ; au sillon superficiel creusé entre ces papilles accouplées correspond une très petite crête épidermique. — Tous ces détails peuvent être aperçus à l'œil nu; maison les voit surtout très bien à l'aide d'une loupe, soit à la lumière diffuse, soit mieux encore à la lumière d'une lampe. Cette étude permet aussi de constater : t" que les alvéoles, accouplées comme les papilles, ne sont pas toujours placées côte à côte, -et qu'elles se succèdent souvent d'une manière alterne ; 2° qu'elles sont inégales et par conséquent que les papilles le sont aussi. Cette dernière conclusion touteTois n'est pas rigoureuse ; car les dimensions des alvéoles épidermiques se modifient très sensiblement dans leur capacité sous l'influence de la macération, tandis que les papilles, au contraire, se modifient à peine dans leur volume.

Les prolongements qui se détachent de la face profonde de l'épiderme ont été signalés dès la plus haute antiquité. Mais il n'a été donné qu'à un bien petit nombre d'anatomistes de les observer avec exactitude. Au premier rang parmi ces derniers il faut placer Albinus qui a parfaitement décrit les prolongements destinés aux follicules et aux glandes sébacées. — Quant à ceux qui se rendent aux glandes sudorifères, ils avaient été vus par Hiuiter, par Bidloo, par (pielques autres observateurs et considérés par eux comme des canaux livrant passage à la sueur ; mais aucun d'eux

-iaO ANÀÎOMIE.

n'avait déiuoiitré leur structure canaliculée et leurs connexions avec les glandes qui sécrètent ce fluide ; cette découverte appartient à M3I. Breschet et Roussel de Vauzème. Examinons successivement ces divers prolongements.

1" Prolongements destinés aux follicules pileux. Parvenu à l'extrémité libre de ces follicules, l'épiderme se réfléchit pour s'appliquer sur leurs parois et descend juscpi'à la partie la plus inférieure du poil où il se termine en contractant avec celui-ci une adhésion intime ; il résulte de cette disposition que toute la partie du poil contenue dans le derme est entourée d'une gaine épidermique. Pour observer cette gaine il suffit, à l'exemple d'Albinus, de soulever un lambeau de Tépiderme au moment où il se détache sous l'influence de la putréfaction ou de la macération ; en examinant attentiveuient sa face profonde, on remarquera alors qu'au niveau de chaque poil celui-ci sort de son follicule avec la gaîne épidermique intacte; on peut extraire ainsi toute une chevelure sans déchirer l'épiderme et sans mettre à nu les racines d'un seul cheveu. Trop souvent dans nos laboratoires les chaleurs de l'été viennent nous offrir l'occasion de répéter et de varier ces recherclies qui exigent quelques Instants seulement et qui eussent épargné à un grand nombre d'anatomistes de longues discussions sur le mode de connexion des poils et de l'épiderme , ainsi que les erreurs où ces discussions toutes spéculatives les ont entraînés.

2° Prolongements destinés aux glandes sébacées. De même que l'épiderme se déprime à l'entrée de chaque follicule pileux pour en tapisser les parois, de même il se déprime au niveau de chaque glande sébacée pour revêtir non seulement leur conduit excréteur, mais toutes leurs dépendances. En détachant sur un cadavre en voie de putréfaction l'épiderme ({ui recouvre les ailes du nez, le pavillon de l'oreille, la peau du front, etc., on attire à la fois au dehors et la tunique épidermique qui tapisse les parois de ces glandes, et la matière sébacée contenue dans leur cavité. Mais cette tunique est rarement complète ; lorsque les racines de la glande sont nombreuses ou un peu étendues, ou rétrécies au niveau de leur embouchure dans la cavité centrale, elle se déchire sur plusieurs points : dans ce cas on extrait seulement la partie qui répond au conduit excréteur et à quelques uns de ses principaux afférents.

3° Prolongements destinés aux glandes sudorifères. Ils diffèrent des précédents par leur extrême ténuité et leur multiplicité. C'est surtout sur la paume des mains ou la plante des pieds qu'il faut les étudier pour en prendre une idée exacte. On les observe assez bien sur un lambeau de peau dont la macération ou la putréfaction commence à détacher l'épiderme ; on les observe mieux encore sur la peau des doigts ou sur la peau du talon qui a séjourné pendant vingt-quatre heures dans l'acide acétique. Pour les bien voir, après avoir fixé le derme, on soulèvera avec une pince l'épiderme correspondant ; ces prolongements apparaîtront alors comme autant de filaments aussi déliés qu'un fil d'araignée. Ces filaments s'allongent de 3 ou 4 millimètres, et si l'on écarte davantage l'épiderme, ils se rompent, non vers leur partie moyenne, mais au niveau du derme, au moins pour la plupart, de telle sorte qu'ils restent appendus et flottent à la face interne de l'épiderme. Qu'on enlevé alors une tranche verticale et très mince de cet épiderme , pour la placer sous le microscope et qu'on l'examine à un grossissement de 30 ou 40 diamètres, on verra de la

splaxcunolugil;. 18 1

manière la plus disUncte tous ces débiis de filamenfs se transformer en autant de canaux. Au lieu de prendre une tranche verticale de l'cpidermc, ou pourra aussi en détacher une tranche horizontale sur sa face profonde et appliquer cette tranche sur le porte-objet de manière que les filaments qui lui adhèrent soient tournés vers l'cil de l'observateur : ces filaments ne seront pas plus manifestes que dans le cas précédent, mais ils se présenleront en plus grand nombre.

La structure de répidcnne a. été l'ohiet d'un très grand nombre de travaux : — Leemvenhoeck le premier observa qu'il est foriïié d'écaillés juxtaposées comme les pièces d'une mosaïque, et si petites qji'un grain de sable pouvait en recouvrir plus de deux cents; il ajoute que ces écailles se déplacent de dedans eu dehors et sont repoussées de Téconomie après un certain laps de temps. — En 1781, Fontana constate que l'épiderme qui recouvre la peau de l'anguille résulte de la juxtaposition de cellules renfermant un noyau arrondi à la surface duquel existe une tache de couleur sombre. — En 1833, Purkinje généralise le fait observé par Fontana; il enseigne que tout épiderme est formé de cellules à noyau. — Eu t837, Henle s'empare du même fait, multiplie ses recherches sur l'homme et sur les animaux, suit ces cellules dans toutes les transformations qu'elles subissent depuis leur naissance jusqu'à leur chute, étudie leurs variétés de forme, de volume, d'arrangement réciproque dan? les divers tissus, et expose dans ses Symboke ad anatomiam villorum l'histoire la plus complète de l'épiderme qui ait paru jusqu'à présent.

L'épiderme est un produit exhalé des capillaires sanguins du derme, et déposé sur la surface de cette membrane à l'état liquide ; mais ce produit n'est pas une substance amorphe ; il est constitué par une agglomération de cellules qui se juxtaposent, ainsi que Tavait déjà remarqué Leeuwenhoeck, et qui de plus se superposent de manière à former autant d'étages ou de couches différentes.

Chaque cellule, à l'époque de sa formation, se compose : 1" d'une vésicule à paroi transparente et de forme ovale ; 2° d'un noyau placé au centre de cette vésicule dont il paraît séparé par une couche de liquide, ou bien accolé à un point quelconque de ses parois, et offrant des dimensions très variables relativement à la capacité de celle-ci ; souvent ce noyau précède la vésicule dans son développement ; S" d'un nouibre indéterminé de corpuscules ou nndëoles appliqués à la surface du noyau sur laquelle on les distingue h leur couleur plus foncée. (Fig. 244.)

Telle est la conformation des cellules qui viennent de naître et qui par conséquent reposent immédiatement sur le derme. Mais ces cellules ne conservent pas indéfiniment leur situation primitive ; bientôt d'autres prennent naissance et les repoussent au dehors ; plus tard d'autres apparaissent de même et les repoussent successivement à une distance de plus en plus grande. En même temps que de nouvelles couches s'ajoutent à la face interne de l'épiderme, les plus anciennes, celles qui répondent à sa face externe, se détachent et tombent; chaque couche subit ainsi une sorte de migration qui a pour dernier terme sa décomposition et son élimination définitive. (Fig. 245.)

Pendant la durée de cette migration les cellules subissent dans leur forme, leur volume et leur structure des modifications remarquables. Elles II. 4 1

ÂNAÏOMIE.

s'aplatissent d'abord, occupent ainsi nne plus grande surface, et réagissent par conséquent les unes sur les autres, de manière à perdre leur contour arrondi, pour se correspondre par des surfaces planes et des lignes droites.

Dans une transformation plus avancée leur noyau disparaît peu à peu ; quelquefois il se décompose en granulations moléculaires qui, à leur tour, disparaissent en partie ou en totalité. Les parois de cha(|ue cellule se rapprochent alors au point de se superposer , et toute trace de cavité s'efface.

Ainsi modifiées, ces cellules vues au microscope, à un grossissement de 300 ou 4 00 diamètres, se présentent à l'œil de l'observateur sous l'aspect de lamelles de figure polygonale placées les unes à côté des autres, se correspondant exactement par leurs bords de manière à ne laisser entre elles aucun intervalle, et imitant par leur parfaite juxtaposition, ainsi que le font remanpier MM. Breschet et Roussel de Vauzèine, l'arrangement des diverses pièces ([ui composent une mosaï(pie. M. Henle compare avec plus de vérité encore le mode d'assemblage de ces lamelles à une sorte de pavé ; delà le nom d'épiihélium paoimeuteux sous lequel il a désigné l'ensemble des cellules qui affectent une semblable disposition, et celui d'épiihélium pavimenteux siratifté qu'il a appliqué à ces mômes cellules lorsqu'elles se superposent de manière à former plusieurs couches.

L'épiderme ne reçoit aucune division nerveuse; il est tout à fait insensible. Aucun capillaire sanguin ne le pénètre. Ruysch avait déjà parfaite-

FiG. 2iu.

FiG. 2'<f

Cellules epidenniqiies vues a un grossissement de 4C0 dimnètres.

Fig. 2i4. — Cellules naissnnles. Chacune de ces cellidcs possède un noyr.u, et

chaque noyau deux on trois nucléoles.

Fig. 245. — Cellules de la face externe de Fe'pidermc n'ofTrant plus aucune trace

de noyau, dépourvues aussi de cavilc el réduites à Fétat de lamelles ou

d'écaillés inégalement transparentes.

Fig. 246, — Cellules pigmeulaires. La matière colorante ouïes granulations p'g-

mentaires renfermées dans la cavilé de ces cellules sont ici distribuées |>ar

petits groupes; mais on voit souvent ces groupes se nipprocher et se confondie

en un seul.

SPLANCHNOLOGIE. 483

ment reconnu cette absence de vasculaiité; dans sa troisième décade il admoneste fort durement un anatomiste de Londres du nom de Saint-André qui disait avoir injecté ces vaisseaux. — Pour Mascagni, l'épiderme n'était tiu'un plexus des capillaires lympliatiques. M. Cruveiiliier, sans partager celte opinion, pense cependant que le réseau lymphatique de la peau est situé entre le derme et l'épiderme ; et comme ces deux plans sont unis entre eux de la manière la plus intime, il en résulte que ce réseau serait situé un peu dans l'un et un peu dans l'autre. Telle n'est pas cependant sa situation ; ce réseau occupe l'épaisseur même du derme ; ses radicules les plus déliées semblent, il est vrai, s'étaler à la surface de cette dernière membrane , mais il est facile de reconnaître que la couche la plus superliciel.e de celle-ci les recouvre con.^tamment.

L'épiderme, privé de tissu cellulaire, de nerfs et de vaisseaux, ne possède donc aucun des éléments ordinaires de l'organisation; aussi la plupart des auatomistes l'ont-ils considéré comme un produit dépourvu de toute vitalité. Les recherches modernes sur le développement des cellules et sur les transformations qu'elles subissent ne plaident pas en faveur de celte opinion. Selon Henle et la plupart des micrographes de nos jours, chaque cellule jouit d'une vie qui lui est propre : comme toutes les autres parties de l'organisme elle a pour point de d* part un p.roduit exhalé des cai)illaires sanguins; comme ces parties elle s'accroît et décroit ; comme celles-ci, par conséquent, elle est le siège d'une véritable nutrition qui parait s'opérer par voie d'endo«mose et qui est plus ou moins active.

Sur certaines régions du corps , en eflet , on voit quelquefois les celluies naître, s'accroître, décroître et périrdans un laiis de temps très court. L'exfûlialion épidermique, insensible dans l'état ordinaire, se manifeste alors par la présence d'innombrables pellicules qui donnent à la surface cutanée un aspect farineux ou fnrfuracé. C'e^t sur le cuir chevelu ([ue cette exfolidtion se montre de préférence. Lorsqu'elle devient très abondante, elle s'étend jusque dans la cavité des bulbes pileux, et ju«(prà la racine des cheveux qui s'ébranlent et tondjent au moindre attouchement; sous cette forme, l'exfoliation épidermicpie constitue une véritable ir.aladie, le pilyriasis , redoutable surtout pour les jeunes femmes dont elle vient si fréquemment détruire ou appauvrir la clievelure.

Coivposilion cliiiiiiquc et propriétés de l'ep'ùlerme. Soumis à l'analyse, l'épiderme donne pour élément principal une substance cornée (pii olfre la plus grande analogie avec celle des poils, des ongles, de la laine, des plumes, des écailles, etc. Celle analyse a fourni à M. John :

Matière cornée 9~> 0

Sub-liiiice gélatiuifoniie o 0

G misse 0,ri

Sels, acides, oxydes 1.0

Les sels qu on trouve le plus ordinairement dans l'épiderme sont des lactate, phosphate et sulfate de potasse, des s;.lfale et phosphate de chaux. Les acides et oxydes sont représentés surtout par l'acide lactitpie et quelques traces de manganèse et de fer.

Détaché du derme et exposé à l'air libre, l'épiderme se dessèche, devient plus dense, plus élasliipie et légèrement jaunâtre.

i84 ANATOMIG.

Plongé clans l'eau tiède pendant quelques heures, il ne se modifie d'une manière sensible qu'à la paume des mains et sous la plante des pieds où on le voit blanchir et s'épaissir, surtout au voisinage des ongles, en perdant momentanément sa transparence. Il est remarquable que ces deux régions sont aussi les seules où il n'existe aucune glande sébacée ; i'humeur onctueuse qui s'échappe de ces glandes a donc bien évidemment pour but de protéger l'épiderme, soit conirc l'action de l'eau en s'opposant comme une barrière à son imbibition, soit contre l'action de l'air en s'opposant à l'évaporation des principes aqueux combinés avec les divers éléments des cellules épidermiques. Il est remarquable aussi que les régions palmaire et plantaire, privées de toute matière sébacée, sont pourvues , en vertu d'une sorte de compensation, d'une plus grande quantité de glandes sudorifères ; en les exposant à une évaporation plus grande, la nature, pour suffire à cette évaporation, a pris soin d'en multiplier les sources ; et en multipliant celles-ci, elle a pu assurer aux papilles leur souplesse, et à ces régions, par conséquent, leur exquise sensibilité.

Soumis au contact de l'eau bouillante, Tépiderme se détache du derme et les canaux excréteurs des glandes sudorifères se rompent. Si ce contact a lieu sur le vivant, une sérosité plus ou moins transparente s'accumule dans l'espace compris entre ces deux membranes ; lorsqu'il a lieu sur un lambeau isolé de l'enveloppe tégumentaire, répidern)e se détache également, mais d'une manière plus lente et après imbibition, de telle sorte qu'il devient blanc, opaque et beaucoup plus épais; mais aucune sérosité ne s'accumule sous sa face interne. Ce procédé est celui que Ruyscli employait pour séparer les deux couches de la peau et étudier leurs connexions ; dans ce but il clouait sur une planchette un lambeau cutané, puis le plongeait subitement dans l'eau bouillante. Mais ce procédé a l'inconvénient d'altérer profondément le derme et l'épiderme, de telle sorte qu'il ne mérite pas d'être conservé.

Sous l'influence de son immersion prolongée dans l'eau froide, l'épiderme blanchit également, se gonOe au point de doubler ou de tripler d'épaisseur, s'étend aussi en surface, devient tout à fait opaque , eî après un laps de temps cpii varie de quelques jours à plusieurs semaines, se sépare du derme dont il conserve très exactement l'empreinte sur sa face interne.

Exposé à la flamme d'une bougie, il brûle comme la corne et en exhalant une odeur analogue.

L'acide azotique le colore en jaune, puis le ramollit et finit par le converîir en une pulpe jaunfitre. L'acide sulfurique concentré le dissout peu à peu lorsqu'il reste en contact avec sa surface ; mais si ce contact est momentané , il ne fait que le brunir. La soude et la potasse le dissolvent également. Le chlorure d'or lui donne une teinte purpurine et l'azotate d'argent une couleur brune. L'alcool et l'éther ne le modifient pas. Le tannin le modifie à peine et ne se combine jamais avec lui. Il a au contraire une très grande affinité pour la plupart des matières colorantes végétales, qui, portées à l'aide d'une aiguille dans ses couches les plus profondes, se déitosent dans ses cellules et y séjournent aussi longtemps que celles-ci font partie de l'économie.

SPLANCUNOLOGIE. 483

Page 1