DÉPENDANCES DE L'ÉPIDERME
1*^ Corps muqueux.
Lorsqu'on soumet l'épiderme 5 une macération suffisamment prolongée on le sépare en deux lames, l'une superficielle, l'autre profonde : c'est à cette lame profonde, composée des couches les plus molles de l'épiderme, que Malpighi a donné les noms de corpus vuicosum, corpus reticulare. Le premier de ces noms, tiré de la consistance du corps muqueux, pouvait être accepté et il l'a été en effet par tous les anatomistes qui lui ont succédé. Celui de corps réticulaire ou de réseau était moins heureux: le corps muqueux en effet n'est pas découpé à jour ; il forme une lame continue qui se moule très exactement sur le corps papillaire. Il offre moins d'épaisseur, il est vi-ai, sur le sommet des papilles ; mais nulle part il n'est perforé pour livrer passage à ces saillies. Les perforations que Malpighi avait observées étaient le résultaJ; de la méthode qu'il mettait en usage pour isoler le corps muqueux. Il avait pris la langue pour sujet de recherches, et afin de séparer les deux lames de l'épiderme lingual il plongeait cet organe dans l'eau bouillante ; au moment où cette séparation s'effectuait, les parties les plus minces du corps muqueux, c'est-à-dire celles qui recouvrent le sommet des papilles, restaient adhérentes à la lame superficielle et se détachaient avec elle. La lame profonde, interrompue ainsi au niveau de chaque papille, se présentait alors tantôt sous l'aspect d'un réseau, tantôt sous celui d'un crible, suivant que le diamètre de ses orifices était plus ou moins étendu.
A l'aide de la macération on obtient un résultat plus satisfaisant, ainsi que le démontra Albinus en 17 54, et après lui Haller et tous les anatomistes de la seconde moitié du xviii^ siècle. A ce procédé toutefois, je préfère le suivant qui est plus avantageux encore : il consiste à plonger pendant vingt-quatre ou trente-six heures dans un mélange à parties égales d'eau et d'acide acétique un lambeau de peau pris sur la paume de la main ou sur la plante du pied. Après ce laps de temps l'épiderme se détache d'une manière complète, mais les deux lames qui le composent restent unies de la manière la plus intime ; pour obtenir leur séparation on laisse séjourner dans le même mélange l'épiderme détaché ; vers, le huitième, dixième ou douzième jour, quelquefois beaucoup plus tôt, on remarque que ces deux lames commencent à se séparer; si elles ne se séparent pas encore, on observe du moins entre elles une différence tranchée de couleur : la lame profonde est d'un brun clair et la lame superficielle d'une couleur parfaitement blanche. En saisissant avec les mors d'une pince la lame brune, ou pourra, sans aucun effort, l'isoler de la lame blanche. — Ces deux lames ne sont pas également épaisses; la première est beaucoup plus mince : son épaisseur, qui représente à peine la quatrième ou la cinquième partie de celle de la seconde, varie du reste selon les individus et surtout selon les races. Nous verrons plus loin que cette lame interne est le siège de la matière colorante de la peau, et que celle-ci est très inégalement répartie. Ce fait nous explique en partie les variétés d'épaisseur du corps muqueux ; il nous explique aussi pourquoi le corps muqueux est beaucoup plus considérable chez le nègre que dans les hommes à peau blanche.
ANATOMLE.
Lfs deuK surfaces du corps muquoux pn'senlent une cnnfignratiDn inverse.
La surface interne est creusée de fossettes qui reçoivent les pn[)ilies ; elle offre en outre les divers prolongements destinés aux glandes sudorifères, aux glandes sébacées et aux follicules pileux.
La surface externe, très nettement limitée, reproduit celle d:i derme. C'est à tort qu'elle a été considérée comme une surface plus ou moins plane ; ])armi les nombreuses préparations de corits mu(iueux que je [losséde dans mon cabinet il n'en existe aucune sur laquelle on observe une semblable conformation. Les saillies et les sillons qui existent sur cette surface paraissent seulement un peu moins accusés (jue les saillies et les sillons correspondants du derme, ce qui tient à l'épaisseur plus prononcée du corps muqueux au niveau des espaces inîer-papillaires. La configuration opposée de ces deux surfaces donne à cette lame, lorsqu'on l'examine au microscope, un aspect gaufré extrêmement remarquable.
Le corps muqueux n'appartient pas seulement à l'épiderme, il constitue aussi une dépendance des ongles. Lorsque ces lames ont été détachées par la macération , les papilles sous-unguéales ne sont pas encore à nu ; le corps muqueux, continue de les recouvrir ; pour l'enlever une macération beaucoup plus prolongée est nécessaire. A la suite de l'arrachement ihérapculique ou accidentel d'un ongle, le corps muqtieux reste également en place et continue de protéger les papilles. J'ai été appelé, il y a queltpies années, auprès d'un jeune homme qui avait imprudemment engagé les (quatre doigts de sa main gauche sous un cylindre mis en mouvement par une machine à vapeur; la main ayant été assez rapidement retirée, il n'y eut ni écrasement, ni même contusion apparente; mais les quatre ongles avaient été emportés par le cylindre, et cet accident n'était suivi d'aucune douleur. Ce pliénoiuène me causa quelque surprise: ne voyons-nous pas