‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques (volume 2)Chapitre 86 sur 133 · OREILLE EXTER]SE · texte numérisé non relu

OREILLE EXTER]SE

L'oreille externe représente, ainsi que nous l'avons vu, une sorte d'infundibulum dont la base, très largement évasée, semble se porter à la rencontre des ondes sonores et dont le sommet prolongé en tube se dirige vers le nerf auditif ; on peut lui distinguer par conséquent deux parties continues entre elles, mais bien différentes par leur forme et leurs dimensions : une partie externe qui forme le pavillon de l'oreille, et une partie interne qui forme le conduit auditif externe,

A. PATILLON DE L'OREiLLE.

Le pavillon de l*oreille n'existe pas dans tous les mammifères : les cétacés, la taupe et l'ornithorhynque en sont dépourvus. Les animaux nocturnes et ceux que la failjlesse de leur organisation oblige à se tenir sur une défensive perpétuelle, comme la gazelle, le cerf, le lièvre, le lapin, etc. , possèdent en général un pavillon plus développé. Celui-ci arrive à ses plus grandes dimensions dans les chauves-souris où il égale et même dépasse le volume de la tête. Dans la chauve-souris oreillard il égale presque le volume du corps.

Chez l'homme le pavillon de l'oreille est situé sur les parties latérales et inférieure du crâne, au-devant de l'apophyse mastoïde, en arrière de l'articulation temporo-maxillaire, et par conséquent sur les limites les plus reculées de la face à l'expression de laquelle il ne prend ainsi qu'une très faible part, bien qu'il s'incline un peu de son côté et qu'il lui appartienne non seulement par son bord antérieur, mais par la plus grande partie de sa superficie.

Son inclinaison varie du reste beaucoup : chez quelques individus il est prestiue parallèle à la tempe ; chez d'autres, moins nombreux, il s'incline

assez fortement en avant. Les recherches de M. Buchanan ont démontré qu'une inclinaison de 15 à 30 degrés est celle qui exerce l'influence la plus favorable sur le sens de l'ouïe.

Le pavillon de l'oreille nous offre à considérer sa conformation extérieure et sa structure.

a. Conformation extérieure du pavillon.

Le pavillon de l'oreille présente une forme très irrégulière; cependant on peut le comparer à uue coquille allongée dont la grosse extrémité tournée en haut repose sur la tempe, tandis que la petite , molle et flottante, répond à la partie supérieure du cou. Bans ses deux tiers postérieurs il est entièrement libre. Par son tiers antérieur il se continue d'une part avec le conduit auditif externe, de l'autre avec les téguments de la face. On peut lui considérer deux faces et une circonférence.

La surface externe ou antérieure du pavillon est remarquable par les saillies et dépressions alternatives qu'elle présente. — Les saillies sont au nombre de quatre : l'hélix, i'anthéiix, le tragus et Vantitragiis ; — les dépressions au nombre de trois : la gouttière de l'hélix, la fossette de I'anthéiix et la cavité de la conque située à l'entrée du conduit auditif dont elle peut être considérée comme le vestibule. (Fig. 2 5 5.)

L'hélix est formé par un repli de la circonférence du pavillon. Il prend naissance dans la cavité de la conque, se porte un peu obliquement en avant et en haut, puis verticalement en haut, puis en arrière, et enfin en bas où il se prolonge un peu au-dessous du niveau de son origine en s'effaçant gradueilement; il parcourt ainsi une circonférence presque complète. Parfois il décrit à son origine une courbe à conca\ilé srqiérieure; dans ce cas il tend à s'enrouler autour de lui-même à la manière d'une spirale qui commence son second tour,

L'antl élixest un autre repli moins long et plus large que le précédent; il connnence au niveau de la terminaison de celui-ci, moule verticalement entre l'hélix et la conque, se réfléchit vers la partie supérieure de cette cavité pour se porter en avant et se divise alors en deux branches inégales, une supérieure plus courte et plus mousse, et une inférieure à la fois plus longue et plus saillante.

Le tragus n'a pas pour origine un repli du pavillon; c'est une saillie triangulaire située au-dessous de l'origine de l'hélix, au-devant delà partie inférieure delà conque et du conduit auditif externe sur lequel elle s'avance en manière d'opercule. — Le sommet du tragus est arrondi. — Sa base se confond avec la portion cartilagineuse du conduit auditif dont il constitue une dépendance, de telle sorte qu'il appartient à la fois et à ce conduit et au pavillon de l'oreille. — Sa face antérieure se continue avec les téguments de la région parotidienne. — Sa face postérieure concave présente assez fréquemment un petit bouquet de poils destinés , comme ceux qui bordent l'orifice palpébral et ceux qui occupent l'entrée des narines, à prévenir l'introduction dans l'appareil sensorial des corps légers qui flottent dans l'atmosphère.

h'anVitragus affecte la même configuration et les mêmes dimensions que le tragus en arrière et en face duquel il est situé. Une très légère dé-

SPLANCHNOLOGIE. 509

pression le sépare en haut de l'origine de l'anlhélix. En bas il est séparé du tragus par une échancrure profonde qui représente la petite extrémité d'une ellipse.

La cavité de la conque est une large et profonde excavation creusée au centre de la face externe du pavillon, plus rapprochée cependant de sou bord antérieur que du postérieur et de son extrémité inférieure que de lu supérieure. Les quatre saillies précédemuient décrites concourent à la circonscrire; — l'anthéiix la limite en arrière et en haut, l'hélix en haut et en avant, le tragus en bas et en avant, l'antitragus en bas et en arrière. — L'hélix, en prenant naissance dans la cavité de la conque par une crête mousse, la divise en deux parties inégales : l'une supérieure, plus petite et quelquefois subdivisée elie-même par une saillie verticale ; l'autre inférieure, plus grande, qui se continue en avant avec la paroi postérieure du conduit auditif. — Au niveau de la continuité de la conque et du conduit on observe une saillie qui s'avance sur ce dernier et qui en masque presque entièrement la partie profonde, de telle sorte qu'on ne peut l'examiner d'une manière complète qu'en déplaçant cette saillie, c'est-à-dire en attirant le pavillon de l'oreiile eu haut et en arrière.

La gouttière de l'hélix résulte de la courbure que décrit la base du pavillon en se repliant de la circonférence vers le centre ; et de même que ce l'epli n'est pas également prononcé sur toute son étendue, de même la gouttière qui en est la conséquence n'est pas partout également profonde. Celle-ci commence vers la partie supérieure et antérieure de la cavité de la conque avec laquelle elle se trouve d'abord confondue, se porte comme l'hélix verticalement en haut, puis en arrière, et enfin en bas où elle disparaît aussi d'une manière graduelle. La courbe qu'elle décrit est concentrique par conséquent à celles de l'hélix et de l'anthéiix entre lesquels elle est située. Cette gouttière a été décrite par Jleckel et Huschke sous le nom de fosse scaphoïde, dénomination qui ne saurait lui convenir et qui a été détournée, par erreur sans doute, de sa véritable acception, car jusqu'alors elle n'avait été appliquée qu'à la fossette de l'anthéiix.

La fossette de l'anthéiix n'est remar^juable que par sa situation entre les deux branches de l'anthéiix, par son peu de profondeur et sa forme un peu ahongée qui a suffi a quelques anatomistes anciens pour en faire une nacelle ; d'où le nom de scapha sous lequel elle a été décrite par tous les auteurs latins, et ceux de fosse naviculaire, de fosse scaphoïde que lui ont donnés les auteurs français.

Les saillies et dépressions qu'on observe sur la face externe de l'oreille offrent de très grandes variétés individuelles. Chez quehpies personnes le pavillon est presque déplissé; chez d'autres ses saillies sont très prononcées et ses dépressions plus profondes. Dans le premier cas il est comme étalé ; l'oreille, en d'autres termes, parait plus grande. Dans le second il est resserré sur lui-même et l'oreille paraît petite. Les différences que nous observons dans son étendue superficielle chez les divers individus sont donc en général bien plus apparentes que réelles, et proA'iennent surtout de son plissement, tantôt plus et tantôt moins pi'ononcé. — Pourquoi ces plis et ces sillons alternatifs? Boerhaave, qui considérait le pavillon comme un organe uniquement destiné à réfléchir les ondes sonores et à les diriger vers le conduit auditif externe, s'est livré à de longs calculs pour démontrer qu'ainsi conformé il répercute plus exactement les sons. Mais Savart a

olO ANATOMIE.

fait remarquer avec plus de vérité que l'oreHle externe n'est pas seulement destinée à réfléchir les sons, qu'essentiellement élastique elle entre ellemême en vibration sous le choc des ondes sonores, et que l'inclinaison variée de ses replis lui permet de s'offrir toujours perpendiculairement à ce choc par quelque partie de sa surface, d'où un ébranlement plus considérable et une transmission plus complète des sons.

La face interne du pavillon adhère aux parois du crâne par son tiers antérieur; elle est par conséquent moins étendue que l'externe. Sa configiu'ation reproduit celle de la précédente, mais en sens inverse. En procédant de sa circonférence vers son centre on rencontre successivement :

]° Une saillie conoïde courbée sur son axe, dont la base regarde en haut et en avant, et le sommet directement en bas ; cette saillie coi'respond à la gouttière de l'hélix.

2° Au-devant de cette saillie une rainure profonde qui lui est parallèle et qui correspond à l'anthélix,

3° Au-devant et un peu au-dessous de celle-ci, une seconde saillie irrégulièrement hémisphérique qu'on aperçoit en partie seulement et qui correspond à la cavité de la conque.

4° Enfin, immédiatement en arrière de la conque, le sillon qui sépare la partie libre de l'oreille des régions temporale et mastoïdienne.

La circonférence du pavillon est constituée en haut et en arrière par la saillie de l'hélix.

Inférieurement cette circonférence est formée par un repli de la peau qui, après avoir tapissé le tragus , l'antitragus et l'écliancrure qui les sépare, se porte verticalement en bas dans l'étendue de 10 à 1 2 millimètres, et remonte ensuite vers la conque en s'appliquant à elle-même. Ce l'epli cutané, tour à tour désigné sous les noms û'oreillette, de lobe, de petit lobe et de lobule, représente la petite extrémité d'une ellipse; quelquefois il est semi-circulaire. Libre par ses deux faces et par son bord postérieur, il se continue en haut et en avant avec les téguments de la région parotidienne. — Le lobule se distingue des autres parties du pavillon par son extrême souplesse, par sa consistance analogue à celle du sein ou de la pulpe des doigts , par sa surface pins unie et plus douce au toucher et aussi par sa sensibilité qui paraît moins prononcée- Situé sur les limites de la face qu'il concourt à encadrer , au-dessous de la chevelure dont il contribue à relever l'éclat par sa couleur d'un blanc satiné ou rosé, libi'e et flottant à la partie supérieure du cou, il semblait appeler les ornements qu'on trouve suspendus^ sa partie inférieure chez presque tous les peuples.

La partie antérieure de la circonférence du pavillon est la moins régulière. Elle est formée de haut en bas : 1° par une saillie arrondie qui fait partie de l'hélix; 2° par un sillon obliquement descendant qui sépare l'hélix du tragus et qui a été mentionné par les anciens auteurs sous les noms (l'incisure. Ci' échancrure de l'oreille', 3° par une seconde saillie due à la présence du tragus ; 4° par une fossette ordinairement très superficielle qui correspond au condyle de la mâchoire inférieure, et qui devient beaucoup plus apparente lorsque le condyle est porté en avant par suite de l'abaissement de la mâchoire; 5° enfin par un angle rentrant que forment d'une part le contour du lobule, de l'autre les téguments de l'excavation parotidienne.

SPLANCHNOLOGIE. 511

b. Structure du ludillon.

Le pavillon de l'oreille comprend dans sa structure : un fibro-carlilagr auquel il est redevable de son élasticité et de sa forme; — des parties fibreuses qui fixent ce cartilage et qui contribuent à maintenir ses divers replis ; — des muscles qui lui impriment des mouvements de totalité et des mouvements partiels ; — une enveloipipe cutanée ricbe en glandes et en follicules pileux; — des artères^ des veines et des vaisseaux lynifhati- {[ues ; — des nerfs sensitifs et moteurs, — et enfin une couche celluloadipeuse.

1° Ci.rlilage de roreille.

Ce cartilage occupe toute l'étendue du pavillon, à l'exception cependant du lobule qui est formé, ainsi que nous l'avons vu, par un simple repli de la peau. Lorstiue son enveloppe cutanée a été enlevée, on remarque sur ses deux faces les saillies et dépressions que nous avons indiquées. Mais les unes et les autres se trouvent un peu modifiées, et en outre quelques détails nouveaux apparaissent. (Fig. 253 et 254.)

1 ° Au niveau de l'hélix le cartilage auriculaire se montre plus large sur certains points et moins large sur d'autres ; son bord concave est inégal et comme crénelé. Le repli qu'il forme se termine un peu au-dessus du niveau d'une ligne horizontale passant par le centre de la coniiue. — En avant et immédiatement au-dessus du tragus il est surmonté d'une petite faillie conoïde qui porte le nom â'apophyse de l'hélix. La longueur de cette apophyse varie de 2 a 3 millimètres. Un anatomiste exercé peut facilement la sentir sous la peau en la pressant avec la pulpe du doigt : nous verrons qu'elle donne attache à trois muscles.

2° La partie du cartilage qui répond à l'anthélix est lisse et unie chez les jeunes sujets, rugueuse et inégalement mamelonnée chez l'adulte et surtout chez le vieillard. Dans le point où l'anthélix se confond avec l'hélix le cartilage s'isole et se prolonge en bas sous la forme d'une languette qu'on peut appeler, avecSantorini, languette cartilagineuse de l'hélix. Dans l'intervalle qui sépare cette languette de l'antitragus on observe inférieurement un ligament et supérieurement un petit muscle qui rattachent ces deux parties l'une à l'autre.

.3° Entre le tragus et la partie initiale de l'héh'x le cartilage de l'oreille présente une solution de continuité occupée aussi par des fibres ligamenteuses et musculaires.

4° A la partie postérieure de la conque il est surmonté par une apophyse analogue à celle de l'héiix, mais beaucoup moins saillante. Cette apophyse de la conque donne quelquefois attache au muscle auriculaire postérieur. 5" Au niveau du tragus et de l'antitragus il se continue avec la portion cartilagineuse du conduit auditif pour former un demi-canal dont la concavité regarde en haut.

L'épaisseur du cartilage de l'oreille n'est pas tout à fait uniforme : la partie moyenne de la conque est en général la plus épaisse et celle qui répond au bord libre de l'hélix la plus mince ; mais les différences qu'il présente sur ces deux points et sur quelques autres sont toujours peu prononcées.

31^ ANATOJIIE.

Piirkiiije, Krause, Yalentin et Husclike, (jui ont étudié sa sti-ucfiire, l'ont trouvé composé de corpuscules de cartilages logés dans les aréoles d'un tissu fibreux élastique. Ces corpuscules, tantôt arrondis et tantôt ovalaires, se terminent en pointe à leur extrémité; on en ti'ouve souvent deux dans la même loge. — Le périchondre qui revêt le cartilage est formé de libres entrecroisées dans tous les sens et d'un aspect nacré,

2" Ligameuls de Foreille.

Les ligaments de l'oreille sont de deux ordres : extrinsèques et intrinsèques.

Les ligaments extrinsèques unissent le pavillon à l'os temporal. Leur situation relative permet de les distinguer en antérieur et postérieur. — L'antérieur se compose de deux faisceaux qui n'ont aucune forme arrêtée et qui souvent se confondent en un seul. Le plus élevé de ces faisceaux part de l'aponévrose du muscle temporal immédiatement au-dessus de l'apophyse zygomaiique, se dirige horizontalement en arrière et vient s'attacher à la partie antérieure de la conque très près de l'apophyse de l'hélix. Le second se porte du tubercule de l'apophyse zygomatique vers l'échancrure de Toreille pour se fixer d'une part à l'hélix et au bord antérieur de la conque, de l'autre au bord supérieur du tragus. Il appartient à la fois, par conséquent, au pavillon et au conduit auditif. Chacun de ces faisceaux est formé de fibres qui s'entrecroisent à angle aigu et ({ui sont reliées entre elles par un tissu cellulaire très dense. — Le Hgameiit extrinsèque jjostérieur n'est pas moins irrégulier que l'antérieur. Il s'attache par une de ses extrémités à la base de l'apophyse mastoïde, par l'autre à la convexité de la conque et à la paroi supérieure du conduit auditif. Ainsi que l'antérieur il appartient donc aux deux parties qui composent l'oreille externe ; comme ce dernier aussi il est constitué par un tissu cellulaire dense et des fibres dirigées dans divers sens. Je ferai remarquer, en outre, que ce ligament n'est postérieur que relativement au précédent ; relativement à la conque il est interne ; relativement au conduit auditif il est postérieur et supéi-ieur.

Les ligaments intrinsèques sont destinés à maintenir la forme du pavillon en reliant entre elles ses différentes parties , et toutes les saillies de sa face postérieure. — L'un d'eux s'étend de l'antitragus vers la languette cartilagineuse de l'hélix. — Un autre occupe l'intervalle compris entre le tragus et l'hélix ; celui-ci se confond en grande partie avec le ligament extrinsèque antérieur. — Un troisième, beaucoup plus fort et à forme plus arrêtée que le précédent, unit la convexité de la fossette de l'anthélix à la convexité de la conque. — Un quatrième se porte de la convexité de l'hélix à la convexité de la fossette de l'anthélix et à celle de la conque. Ce dernier se compose de fibres espacées au-dessous et dans l'intervalle desquelles existent des fibres musculaires qui le fortifient.

5° 3ïusc'es.

Les muscles du pavillon de l'oreille se divisent aussi en extrinsèques et intrinsèques.

Les iJiuscles extrinsèques nous sont déjà connus. Je rappellerai seulement : i^ que l'auriculaire supérieur vient s'attacher à la convexité delà

SPLÂNCHlNOLOGIE.

ol3

fossette lie raulliélix ; 2° que l'auriculaire postérieur, composé de deux ou trois faisceaux, se fixe à ia partie moyenne de la convexité de la conclue ; 3*» que l'auriculaire antérieur s'insère par son extrémité antérieure à l'aponévrose du muscle temporal , immédiatement au-dessus de l'arcade zygomalique, et par son extrémité postérieure d'une part à l'apophyse de l'hélix, de l'autre au hord antérieur de la conque. Ce muscle, ainsi que le précédent, suit une direction légèrement descendante pour se rendre au pavillon; tous deux, par conséquent, indépendamment de l'action principale qui leur est propre, sont un peu élévateurs.

Les muscles intrinsèques sont au nombre de cinq : le grand muscle de l'hélix, le petit muscle de l'hélix, le muscle du tragus, celui de l'antitragus,

Cartilage et muscles du pai^illon de l'oreille.

Fig. 25Ô. — Cartilage vu par sa face antérieure. — 1,1. Pnrtie du cartilage qui repond à Thelix — 2. Apophyse de l'hélix. — 3. Languelte termintde de l'he'lix et de l'anthélix. — 4. L'anthe'lix, ses deux branches, et sa fossette scaphoïde. — 5. Portion cartilagineuse du conduit auditif externe. — 6. Grand muscle de l'hélix. — 7. Petit muscle de rhélix. — 8. Faisceau accessoire ou superficiel du muscle du tragiis. — 9. Faisceau priucipal ou profond du même muscle. — 10. Muscle de Tautitragus.

Fig. 254. — Cartilage vu par sa face postérieure. — 1. Saillie couoide qui correspond à la gouttière de l'hélix. — 2, F.anguette tormin.-.le de l'hélix et de l'aulhélix. — 5. Saillie qui correspond h la fossette scaphoïde. — 4. Convexité de la conque. — o. Portion cariilagineuse du conduit auditif externe formant une gouttière dont la convexité regarde en hiiut. — 6. Saillie triangulaire qui termine cette portion. — 7. Attache du muscle auriculaire supérieur. — 8. Attache du muscle auricuh.ire antérieur. — 9,9. Attache des deux faisceaux qui composent le muscle auriculaire poilérieur. — 10,10. Muscle trausverse.

et enfin le muscle transverse. Les quatre premiers appartiennent à la face externe du pavillon et le dernier à la face interne.

Le grand muscle de l'hélix a été découvert par Santorini. Il est situé au devant de la partie ascendante de l'hélix. Sa forme est allongée, sa couleur presque toujours très pâle et sa longueur d'un centimètre environ. Ce muscle s'attache inférieurement à l'apophyse de l'hélix par de courtes fibres tendineuses ; en haut il se fixe non au cartilage de l'oreille, mais à la peau qui le recouvre. En se contractant il attire en bas les téguments qui bordent l'hélix et tend ainsi à donner plus de profondeur à la gouttière qu'il circonscrit. Son existence n'est pas constante.

Le iielït muscle de l'hélix , découvert aussi par Santorini, repose sur le coude que forme la partie initiale de cette saillie avec la partie ascendante. Sa couleur est d'un rose pâle. Sa longueur égale à peine la moitié de celle du grand muscle de l'hélix. Ses deux extrémités s'attachent à la peau qu'il peut ainsi tendre et détendre suivant qu'il entre en contraction ou cesse de se contracter.

Le muscle du tragus est moins rudimentaire que ceux de l'hélix. Sa couleur est aussi moins pâle. Sa figure est rectangulaire. L'une de ses faces, tournée en arrière, recouvre la convexité du tragus; l'autre, tournée en haut et en avant, répond à la glande parotide dont elle est quelquefois séparée par un ou deux petits ganglions lymphatiques. Supérieurement il s'attache en partie au bord correspondant du cartilage du tragus et en partie au tissu fibreux qui unit ceiui-ci à l'hélix; inférieurement il se fixe à la face antérieure du même cartilage. En se contractant ce muscle redresse la courbure que décrit le tragus , et par ce redressement dilate un peu l'entrée du conduit auditif. — Indépendamment de ce faisceau principal qui est constant, on observe quchpiefois un faisceau grêle et arrondi qui s'étend de l'apophyse de l'hélix au sommet du tragus, et que j'appellerai, pour le distinguer du précédent, faisceau accessoire ou superficiel du muscle du tragus. Ce faisceau, lorsqu'il existe, a évidemment pour usage de rapprocher le tragus de l'hélix, et d'incliner au dehors l'opercule du conduit auditif.

Le muscle de l'antitragus ressemble beaucoup au précédent ; il est seulement un peu plus allongé. L'une de ses extrémités, dirigée en haut et en arrière, s'attache à la languette qui prolonge le cartilage de l'hélix et de l'anthélix. L'autre, dirigée en bas et en avant, s'insère à la face postérieure ou convexe de l'antitragus. Par ses contractions il attire en bas et en avant la languette de l'hélix et de l'anthélix, en haut et en arrière la saillie de l'antitragus , et imprime ainsi une légère modification de courbure, non seulement à ces diverses parties, mais au pourtour de la cavité de la conque sur laquelle il repose par son bord antérieur.

Le muscle transverse a été signalé par Valsalva, qui le premier aussi a décrit les muscles du tragus et du l'antitragus. Il occupe sur la face postérieure du pavillon la rainure qui sépare la convexité de l'hélix de la convexité de la conque. Ses fibres, transversalement étendues de l'une à l'autre de ces saillies, et par conséquent parallèles entre elles, sont entremêlées de fibres ligamenteuses qui les voilent en partie , en sorte qu'il est quelquefois assez difficile de les distinguer; cependant avec un peu d'habitude de ce genre de recherche on le trouve constamment. En rapprochant l'hélix de la conque ce muscle modifie la courbure des saillies du

SPLANCHNOLOGIE. B'l5

pavillon en même temps qu'il concourt à maintenir le repli qui constitue i*ant hélix.

4" Peau du pavillon.

La peau du pavillon de l'oreille diffère un peu de celle qui recouvre les parties voisines. Elle est en général plus blanche ou plus rosée, plus unie et plus douce au toucher ; elle est aussi plus mince et parfois si transparente, que lors(pie ses vaisseaux ont été injectés, il devient facile, en plaçant le pavillon entre l'oeil et la lumière, de suivre leur trajet et d'observer leurs ramifications les plus déliées. Par sa face profonde, elle adhère au cartilage auriculaire dont elle reproduit ainsi toutes les saillies et toutes les dépressions. Sur le bord de l'hélix elle déborde un peu le cartilage auquel elle ne tarde pas à se réappliquer après s'être adossée à elle-même. Le lobule de l'oreille est le résultat d'un adossement semblable, mais plus étendu.

A cette enveloppe se rattachent : des poils, des glandes sébacées, des glandes sudorifères, des artères, des veines, des vaisseaux lymphatiques, des nerfs et une couche cellulo-adipeuse.

a. Poils. Us sont extrêmement nombreux, mais rudimentaires. Albinus, qui le premier les a bien observés, fait remarquer que pour en prendre une connaissance exacte il faut attendre le moment oij, sous l'influence de la [lutréfaction, l'épiderme se détache du derme. Alors en effet si l'on enlève avec ménagement la première de ces membranes, on voit tous ces petits poils sortir de leurs follicules avec leurs gaines épidermiques, et pour constater combien ilssont multipliés, il suffit d'examiner soit les gaines appendues k la face profonde de l'épiderme, soit les orifices béants à la surface du derme. Leur partie intra-folliculaire est ijlns longue que leur partie libre ou extérieure; cependant celle-ci peut être distinguée à l'œil nu sans beaucor.p de disficulté : en plaçant une partie quelconque de la peau du pavillon à la hauteur de l'œil, de manière que les rayons lumineux en rasent horizontalement la surface, on aperçoit très bien la pointe des poils qui émanent de son épaisseur et qui forment par leur ensemble un léger duvet. Le lobule si uni et si doux au toucher est de toutes les parties du pavillon celle qui possède le duvet le plus touffu. (Fig, 2ô5.;

b. Glandes sébacées. Ces glandes constituent encore une découverte de V?lsalva. AlbinusetSœmmerring les ont représentées. Elles se montrent presque aussi nombreuses et aussi développées sur le pavillon de l'oreille que sur les ailes du nez- C'est surtout dans la cavité de la conque et dans la fossette de l'anthélix qu'on les observe. Celles qu'on trouve dans la gouttière de l'hélix et sur la face interne de l'oreille sont beaucoup plus espacées et moins apparentes. Nulle part le système pileux n'affecte avec les glandes sébacées des rapports plus intimes : de chaque glande on voit sortir un poil, et dans la plupart des follicules pileux on trouve une substance demi-ccncrète, très analogue à la matière sébacée, en sorte que ces deux ordres d'organes semblent ici presque confondus. Pour constater l'exactitude de cette dernière proposition, il faut placer sous la lentille du microscope un lambeau d'épiderme qu'on a détaché de l'oreille par voie de macération ou de putréfaction. — Quelquefois l'embouchure des glandes sébacées s'oblitère; elles se dilatent alors par suite de l'accumulation de la matière qu'elles renferment et font un relief plus ou moins prononcé à la

316 ANâTOMIE.

surface de la peau. La cavité de la conque est très fréquemment le siège d'aspérités de cette nature. (Fig. 2 5 5.)

c. Glandes siidor\ fèves. Elles n'ont pas été mentionnées jusqu'à présent; cependant j'ai acquis la certitude de leur existence. C'est dans la couche cellulo-fd)reuse qui unit le derme au périchondre qu'elles sont situées, au-dessous, par conséquent, des glandes sébacées et des poils qui occupent l'épaisseur du derme. A l'entrée du conduit auditif ces glandes cessent d'exister : à leur place on en trouve d'autres qui s'en rapprochent par leur mode de conformation, mais qui en diffèrent par la nature du liquide qu'elles sécrètent.

d. Jrlères et veines. Les artères proviennent : en avant, de la temporale superficielle qui donne au pavillon quatre ou cinq branches connues sous le nom (\'anriculrnres antérieures ; en arrière, de l'auriculaire postérieure qui fournit principalemeut à la face interne de l'oreille. — Les aul'icuiaires antérieures, en général grêles, se détachent à angle droit du tronc de la temporale, se portent directement en arrière et vo;;t se perdre dans la peau du lobule, dans le tragus et dans la partie antérieure de l'hélix: ceile-ci est souvent plus considéi-able que les préci'denîcs; dans ce cas on la voit se prolonger de l'hélix siu' la fossette de l'anthéiix, et couvrir de ses ramifications toute l'extrémité supérieure du }iavillon. — Les branches qui proviennent de l'auriculaire postérieure se dirigent, de bas en haut, vers ia couiiue de l'oreille ; là elles se partagent en deux groupes ; un groupe postérieur plus considérable qui se porte sur la face interne et qui se reijlie ensuite sur la circonférence du pavillon ; et un groupe antérieur qui traverse le tissu fdoreux étendu du tragus à l'hélis , se réfléchit sur le bord antérieur de la conque, et se ramifie ensuite dans les téguments qui en tapissent la cavité et les bords. Ce second groupe établit des communications multiples et plexiformes entre celui qui précède et les auriculaires antérieures.

Les veines de l'oreille suivent en général un trajet parallèle à celui des artères. Les antérieures, plus courtes et plus petites, vont se jeter dans l'origine de ia veine jugulaire externe. Les postérieures, plus nombreuses, se réunissent , pour la plupart , au tronc veineux qui traverse la portion mastoïdienne du temporal pour s'ouvrir dans le sinus latéral correspondant.

e. Vaisseaux lymphatiques. Ainsi que toutes les parties qui sont situées sur les limites les plus reculées de l'économie, et qui sont plus éloignées par conséquent du centre circulatoire, le pavillon se distingue par le grand nombre de vaisseaux lymphatiques auxquels il donne naissance. Ces vaisseaux recouvrent toute sa face externe, sa circonférence, et la plus grande partie de sa face interne. Le réseau qu'ils forment est si serré, qu'il serait impossible de plonger l'aiguille la plus fine dans son épaisseur, sans en traverser plusieurs. Je ne connais aucun point de l'organisation où ils atteignent une aussi grande ténuité. Je possède dans mon laboratoire une oreille d'enfant dont le réseau lymphatique est si fin, que ses mailles ne peuvent être distinguées qu'à l'aide d'une loupe ; vu à l'œil nu, ce réseau se présente sous l'aspect d'une tache cendrée. Les troncs qui partent de ce

SPLAXCUNOLOGIIi,

ol

réseau se distinguent par ieur directi(3n en antérieurs et postérieurs. — Les aniérietirs répondent pour la plupart à la cavité delà conque; ils convergent vers l'écbancrure de l'oreille à laifuelle les plus élevés se rendent en croisant l'origine de l'hélix, et se jettent, après l'avoir ti-aversé, dans le ganglion lymphatique situé au-devant du tragus. — Les postérieurs, plus nombreux , se dirigent de l'anlhélix et du lobule vers la circonférence du pavillon, qu'ils contournent pour atteindre sa face interne et se rendre ensuite dans les ganglions sous-occipitaux.

f. Nerfs. Les seuls nerfs qui aient été suivis jusqu'à présent sur le pavillon de l'oreille sont des nerfs sensitifs. Ceux-ci émanent de trois sources : en avant, du nerf auriculo-temporal émané du maxillaire inférieur, et par

'' " rtej.

Pavillon de l'oreille dont l'eindernie a été en- Vaisseaux lymphatiques levé pour laisser voir les orifices de ses du pavillon

follicules pileux et de ses glandes sébacées. de roreille.

Fig. 2oo. — 1,1. Hélix. — 2,-2. Cavité de l'hélix. — ô,", Anlhélix. — 4. Fossette de riinthélix. — 5. Ciivité de la conque divisée en deux parties pai- l'origine de l'hélix, — 6. Tragus. — 7, Autilragiis. — 8. Origine du conduit auditif externe. — 9. Lolntle. — Sur Thélix, l'anthélix et le lobule on remarque un très grî-nd nombre d'orifices presque microscopiques qui conespondent à autant de follicules pileux. Sur la fossette de Panthélix et dans la cavité de la conque on observe des orifices beaucoup plus grands qui correspondent à des glandes sébacées.

Fig. 2.36. — 1. Vaisseaux lymphatiques de la cavité de la conque, dont les troncs se dirigent en avant. — 2.2,-2,2. Vaisseaux lymphatiques de l'hélix et de l'anlhélix dont les troncs se dirigent en arrière. — 5, Vaisseaux lymphatiques du lobule.

conséquent lie la cinquième paire; en bas, de la branche auriculaire du plexus cervical; en arrière, du nerf sous-occipital, qui envoie un ou deux ramuscules à son extrémité supérieure. — Indépendamment de ces nerfs sensitifs il en existe d'autres qui vont se terminer dans les muscles intrinsèques de l'oreille, mais dont le point de départ n'a pas été fixé jusqu'à présent; très probablementces iilets moteurs proviennent du facial.

S. Tissu adipeux. La couche cellulo-adipeuse sous-jacente à la peau du pavillon occupe surtout le lobule et le bord concave de l'hélix, c'est-à-dire les points où Tenveloppe cutanée se replie pour s'adosser à elle-même. Elle est extrêmement mince; souvent même ^lle n'est perceptible qu'au microscope. OueUpiefois elle devient très manifeste; on voit alors lebord tranchant de l'hélix s'émonsser, le lobsile diminuer de hauteur et prendre plus d'épaisseur, le sommet du tragus et de l'antitragus, qui était aplati, s'arrondir, etc.; mais ces légères morlifications dans le volume et la forme n'atteignent pas sensiblcînent l'anthéiix et la conque, en sorte que la partie centrale du pavillon, celle qui est destinée à vibrer sous le choc des ondes sonores et à les réOéchir, conserve toujours sa configuration primitive.

B. COÎSDLiT ÂUDiTJF EXTERKE.

Le conduit auditif externe s'étend de la conque du pavill)n à la paroi exîerne de la caisse du tympan. On peut dire, d'une manière générale, qu'il se porte transver.-alenicîjt de dehors en dedans. ?»lais sa direciiou n'e:-t pas rectiligne : elle est ilexuease. Pour observer ses inflexions successives, ainsi que pour évaluer sa longueur et se-* divers diamètres, le meilienr procédé à suivre est celui (iui a été conseillé pu- Valsalva ; i! co!isiste à remplir d'un liquide solidifiable, de cire par cxempile, le conduit auditif et le pavillon. Si la peau a été préalablement eîiduiie d'une légère couche d'huile, il sera facile d'extraire le moule ainsi obtenu , et e>r l'examinant on remarqtiera que le conduit auriculaire daiss le coart trajet qu'il parcourt s'infléchit deux fois sur son axe : il se porte d'abord en avant, puis se réfléchissant brusquement, il se dirige en arrière et un peu en haut; arrivé alors à la partie moyenne de son trajet, il se dévie de nouveau pour s'incliner en avant et en bas en se tordant légèrement sur sou axe. On peut lui distinguer, par conséquent, trois portions, une j)oj-tlon externe, une jjortion moyenne et une portion interne.

La portion externe est aplatie d'avant en arrière, de telle sorte que son diamètre vertical est presque double de l'antéro-postérieur.

La portion moyenne présente une configuration analogue, mais beaucoup moins prononcée, et se rapproche par conséquent de la forme cylindrique.

lia portion interne est aplatie de haut en bas, ce qui donne à son diamètre antéro-po«térieur un peu plus d'étendue qu'au vertical.

De la continuité des portions externe et moyenne résulte un coude dont la concavité regarde en arrière et un peu en haut. De la continuité des portions moyenne et interne l'ésulte un autre coude moins prononcé dont la concavité est tournée en bas et un peu en avant. — Indépendamment de ces deux courbures antéro-postérieures, il existe une courbure transversale à concavité inférieure, due à la direction légèrement ascendante des

SPLÂNCHNOLOGIE. ol9

lieux portions externes, et légèrement descendante de l'interne. Sur le même moule qui servira à l'étude de ces diverses inflexions on pourra en outre constater :

1° Que les saillies qui correspondent à la fossette de l'anthélix, à la partie supérieure de la conque, et à la partie inférieure de cette cavité, forment en se continuant entre elles une S italique, qui s'élargit progressivement de haut en bas, et dont la direction est verticale;

■2'» Que les trois portions qui constituent le conduit auditif externe forment également une S italique , mais horizontalement dirigée, et par conséquent, perpendiculaire à la précédente;

3° Que la partie terminale du conduit auditif est très obliquement coupée de haut en bas et de dehors en dedans, de telle sorte qu'elle forme avec la paroi inférieure un angle très aigu, et que ce dernier angle ne s'élève pas à 40 ou 5o degrés, ainsi que le pensent la plupart des anatomistes, mais à 20 ou 25 degrés seulement;

FiG. 257. ^- FiG. 2o8.

?'ue d'un moule en cire de la cai'ile de la conque et du conduit auditif externe.

Fig. 2o7. — Ce moule 'vu par sa partie poste'rieure. — 1. Saillie qui correspoud à la fossette scaphoïde. — 2. Siiillie qui correspoud à la partie supérieure de la cavilé de la conque. — 3. Saillie qui coirespoud à la partie infe'rieure de celte cavité. — 4. 5. Courbure décrite par la paioi inférieure du conduit auditif externe. — 6. Courbure décrite par la paroi supérieure de ce conduit. — 7, Empreinte de la membrane du tympan. — 8. Angle qui forme cette membrane avec la paroi inférieure du conduit auditif externe.

Fig, 2o8. — Ce même moule vu par sa partie supérieure. — I. Fossette scaphoïde. — 2. Partie supérieure de la cavité de la conque. — 3. Partie inférieure de celte cavité. — 4. Premièie poilion du conduit auditif externe se portant obliquement en avant et en dedans. — o. Seconde porliuu de ce conduit se dirigeant en dedans et en arrière. — 6. Tioisième portion du même conduit qu'on voit se tordre autour de son axe en s'inclinant en dedans et en avaut. — 7. Empreinte de la concavité de la membrane du tympan.

520 ANâTOMIE.

4° Que la longueur du conduit, mesurée eu ligne droite depuis la partie centrale de son e.vtrt'!nité interne jusqu'au niveau de la saillie qui le sépare de la conque, est de 20 à 22 millimètres (9 à lu lignes), ainsi que l'avait constaté Valsalva ;

5° Que son diamètre vertical est de 1 1 millimètres au niveau de la portion externe, et de 7 à 8 pour les deux portions suivantes, ce qui donne pour son diamètre vertical moyen 9 millimètres environ ou 4 lignes, résultat obtenu aussi par le même auteur ;

6° Que le diamètre antéro-postérieur est de 6 millimètres, pour la première et la seconde portion, et de 9 pour la troisième; ce qui donne pour moyenne 7 l/-2 millimètres, et pour différence entre les deux diamètres 1 1/2 millimètre ou un peu moins d'une ligne ;

7° Entin on constatera que ces dimensions varient d'un côté à l'autre et chez les divers sujets, mais dans de faibles liinites, en sorte que les évaluations qui précèdent, appliquées à tout adulte, peuvent être considérées comme très approximatives.

Des deux extrémités du conduit auditif, l'externe communique avec la cavité delà conque; l'interne est fermée par la membrane du tympan.

L'orifice qui fait comnumiquer le conduit auditif externe avec la conque est une ellipse dont le grand diamètre se dirige verticalement. Son bord postérieur est formé par une crête saillante qui s'avance plus ou moins vers le tragus, maisqu'on peut facilement dévier en attirant le pavillon en haut et en arrière, ce qui permet d'explorer la cavité du conduit auditif. Sa partie antérieure, coustiiuée par le tragus et légèrement excavée, a reçu de M. Buchanan le nom de fosse du conduit audiiif; elle est recouverte de poils, peu développés en général chez l'adulte, mais qui deviennent plus longs et plus rudes par les progrès de l'âge. — Le plan de cet l'oriiice ne regarde pas directement en dehors, mais en dehors et en arrière vers la partie inférieure de l'excavation de la conque.

La membrane qui ferme l'extrénuté interne du conduit auditif n'est pas seulement inclinée de haut en bas et de dehors en dedans, de manière à donner moins de longueur à la paroi supérieure, et plus, au contraire, à l'inférieure. Elle présente encore une autre inclinaison qui toutefois est beaucoup moins prononcée que la précédente : elle est tournée un peu en avant. (Fig. 2 52,6.)

Structure du conduit audiiif.

Le conduit auditif se compose : d'une charpente qui comprend une portion cartilagineuse, une portion fibreuse et une portion osseuse; d'un prolongement de la peau qui tapisse ses parois ; de glandes, d'artères, de veines et de nerfs annexés à ce prolongement.

i° Portion cartilagineuse du conduil auditif. Le cartilage qui .concourt à former la charpente du conduit auditif représente une sort« de gouttière transversalement dirigée. On peut lui distinguer par conséquent deux faces, deux bords et deux extrémités. — Sa face supérieui'e concave ne regarde pas directement en haut, mais en haut et en arrière. — Sa face inférieure convexe répond : en avant et en bas à la glande parotide, en arrière à la base de l'apophyse raastoïde. — Le bord antérieur est rectiligne. — Le

SPLANGHNOLOGIE. 521

borJ postérieur est inégalement découpé et moins élevé que le précédent. — L'extrémité externe décrit une courbe demi-circulaire. Libre en avant où elle est formée parle tragus, elle se continue en arrière avec le cartilage du pavillon , à l'aide d'une sorte d'isthme dont la largeur ne dépasse pas 7 à 8 millimètres. —L'extrémité postérieure, obliquement coupée de haut en bas et de dehors en dedans, se prolonge sous l'aspect d'une saillie anguleuse dont le sommet correspond à la base de l'apophyse styloïde.

Ce cartilage est remarquable par la présence de deux solutions de continuité , signalées en 1GS3 par Duverney sous le nom de coupures, mais mieux décrites en 1684 par Valsaiva sous celui d'incisures. L'une de ces incisures est externe et antérieure ; l'autre est interne et un peu plus en arrière. Leur direction n'est pas tout à fait perpendiculaire à l'axe du conduit cartilagineux : la première, ou qrande iucisureùe Valsaiva, s'incline en dehors par sou extrémité postérieure, tandis que la seconde, ou jjetite iucisure, s'incline au coiiiraire en dedans; plus ou moins écartées en arrière, elles se rapprochent donc en avant et semblent converger l'une vers l'autre. Lorsqu'elles sont étendues, elles partagent la portion cartilagineuse du conduit auditif en trois segments inégaux qui ont été comparés aux cerceaux de la trachée, mais qui n'offrent en réalité aucune analogie de forme avec ces derniers. Assez fréquemment l'une de ces incisures est divisée en deux incisures plus petites par une sorte de pont cartilagineux.

Les incisures de la portion cartilagineuse sont-elles comblées par un tissu fibreux ou par un tissu musculaire? Selon Duverney et Valsaiva, elles seraient comblées par une membrane fibreuse qui parait être une dépendance du périchondre. Selon Santorini, dont les recherches sur les muscles de l'oreille parurent en 1739, on trouverait au niveau de chacune de ces incisures un petit faisceau musculaire. Mais les anatomistes qui ont succédé à ce dernier auteur n'ont pas retrouvé ces faisceaux musculaires; il m'a été impossible aussi d'en rencontrer aucun vestige. L'opinion émise par Duverney et Valsaiva est donc celle qui paraît encore la mieux fondée.

Hyrl a décrit, il y a une dizaine d'années, un autre muscle, étendu de la saillie anguleuse du cartilage du conduit auditif à l'apophyse styloïde sur laquelle il s'insère immédiatement au-dessus de l'origine du stylo-glosse ; j'ai vainement cherché ce nouveau muscle sur huit adultes et un enfant, d'où je conclus qu'il manque souvent, s'il existe.

2° Portion fibreuse. Elle forme une gouttière à concavité inférieure, dont les deux bords s'unis=ent à la gouttière cartilagineuse ; de cette réunion résulte un conduit flexible et mobile. La portion fibreuse constitue le tiers supérieur environ de ce conduit. — Par sa face supérieure, cette portion se confond avec ie ligament postérieur du pavillon, dont elle n'est en réalité qu'une dépendance. — Par sa face inférieure elle répond aux glandes cérumineuses qui sont logées en partie dans son épaisseur, et à la peau du conduit auditif.

Cette lame ne constitue pas toute la portion fibreuse ; nous avons vu qu'une dépendance de celle-ci occupe les incisures du cartilage. Une autre dépendance plus importante s'étend de la portion cartilagineuse à la portion osseuse, et les unit l'une à l'autre à la manière d'un ligament, ce qui permet à la première de se mouvoir sur la seconde.

La portion fibreuse comprend dans sa composition des fibres de tissu cellulaire, des fibres de noyaux et des fibres élastiques qui paraissent associées dans des proportions égale?,

3*^ Portion osseuse. Elle est située entre la racine postérieure de l'apophyse zygomatique qui la limite en haut , les apophyses mastoïde et styioïde qui la limitent en arrière, et l'articulation temporo-maxillai^re qui la limite en avant. Sa paroi inférieure, libre et mince, décrit une courbure transversale très prononcée dont la convexité se dirige en haut; c'est le sommet de cette convexité qui dérobe à la vue la partie inférieure de la membrane du tympan, lorsqu'après avoir redressé la portion cartilagineuse du conduit auditif on explore la cavité de celui-ci.

Les portions cartilagineuse et fibreuse réunies forment la moitié externe du conduit auditif; la portion osseuse constitue l'autre moitié. Celle-ci ne varie pas sensiblement dans sa longueur chez l'adulte; il n'en est pas ainsi de la première qui, sous ce rapport, participe, mais sous de moindres proportions, aux variétés individuelles que nous offre le pavillon.

Chez le fœtus et l'enfant nouveau-né, la portion osseuse du conduit auditif n'existe pas encore ; elle est représentée à cet âge par un anneau osseux dans lequel s'insère la membrane du tympan. Cet anneau, qu'on peut facilement détacher, est interrompu dans son quart supéx'ieur ; il porte le nom de cercle tym])anal.

Peau du conduit auditif. De même que la peau de la face et du crâne se modifie en passant des parties voisines sur ie pavillon, de même elle se modifie en passant du pavillon dans le conduit auditif. A son entrée dans ce conduit elle s'éfiaissit, devient plus dense, et conserve ces caractères dans toute l'étendue de la portion cartilagineuse. Quelquefois même son épaisseur et sa densité augmentent à mesure qu'elle se rapproche de la portion osseuse. Arrivée à cette portion, elle s'amincit, et continue de s'amincir jusqu'à ce (lu'elle ait atteint la membrane du tympan, où on la voit se réduire à l'épaisseur d'une membrane séreuse. — Son adhérence aux portions cartilagineuse et fibreuse est extrêmement intime. Elle adhère beaucoup moins à la portion osseuse. — Sa face libre présente dans sa moitié externe : 1° des poils très multipliés, mais en général rudimentaires ; 2° un grand nombre d'orifices, dont les uns correspondent à des glandes sébacées, les autres à des glandes qui sécrètent une matière jaunâtre demiconcrète, appelée cérumen. La moitié interne de cette même surface libre est lisse, unie, dépourvue de toute espèce de poils et d'orifices glandulaires.

Glandes sébacées. Semblables à celles du pavillon, mais moins développées, ces glandes occupent la moitié externe du conduit auriculaire. La peau semble s'épaissir dans cette région pour les recevoir dans son épaisseur. Elles occupent tantôt la couche moyenne et tantôt la couche superiicielle du derme. Aucune ne vient s'ouvrir directement à la surface de l'épiderme; toutes s'ouvrent dans les follicules pileux dont la partie comprise entre leur embouchure et la surface cutanée leur sert de conduit excréteur. Quelques unes sont rangées circulairement autour des follicules ; mais la plupart sont disposées par paii-es et situées l'une d'un côté, l'autre du côté opposé. Le nombre des lobules qu'elles présentent est très variable ;

SPLANCHNOLOGIK. o23

je ne l'ai jamais vu cependant s'élever au delà de quatre ou cinq : ordinairement il est de deux ou trois.

Glandes ceVi<Hji»e»5<'5. Elles sontsituéesau-dessousdela peau qui tapisse les portions cartilagineuse et fibreuse. Mais elles ne forment pas comme les précédentes un plan uniforme; les unes se trouvent immédiatement au-dessous du derme, d'autres à une certaine distance, variable pour chacune d'elles, en sorte qu'elles sont comprises dans des plans différents, ainsi que les glandes sudorifères avec lesquelles elles offrent une grande analogie de structurée.

Leur volume est celui d'un grain de millet. Leur forme est arrondie ou elliptique. Par leur couleur jaunâtre elles contrastent avec la couleur blanche des aréoles cellulo-fibreuses qui leur servent de loges.

L'examen microscopique de ces glandes démontre qu'elles sont formées par un tube enroulé et pelotonné sur lui-même à son extrémité profonde. La partie de ce tube qui n'est pas enroulée et qui représente le conduit

FiG. 239.

Glandes cerutnineiises vues a un grossissement de 20 diamètres.

Fig. 2o9. — Coupe verticale de la peau du conduit auditif externe. — -1,1. Épiderme. — 2,2. Deime.— 5,5. Série des follicules pileux loge's dans Pepaisseur da derme. — 4,4. Se'iie des glandes sébacées annexées à ces follicules. — 5,5. Couche celluleuse sous - cutimée. — 6,6. Glun les cérumineuses disséminées daDS Pepaisseur de cette couche.— 7,7. Glandes céi umineu'^es dont le conduit excréleur a été coupé. — 8,8. Cellules adipeuses.

524 ANATOiMIE.

excréteur de la glande s'engage dans l'épaisseur du derme, passe entre les follicules pileux et les glandes sébacées, et vient s'ouvrir obliquement à la surface de la peau. L'embouchure de tous ces conduits excréteurs devient extrêmement manifeste lorsque l'épiderme a été enlevé : on voit très bien alors que les glandes cérumineuses n'appartiennent qu'à la moitié externe du conduit auditif, et qu'elles disparaissent subitement à l'union de la portion cartilagineuse avec la portion osseuse; une ligne ponctuée, formée par l'embouchure des conduits appartenant aux glandes les plus internes, établit la ligne de démarcation entre la partie glanduleuse et la partie non glanduleuse du conduit auditif. Parmi les orifices qui représentent l'embouchure des glandes cérumincjises, il en est de grands, de petits et de moyens; les plus grands répondent à la partie supérieure et postérieure du conduit, c'est-à-dire à la portion fibreuse, (Fig. 252.)

Le produit qui sécrètent les glandes cérumineuses a été comparé pour sa couleur et sa consistance à la cire brute, d'où le nom de cérumen qui lui a été imposé. Sa saveur est amère. Soumis à l'analyse par Berzelius, il a foui'nit une matière grasse, de l'albumine, et un principe colorant analogue à celui de la bile. Exposé pendant une durée indéfinie au contact de l'air, il dux'cit et se concrète à la manière des calculs.

Faisseaux et nerfs. Les artères du conduit auditif proviennent : 1° de l'auriculaire postérieure, qui fournit à sa paroi supérieure; 2° des artères parotidiennes, qui abandonnent plusieurs ramuscules à ses parties inférieure et latérales.

Les veines se réunissent à celles de la parotide pour aller se jeter dans la jugulaire externe.

Les vaisseaux lymphatiques se comportent comme ceux du pavillon. On ne les observe du reste que sur la moitié externe du conduit auditif ; la moitié interne, dont la peau est à la fois mince et dépourvue de glandes, n'en présente aucun vestige.

La peau du conduit auditif externe est extrêmement sensible : elle emprunte cette sensibilité, soit à la branche auriculaire du plexus cervical qui lui donne quelques filets, soit au nerf auriculo-tcDiporal , c'est-à-dire au maxillaire inférieur qui lui en fournit de plus considérables, soit enfin au rameau auriculaire du pneunio-gastri(iue, qui, après avoir traversé l'aqueduc de Fallope et l'apophyse mastoïde, vient se perdre dans la peau qui tapisse la partie supérieure de la portion osseuse du conduit,

Page 1