OREILLE MOYENNE
L'oreille moyenne est une excavation remplie d'air, creusée au centre de la base du rocher, entre le conduit auditif externe dont elle reçoit les ondes sonores , et le labyrinthe auquel elle les transmet. Par sa partie antérieure cette excavation se prolonge jusque dans l'arrière-cavité des fosses nasales ; par sa partie postérieure elle s'étend dans toute l'épaisseur de la portion mastoïdienne du temporal. (Fig. 2 52.)
Ainsi constituée, l'oreille moyenne se présente à nous sous l'aspect d'un diverticule étendu de la partie la plus élevée des voies respiratoires vers le sens de l'audition. Ce diverticule prend naissance immédiatement en arrière de la paroi externe des fosses nasales ; de là il se porte obliquement en dehors et en arrière, s'engage dans l'angle rentrant qui séiiare la por-
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tioii écailleuse de la portion pierreuse du temporal, passe entre l'oreille externe et l'oreille interne, contourne ensuite la partie supérieure de la base du rocher, puis se termine dans l'épaisseur de l'apopliyse mastoïde en se fragmentant en espaces cellulaires. Dans ce long trajet, on le voit, tour à tour se rétrécir et s'élargir : d'abord évasé, il se rétrécit considérablement en traversant l'angle rentrant du temporal : parvenu au centre de la base du rocher, c'est-à-dire entre le conduit auditif et le labyrinthe, il se dilate subitement et largement ; à son passage de la portion pétrée dans la portion mastoïdienne, nouveau rétrécissement suivi presque aussitôt d'une nouvelle et dernière dilatation.
La première partie de ce diverticule, celle (pii s'étend de l'arrière-cavité des fosses nasales à l'angle rentrant du temporal, a été découverte par Eustachi et décrite par tous les auteurs qui ont succédé à ce grand anatomiste sous le nom de trompe d'EustacliL (Fig. 252.)
La dilatation qui succède à ce conduit a été comparée par Fallope à une caisse militaire, d'où la dénomination de caisse du tympan, sous laquelle elle est encore connue.
Le second rétrécissement, très court, a été envisagé jusqu'à présent comme un simple orifice de communication.
Le second renflement, cloisonné dans tous les sens, n'est qu'une agglomération de cellules que leur situation a fait nommer cellules mastoïdiennes. (Fig. 260.)
Parnai ces différentes parties, la caisse du tympan est sans contredit la plus importante ; les autres peuvent en être considérées comme des dépendances. C'est pourquoi elle fixera d'abord notre attention. Nous décrirons ensuite les cellules mastoïdiennes et la trompe d'Eustachi.
J, CAISSE DU Ti>àPA>,".
La caisse du tympan représente, suivant la plupart des anatomistes, un cylindre dont les bases seraient très rapprochées et dont l'axe, par conséquent, offrirait moins d'étendue que le diamètre. Cette comparaison sera exacte si l'on ajoute que les deux bases de ce cylindre sont des surfaces courbes et que celles-ci se regardent par leur convexité. Ainsi conformée, la caisse du tympan peut être comparée avec plus de vérité à une lentille biconcave. — La distance qui sépare ses deux parbis varie de 1 à 2 millimètres pour sa partie centrale, et de 3 à 5 vers sa circonférence. — Son axe, toujours extrêmement court, puisqu'il ne peut s'étendre au delà de 2 millimètres, n'est ni horizontal ni vertical ; il s'incline de dedans en dehors, de haut en bas et d'arrière en avant; de cette inclinaison il résulte :
1° Que la circonférence de la caisse du tympan se rapproche plus du plan médian en bas et en avant, et plus, au contraire, du plan externe en haut et en arrière. (Fig. 2 52.)
2" Que cette caisse n'est pas située directement en dedans du conduit auditif externe, mais en dedans, en haut et en arrière ;
3° Qu'elle n'est pas située directement en dehors du labyrinthe, mais en dehors et en avant ;
4° Que les oreilles externe, moyenne et interne, ne sont pas échelonnées sur une ligne transversale, mais sur une ligne légèrement oblique de dehors
en dedans et d'avant en arrière, ligne qui, suffisamment prolongée, irait aboutir à l'origine des nerfs auditifs dont elle représente exactement la direction.
La caisse du tympan nous offre à considérer : deux parois et une circonférence ; une chaîne d'osselets qui s'étend de la paroi externe à la paroi interne, ainsi que les ligaments qui unissent ces osselets et les muscles qui les meuvent ; et enfin une membrane délicate appliquée sur les parties précédentes , membrane qui constitue , ainsi que nous l'avons vu , une dépendance de la muqueuse des voies respiratoires.
1° Pca'oî externe de la caisse du tympan.
Cette paroi est constituée en bas et en avant par une lame osseuse qui représente une sorte de croissant, et dans le reste de son étendue, par la membrane du tympan.
Le croissant osseux qui concourt à former la paroi externe de la caisse du tympan n'en compose que la cinquième ou la sixième partie. Sa plus grande largeur répond à la partie inférieure et antérieure de cette cavité. — Ses deux extrémités, dirigées en haut, se perdent graduellement sur le pourtour de l'extrémité profonde du conduit auditif externe. — Son bord supérieur est creusé d'une gouttière qui semble tracée avec la pointe d'une aiguille et qui contribue à former le cadre de la membrane du tympan. Il résulte de la présence de ce croissant que la partie inférieure ou le plancher de la cavité du tympan est situé au-dessous du plancher du conduit auditif externe, et que la différence de niveau des deux planchers est mesurée par la hauteur de cette lame osseuse.
La membrane da tympan est une lame mince, élastique et transparente, tendue à la manière d'une cloison, entre l'oreille externe et l'oreil e moyenne.
Cette membrane se dirige obliquement de haut en bas, de dehors en dedans et d'avant en arrière, de telle sorte que sa face externe regai'de en bas et en avant, et sa face interne en haut et en arrière. Il résulte de cette double obliquité : 1° que la membrane du tympan forme avec les parois inférieure et antérieure du conduit auditif un angle aigu, et avec les parois supérieure et postérieure un angle obtus; 2" que les deux premières parois sont les plus longues; 3° que cette membrane elle-même présente plus d'étendue et devient ainsi plus apte à transmettre les sons qu'elle reçoit. L'observation a démontré en effet que toutes choses égales d'ailleurs la perfection du sens de l'ouïe dans les oiseaux et les mammifères est en raison directe de l'étendue et de l'obliquité de la membrane du tympan.
Quelle est la forme de cette membrane? Selon la plupart des auteurs, elle est circulaire. Selon Vieussens, Valsalva et quelques autres anatomistes, elle serait ovalaire. Pour m'assurer de la vérité à cet égard, j'ai mesuré avec les branches d'un compas ses divers diamètres, soit sur des préparations fraîches, soit sur les pièces déposées au musée de la Faculté, soit aussi sur les moules en cire du conduit auditif que je possédais, moules sur lesquels la cii'conférence de la membrane était nettement dessinée. Le diamètre le plus long est celui qui s'étend de la partie supérieure à la
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partie inférieure de la membrane, il varie de 10 à 11 millimètres ; le diamètre antéro-postérieur est de lo millimètres. La différence des deux diamètres serait donc d'un demi-millimètre enviiron, c'est-à-dire, d'un vingtième seulement, différence si minime qu'elle n'est pas perceptdile à la vue. Par conséquent, la membrane du tympan peut être considérée comme circulaire.
La face externe de la membrane du tympan est concave chez l'homme et les mammifères, convexe au contraire dans les oiseaux. Quelquefois sa concavité est limitée à sa partie centrale ; mais en général elle s'étend FiG. 2G0.
Membrane du tympan. - Cellules masloïdiennes. — SiUiutlon du mniLeaii et de l'enclum.e relatii^ement a cette membrane et a ces cellules.
\. Membrane du tympan vue par sa paroi externe ou concave. — 2, Partie centrale de celte membrane donnant attache ;.u manche du marteau qu'on aperçoit par trauspai ence. — 3. Tête du maiteau. — 4. Apophyse externe de cetosselel soulevant lu partie cori espondanle de la membrane du tympan. — 5. Ligament supe'rieur du même osselet dont les fibres viennent se cout'omlre avec ta capsule fibreuse qui l'unit à reiiclume. — 6. Enclume dont le corps et la courte branche seulement sont visibles, la longue branche disparaissant derrière la membrane du tympan. — 7. Ligament qui unit la courte branche de l'enclume au pourtour de Uentre'e des cellules mastoïdiennes, — 8. Cellules mastoïdiennes.