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LYMPHATIQUES DES ORGANES DES SENS

Les organes de l'ouïe, de la vue, de l'odorat et du goût présentent des absorbants; mais ces vaisseaux jusqu'à présent n'ont été observés que sur leur partie la plus superficielle : ainsi pour le sens de l'audition leur existence a été constatée sur le pavillon de l'oreille, pour celui de la vision sur les paupières, pour celui de l'olfaction sur le nez et l'ouverture antérieure des narines, et enfin pour celui de la gustation sur la muqueuse linguale.

Les lymphatiques du pavillon de l'oreille sont remarquables par leur multiplicité; aucune partie du système tégumentaire externe n'est plus riche en radicules absorbantes; par leurs anastomoses celles-ci donnent

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iiaissiince à un large réseau qui recouvre toutes les saillies et les anfractuosites de l'oreille externe, à l'exception de son lobule. Par une seule piqûre on réussit assez frétiueinment à injecter la presque totalité de ce réseau ; ou voit alors une sorte de voile cendré naître instantanément sur le pavillon en s'irradiant vers sa circonférence. Les troncs qui partent de ces capillaires se dirigent d'avant en arrière , c'est-à-dire de la face externe sur la face interne de l'oreille, et se réunissent aux absorbants moyens ou pariétaux du cuir chevelu.

Les lymphatiques des pavjyiàres naissent de la peau délicate et demitransparente qui les recouvre. Ils ont été découverts par Mascagni ; leurs troncs se mêlent à ceux qui proviennent des téguments de la pommette pour se terminer comme eux dans les ganglions parotidiens ou dans les ganglions sous-maxillaires.

On a aussi admis des lymphatiques soit sur la conjonctive oculaire, soit à la surface et dans l'épaisseur de la cornée transparente , mais l'observation n'en démontre pas l'existence. (Voy. les Consid. gén., p. 595.)

Les lymphatiques du nez viennent des téguments qui lui correspondent ; c'est surtout du lobe du nez , de ses ailes et de la circonférence de l'ouverture des narines qu'on les voit partir en grand nombre; une piqûre faite sur la face externe de l'aile du nez est presque aussitôt suivie du développement d'une tache cendrée semblable à celle qu'on obtient par le même procédé sur le pavillon de l'oreille. Les vaisseaux issus de ces différents points font partie de ceux de la face.

Quant aux absorbants de la pituitaire, j'ai énoncé précédemment les motifs qui me portent à douter de leur existence. (Voy. p. 595.)

Les lymphatiques de la langue naissent de la superficie de la muqueuse linguale ; ils sont très multipliés, et cependant, malgré cette multiplicité, leur existence est demeurée complètement ignorée jusqu'à ce jour. Le mode d'origine qu'ils présentent est celui qu'on oliserve en général sur les surfaces libres : des capillaires extrêmement ténus, sans direction déterminée, anastomosés entre eux et constituant des réseaux à mailles très serrées, telle est la disposition qui leur est propre à leur point d'émergence. Ces réseaux occupent principalement la partie moyenne de la face dorsale de la langue et l'extrémité postérieure des bords de cet organe ; des uns et des autres partent des troncs qui vont se jeter dans les ganglions des parties latérales et moyennes du cou ; mais les réseaux médians ou dorsaux diffèrent des latéraux , et les troncs qui partent des premiers ne suivent pas la même direction que ceux ipii naissent des seconds.

Les réseaux étalés sur la face dorsale de la langue occupent sa partie moyenne; ils atteignent leur plus haut degré de développement au niveau des papilles caliciformes qui semblent établir leur lisnite en arrière ; en avant ils se prolongent jusqu'à l'union du tiers antérieur de l'organe avec son tiers moyen ; chez le fœtus , dans les injections heureuses , on les voit quelquefois s'avancer jusqu'à la pointe de la langue ; alors toute la partie supérieure de la muqueuse linguale est recouverte d'une lamelle argentée dont l'éclat, toujours plus vif au voisinage des papilles caliciformes, pâlit et s'efface graduellement de la partie postérieure à la partie antérieure de

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la membrane gusialive. Autour des grosses papilles les capillaires qui coiii* posent ces réseaux se dévient, pour les contourner, en suivant un trajet demi-circulaire, et reprennent ensuite leur direction vers l'épiglotte après s'être anastomosés à leur base ; il suit de cette disposition que les papilles caliciformes paraissent circonscrites par un et quelquefois par deux vaisseaux circulaires. Autour des papilles coniques et des papilles fongiformes, les radicules du système lymphatique se comportent de la même manière; elles marchent dans les sillons interpapillaires en se dirigeant obliquement en avant et en dehors, avec la régularité que nous présentent les nervures d*une feuille, et communiciuent dans leur trajet au niveau de chaque saillie nerveuse. Toute papille est par conséquent entourée à sa base d'un anneau complet ; de cet anneau partent des canalicules plus ténus qui remontent sur chacune d'elles et les recouvrent de manière à leur constituer une véritable gaine superposée à celle des capillaires sanguins. Eu piciuant directement avec une pointe très acérée les papilles à calice , et les papilles pédiculées ou fongiformes, j'ai réussi plusieurs fois à remplir do mercure cette petite gaîne absorbante.

Les troncs lymphatiques qui proviennent du plexus dorsal se dirigent, les uns en arrière et les autres en avant. — Les postérieurs sont ordinairement au nombre de quatre : deux prennent naissance au voisinage du trou borgne, descendent pai-allèlement l'un à l'autre en suivant le plan médian, divergent au-devant de l'épiglotte, et perforent la membrane thyro-hyoïdienne pour se jeter dans un ganglion situé au-devant de la veine jugulaire interne, sur les côtés du cartilage cricoïde, ou des premiers cerceaux de la trachée-artère ; les deux autres sont très rapprochés des amygdales et des bords de la langue ; après avoir traversé le constricteur supérieur du pharynx et le stylo-pharyngien, ils viennent se ramifier dans un ganglion placé ordinairement immédiatement au-dessus du pi'écédent. — Les antérieurs ne rampent pas sous la muqueuse ; ils se détachent à angle droit de cette membrane, plongent aussitôt dans le tissu musculaire, et apparaissent ensuite sur la face inférieure de la langue, où ils ont été aperçus par Mascagni qui les a décrits comme tirant leur origine des muscles de cet organe. Parmi ces vaisseaux, ceux dont l'origine est très rapprochée de la pointe de l'organe s'adossent l'un à l'autre après l'avoir traversée de haut en bas, deviennent sous-mutiueux , suivent l'interstice des deux génioglosses, se dévient au niveau des apophyses génis pour se porter sur la face externe de ces muscles au-dessous de la glande sublinguale, puis traversent le mylo-hyoïdicn afin de se rendre à un ganglion qui tantôt est accolé à la glande sous-maxillaire, et tantôt répond à la grande corne de l'os hyoïde. Tous les autres troncs émanés de la partie antérieure du réseau .ilorsal suivent l'inlerslice des muscles génio-glosse et lingual inférieur qu'il est nécessaire d'écarter pour les apercevoir, et traversent l'hyoglosse un peu au-dessus de son insertion à l'os hyoïde, afin de se jeter dans un ganglion placé sur les côtés du cartilage thyroïde.

Les réseaux qui recouvrent les parties latérales ou les bords de la langue ne sont bien manifestes qu'en arrière, où on les injecte avec la plus grande facilité : leurs principaux ramuscules sont parallèles aux sillons curvilignes qu'on observe sur ses bords ; par leur partie supérieure ils se continuent à l'aide de capillaires d'une extrême ténuité avec le réseau de la face dorsale ; par leur partie inférieure ils émettent dix à douze rameaux (pii descen-

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dent (tans le sillon des muscles stylo-glosse et lingual inférieur où ils se réunissent pour former de chaque côté deux ou trois troncs ; ceux-ci, après avoir traversé le constricteur supérieur du pharynx, se terminent dans l'un des ganglions de la partie moyenne et latérale du cou.

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