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DES APONÉVROSES

Les muscles sont fixés dans la place qu'ils occupent par l'adhérence intime de leurs tendons au périoste et aux saillies osseuses. Lorsque cette adhérence revêt une large surface, elle suffit pour prévenir tout déplacement, surtout si le muscle affecte de courtes dimensions. 3Iais la plupart de ces organes se présentent sous des conditions opposées, et se distinguent d'une part par leur longueur , de l'autre par le peu d'étendue de leur surface d'implantation; ils sont libres par conséquent dans la plus grande partie du trajet qu'ils parcourent ; dès lors ils étaient exposés à perdre leurs rapports mutuels, à se luxer comme les surfaces articulaires, au milieu des efforts dont ils sont le siège, et surtout à imprimer aux ramifications vascu-

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laires et nerveuses qui leur sont destinées de funestes tiraillements. Des liens capables de les retenir dans leur position respective sans nuire à leurs fonctions, n'étaient donc pas moins nécessaires aux organes actifs qu'aux organes passifs de la locomotion ; telles sont les fonctions des aponévroses , véritables toiles fibreuses qui s'enroulent comme un vêtement sur les couches musculaires les plus superficielles et leur forment une gaîne commune.

Ces gaines, très développées et très résistantes autour des muscles longs, deviennent moins fortes à la surface des muscles larges, où elles dégénèrent souvent en un tissu cellulaire plus ou moins condensé , et disparaissent presque entièrement autour des muscles courts ; une grande étendue superficielle, ainsi que la brièveté, rendaient en effet toute déviation impossible : aussi les aponévroses ont-elles leur siège de prédilection sur les membres, où elles offrent un développement proportionnel au nombre et à la puissance des muscles qu'elles recouvrent. — Les aponévroses palmaires et plantaires présentent une résistance qui contraste , il est vrai, avec la faiblesse des muscles de la main et du pied ; mais ces deux plans aponévrotiques ont pour usage beaucoup moins de contenir les muscles sous-jacents , que de brider les tendons multiples qui se portent aux doigts et aux orteils en leur constituant des poulies de réflexion ; ils appartiennent à l'ordre des gaines tendineuses.

Les aponévroses qui entourent les muscles des membres revêtent la forme de cylindres creux, et présentent par conséquent : deux surfaces, l'une externe et l'autre interne; et deux extrémités, l'une supérieure, qu'on désigne quelquefois sous le nom d'origine, l'autre inférieure, qui constitue alors sa terminaison.

Surface externe. Elle est unie, d'un blanc nacré, et recouverte par les téguments, le tissu cellulo-graisseux, les nerfs, les veines et les lymphatiques superficiels. Ces branches nerveuses et vasculaires ne reposent pas immédiatement sur le plan aponévrotique ; elles sont contenues dans l'épaisseur du tissu adipeux, qui est lui-même renfermé dans les aréoles du tissu cellulaire. La disposition de ce dernier tissu est la suivante ; de la face interne de la peau se détachent des prolongements qui se portent obUquemcnt vers l'aponévrose et qui s'entre-croisent pour former des loges de capacité inégale; toutes ces loges, en se juxtaposant d'une part au-dessous de la couche tégumentaire , de l'autre au-dessus de la membrane aponévrotique produisent deux plans celluleux ou cellulo-fibreux qui ont été décrits depuis quelques années sous le nom collectif de fa scia siiferficialis ; des deux lames , l'une superficielle et l'autre profonde, qui composent ce fascia, la première n'est rien autre chose qu'une dépendance de la peau dont elle a été à tort détachée , la seconde est plus réelle ; mais il faut reconnaître aussi que sa structure est purement celluleuse, qu'elle n'existe point par elle-même, et qu'on a beaucoup exagéré l'importance qu'il convenait de lui attribuer. Dans ce grand nombre de fascia qui ont été minutieusement déci'its depuis une quinzaine d'années , il en est peu qui resteront dans la science comme une acquisition positive.

Surface interne. EUe correspond aux couches musculaires les plus superficielles, dont eUe est séparée par un tissu cellulaire lamelleux, et diffère

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de la prt?cétlente par les prolongements qu'elle envoie de la circonférence au centre des membres. Ces prolongements, qui affectent la forme de cloisons longitudinales, n'offrent pas une égale résistance : les plus considérables séparent les uns des autres les principaux groupes de muscles , les flécliisseurs des extenseurs , les adducteurs des abducteurs ; les plus faibles ou les cloisons secondaires pénètrent entre les divers muscles d'un même groupe, en sorte que les aponévroses se comportent relativement aux muscles des membres , comme l'enveloppe celluleuse des muscles relativement aux faisceaux et aux fibres qui les composent ; ici encore nous retrouvons une gaine générale , qui renferme une série de gaines décroissantes ; et cette décroissance s'applique non seulement aux dimensions , mais aussi à la solidité : ainsi les prolongements qui isolent les groupes musculaires sont complets et très solides , bien qu'ils soient moins résistants que le plan générateur; ceux qui occupent les interstices des divers muscles forment des enveloppes incomplètes, beaucoup plus faibles, et dégénèrent sur un grand nombre de points en une simple lame celluleuse.

Les prolongements qui se détaclient de la face interne des aponévroses s'insèrent au périoste des os longs par un entre-croisement réciproque de fibres ; de ces adhérences il suit que les cloisons intermusculaircs ont pour usage non seulement d'engainer les muscles profonds et de les maintenir dans la place qu'ils habitent, mais aussi de consolider l'enveloppe commune ; ce dernier usage paraît môme le plus important, car l'enveloppe conmiune étant douée de la force nécessaire pour contenir dans leur contraction les muscles superficiels, ceux-ci efficacement maintenus deviendront à leur tour pour les couches profondes un moyen de contention.

Origine et terminaison. L'extrémité supérieure ou l'origine des aponévroses, et leur extrémité inférieure ou leur terminaison, s'insèrent aux saillies osseuses qui occupent le voisinage des articulations ; au niveau de ces insertions , les plans aponévrotiques s'unissent et se confondent soit entre eux, soit avec les ligaments, soit avec les tendons , soit enfin avec le périoste , vaste centre d'irradiation de toutes les dépendances du système fibreux.

Chaque aponévrose possède un muscle tenseur.

Structure. Les aponévroses de contention ou engainantes se composent , en général , de deux ordres de fibres , les unes parallèles et les autres perpendiculaires à l'axe des membres ; quelquefois les fibres longitudinales prédominent sur les transversales , mais c'est, en général , la disposition inverse qu'on observe ; il est rare (pie l'un de ces plans disparaisse entièrement, et cette absence, lorsqu'elle se manifeste, demeure toujours partielle; on voit plus souvent à ces deux ordres de fibres s'en ajouter un troisième qui les croise obliquement.

Sur quelques points les fibres aponévrotiques s'écartent et circonscriven des orifices qui livrent passage aux branches vasculaires et nerveuses.

Comme les autres éléments du système fibreux , les aponévroses paraissent constituées par un tissu cellulaire condensé ; elles contiennent peu de vaisseaux ; l'existence des nerfs dans leur épaisseur est vraisemblable, mais elle n'a pas encore été clairement démontrée.

2° DES GAiNES TENDINEUSES.

Les gaines tendineuses ont pour usage, soit de fixer les tendons réfléchis dans les coulisses qu'ils occupent , soit de constituer pour ces tendons des poulies de réflexion.

Elles sont particulières ou générales.

Les gaines particulières affectent la forme de demi-cylindres, dont la concavité est opposée aux demi-cylindres osseux sur lesquels glissent les extrémités fibreuses des muscles ; elles complètent par conséquent la cavité de réception des tendons, en sorte que dans toutes les régions où ces organes subissent des réflexions soit permanentes, soit intermittentes, ils nous représentent des cylindres pleins , glissant librement dans des cylindres creux moitié osseux et moitié fibreux. Les fibres qui constituent ces gaines sont demi-circulaires , fortement pressées les unes contre les autres, et insérées de cbaque côté des tendons aux lèvres qui bordent les gouttières osseuses.

Les gaines générales ou communes à plusieurs tendons sont situées autour des articulations de l'avant-bras avec la main, et de la jambe avec le pied, oîi elles forment des ceintures connues sous le nom de ligaments annulaires; elles diffèrent, suivant qu'elles répondent aux tendons dss muscles extenseurs ou aux tendons des muscles fléchisseurs : — celles des tendons extenseurs se composent de plusieurs ordres de fibres superposées et parallèles , les unes superficielles qui forment une gaine générale , les autres profondes qui forment à chaque corde tendineuse une gaine particulière ; — celles des tendons fléchisseurs ne se décomposent pas en gaines secondaires ; elles s'unissent solidement aux os du carpe et du tarse par leurs extrémités, et produisent par cette union des anneaux ostéo- fibreux dont les parois osseuse et fibreuse servent tour à tour de poulie de renvoi suivant l'attitude que présente la main ou le pied ; elles se distinguent des précédentes par la grande étendue qu'elles présentent. — L'aponévrose palmaire n'est que le prolongement du ligament annulaire antérieur du carpe ; l'aponévrose plantaire représente le ligament annulaire inférieur du tarse. — Les ligaments annulaires se continuent par leurs fibres superficielles avec les aponévroses des membres dont ils paraissent de véritables dépendances, et par leurs fibres profondes avec les liens articulaires qu'ils fortifient.

3° DES SYNOVIALES TENDINEUSES.

Le glissement des tendons dans les cavités cylindriques qu'ils traversent est facilité par des membranes synoviales, analogues à celles qui favorisent le mouvement des surfaces articulaires ; la plus compliquée de toutes ces membranes est celle qui entoure les tendons fléchisseurs des doigts.

Loi'sque les muscles se réfléchissent, les surfaces osseuses sur lesquelles ils se dévient sont tapissées aussi par des synoviales qui ont été improprement désignées sous le nom de bourses muqueuses ; ces membranes, que nous appellerons bourses séreuses ou synoviales , ne diffèrent nullement des précédentes , M. Chassaignac a , en effet, très bien démontré que dans tous les muscles réfléchis, l'insertion des fibres contractiles se fait sur la face dû

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tendon opposée à celle qni subit le frottement; par conséquent, les synoviales qu'on trouve sous quelques muscles ne peuvent pas être consi-.lérées comme étant sous-musculaires; toutes correspondent à des tendons, et offrent la même disposition générale.

niÉPArxATION DES MUSCLES ET DES APONÉVROSES.

Les sujets les plus favorables pour Fe'tude du système musculaire sont les adultes d'une constitution sèclie et maigie.

Les muscles doivent être préparcs jiar groupe : ainsi on pre'parera avant de les e'tudier tous les muscles fléchisseurs de la cuisse, tous les extenseurs, tous les adducteurs, etc.; en procédant ainsi , il suffit le plus souvent, pour observer les rapports de chacun de ces organes, de les écarter les uns des autres.

La préparation d'un muscle consiste à le dépouiller de son enveloppe celluleuse et à Tisoler de toutes les parties ambiantes, eu conservant ses rapports les plus importants. Pour obtenir ce résultat, il convient :

lo D"inciser les téguments parallèlement aux fibres musculaires , en comprenant dans cette incision toutes les parties qui les recouvrent.

2o De soulever avec les mors d'une pince l'une des lèvres de l'incision, en portant dans l'angle qu'elle forme avec la surface du muscle le tranchant de l'instrument.

5o De faire agir ce tranchant non par sa pointe, mais par la plus grande paitie de son étendue, en le maintenant dans une direction parallèle à l'incision et^aux filtres musculaires.

4o D'abandonner la pince aussitôt qu'une petite partie des téguments a été isolée, et de saisir ces téguments avec les doigts de la main gauclie qui les tendront sur une plus grande longueur et d'une manière plus régulière et plus complète.

5o Après avoir découvert la face superficielle du muscle, de le soulever et de le séparer des parties profondes, en respectant ses principaux rapports.

60 D'isoler avec beaucoup de soiu ses extrémités tendineuses, afin d'observer le point précis de ses attaches.

Lorsqu'il est nécessaire de diviser les muscles superficiels pour étudier les muscles profonds, il y a toujours avantage à faire porter la section sur la partie moyenne du muscle, dont les deux moitiés, après avoir élé divisées, pourront être réappliquées; cette réapplicalion permettra d'étudier les rapports de la face profonde avec les parties correspondantes, et ceux des tendons avec les extrémités articulaires»

Pour la préparation des aponévroses , il faut procéder de la même manière : inciser la peau cl la couche graisseuse sous-cutanée jusqu'au plan aponévrotique exclusivement, et parallèlement à l'axe des membres ; saisir les téguments avec les dnigts ; éliufier la surface externe de l'aponévrose dès qu'elle est mise à nu, et l'inciser ensuite longitudinalement sur les principaux muscles pour suivre les prolongements qu'elle fournit et les gaines qu'elle forme.

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