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i'anévrysme du cœur, qu'on appelle actif 'dans le premier cas, et passif dans le second. L'anévrysrae actif est plus commun au côté gauche , et l'arjévrysme passif au côté droit. La plupart du temps ces d«ux états existent à la fois, le côté gauche étant dilaté activement, et le côté droit l'étant passivement à un degré plus ou moins notable (1). Quelquefois il n'y a que le côté gauche dont les parois aient acquis plus d'épaisseur, et celles du côté droit sont, au coutraire, amincies , avec ou sans dilatation simultanée (2). Cependant il arrive souvent aussi à l'une et à l'autre moitié d'être malade seule, chacune à sa manière accoutumée (3). L'affection n'envahit pas nécessairement une moitié tout entière. En général on n'observe Panévrysme passif que dans l'oreillette droite, et l'ané-
veut dans les oreillettes, mais l'anévrysmale est la plus commune. L'épaississement est assez égal dans toute l'étendue des parois , suitout dans l'oreillette gauche. Les faisceaux musculaires de l'oreillette droite sont quelquefois le siège de l'accroissement de volume. Enfin , dans certains cas, les parois de cette oreillette sont tellement hypertrophiées, dans toutes leurs parties , qu'elles imitent celles du ventricule correspondant. Du, reste, quelle que soit la forme de l'hypertrophie, Bertin lui -reconnaît pour cause immédiate et prochaine une irritation appliquée sur le cœur , qui active les phénomènes de nutrition dans cet organe ( Des maladies du cœur, p. 282). Quant à la dilatation du cœur, ou à Vanévrysme proprement dit, il en admet trois sortes aussi : i° dilatation avec épaississement des parois, ou hypertrophie anèvrysmale ; 20 dilatation avec amincissement des parois, anévrysme passif deCorvïsarl ; ce cas est plus rare que le précédent; 3° dilatation des cavités avec conservation de l'épaisseur naturelle , ou dilatation simple , à laquelle on n'avait pas eu égard jusqu'à ce jour. A ces trois classes il en ajoute une quatrième douteuse, la dilatation mixte, dans, laquelle les parois de la cavité dilatée sont épaissies dans certains points de leur étendue , amincies dans d'autres , et d'épaisseur naturelle dans le reste (Ibid. p. 368). — Consultez aussi, sur l'hypertrophie du cœur : Lalicmand, Observations pour servir à l'histoire des hypersarcoscs du cœur; dans Archiv. gon. de mcd., t. V, p. 520. (Note des traducteurs. )
(1) Morgagni, Ep. anal., an. m. 4° «• 2D, — Testa, Mat. del cuorc, III , c. xv.
(2) Morgagni, Ep. anal., m. ôo a. 20.
(3) On trouve des exemples d'anévrysme aolif du ventricule gauche dans Lancisi, De rcp. mort., p. i3j. — Lafaye ; dans Mcm. de Paris , hist., p. 29. — Gorvisart, Journ. demôd., t. XI, p. 257.-- On en trouve d'anévrysme passif du ventric ule droit seulement dans Flcury , Bull. del'Éc. de Mcd., 1807, p. 124- — Morgagni, Epil. anal., m. 18 a. G.
2f)8 anatomie spéciale.
vrysme actif que dans le ventricule gauche (1) , soit que ces deux états existent seuls, soit qu'ils se trouvent réunis dans le même cœur (2). Il arrive néanmoins aussi, dans certains cas rares, que le côté droit est entièrement ou partiellement, soit simplement plus épais qu'à l'ordinaire, soit en même temps dilaté ; et alors, tantôt le côté gauche participe à l'affection , tantôt il en est exempt; quelquefois aussi il est frappé d'un anévrysme passif, ou du moins ses parois ont perdu de leur épaisseur (3). Peut-être est-il plus rare encore de trouver Panévrysme passif horné au seul ventricule gauche, tandis que toutes les autres parties du cœur sont dans l'état normal (4).
Il est bien plus ordinaire de voir ces affections bornées à une partie seulement du cœur, qu'étendues à sa totalité. Cependant, abstraction faite de la complication de l'anévrysme actif du côté gauche avec l'anévrysme passif du côté droit, qui s'observe fréquemment, on rencontre quelquefois des cœurs qui sont affectés également dans toutes leurs parties (5).
Le plus souvent la cavité malade du cœur est uniformément dilatée dans toute son étendue. Il est fort rare de n'y rencontrer qu'une dilatation partielle en forme de cul-desac (6).
Il arrive aussi , dans des circonstances très rares , que la substance du cœur présente plus d'épaisseur dans certains points, en raison d'excroissances arrondies qui font saillie à sa face interne. Je ne connais qu'un seul exemple de cette dis-
(1) Corvisart, p. 107 et p. 65. — Testa, lac. cit., III, cap. xvi, xvii.
(2) Morgagni , Ep. anat., m. 18 a. 8.
(3) Morgagni, Ep. anat., m. 18 a. 21 , ep. a. m. — Taccioni, Corvisart , Mat. org. du cœur , p. 76, 82, 83.
(4) On en trouve un cas dans Corvisart, p. 99.
(5) Divers cas qui démontrent l'exactitude de cette proposition à l'égard tant du simple épaississement des parois que de l'anévrysme passif, sont consignés dans Velter, toc. cit., p. 99. — Burns. — Morgagni , Ep. anat., m. 18 a. 1, 28, 3o, ep. 53 a. 9. — Corvisart, p. 61, 87. — Testa , loc. cit., t. III , cap. xvi , a. 7, 8, p. 3G 1-571.
(6) Baillie , Morbid anat. , p. 17. — Walther , Nouv. mèm. de Berlin, 1785, p. 64-
UV COEl'lt DANS t'ÉTAT ANORMAL.
position, et la pièce qui me la fournit l'ait partie de mon cabinet. Ce qui la rend surtout remarquable , c'est qu'elle jette beaucoup de lumière sur la formation des polypes du cœur, qu'il est, en général , difficile de concevoir autrement qu'en admettant qu'une ou plusieurs de ces excroissances se sont détachées de l'endroit où elles avaient pris naissance (1).
i5:i2. Les anomalies dans la configuration du cœur intéressent, soit sa disposition extérieure, soit sa disposition intérieure, soit enfin toutes les deux à la fois. Elle sont bien plus souvent congéniales qu'acquises.
t323. Les anomalies congéniales dans la conformation extérieure sont :
i° Laforme plus arrondie du cœur, qu'on rencontre quelquefois seule, mais qu'accompagnent ordinairement plusieurs autres anomalies qui ont été déjà indiquées, ou qui me restent encore à décrire, telles que prolapsus, situation perpendiculaire, etc. ;
2° La scission profonde du sommet du cœur, à laquelle s'applique aussi ce que j'ai dit de l'anomalie précédente.
Les anomalies accidentelles dans la conformation extérieure sont principalement les solutions de continuité , qu'on
(1) Laennec rapporte plusieurs cas de cette disposition anormale {De l' auscultation médiate, t. II, p. 344 )> qu'il désigne sous le nom de végétations globuleuses du cœur, et qu'il rapproche des végétations valvulaires. L'opinion que Meckel émet pour l'expliquer est insoutenable. Berlin {loc. cit., p. 444) i non seulement reconnaît, avec Corvisart, Testa, Burns, Kreysig et Laennec, qu'il peut se former des polypes , ou plutôt des concrétions fibrineuscs , pendant la vie , dans le cœur, comme dans toutes les autres portions du système sanguin, mais encore adopte la théorie de Kreysig , et les regarde comme le résultat d'une exsudation qui s'établit à la suite d'une phlegmasie de la membrane interne du cœur. Le plus souvent, ces concrétions sont libres de toute adhérence, du moins organique; mais quelquefois aussi on les a trouvées parfaitement organisées, parcourues par une infinité de vaisseaux injectés en rouge vif ou noir. Ce fait important , dont Bouillaud a rapporté deux exemples-remarquables ( Obs. et cons. nouv. sur l'oblitèr. des veines; dans Arch. gén. do mèd., t. V, p- g5 et 101), répand le plus grand jour sur la théorie de la formation des polypes du cœur, en ne permettant plus de douter que leur organisation n« se fasse de la même manière que celle des fausses membranes , et ne dépende des mêmes cause». ( Note des traducteurs. )
ne doit pas confondre avec celles qui sont congéniales, car ces dernières intéressent la conformation intérieure, et leur essence consiste eu des anomalies dans la connexion des deux moitiés du cœur.
Les solutions de continuité du cœur sont, ou des fissures , ou des plaies.
Les fissures (1) s'opèrent le plus ordinairement à la suite de changemens pathologiques survenus dans la substance du cœur lui-même, ou dans les troncs artériels. Il est moins commun qu'elles dépendent de lésions extérieures, qui, sans porter immédiatement sur la substance même du cœur, ont exercé leur action , soit sur les parois de la cavité pectorale, soit sur les organes qu'elle renferme.
i° Les changemens dans la suhstance du cœur lui-même, d'où proviennent les fissures, sont principalement produits par 1' 'inflammation , Vulce'ralion et la gangrène (2), qui ramollissent cette substance (5) et la détruisent peu à peu, sur un ou
(1) Blaud , Mémoire sur le déchirement sentie du cœur; dans Bibliothèque médicale, t. LXV1II, p. 364-— Rostan , Mémoires sur les ruptures du cœur; d;ms Nouveau journal de médecine, t. VII, p. 265. — A.-J.-L. Bayle, Observation de rupture du cœur; dans Revue médicale , t. III , p. 96. — Carrier, Observation sur une double rupture des parois du ventricule gauche du cœur; dans Journ. univ. des se. médicales, t. XXXV, p, 358,
(2) Quoique , rigoureusement parlant, la gangrène du cœur ne soit pas impossible, elle est si rare au moins, que les observateurs sur l'exactitude desquels on peut compter le plus, n'ont pas eu l'occasion de la rencontrer. Aussi Corvisart ne balance-t-il pas à dire qu'il n'en existe aucun exemple bien constaté. La plupart des laits qu'on rapporte étant exposés d'une manière inlidèlè, ne doivent être accueillis qu'après un examen sévère , et admis qu'avec défiance. Telle est l'opinion fort sage de Berlin ( Des malad. du cœur, p. 4oS), qui pense que ces laits se rangeraient plus naturellement peut-être dans la catégorie des ramollissemens aigus du cœur que parmi les affections vraiment gangréneuses. ( Note des traducteurs.)
(3) Laennec a le premier fixé l'attention des pathologistes sur les ramollissemens du cœur, dont il admet deux espèces, l'une avec coloration plus foncée de la substance de l'crgane, l'autre avec décoloration, ou plutôt avec coloration blanchâtre ou jaunâtre de cette même substance (De l'auscultation , t. II, p. 18C). Il assure avoir rencontré le ramollissement dans tous les cas de fièvres dites essentielles , lorsqu'il y a fait attention. Cependant, il ne le donne pas pour un caractère de pblegmasie. Berlin le considère comme un résultat de l'inflammation du cœur, aiguë
DU COEUR DANS 1,'ÉTAT ANORMAL. 3o 1
plusieurs points , de manière qu'il finit par s'y luire une solution de continuité pendant la diastole ou la systole. On conçoit que les fissures de cette espèce sont également fréquentes sur tous les points de la surface du cœur.
a" Au contraire, celles qui dépendent de changemens morbides survenus dans les troncs artériels, s'établissent sur certains points de préférence à tous les autres, et sont probablement aussi plus communes cbez un sexe que chez l'autre. La partie du cœur qui se déchire ainsi le plus fréquemment est le ventricule gauche, et cet accident est plus commun chez l'homme que chez la femme, parce que les ossifications des valvules, et le rétrécissement de l'orifice artériel qui en est la conséquence, s'observent bien plus souvent à gauche qu'à droite, et dans le sexe masculin que dans le sexe féminin. Il est beaucoup moins ordinaire, en pareil cas , de voir la substance du cœur amincie, que de la trouver épaissie et endurcie.
La différence normale qui existe entre la moitié droite et la moitié gauche du cœur, rend aussi raison de la pfus grande fréquence des fissures à gauche , puisque le côté droit est moins tendu et plus extensible queTautre.
La disposition normale du cœur explique également pourquoi les fissures surviennent dans un point des ventricules de préférence à tous les autres.
Ce point est communément l'endroit où le tronc artériel s'unit au ventricule (i) , parce que là il n'y a point continuité entre les fibres du cœur et celles des artères.
quand la couleur devient d'un rouge foncé, ou même brunâtre, chronique lorsque le tissu musculaire de l'organe se décolore, devient pâle ou jaunâtre. ( Des maladies du cœur, p. 396. ) ( Noie des traducteurs.)
(1) Cette assertion n'est pas exacte. Les ruptures du cœur ont lieu toujours , ou du moins le plus ordinairement , vers la pointe et à la partie antérieure, c'est-à-dire dans l'endroit le plus mince. A cet égard, Rostan l'ait observer que la disproportion du diamètre est telle, que souvent, lorsque la partie supérieure du ventricule a quinze à dix-huit lignes do diamètre, ce qui, aasure-t-il, est le dernier terme de développement qu'elle puisse acquérir, la pointe n'a que deux lignes d'épaisseur. Bayle a constaté que, sur dix-neuf exemples des ruptures du cœur, quatorze occupaient le ventricule gauche, principalement sa face antérieure, près de la pointe, trois 1<: ventricule droit, un la pointe, et un autre la cloison intcr-ventriculairc. Su r la plupart des cadavres le cœur présentait une mollesse remarquable ,
Après cet endroit, celui où les fissures ont le plus de tendance à s'opérer est le sommet du cœur, la substance de l'organe y étant plus mince que partout ailleurs.
Les contusions de la poitrine, ou les corps étrangers qui y pénètrent avec violence , comme les balles de fusil , occasionent également la déchirure du cœur, dans des cas même où les parties qui environnent ce viscère n'ont éprouvé aucune lésion.
Indépendamment de ces fissures , qui sont visibles à l'exté rieur, et qui traversent toute la substance du cœur, il y en a d'autres, beaucoup plus rares, dont le résultat est de détacher soit les tendons des valvules veineuses, soit les colonnes charnues des points auxquels elles s'insèrent. Celles-la sont presque toujours la suite d'efforts violens ou de commotions considérables (i).
Les plaies du cœur sont ou non compliquées de la présence du corps vulnérant. Dans l'un et l'autre cas, elles traversent toute la substancede l'organe, ou n'en intéressentquelasurface. Les plaies compliquées de la présence du corps étranger s'observent principalement à la suite des coups de feu, lorsque la balle n'ayant pas assez de force pour traverser le cœur, reste engagée dans son intérieur, ou s'y insinue très probablement peu à peu , la solution de continuité se cicatrisant derrière elle à mesure qu'elle chemine. Dans ces deux cas, on a vu, quoique rarement, l'individu survivre à une blessure aussi grave (2).
Les plaies pénétrantes faites par des instrumens tranchans ou piquans sont toujours absolument mortelles , et font même presque toujours périr très promptement le blessé (5). Pour
et dans quelques cason a remarqué une couleur brunâtre autour t'e la perforation. Ces deux circonstances viennent à l'appui de l'opinion de Berlin, qui ( Des maladies du cœur , p. 3g5 ) pense que l'inflammation érosive antécédente joue un rôle important dans ces perforations, comme dans celles de l'estomac et des intestins. (Note des traducteurs. )
(1) Gorvisart, loc. cit., p. 256. De la rupture partielle du cœur.
(2) On trouve un exemple du premier cas dans le Dict. des se. mcd. , vol. IV, p. 217, et un du second dans Penada , Saggi se. di Padova , vol. III, p. 2, pag. 5g.
(3) Les plaies du cœur sont le plus souvent mortelles au bout de quelques instans , ou tout au plus de quelques heures. Cependant on a vu des
DU COEUR DANS L'ÉTAT ANORMAL. 5o5
concevoir le cas contraire, il faut admettre que la plaie n'est devenue pénétrante que peu a peu (i),
1 324. Les anomalies dans la conformation des parties intérieures du cœur sont congéniales, pour la plupart.
blessés survivre un ou cinq, sept, treize, dix-sept et vingt jours , à des plaies pénétrantes. Voyez la partie chirurgicale de l'article cœur, par Bégin , dans le Dictionnaire abrégé des sciences médicales , t. IV, p. 4y3.
{Note des traducteurs.) (1) Quoiqu'il ne soit pas entré dans le plan de l'auteur de parler des altérations de texture du cœur , nous, croyons devoir dire un mot de. son endurcissement, dont la théorie paraît se rattacher d'une manière très intime à celle de son hypertrophie, de ses polypes et de son ramollissement, c'est-à-dire à son irritation plus ou moins voisine du degré qu'on est dans l'usage de considérer comme phlcgmasie. L'endurcissement général du cœur n'a point encore été observé; mais il peut être plus ou moins étendu , et envahir quelquefois une moitié du cœur tout entière. Il se borne souvent à la face interne ou externe, où il se présente sous la forme d'incrustations. Les piliers charnus et la cloison peuvent en être le siège exclusif. Il présente plusieurs degrés. L'hypertrophie simple est le premier, et l'ossification la dernière. Entre ces deux extrêmes se trouvent diverses nuances : tantôt ia substance du cœur, d'un rouge rose, presque saine en apparence , se rapproche de la dureté d'un fibro-cartilage, résiste ou crie sous l'instrument ; tantôt elle offre une densité et une solidité vraiment cartilagineuses; d'autres fois elle est encore plus dure, et résonne comme un cornet , suivant l'expression de Corvisart ; quelquefois elle est comme terreuse et sablonneuse (Bertin , Des mal. du cœur, p. 401 ). Les ossifications du cœur ne sont pas rares chez l'homme. Meckel en a rassemblé divers exemples dans sa Disscrlatio de cordis condilionibus abnormibus , Halle, 1802, etdanssoniUarcue/ d'analomie pathologique. Ce qu'il y a deremarquable, c'est que chez plusieurs animaux , surtout chez les ruminans , il existe fort souvent un os dans le cœur. C'est ce qu'on sait depuis longtemps pour le bœuf et pour le cerf. Voyez à ce sujet: Keuchen , Diss. de ossiculis c cordibus animalium, Groningue, 1772. — Jaeger , Ueber des Vorhommen eines Knochcn im llerze des flirsches; dans Dcutsches Archiv fiir die Physiologie, t. V, p. 110. — F. -S. Leuckart, Bemerhungen iiber den Herzhnochcn des Hirschcs ; même recueil, t. VI, p. 1 56. — Nous croyons utile de rapporter que Masuyer a trouvé i,j d'acide phosphorique, 2 d'acide in ique, 3 de matière animale , 5,3 de chaux , dans douze grains de matière éburnée , provenant de l'ossification des valvules du cœur, de sa fuce externe , à la base du ventricule droit , et de l'aorte ainsi que des grosses branches qui en partent (Journal de la société des sciences, agriculture et arts de Strasbourg, i8?4> r>° 3). La présence de l'acide inique dans cette circonstance, est remarquable comme analogie avec ce qu'on observe dans les concrétions arthritiques. ( Note des traducteurs. )
5o4 ANAT0MIE SPECIALE.
On peut les partager en deux classes : i° celles qui ne causent de dérangement immédiat que dans la circulation du sang; 2° celles qui occasionent un trouble dens l'hématose.
i525. Les vices de conformation de la première classe consistent principalement en une disposition anormale des divers orifices du cœur. Ici se rangent:
1° L'étroitesse anormale des orifices veineux des ventricules (i). Cette anomalie se rencontre principalement du côté gauche, et elle n'y est point rare. Toujours alors la valvule mi- Irale est épaissie, et plus ou moins endurcie, souvent ossifiée. Il est très douteux que celte disposition soit jamais congéniale (2J. On peut au moins assurer qu'elle ne l'est point dans la plupart des cas.
20 L'étroitesse anormale des orifices artériels des ventricules. On la rencontre congéniale, principalement du côté droit, et, de même que la précédente, elle est presque toujours le résultat du resserrement, souvent aussi de l'adhérence des valvules.
3° L'absence ou Y adhérence des valvules, particulièrement des artérielles. Cette anomalie se rencontre quelquefois. La plupart du temps, elle n'est point congéniale, mais accidentelle; alors l'absence des valvules résulte de leur destruction par la suppuration, et leur adhérence de l'inflammation et de l'ossification.
4° \S augmentation ou la diminution du nombre des valvules. Cette anomalie s'observe surtout, mais rarement, dans l'artère pulmonaire. Elle est beaucoup plus rare dans l'aorte. Il est plus commun de trouver quatre valvules, que d'en rencontrer deux seulement (5).
1026. L'essence des vices de conformation de la seconde classe consiste toujours en une réunion anormale du système vasculaire à sang rouge et du système vasculaire a sang noir. Ils n'ont aucune influence sur l'hématose, ou, quand ils influent
(1) Abernethy , On a diminution in conséquence of discase of Ihc arca of ihc apert urc, ùy whiclt llie lest auricle ofl lie hcarl communicates ivilli tiic ventriclo oflhe samc; dans Mcd. cliir. trans., vol. I, p. 27.
(2) Burns, loc. cil., p. 3o /(.2.
(5) Mcckcl , Iîandbiich der pathologisclwn Analomic, t. II, p. i58ir4*
DU CQECR DANS L'ÉTAT ANORMAL. 5o5
sur cette fonction, la disposition des parties est telle, que tantôt le sang noir devient moins veineux, et tantôt le sang rouge moins artériel. Dans l'un et l'autre cas, la réunion anormale des deux systèmes sanguins peut avoir lieu sur des points très diflërens.
i° La réunion anormale du premier genre dépend :
a. De l'insertion d'une, de plusieurs, ou de toutes les veines . pulmonaires dans la veine cave supérieure (i).
b. De ce qu'il existe une artère pulmonaire accessoire, naissant de l'aorte ascendante (2).
2° La réunion anormale du second genre, tantôt a lieu entre les oreillettes ou les ventricules, tantôt est produite parles gros troncs vasculaires. Il n'est pas rare que plusieurs de ces anomalies, ou même toutes à la fois, se trouvent réunies chez le même sujet (5).
a. La forme la plus simple est celle d'un cœur absolument simple, qui ne consiste qu'en une seule cavité musculeuse.
b. Vient ensuite le cas dans lequel il n'existe qu'un seul ventricule et une seule oreillette , d'où ne part qu'un seul vaisseau, l'aorte, dont l'artère pulmonaire est une branche, tandis que les veines pulmonaires s'ouvrent dans l'oreillette, ou même dans la veine cave supérieure, quand la conformation est plus imparfaite encore.
L'anomalie est moins cnnsidérahle lorsque le cœur se trouve partagé en deux moitiés par une cloison, et que l'aorte et l'artère pulmonaire forment deux troncs séparés , mais que la cloison est incomplète. Dans ce cas ,
c. Tantôt la cloison des ventricules et des oreillettes est perforée, et le trou ovale ouvert, ce qui est assez commun.
(1) J'ai sous les yeux un exemple de cette anomalie.
(2) . l'ai rassemblé les exemples connus de cette anomalie dans : De monxtrosA duplicalale, p. 55, et dans Handb. der palhol. Anat., t. II. p. i54.
Les difFércns degrés et en général la plupart des espèces d'anomalies de ce genre se trouvent décrits dans mon llandbuch der palhol. Anat., t. I, p. 4ia-47o , t. II, p. (33- 134. — Faire, I'atlwlo/,'ical rescarchs Essay 1. On malformations of tlie human licarl. Londres , 1814. — J.-C. Hein, Dccorrlis dcformallonibas r/tirn sanguincm venosum cum arlcrioso misecrt permittant. Oocttinguc, 1816.
5o6 ANATOMIE SPECIALE.
d. Tantôt il n'y a que la cloison des ventricules qui soit perforée, ce qui est plus rare.
e. Tantôt enfin on ne trouve que le trou ovale, ce qui est le plus ordinaire. .
La cloison inter-ventriculaire est presque toujours perforée dans un endroit donné, c'est-à-dire à la base , de sorte que, tantôt l'aorte, tantôt, ce qui est plus rare (1), l'artère pulmonaire provient des deux ventricules à la fois. Dans le dernier cas, l'aorte naît bien à l'endroit accoutumé, mais elle ne produit qu'une portion ascendante, et se termine par l'artère sous-clavière gauche, tandis que l'aorte descendante provient tout entière de l'artère pulmonaire.
Il arrive très souvent que la cloison des oreillettes n'est point entièrement développée, c'est-à-dire que sa formation n'a pas suivi, en tous points, la marche que j'ai décrite plus haut ( § i5o4 ) ; mais la pression qu'exerce l'oreillette gauche peut alors la compléter] de telle sorte qu'il devienne impossible au sang de passer de celte oreillette dans la droite. Quelquefois cependant, mais dans des cas beaucoup plus rares, la petitesse , soit absolue , soit relative, ou l'absence de la valvule du trou ovale, permet à cette ouverture, qui d'ailleurs est ordinairement alors très considérable, d'établir une libre communication entre l'oreillette droite et la gauche. Celte persistance du trou ovale est beaucoup plus^rare que la perforation de la cloison, quoique sa non-occlusion parfaite, produite d'après le procédé que j'ai fait connaître précédemment (S 1^)°4)> S0lt une anomalie bien plus fréquente encore que celle-ci.
Les dispositions anormales des gros troncs vasculaîres qui s'opposent à ce que l'hématose se fasse parfaitement, sont:
f. L'oblitération, le rétrécissement considérable ou l'absence de la veine pulmonaire, états qui coïncident souvent avec l'une des anomalies indiquées précédemment, mais qui ne les accompagnent pas à beaucoup près toujours.
g. La persistance du canal artériel, qu'on rencontre rarement seule , et qui presque toujours existe en même temps
(1) Farre, loc.cit., p. i5, >4-
DIT COEUR DANS L'ÉTAT ANOBMAL. 5o?
qu'une des anomalies déjà décrites , ou qu'une de celles dont il me reste encore ù parler.
h. L'existence d'une seconde artère pulmonaire, qui naît du ventricule droit, et se termine dans l'aorte.
Enfin, la transposition des origines des troncs artériels ou veineux, c'est-à-dire :
i. L'implantation de l'artère pulmonaire sur le ventricule gauche, et de l'aorte sur le ventricule droit, tandis que les troncs veineux sont disposés comme à l'ordinaire (i).
k. L'abouchement des veines du corps dans la portion gauche du cœur, dans les veines pulmonaires, ou même dans l'artère du même nom. Gette anomalie peut avoir lieu de plusieurs manières différentes. Ainsi, j'ai sous les yeux un cœur dont la grande veine coronaire s'ouvre dans le ventricule gauche, au lieu de communiquer avec celui du côté droit. Dans un autre cas, la veine azygos se partageait, au voisinage du cœur, en deux branches , dont l'une gagnait l'oreillette gauche, et l'autre l'oreillette droite (2). Quelquefois les artères pulmonaires s'anastomosent manifestement avec la veine azygos (3).
L'importance physiologique et l'influence de ces anomalies ne sont pas exactement les mêmes.
Sous le point de vue de l'importance physiologique , on peut poser en principe , à l'égard des six premières, qu'elles dépendent de ce que le cœur s'est arrêté à quelqu'un des états dont il parcourt la série dans sa formation successive, et qu'elles sont la répétition de ce qu'on observe dans les classes inférieures du règne animal, en particulier chez les crustacés, ; les mollusques et les reptiles. Quant aux autres, elles ne sont jamais normalcsà aucune époque de la vie, et appartiennent à la classe des anomalies qui altèrent la qualité des organes ; f voilà aussi pourquoi elles sont beaucoup moins communes que * les précédentes.
Quant à l'influence de ces vices de conformation sur l'hé-
(1) Tiedcmann a décrit et figure un cas de celle anonialic dans Zcilschrift fur Physiologie , cali. I , p. 1 1 1, pl. 7, fig. 9. (î) Ticcnt, dans Mèm. de Paris, 17S8. llist., p. 6a. (3) Winslow, Expos, anat., t. III, p. 1 i5.
5o8 ANATOMIE SPECIALE.
malnse, elle est d'autant plus fâcheuse que la quantité tle sang noir et de sang rouge qui se mêlent ensemble est plus considérable. Elle se réduit a peu de chose, soit lorsqu'il n'y a de connexion anormale qu'entre de petits vaisseaux (k), soit quand ladisposition des parties est telle, que la communication se trouve toujours interrompue dans l'instant où elle pourrait devenir nuisible, comme dans la plupart des cas de persistance du trou ovale. Elle est très considérable, au contraire, dans les autres circonstances.
Les accidens qui en résultent sont des accès fréquens de suffocation , une débilité extrême des muscles soumis à l'empire de la volonté, une grande faiblesse du système nerveux, souvent un défaut de nutrition et de développement, et la coloration du corps en bleu. Ordinairement la mort survient dès les premières années de la vie, quoique, dans quelques cas rares , le sujet n'ait succombé qu'après l'âge de quatorze ans. La violence et la fréquence des symptômes augmentent beaucoup à certaines époques, principalement à celle de la première dentition , et à l'invasion de la puberté. Tous ces accidens reconnaissent pour cause le mélange du sang artériel avec le sang veineux, et la distribution de ce sang mixte dans le corps. Ils sont même dus , dans certains cas , par exemple quand l'artère pulmonaire se trouve entièrement oblitérée , lorsqu'elle n'existe pas, ou quand elle provient du ventricule gauche et l'aorte du ventricule droit, à ce que les organes du corps reçoivent du sang veineux tout pur.
La couleur bleue que prend la peau, et qui dépend de ce que le sang noir et veineux ne se convertit point en sang vermeil' et artériel (1), a fait désigner cette affection sous le nom
(i) Berlin fait remarquer avec raison que cette explication n'est point admissible par trois raisons : i° parce que la cyanose n'existait pas dans des cas où il y avait communication entre le cœur droit et le cœur gauche ; 2° parce qu'elle a été observée dans d'autres cas orrectte communication avait lieu réellement; 5° parce que si la couleur bleue de la ]>«au était produite par le vice de conformation dont il s'agit , on devrait la rencontrer dans toutes les autres parties, ce qui n'a pas lieu. D'ailleurs , comme le dit très bien Fouquier, la peau du firltis, dans laquelle il ne circule que du sang noir.n'cst pas bleuâtre. Berlin pense donc que la couleur bleuâtre
DU TRONC AORTIQUE. 3og
de inaliulic bleue {morbus cœruleus , eyanopalhia , eyanosis) (1).
SECTION II