A. BRANCHES SUPÉRIEURES BT POSTÉRIEURES
i575. Les plus constantes d'entre les branches supérieures et postérieures sont au nombre de deux, V artère vertébrale et Y artère thyroïdienne inférieure.
•1. Artère vertébrale.
i374- L'artère vertébrale (arteria vertebralis) est ordinairement la première et la plus volumineuse des deux branches supérieures delà sous-clavière. A peu de distance de son origine, elle s'engage dans le canal vertébral des vertèbres du cou , et y marche de bas en haut. Cette artère éprouve une grande tendance à changer d'origine, et ù naître directement de la crosse de l'aorte. Je ferai remarquer à ce sujet, 1° que cette anomalie, quelque commune qu'elle soit, n'a presque jamais été rencontrée sur le côté droit, du moins à ma connaissance, et qu'elle existe toujours à gauche (1); 2° que, quand elle a lieu, l'artère vertébrale s'implante presque constamment entre la carotide et la sous-clavière gauches. S'il arrive a cette branche, plus souvent qu'aux autres, de naître immédiatement de la crosse aortique, je crois qu'on doit l'attribuer , i° à ce que, même dans l'état normal, elle est la pre-
(1) C'est ce qu'il serait facile de prouver par un grand nombre de citations. Parmi tous les écrivains qui parlent de cette variété, Mayer est le seul qui dise précisément le contraire ; car, sans faire mention de l'artère vertébrale gauche, il assure seulement que la droite naît quelquefois de la crosse aortique immédiatement (p. 43). Cette assertion est tellemenJj contraire à l'observation, qu'on ne peut l'expliquer qu'en l'attribuant h une faute typographique.
de l'artèue sous-clavière. 36 1
mière bronche de l'artère sous-clavière; i° à ce qu'il est de règle que la veine vertébrale se jette dans le tronc commun des veines sous-clavière et jugulaire. Quanta cette autre circonstance, que l'anomalie s'offre presque uniquement du côté gauche, elle me paraît tenir à ce que la division des troncs en branches forme le caractère du côté gauche de l'aorte ascendante, même dans l'état normal, puisque les artères sous-clavière et carotide y naissent séparément l'une de l'autre, au lieu d'être confondues en un seul tronc, comme à droite. Il se peut faire aussi que la longueur bien plus considérable du tronc veineux innominé du côté gauche y contribue , en ce que cette anomalie doit être considérée , ainsi que je viens de le dire, comme une imitation de la disposition du système veineux. Enfin la situation de celte artère entre la carotide et la sous-clavière gauches dépend probablement de ce que, même dans l'état normal, elle naît du côté postérieur et interne de la sous-clavière.
Quelquefois, mais rarement, on rencontre adroite une anomalie qui se rapproche de celle-ci, l'artère vertébrale y naissant de la bifurcation du troue innominé; ce qui est d'autant plus remarquable qu'en comparant cette disposition avec celle qu'on observe du côté gauche, on acquiert une nouvelle preuve que l'anomalie elle-même ne dépouille pas entièrement des deux côtés le caractère du type normal.
Je ne connais qu'un seul cas dans lequel l'artère vertébrale droite tirait son origine delà crosse de l'aorte; mais celle du côté gauche offrait aussi la même anomalie.
Une seconde anomalie de l'artère vertébrale consiste en ce qu'elle se trouve partagée en plusieurs troncs. Alors, tantôt l'un des troncs provient immédiatement de la crosse de l'aorte , et l'autre, en général plus petit, du point ordinaire (1); tantôt ils naissent tous deux de l'artère sous-clavière, à une dislance plus ou moins considérable l'un de l'autre. Peut-être la première disposition ne se rencontre-t-elle non plus qu'a gauche; du moins, dans une pièce que j'ai sous les yeux, et où l'ano-
(') Henkel , Anmerhuvgcn von wicdcrnalïtr lichen Gcburlcn, zwcilo Sammlting , p. 10, il. — Ilubcr, De arcus aorlas ramis ; dans Act. Jlclv. , t. VIII, p. 68-102.
56a ANATOMIE SPECIALE.
malie existe à droite, les deux vertébrales sont des branches de la sous-clavière. Dans l'un et l'autre cas, il y a au moins un des troncs, particulièrement le plus gros, qui ne s'engage dans le canal vertébral que plus haut qu'à l'ordinaire. Tantôt il s'y confond avec l'autre, qui y pénètre à l'endroit accoutumé ; tantôt il se réunit avec lui avant d'entrer dans le canal; tantôt enfin la plus petite branche s'enfonce dans le canal rachidien après avoir parcouru quelques trous vertébraux.
L'artère vertébrale, même lorsqu'elle n'offre aucune anomalie dans son origine, présente encore de nombreuses variétés, sous le rapport de la hauteur à laquelle elle s'insinue dans le canal vertébral. Il est de règle qu'elle y pénètre par le trou vertébral de la sixième vertèbre du cou (1).
Dans des cas extrêmement rares , elle s'y glisse par le trou vertébral de la septième vertèbre (2). Lors même qu'elle naît plus bas qu'à l'ordinaire, de la crosse de l'aorte, elle s'engage encore dans le trou de la sixième vertèbre cervicale, et je l'ai vue même, plusieurs fois, en pareil cas,, ne pénétrer dans le canal vertébral que par la cinquième vertèbre.
Il arrive plus souvent, quoique celte anomalie ne soit pas commune non plus, que l'artère vertébrale, sans néanmoins être double, entre par le trou vertébral de la cinquième, de
(1) C'est ce que j'ai toujours observé , à un très petit nombre de cas près. Haller (Je. anat. fasc. II, explic. icon. 2, art. ihyroid. inf., not. c) et Sœmmerring (p. 177) ont donc raison de dire que cette disposition est normale. Mayer se trompe en disant (p. 110) que l'artère vertébrale rencontre , tantôt dès la septième vertèbre cervicale , et tantôt seulement à la sixième, une ouverture particulière par laquelle elle s'introduit dans le canal Tertébral. Cette ouverture existe toujours, sauf quelques exceptions rares , dans la septième vertèbre cervicale , mais rarement, ou même jamais , l'artère vertébrale ne s'y glisse, et elle pénètre toujours par la sixième vertèbre. Ce que Mayer regarde comme état normal est une anomalie rare, et vice versa. Monro (Outtincs, vol. III, p. 3oi) se trompe aussi en paraissant croire qu'il arrive aussi souvent à l'artère de pénétrer par le septième trou vertébral que parle sixième.
(2) Bichat (p. 190) dit avec raison qu'elle s'engage quelquefois, mais rarement, dans un trou semblable de la septième vertèbre cervicale. Ce qui prouve que cette disposition est rare, c'est qu'Haller, Murray et Sœmmerring n'en ont point parlé, quoiqu'ils fassent mention des suivantes.
DE l'aRTEUE SOUS-CLAVIERE. 363
la quatrième, de la troisième ou même de la seconde vertèbre du cou. Je ne connais aucun cas dans lequel on l'ait rencontrée tout entière hors du canal vertébral, et je ne l'ai jamais vue non plus quitter ce conduit plus bas que la vertèbre supérieure , ou sortir d'une vertèbre, parcourir un certain trajet sur la face antérieure des apophyses transverses, et rentrer ensuite dans le canal vertébral.
Enlin il est très commun que l'artère vertébrale d'un côté soit beaucoup plus volumineuse que celle de l'autre, sans que, du moins d'après mes observations, les côtés du corps exercent la moindre influence sur cette disproportion.
Cette anomalie confirme surtout la règle générale d'après laquelle les artères homonymes qui se rendent aux organes simples situés sur la ligne médiane du corps offrent souvent des différences considérables dans leur vlume, et grossissent d'un côté aux dépens de l'autre.
1375. L'artère vertébrale monte presque en droite ligne dans le canal vertébral jusqu'à la seconde vertèbre cervicale; mais, à commencer de ce point, elle devient flexueuse, et décrit plusieurs courbures, dont quatre surtout sont très notables. D'abord elle pénètre dans la portion du canal qui appartient à l'apophyse transverse de la seconde vertèbre, en formant un angle droit, prenant une direction tout-à-fait horizontale, et se dirigeant transversalement en dehors; puis, après avoir traversé cette ouverture , elle décrît un autre angle, droit, obtus ou aigu, reprend sa première direction de haut en bas, et redevient perpendiculaire jusqu'à la vertèbre supérieure. Lorsqu'elle a franchi le trou vertébral de cette dernière, elle s'incline de nouveau à angle droit, reprend pour la seconde fois une direction horizontale, et se porte en arrière et en dedans, en se contournant sur l'apophyse articulaire de la première vertèbre, le long de son échancrure postérieure. De l'extrémité postérieure de l'apophyse articulaire elle se porte peu à peu, et sous un angle obtus, en dedans et en haut, et, bientôt après avoir pris cette direction, entre dans le crâne, en traversant la dure-mère et le grand trou occipital, immédiatement au-dessus du condyle de l'occipital. Arrivée dans le crâne, elle s'y place d'abord sur le côté, puis sur la face inférieure de la
moelle alongée , et monte d'arrière en avant et de dehors en dedans, sur l'apophyse basilaire de l'occipital. Là, les deux artères se rapprochent beaucoup l'une de l'autre , et, après avoir parcouru ordinairement un peu plus d'un pouce dans la cavité crânienne, elles s'unissent sous un angle aigu, soit à peu de distance derrière le bord postérieur du pont de Varole, soit sur ce bord même, ou même presque dans le milieu de la longueur du pont. Toujours, autant que je sache, elles donnent naissance, par leur réunion , à un tronc unique, Vartere basilaire (arteria basilaris). Celle-ci est beaucoup plus petite que les deux branches qui la produisent. Son calibre égale à peu près celui de la carotide interne, après qu'elle a fourni Pophlhalmique. Elle s'avance dans le milieu de la face inférieure du pont de Varole, a l'extrémité antérieure de laquelle elle se partage en deux grosses branches, l'une à droite, l'autre à gauche.
1376. Dans ce trajet, l'artère vertébrale ne donne que des branches faibles et inconstantes, avant d'abandonner le canal vertébral ; la plupart du temps même elle n'en fournit aucune. Ces ramifications se distribuent aux muscles profonds antérieurs du cou. Sous ce rapport l'artère vertébrale ressemble à la carotide interne.
1377. ^a portion comprise dans le canal vertébral donne, presque toujours ; régulièrement de deux en deux vertèbres, plusieurs ramuscules qui se portent en devant, en dehors et en arrière, aux vertèbres , aux muscles inter-transversaires , au multifide de l'épine, aux muscles profonds antérieurs du cou et aux petits muscles de la tête.
Des rameaux internes, également très petits, passent par les trous de conjugaison, soit seuls, soit accompagnés d'artérioles fournies par d'autres branches de la sous-clavièrc , pénètrent dans le canal rachidien , et s'y distribuent les uns aux nerfs, les autres aux côtés antérieur et postérieur de la duremère et à la pie-mère de la moelle épinière. Ils s'anastomosent, tant avec ceux du côté opposé, qu'avec les artères spinales antérieure et postérieure.
Des branches considérables sortent de la portion de l'artère vertébrale située entre la première et la seconde vertèbre ccr-
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vicale, ainsi qu'entre cette dernière et l'occipital. Les unes se jettent en dehors, se répandent dans les muscles transvcrsaire de la nuque et petit complexus, et s'anastomosent avec les rameaux de l'artère cervicale ascendante, dont quelquefois ils tiennent entièrementla place. Les autres marchent en arrière et en dehors, et se distribuent dans les petits muscles postérieurs et latéraux de la tête. Quelques unes se portent en dedans, et s'anastomosent avec les branches correspondantes de l'autre côté. Plusieurs enfin pénètrent dans le tissu de la dure-mère.
l'ôyS. Mais les plus grosses branches naissent de la portion de l'artère vertébrale qui se trouve renfermée dans le crftue. II arrive assez souvent qu'à raison de la différence de calibre qui existe entre les branches qu'elle envoie au-dehors de la cavité crûnienne, cette portion est beaucoup plus volumineuse d'un côté que de l'autre, quoique toutes deux aient le même diamètre à leur origine, et sans que le côté du corps exerce non plus une influence nécessaire sur cette différence.
Les branches qui naissent avant la réunion des deux artères vertébrales sont la spinale antérieure , la spinale -postérieure, et la cérébelleuse inférieure.
i58o. 1° L'artère spinale postérieure, médiane postérieure du rachis, Ch. (arteria spinalis poslerior) , la plus petite des trois, provient souvent de la cérébelleuse inférieure. C'est elle qui naît le plus bas. Elle tire son origine du côté externe de la vertébrale, se porte en dedans, sur la face postérieure de la moelle épinière, et descend, de chaque côté, le long du sillon postérieur, jusqu'à l'extrémité du prolongement raehidiert. Les deux artères, qui sont très flexueuses , marchent parallèlement l'une à l'autre. Elles sont toujours fortifiées par les ramuscules accessoires des artères vertébrales, cervicales profondes et inter-costales qui passent par les trous de conjugaison, et s'anastomosent ensemble par une multitude de branches transversales qui correspondent en général aux intervalles de deux vertèbres , de sorte que chaque portion de la moelle épinière comprise entre deux vertèbres a son cercle vasculairc particulier, de même que les quatre artères du cerveau en lormcnt un en s'anastomosant ensemble.
i58o. 20 V 'artère cérébelleuse inférieure , grande rvrébrl-
leuse inférieure , Ch. ( arteria cerebelli i/iferior) , naît également du côté externe de la vertébrale, et elle est ordinairement double des deux côtés.
L'une , la cérébelleuse inférieure et postérieure, dont l'origine est plus reculée en arrière , se dirige d'avant en arrière , de bas en haut et de dehors en dedans, en marchant sur les parties latérales de la moelle alongée, distribue ses rameaux à la toile choroïdienne du cervelet, jusqu'au plancher du quatrième ventricule, et monte entre les deux hémisphère9 de cet organe, jusqu'à son éminence vermiforme et à la face interne de ses deux hémisphères. Souvent cette branche n'existe que d'un seul côté, et alors on la rencontre principalement lorsque la cérébelleuse inférieure prend son origine très en devant.
La cérébelleuse inférieure et antérieure naît quelquefois à l'origine, quelquefois aussi à l'extrémité de la portion de l'artère vertébrale contenue dans le crâne. Chez certains sujets , surtout quand les vertébrales se réunissent de bonne heure , elle provient de la basilairc. Ces variétés s'observent même des deux côtés du corps à la fois. Non seulement il n'est pas rare que la cérébelleuse inférieure et antérieure existe seule, mais encore elle est ordinairement plus volumineuse que la postérieure. Assez souvent elle est bien plus petite d'un côté que de l'autre. Elle marche très flexueuse de dedans en dehors et d'avant en arrière, à la face inférieure du cervelet, où elle passe sur les sillons, qu'elle croise, et se divise en branches, dont les unes se portent en devant et les autres en arrière. Ces branches croisent également la direction des sillons du cervelet; il n'y a que les petites ramifications qui leur deviennent parallèles, et qui finissent par s'y plonger^
1 58 1 . 5" h' artère spinale antérieure , médiane antérieure du rachis , Ch. {arteria spinalis anterior) , naît ordinairement à peu de distance du bord inférieur du pont de Varolei même lorsque les deux vertébrales se réunissent beaucoup plus haut qu'à l'ordinaire. Elle provient de la partie interne du tronc, et ne larde pas à se réunir, avec celle du côté opposé, en un tronc unique , situé sur la ligne médiane , qui descend le long du sillon antérieur de la moelle épinière. Ordinairemenl, surtout quand les deux artère9 vertébrales se réunissent plus
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haut que de coutume, on trouve une petite spinale antérieure et supérieure, tantôt simple et naissant du sommet de l'angle de la réunion, tanlôt double, qui se confond également avec celle du côté opposé, et qui, marchant aussi de haut en bas, s'anastomose bientôt avec l'inférieure. Le tronc simple de cette dernière , qui correspond à la ligne médiane , éprouve souvent des scissions dans son trajet, et forme ainsi des îles considérables. Sa partie supérieure reçoit aussi , par tous ou par la plupart des trous de conjugaison, des rameaux considérables que la vertébrale ou d'autres artères cervicales fournissent à la face antérieure de la moelle épinière, et qui s'anastomosent avec elle. Dans tout son trajet, qui est très flexueux , elle envoie de chaque côté un nombre considérable de rameaux à la moelle épinière.