I. CONFIGURATION
1715. Considérée en général, la moelle épinière est cylindrique; cependant elle est un peu plus- large d'un côté à l'autre que d'avant en arrière, ce qui la fait paraître légèrement aplatie dans le premier de ces deux sens. On peut la partager en portion cervicale et portion thoracique , d'après les régions de la colonne vertébrale qu'elle occupe. Dans son étendue , d'une extrémité à l'autre, elle éprouve plusieurs renflemens.
Le premier s'observe à la partie supérieure du cou , où le cordon devient un peu plus large. Sa largeur est de sept lignes en cet endroit, tandis qu'au-dessus elle est d'un peu moins de six liynes. Son épaisseur d'avant en arrière, loin d'y augmenter, diminue même souvent d'une manière sensible, et n'est pas lout-à-fait d'un demi-pouce.
Ce renflement supérieur ou cervical s'étend depuis l'extrémité inférieure de la portion cervicale jusqu'à l'extrémité supérieure de la portion thoracique, où il s'arrêle tout-à-coup. Sa longueur est d'un peu plus de trois pouces, et il embrasse l'espace compris entre le second nerf cervical et le premier dorsal. Sa plus grande largeur correspond à la hauteur du cinquième nerf cervical.
La région moyenne de la portion thoracique de la moelle épinière se resserre de nouveau. Elle est un peu plus mince que la portion cervicale ne l'est au-dessus du renflement supérieur.
Vers son extrémité inférieure, la moelle épinière forme un second renflement, appelé inférieur ou lombaire, qui n'est jamais aussi considérable que le supérieur, et qui s'étend depuis le premier nerf lombaire jusqu'au troisième sacré. Ce
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renflement a deux pouces de long, sur cinq lignes de large. Il s'amincit peu à peu, et se termine en pointe émoussée. La plupart du temps, cette extrémité obtuse est simple, mais quelquefois aussi elle est sensiblement bifurquée, et présente une échancrure transversale superficielle , qui produit un petit tubercule.
A partir de ce point, qui correspond à la première vertèbre lombaire, la substance nerveuse disparaît, et, jusqu'à l'extrémité du canal vertébral, la moelle épinière ne représente plus qu'un filament arrondi, un peu plus gros en haut qu'en bas, qui n'a pas tout-à-fait une ligne d'épaisseur dans toute son étendue, et qui est formé par la pie-mère. Ce filament, divisible en plusieurs fibres longitudinales, descend entre les origines des nerfs des membres inférieurs , caché par eux , et s'étend jusqu'à l'extrémité inférieure du canal rachidien, où il s'attache à la dure-mère.
Il résulte donc de là que la substance nerveuse de îa moelle épinière, ou la moelle épinière proprement dite, ne remplit pas, à beaucoup près, le canal vertébral tout entier, et qu'elle n'en occupe qu'à peu près les deux tiers, les portions cervicale et thoracique étant à la portion inférieure dans le rapport de deux à un.
La moelle est plus petite aussi , dans ses deux autres dimensions , que le canal rachidien.
Ses faces antérieure et postérieure sont garnies , aussi loin que s'étend la substance médullaire (1), d'un sillon longitudinal, qui correspond exactement à la ligne médiane. C'est le sillon médian antérieur, et le sillon médian postérieur (scissurœ medullœ spinalis medianœ anterior et posterior), qui partagent symétriquement l'organe en deux moitiés , l'une à droite, l'autre à gauche. Ces deux sillons sont extrêmement étroits. Les anatomistes ne s'accordent point au sujet de leur existence et de leur profondeur proportionnelle.
Quelques uns, en particulier Haller, prétendent qu'on ne trouve jamais, ou qu'on ne trouve souvent que le sillon anté-
(i) Je n'ai jamais remarqué que le sillon s'eflaçat peu à peu dans le bas, comme le prétend Bichat (toc. cit.. t. III, p. 129).
DE LA MOELLE ÉPlNlÈttE. 5(JJ
rieur; Chaussier dit expressément que ce sillon est du moins plus profond et plus large que le postérieur; suivant d'autres, tels queBlaes, Petit, Vicq-d'Azyr (i) , Gall et Carus , le postérieur est plus profond que l'antérieur, auquel Vicqd'Azyr et Carus accordent, en revanche, plus de largeur.
D'autres, Gordon par exemple (2), ne font mention d'aucune différence entre les deux sillons. Bichat s'exprime auss^ d'une manière vague, car il dit seulement que les deux moitiés latérales sont surtout bien distinctes Tune de l'autre en devant.
J'ai constamment observé un sillon antérieur et un sillon postérieur, ce dernier presque toujours très étroit, et rarement plus profond que l'autre, sans que ni l'un ni l'autre pénétrât jusqu'au milieu de la moelle épinière et jusqu'à la substance grise. Dans le cas où le sillon postérieur paraissait être plus profond que l'antérieur, j'ai reconnu plusieurs fois qu'il s'était agrandi pendant la dissection même, de sorte qu'adoptant l'opinion de plusieurs anatomistes très exacts , mes prédécesseurs, je crois le sillon antérieur plus considérable en tous sens que le postérieur. Ce dernier est beaucoup plus sensible dans les renflemens, l'inférieur en particulier, que. dans le reste de la moelle épinière.
Outre les sillons médians, on aperçoit encore., de chaque côté, mai8 non exactement dans le milieu de l'espace qui sépare les deux premiers, et un peu plus près du postérieur que de l'antérieur, un sillon plus superficiel, qui pénètre obliquement de dehors en dedans et d'arrière en avant, et qu'on nomme sillon latéral (Jîssurœ latérales). Ces deux sillons marchent donc à la rencontre l'un de l'autre et du postérieur, et font que chaque moitié latérale de la moelle épinière est partagée elle-même en deux autres moitiés, l'une antérieure, l'autre postérieure, dont la première est beaucoup plus grosse que la seconde. Mais ordinairement ces sillons se trouvent réduits à n'être que de simples enfoncemens, ou du moins sont bien plus superficiels que les précédens. On ne
(f) Mèm. de Paris , 1781, p. 5<)<j.
(2) Loc. cit., p. 177.
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peut les poursuivre dans toute la longueur de la moelle , et on ne les aperçoit que jusqu'à la région supérieure de sa portion thoracique. Ils séparent, de chaque côté, la partie la plus postérieure de la circonférence du cordon rachidien du reste de cette circonférence, non loin du sillon médian postérieur. Ils convergent non seulement de dehors en dedans et d'arrière en avant, mais encore de haut en bas, dans le sens de la direction longitudinale de la moelle épinière, jusqu'à ce qu'ils finissent par se joindre, au sommet de sa portion thoracique.
Ces sillors latéraux sont bien plus prononcés daus les premiers temps de la vie qu'à une époque plus avancée, où ils disparaissent souvent sans laisser la moindre trace.
Il faut bien les distinguer de deux autres sillons latéraux, l'un antérieur, l'autre postérieur [sulci latérales anterior et posterior), qui régnent, de chaque côté, tout le long de la moelle épinière, et qui sont beaucoup plus larges que les précédens. Ces sillons reçoivent les racines des nerfs spinaux; aussi renferment-ils un grand nombre de petits enfoncemens, situés à la suite les uns des autres , de haut en bas, et dans lesquels pénètrent les branches des racines nerveuses.
Le postérieur est plus considérable que l'antérieur (i). Il semble être moins un simple sillon qu'une véritable scissure, puisqu'il pénètre à l'intérieur, sous la forme d'une ride très mince, dans la même direction que la scissure latérale décrite précédemment , et qu'il marche aussi à la rencontre de celui qui lui correspond sur le côté opposé. Ce sillon postérieur ne reçoit pas seulement les racines postérieures des nerfs spinaux, il marque encore la limite entre les cordons médullaires antérieurs et postérieurs dans lesquels chaque moitié de la moelle épinière se divise , et qui font une légère saillie sur la surface , d'ailleurs arrondie, du cordon rachidien.