‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 17 sur 186 · DU SYSTÈME VASCULAME. VEINES · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME VASCULAME. VEINES

io5. Les veines diffèrent en sens contraire des artères, sous le rapport des anastomoses. Celles-ci sont plus nombreuses et plus générales dans le système veineux. Cependant il n'y a pas de contraste entre ces deux lois , la seconde étant une conséquence de la première.

En effet, la concentration moins grande des veines rendait, du moins en partie, les anastomoses plus nécessaires , afin de tenir lieu, jusqu'à un certain point , des troncs communs dans lesquels ne se sont point réunies les grosses branches.

Non-seulement les communications entre les petits rameaux sont aussi nombreuses que dans le système artériel, mais encore les grosses branches et les gros troncs s'anastomosent souvent ensemble. On en voit un exemple frappant dans les veines sous-cutanées des membres. Mais cette loi, à laquelle obéissent les veines superficielles, est subordonnée à cette autre, d'un ordre plus élevé, que les anastomoses se multiplient partout où le cours du sang dans les vaisseaux veineux devient moins facile, par défaut d'impulsion et de moyens qui le favorisent. De là leur multiplicité dans les veines sous-cutanées des membres, dans les veines spermatiques , qui sont étroites et qui marchent long-temps en ligne droite , enfin dans les veines du bassin , qui sont sujettes à être comprimées de tant de manières diverses, et qui forment, par leurs fréquentes anastomoses , un lacis tellement compliqué , qu'on a quelquefois de la peine à suivre la direction des vaisseaux sans commettre d'erreurs.

Le nombre des anastomoses veineuses est encore accru par cette circonstance, que les veines forment, dans beaucoup d'endroits, deux couches distinctes, l'une superficielle et l'autre profonde. Il y a constamment des communications multipliées entre ces deux couches : telles sont celles qu'on observe entre toutes les veines superficielles des membres, du cou et de la tête d'un côté , les veines profondes du cou et du bras, et les sinus de la dure-mère de l'autre.

Les gros troncs du système des veines du corps communiquent eux-mêmes ensemble par une grande anastomose, la veine azygos, qui naît de la veine cave inférieure immédiatement, ou de quelqu'une de ses ramifications, et qui va se jeter dans la veine cave supérieure.

Cette disposition explique comment le cours du sang peut continuer à s'effectuer malgré des obstacles , même très con-

sidérables, comme, par exemple, quand les veines principales des membres sont tout-à-fait oblitérées, ou quand la veine cave inférieure se trouve comprimée, à son passage derrière le foie, par le gonflement de cette glande.

io4- Le système veineux est plus compliqué que l'artériel, sous le rapport de son étendue. Le système artériel se ramifie sans cesse et d'une manière uniforme, à partir du cœur; l'aorte et l'artère pulmonaire représentent chacune un arbre simple. Mais le système des veines du corps embrasse, dans la cavité péritonéale, un second arbre , celui de la veine porte, qui s'abouche comme ;\ l'ordinaire avec les artères des viscères abdominaux, mais qui, au lieu de conduire directement le sang qu'il y puise à la veine cave inférieure , se ramifie eu sens inverse dans le foie , et représente ainsi deux arbres , dont l'un , la partie veineuse, mène le sang des branches au tronc moyen, tandis que l'autre, la partie artérieuse, le distribue de ce point dans le foie , d'où il passe dans la veine hépatique, pour arriver enfin à la veine cave inférieure.

io5. Les principales différences que les veines offrent daDS leur texture sont les suivantes :

La membrane interne est plus mince, plus délicate, mais plus extensible et moins fragile que dans les artères. En même temps elle n'est pas, comme celle de ces dernières, sujette, à s'ossifier dans la vieillesse. Cette altération de texture est un phénomène des plus rares dans les veines , tandis que c'est presque un état normal dans les artères des personnes âgées. Je profite de l'oecasion pour faire observer que, sous ce rapport, on doit opposer, non seulement tous les vaisseaux efférens au système artériel considéré dans son ensemble, mais encore la veine pulmonaire, les veines du corps, l'artère pulmonaire et la membrane interne du ventricule droit , à la moitié gauche du cœur et au système aortique , de sorte qu'il n'y a que la portion artérielle du système à sang rouge qui ait une tendance marquée à s'ossifier. La vérité de celte loi devient encore plus frappante quand on sait que l'ouverture de communication entre le ventricule et l'oreillette est la limite del'ossi-

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fication à la face interne de la moitié gauche du cœur, et qu'on n'observe presque jamais d'ossifications dans l'oreillette, tandis qu'il n'y a rien de plus ordinaire que d'en rencontrer dans le ventricule.

106. La membrane interne des veines diffère aussi beaucoup de celle des artères par sa disposition purement physique ; car, en général, les valvules ( g 69 ) sont très communes dans les veines , tandis qu'il n'y a que deux points du système artériel qui en offrent (1). On doit étudier la forme, la direction , le nombre, la situation et la grandeur des valvules veineuses.

i° Leur forme est celle qu'ont, en général, les valvules. Elles sont à peu près paraboliques. Un de leurs bords est adhérent et demi-circulaire ; l'autre libre, droit ou un peu échancré ; tous deux sont légèrement renflés. Les valvules forment, avec la portion de la circonférence de la veine à laquelle tient leur bord concave , des sacs dont le diamètre est un peu plus considérable que celui de la partie voisine du vaisseau.

20 Leur direction est en sens inverse de celle des valvules des artères. Leur bord libre et le fond de leur sac sont tournés du côté du cœur, de sorte que le sang qui coule «de cet organe les distend, et que celui qui reflue vers lui les applique contre les parois de la veine.

3° Leur nombre fournit matière à des considérations de plusieurs ordres.

a. Elles n'existent pas partout. Il n'y en a point dans le système de la veine porte, les veines pulmonaires, la veine ombilicale , le tronc de la veine cave inférieure , les veines du cerveau, les vertébrales, celles de la moelle épinière , du cœur, des reins et de la matrice. Cependant ces veines font le passage à celles dans lesquelles on trouve beaucoup de valvules, puisqu'elles en sont quelquefois garnies elles-mêmes, quoique fort rarement, et toujours d'une manière incomplète. Il paraît y avoir aussi des différences entre les

(1) Mçihom. , De vatvutis svu membranulis vasorum, carumr/uc slructurâ et »•'«, IMmstadt , 1682. — T. Kemper, Do valvularum in corp. hum. uaturà, fabrica et ttm mechanico, léna, iG83.

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sexes à cet égard : du moins les valvules manquent-elles dans les veines spermatiques delà femme, tandis que celles de l'homme en sont pourvues. On n'en trouve point dans les branches anastomotiques , ou bien elles y sont peu abondantes. Voilà pourquoi il n'y en a aucune dans la veine médiane du bras, et très peu dans l'azygos.

b. Dans les parties mêmes du système, veineux où il y a des valvules, leur nombre varie. Généralement parlant, ce nombre croît en raison inverse du calibre des vaisseaux. Cependant les valvules disparaissent tout-à-fait dans les plus petites veines. On en trouve aussi davantage dans les veines superficielles que dans les profondes.

c. Le nombre des valvules varie encore sous ce point de vue, que celui de ces replis qui bouchent l'ouverture des vaisseaux n'est pas partout le même. La plupart du temps les valvules sont disposées par paires ; c'est ce qu'on voit principalement dans les gros troncs et les grosses branches. Quelquefois aussi elles sont isolées; cette dernière disposition a lieu dans les veines qui ont moins d'une ligne de diamètre. Cependant on trouve aussi des valvules simples dans de grosses veines, par exemple, à l'entrée de la veine cave inférieure et de la grande veine cardiaque dans l'oreillette droite. Ces valvules simples sont proportionnellement plus grandes que les autres.

Quelquefois aussi on trouve trois ou même quatre et cinq valvules dans des endroits où il n'y en a ordinairement que deux; mais cet état de choses est très rare, et n'a rien de constant.

4° A l'égard de la situation des valvules, on peut dire, en général, qu'elles se rencontrent dans les endroits où une veine subordonnée s'abouche avec une plus grosse. Cependant, il n'y en a quelquefois pas sur ces points, tandis qu'on en rencontre sur d'autres où ne s'opèrent pas de semblables jonctions.

5° La grandeur des valvules varie. En général elles bouchent parfaitement l'ouverture du vaisseau. L'occlusion est plus parfaite quand il y en a deux ou trois. Mais quelquefois elles sont insuffisantes pour obstruer lout-à-fait le passage. Ainsi,

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dans certains endroits, on ne trouve qu'une légère saillie, une valvule rudimentaire. Ailleurs, particulièrement dans les sinus de la dure-mère , il y a des cordons transversaux, indices incontestables de valvules, qui s'observent aussi dans d'autres veines , par exemple , dans la crurale , mais sans Cire constans.

C'est ici le lieu de parler des différences que les valvules présentent sous le rapport de l'intégrité. Ordinairement elles sont entières ; mais quelquefois aussi elles sont comme déchirées, surtout du côté de leur bord libre. Nul doute que cette disposition ne soit souvent le résultat d'une première formation qui a persisté; mais elle peut être également consécutive, et devoir naissance alors à la compression ou à toute autre cause, puisqu'il arrive fréquemment, pendant la vie, à la valvule qui garnit l'orifice de la veine cave inférieure , et qui est d'abord bien entière, de se convertir en un réseau, ou de se réduire à quelques simples filamens, ou même de finir par disparaître entièrement. Il n'est pas rare non plus que la valvule placée à l'orifice de la grande veine cardiaque offre le même phénomène. Mais ces valvules sont précisément celles que leur situation expose le plus à l'influence des causes mécaniques, et, avant la naissance, elles sont toujours entières. Lorsque la réticulalion des valvules est congéniale , elle marque le passage des simples filamens transversaux aux véritables valvules.

107. La membrane fibreuse des veines diffère également de celle des artères :

1° Par son moins d'épaisseur. La différence qui existe entre les deux systèmes, sous ce rapport, est encore plus considérable que celle dont j'ai parlé a l'occasion de la tunique interne, puisque de grands anatomistes , tels que Vésale, n'ont pu voir cette membrane fibreuse.

20 Par moins de liaison entre ses fibres, qui forment ainsi une couche moins dense et moins serrée.

3° Parce qu'elle n'est pas généralement répandue dans tout le système veineux. Tandis que, dans le système artériel, clic devient même proportionnellement plus épaisse sur les petilcs ramifications , on ne l'aperçoit ici que sur les grosses bran-

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ches. Cependant il existe , dans les veines, le même rapport que dans les artères, entre les grosses branches et les troncs, sous le point de vue de l'épaisseur de cette membrane comparée à leur calibre.

4° La membrane fibreuse des veines offre encore d'autres différences, relativement à son épaisseur et même à son existence.

a. Elle est toujours proportionnellement plus épaisse dans le système de la veine cave inférieure que dans celui de la veine cave supérieure , différence remarquable , qui coïncide manifestement avec l'obstacle que la pesanteur du sang oppose à sa marche dans le premier de ces deux systèmes.

h. Elle est également toujours plus forte dans les veine9 sous-cutanées que dans les veines profondes, ce qui tient à la même cause; car le cours du sang n'étant pas favorisé dans les premières comme il l'est dans les secondes par les pulsations des artères voisines , la structure des vaisseaux devait être disposée de manière à compenser celle circonstance défavorable.

c. La membrane fibreuse manque évidemment dans certaines régions, en particulier dans les troncs veineux situés entre les deux feuillets de la dure-mère, c'est-à-dire dans les sinus méningiens. La plupart des anatomistes supposent même qu'il n'y a aucune membrane veineuse sur ces points , et que le sang coule immédiatement sur la dure-mère. Mais Bichat a démontré que cette opinion est fausse. En examinant avec attention l'intérieur de l'espace triangulaire qui résulte de l'écartement des deux lames de la dure-mère, on découvre un canal arrondi, formé par la membrane interne des veines. Or, ce canal se continue, d'un côté, avec la membrane interne des veines cérébrales qui communiquent avec les sinus de la dure-mère , et de l'autre avec celle de la veine jugulaire interne , à laquelle aboutissent ces mêmes sinus. La dure-mère, qui ressemble un peu à la membrane moyenne des vaisseaux , la remplace donc ici. Cependant comme la dure-mère est dépourvue de contractilité , il paraît que cette absence de la membrane fibreuse a pour but de ralentir le cours du sang.

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