Les vaisseaux lymphatiques sont susceptibles d'un
(i) Laulh fils (JZssaisur les vaiss. lymph. , sect. 3, p. 29) rejette également l'existence, des cellules dans l'intérieur des glandes. Entre autres preuves dont il étaic son opinion, les suivantes nous ont paru les plus concluantes : les glandes lymphatiques n'existent pas encore dans l'embryon ; à leur place on trouve de simples plaques , où la continuité des vaisseaux ne peut pas être révoquée en doute; or, si cette continuité était interrompue dansl'adulte par les cellules des glandes, il faudrait que ces vaisseaux , continus dans l'embryon , cessassent de l'être après la formation des glandes, ce qui n'estpas vraisemblable. On ne rencontre dans les oiseaux de- véritables glandes lymphatiques qu'à la partie supérieure «lu thorax , par où passent les lymphatiques du cou ; dans tout le reste du corps, les glandes sont remplacées par des plaques considérables, où l'on remarque des dilatations des vaisseaux aux points de leurs réunions et divisions. Il est évident que ces dilatations sont ce qu'on à pris pour des cellules dans les glandes , oii cette structure ne pouvait pas être aussi distincte qu'elle l'est dans les oiseaux, chez lesquels ces plaques ne sont pas réunies en un corps solide. ( Noie des traducteurs. )
haut degré d'extension ; c'est ce que démontrent les variations considérables que ceux d'une même partie présentent dans leur diamètre chez des sujets différens, et en particulier l'augmentation étonnante de capacité que le canal thoracique est susceptible d'acquérir lorsqu'un obstacle quelconque s'oppose au cours des fluides qu'il charrie. La disparition totale de lymphatiques très dilatés, quand le fluide qui les distendait a été évacué par une moucheture, et l'affaissement des glandes lorsque l'absorption est achevée, attestent que ces vaisseaux ne sont pas moins contractiles. Ce dernier phénomène n'a lieu, du moins à un haut degré, qu'aussi long -temps que la vie persiste dans les lymphatiques. On ne peut donc pas l'attribuer h la seule élasticité. En outre, non seulement ces vaisseaux se crispent lorsqu'on les touche avec des acides concentrés, ce qui pourrait être attribué , du moins dans quelques cas , à l'action chimique de ces corps sur toutes les substances animales , comme l'a fait Bichat, mais encore ils se resserrent manifestement quand on les met en contact avec des stimulans chimiques moins forts , tels que le chlorure d'antimoine, l'alcool, l'eau chaude et même l'air froid. Une irritation mécanique , le contact d'un corps étranger , l'action d'un instrument tranchant, y excitent aussi des contractions et des alternatives de dilatation et de resserrement (1). Le canal thoracique ne revient pas autant sur lui-même, après la mort , que pendant la vie, après qu'il a éprouvé quelque lésion mécanique (2).
On ne peut donc pas refuser l'irritabilité aux vaisseaux lymphatiques, et je ne trouve aucun motif pour leur attribuer , en place de cette propriété, une vie particulière qui les rendrait susceptibles de se contracter (3).
Au contraire, l'absorption qui continue après la mort générale , le rapport direct entre la rapidité et la durée de cette action , le choix que font les lymphatiques , et leurs divers
(1) Schreger, De irritab. vas. lympli. Leipsiek, 1789, exp. 3,4, 6,
(2) lbid. , exp. n.
(5) Ontyd , De causis absorplionis per vas. lymph., Leyde, 179.5, p. 79.
DU SYSTÈME VASCULAIRE. LYMPHATIQUES. ig5
degrés d'activité, n'annoncent pas, comme on l'a prétendu (i), qu'ils soient doués de l'irritabilité , mais prouvent seulement que l'admission et le mouvement des substances qu'ils contiennent sont des phénomènes qui dépendent de la vie , et qui ne tiennent pas à la simple influence des lois de la mécanique. Je n'ai pas besoin de démontrer que Bichat s'est trompé, ou du moins a fait choix d'une mauvaise expression, en disant qu'ils remplissent leurs fonctions en vertu d'une contractilité insensible.
Dans l'état de santé , les lymphatiques ne sont pas plus sensibles que les autres vaisseaux; mais ils le deviennent beaucoup dans l'état de maladie, par exemple, dans l'inflammation.
120. Le système lymphatique a pour fonction d'absorber, d'élaborer jusqu'à un certain point, et de conduire dans le système veineux, les substances qui s'offrent à ses radicules. Le fluide qu'il contient marche donc des branches vers les troncs et le cœur. Les preuves de celte assertion sont :
i° Les phénomènes dont je me suis déjà servi ( § 1 1 5 ) pour démontrer que le système lymphatique est indépendant du système artériel , qu'il naît à la fois de la substance des organes et de leurs surfaces.
2° Le gonflement des lymphatiques entre leur extrémité périphérique et un point de compression ou de ligature établi sur leur trajet, comme aussi leur affaissement entre ce point et le cœur. Le fluide qu'ils contiennent coule d'après la même loi, quand on les ouvre.
3° La direction et la disposition des valvules ( § 1 16).
Comme ces conditions sont les mêmes dans toutes les parties du système lymphatique, la fonction et le mouvement du fluide doivent être aussi les mêmes dans toute son étendue. On ne peut donc point admettre , avec quelques écrivains anciens (2) , et même modernes (3), ou que le système lym-
(1) Schreger, /. c. , p. 53.
(a) Bils, Diss. quà vents Iwpalis cirea cliylum et parilcr (Inclus chyitfcri haclcntts dicli usus demonstratur. Cf. H.illcr, De part. corp. hum. fab. I, S v, VI.
(3) llumpage , Phys. rescarches inlo the most important paris ofthe ani-
lt)4 ANATOMIE GÉNÉUAr.E.
phatiquc ne conduit pas la lymphe au cœur, mais la charrie en sens inverse, ou que ce mouvement a bien lieu dans les lymphatiques du canal intestinal , les vaisseaux lactés ou cliylifkres , mais qu'il ne s'opère pas dans les 'autres, dans les lymphatiques, proprement dits , où le fluide marche, au contraire, du tronc vers les branches, de sorte qu'ils sont immédiatement chargés d'accomplir la nutrition et la sécrétion. Rien n'est plus facile que de réfuter tous les arguraens invoqués à l'appui de ces paradoxes.
Mais deux problèmes se présentent a résoudre: la fonction qui vient d'être attribuée au système lymphatique est-elle constante ? ou bien ne remplit-il pas aussi la fonction inverse , qui consiste dans la rétrogradation et l'excrétion des liquides contenus dans son intérieur ? La fonction de l'absorption n'apparlient-elle qu'à lui seul, ou bien les veines y prennent-elles part aussi ?
I. Rratzenstein (i), Humpage et Darwin sont les principaux d'entre les physiologistes qui pensent que le fluide contenu dans les lymphatiques suit quelquefois un mouvement rétrograde. Ils se fondent sur les faits suivans:
i° Les valvules ne sont point un obstacle, et, comme elles jouissent de la vie, elles pourraient, ou acquérir la faculté d'agir en sens contraire, par une exaltation de leur vitalité, ou être frappées de paralysie : dans l'un et l'autre cas, le cours des fluides serait interverti.
Mais l'exaltation de la vie ne pourrait qu'accélérer le mouvement habituel. D'ailleurs, les valvules n'agissent pas seulement par leur vitalité , mais encore par leur disposition
mal œconomy. Londres 1794. — Treviranus (Untcrsucliungcn iiber wtchtige Gegenslaende der Nalurgcschichte und Mcdicin, iSo3, p. 126128) a émis l'opinion qu'on doit refuser au système lymphatique la fonction de fournir la substance nutritive destinée à l'entretien de l'action vitale, et l'attribuer aux veines seules : i° parce qu'il est trop étroit; 20 parce que la nutrition a lieu chez les personnes ûgées , quand les glandes mésentériques sont obstruées ; 3° parce que cette fonction s'effectue chez les animaux sans vaisseaux lymphatiques. J'examinerai plus loin ces argumens.
(1) Tlworia (Juxus diabetici more gcomclrico explicati , Halle , tfi6.
DU SYSTÈME VASCI'LAIAE. LYMPHATIQUES.
mécanique , de manière que, même après la mort, elles s'opposent à ce qu'un fluide passe du tronc dans les branches , avec quelque force qu'on le pousse, tandis qu'elles lui permettent de couler dans le sens contraire.
2° L'analogie d'autres valvules vasculaires qui , dans l'état morbide, ne s'opposent point au mouvement rétrograde des fluides , et de celles d'autres organes encore, telles que la pylorique et l'iléo-cœcale , de la résistance desquelles l'action anti-péristaltique du canal intestinal triomphe quelquefois. Mais ces faits ne prouvent rien, parce que la structure n'est pas la même, et que les valvules dont il s'agit sont seules.
5° Ou prétend qu'après la mort les lymphatiques absorbent mieux les liquides en sens opposé que dans la direction normale. Mais les expériences qui ont été faites dans cette vue , prouvent seulement que les fluides transsudent encore quelque temps après la mort , et non que les lymphatiques sont les voies qui leur livrent passage.
4° Les phénomènes de la sécrétion urinaire , après l'introduction dans l'estomac de substances qui. communiquent certaines qualités à l'urine ; les changemens arrivent avec trop de rapidité pour qu'on puisse croire que les substauces en question soient apportées aux reins par la circulation. Mais ce fait ne prouve rien non plus, puisque des expériences dont l'exactitude ne peut être révoquée en doute, démontrent que l'apport par la circulation est réel.
5° Les maladies qu'on a voulu expliquer par cette hypothèse, telles que le diabètes, les scrofules, la diarrhée, etc. , ne sont pas concevables telles que ses partisans en exposent la théorie, et s'expliquent autrement d'une manière bien plus satisfaisante.
II. On ne peut pas déterminer rigoureusement si les lymphatiques seuls sont chargés de l'absorption, ou s'ils partagent cette fonction avec les veines. Cependant la première hypothèse paraît plus probable par les motifs suivans :
i" L'oblitération du système lymphatique s'oppose à ce que le chyle ou la lymphe sortent des parties qui les renferment; aussi la ligature du canal thoracique enlraîne-t-clle la mort.
Il est vrai qu'on s'est servi aussi de ces phénomènes comme
iq6 anatomie générale.
d'argumens favorables à la cause de l'absorption veineuse (1), mais fort improprement, car, d'un côté, il s'est trouvé que, dans les cas où l'on avait admis l'absorption par les veines , parce qu'on supposait les lymphatiques oblitérés, ceux-ci ne l'étaient pas complètement ; d'un autre côté, lorsqu'on a prétendu que l'absorption cessait après la ligature des veines (2), on avait lié en même temps les vaisseaux lymphatiques , et l'absorption s'est faite quand ces derniers sont demeurés libres (3).
2° La lésion des lymphatiques produit les mêmes phénomènes , et les blessures de leur tronc commun occasionent la mort.
3° Les substances qui sont mises en contact avec une surface absorbante ne font que modifier l'action du système lymphatique et la nature du fluide qu'il contient. Ce qui le prouve, c'est d'abord qu'il n'y a que les vaisseaux et les glandes lymphatiques qui s'enQamment et se tuméfient par suite d'une infection ; en second lieu , que les propriétés caractéristiques des substances mises en rapport avec une surface absorbante n'ont été retrouvées que dans la lymphe et non dans le sang.
Après avoir injecté du lait, ou des liquides, soit colorés, soit très odorans, dans le canal intestinal d'animaux vivans , on a toujours observé que le liquide contenu dans les vaisseaux chylifères offrait la même couleur ou la même odeur ; mais on n'a , rien trouvé de semblable dans le sang. Si l'on remplit le canal intestinal d'un liquide coloré, qu'on en injecte dans les artères un autre qui prenne facilement cette couleur, du lait, par exemple, et qu'on fasse revenir ce dernier par les veines, il reparaît incolore. Le même effet a lieu quand on se sert de liquides odorans. Le sang des veines intestinales ne devient pas plus fluide, quoiqu'on distende l'intestin avec de l'eau chaude jusqu'au point de le faire crever (/|).
Mertrud prétend avoir fait passer plusieurs fois certains li-
(1) C'est ce qu'a fait Home, par exemple.
(2) Lower, De corde, t. II, p. 122.
(3) Hcwson, loc. cit. p. 1 45.
(.|) Hunter, Med. comment., p. I\ ?..