‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 24 sur 186 · DU SYSTEME VASCULAIRE. LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

DU SYSTEME VASCULAIRE. LYMPHATIQUES

quides des vaisseaux lactés dans la veine azygos et les veines lombaires ; mais il n'indique ni les fluides dont il s'est servi ni le procédé qu'il a employé (i).

Dans d'autres expériences , où l'on a vu de l'eau passer du canal intestinal dans les veines de l'intestin (2) , on avait exercé une longue compression . et très vraisemblablement il s'était fait une déchirure, comme il s'en opère si aisément, même lorsqu'on comprime peu. On doit encore soupçonner bien plus cette cause, ou une transsudation cadavérique, dans les cas où la matière injectée par les veines, après la mort, a passé dans le canal intestinal, et dans ceux où elle a reflué, soit de l'intestin , soit d'autres organes creux, tels que les vésicules séminales (3) , dans les veines. On y est d'autant plus autorisé que, dans les expériences de Hunter, les phénomènes énoncés précédemment eureulli eu tant que dura la vie de l'animal, et que les seconds parurent seulement après sa mort, sans même être toujours constans. Si l'eau passe de la ciavité du canal intestinal dans les vevnes, elle transsude aussi en bien plus grande quantité à la surface de l'intestin.

Je dois parler ici des trace* de chyle qu'on dit a voir aperçues dans le sang des veines intestinales. Mais , en admettant même que les stries blanchâtres qu'on a prises pour telles fussent réellement du chyle, on les rencontre également dans d'autres veines, de sorte qu'elles ne prouvent rien.

4° Le système lymphatique suffit pour l'absorption, puisque le nombre des vaisseaux qui le constituent est im m prise, et le mouvement du fluide qu'ils renferment très rapide. L'étroitesse du canal thoracique ne prouve rien, tant à cause de cette rapidité même, que parce que la capacité du conduit esl très variable", et qu'on en trouve toujours plus d'un à la fois.

5° Les substances même les plus douces., l'eau , ■l'huile , le lait, l'air, le mucilage, introduites directement dans le ■ système veineux , compromettent ou détruisent la vie.

(0 Mertrud , Mémoire où l'on se propose de démontrer que toit l le chyle n'entre pas dans le canal ihoràciquè, etc. ; dans Mémoires présent., t. III , 1760 , p. 1 55-i58. i

(2) Kaavv lîoerliaave , De perspir. , § 46g>(7».

(3) Mockcl , Erp. et obs. de finVb us ucnartim.

]f)8 ANAT0MIE GÉNÉRALE.

G" Les autres argutnens par lesquels on a cru démontrer la nécessité de l'absorption veineuse sont faciles à réfuter.

a. Les veines absorbent réellement chez plusieurs animaux quin ont point de système lymphatique. Jusqu'à Hewson (1), on a cité, à l'appui de cette règle, les oiseaux, les reptiles et les poissons. ïreviranus (2) leur a même refusé les lymphatiques, après qu'Hewson en eut démontré l'existence dans ces classes. On ne peut plus alléguer aujourd'hui que les animaux sans vertèbres (3). Mais alors on aurait également le droit de dire que l'absorption ne se fait point par des vaisseaux, et que partout le fluide nourricier pénètre immédiatement dans la substance des organes , attendu qu'il y a des animaux qui n'ont pas un seul vaisseau.

h. L'absorption par les veines a lieu aussi dans certaines parties du corps des animaux pourvus d'un système lymphatique. On cite l'exemple du placenta, de la verge et du clitoris, disant que le placenta n'a pas de lymphatiques, et que , quant à la verge et au clitoris, le sang qui s'épanche des vaisseaux y est réellement repris par les veines, pour être ramené dans le torrent de la circulation. Mais l'absence des lymphatiques dans le placenta n'est pas encore parfaitement démontrée; bien loin de là, quelques observations faites depuis peu rendent leur existence probable (4)- D'ailleurs il serait possible que, le placenta

(i) Expérimental inquirics , t. II, Londres, 1774, ch. iv-vi. (s) ïlntcrsuchungcn iibcr wichligc Gegenstaénde dcr Natur und Mcdicin, Goettingue, iSoô, p. 127.

(3) Magendie a repris les observations d'Hewson, et conclu de ses propres dissections que les vaisseaux chyleux et les canaux thoraciques n'existent pas chez les oiseaux , et que les seules traces des vaisseaux lymphatiques se voient au cou , où l'on rencontre, comme chez les mammifères, des vaisseaux et de? glandes lymphatiques, assez souvent remplis, chez les oiseaux vivans, par une lymphe diaphane et sans couleur. Il est porté à croire que les reptiles et les poissons sont aussi entièrement dépourvus de vaisseaux lymphatiques, et que les organes décrits sous ce nom ne sont 1 que des veines sanguines. Voyez son Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des oiseaux ; dans Journal de physiologie expérimentale, t. I, 1S21 , p. 47«

( Note des traducteurs. )

(4) G. Uttini, dans Mcmoric detl'istiluto nazionalc ilaliano , t. I , p. n- Bologne, 1806, p. 209-216. — Michaelis , Obs. circa placenta, ac funtculi umbilicalis vasa absorbenlia , Goettingue, 1790.

DU SYSTÈME VASCULA1RE. LYMPHATIQUES. ÎQQ

étant un organe temporaire , et par conséquent d'une structure moins parfaite, les veines y fussent en possession de la faculté d'absorber, de la même manière qu'elles ont partout ce pouvoir chez les animaux imparfaits. A l'égard de la verge et du clitoris, le sang ne s'y extravase point; mais les prétendues cellules de leur corps spongieux ne sont que des veines dilatées; d'ailleurs quand bien même cette disposition n'aurait pas lieu, les veines n'absorberaient ici que du sang.

c, On prétend encore qu'il n'est pas possible d'expliquer d'une manière satisfaisante la grande différence qui existe entre la capacité des artères et celle des veines, sans admettre qu'il entre de dehors, dans ces dernières, autre chose que du sang. Mais, d'une part, l'ampleur proportionnelle des veines , qu'on dit être si considérable, n'a pas lieu pendant la vie; d'un autre côté , elle dépend en grande partie des obstacles que le cours du sang rencontre dans ces vaisseaux, et de l'expansion plus grande de celui qu'ils charrient.

cl. Enfin on allègue la différence entre le sang artériel et le sang veineux, disant que ce dernier est moins coagulable , et que même celui de la veine porte ne se coagule pas. Mais cette assertion est erronée. D'ailleurs le chyle, à la présence duquel cette fluidité et cette încoagulabilité ont été attribuées, se coagule lui-même (i).

(i) L'opinion que les veines absorbent remonte jusqu'à Galien ; mais-, repoussée par T. Barlholin, et surtout par Hunter,Hewson et Cruiksliank, elle n'était plus considérée, depuis 1795, que comme une curiosité purement historique, lorsqu'on 1809 Magendie publia sou Mémoire sur les organes de l'absorption chez les mammifères , dans lequel il rapportait des expériences faites conjointement avec Dnpuytren et Delile. (Journal de physiologie expênithsi t. I, p. 18. — Précis élément, de pliysiol. , t. II, p. 176 etsùiv.,p. 2-j.ç) et suiv.) Les principaux résultats étaienjlj iu que si toutes les communications entre le canal thoraciquo;ct les veines sous- Olavières avaient été comprises 'dans une ligature , l'animal périssait an bout de cinq ou six jours; %" que la ligature du canalllioracique n'empêchait et ne retardait même pas la mort d'un animal soumis à l'action d'un poison; 7>" que le poison appliqué à une partie ne communiquant, pins avec le reste du corps que par l'artère et la veine qui s'y rendaient , n'en manifestait pas moins ses funestes effets ; 4° enlin , que des substances odorantes on colorantes, soumises a l'absorption, se retrouvaient, au

124. Sous le rapport de la durée de son action , le système lymphatique est du nombre des organes qui la conservent lu plus long-temps. Les liquides colorés qu'on injecte dans la poitrine et l'abdomen, ou dans lesquels on se contente de plonger un organe, pénètrent encore quarante heures après la mort dans les vaisseaux lymphatiques.

bout d'un laps de temps très court , dans le sang veineux, mais non dans la lymphe du canal thoracique.

Ces résultats déterminèrent Magendieà conclure, i° queles veines sanguines absorbent; 20 qu'il est très douteux que les vaisseaux lactés absorbent autre chose que le chyle ; 3° qu'il n'est pas démontré que les autres lymphatiques jouissent de la faculté absorbante. Ribes ( Mém. de la soc. mèd. d'émulation , 1817, t. VIII , p. 6o4 et suiv. ) s'étant convaincu, par les injections, que les veines ont des orifices ouverts dans le tissu cellulaire et la cavité des intestins , ayant en outre rencontré plusieurs fois, dans les veines, diverses substances absorbées, telles que de la graisse et du pus , sans trouver rien de semblable dans les artères ni dans les lymphatiques, se prononça de même en faveur de la faculté absorbante des veines. Emmert, Mayer, Nasse, Jaeckel , Tiedemann , Gmelin, Seiler , Ficinus , et plusieurs autres, parvinrent aux mêmes résultats, soit en répétant les expériences faites par Magendie, soit en en instituant de nouvelles. Toutes ces expériences cependant ne pouvaient tendre qu'à démontrer la faculté absorbante des veines, et n'excluaient pas rigoureusement celle des lymphatiques. C'est pour remplir celte lacune que Ségalas ( Note sur l'absorption intestinale , dans Journal de phys. expér. t. II , p. 1 1 ) entreprit une série d'expériences , dans un ordre inverse , c'està-dire qu'il soumit à l'action des vaisseaux lactés seuls du poison introduit dans une anse d'intestin , les vaisseaux sanguins qui y correspondaient étant préalablement liés avec beaucoup de soin , afin de ne pas comprendre dans les ligatures les lactés , qu'on voyait gorgés de chyle. Il eut pour résultat qu'aucun des symptômes ordinaires d'empoisonnement ne se manifesta tant que l'anse d'intestin ne communiquait avec le reste du corps que par les vaisseaux lactés seuls, mais qu'ils eurent lieu avec leur rapidité ordinaire , dès qu'une veine déliée put permettre au sang de passer dans le reste du corps. La conclusion fut que les veines absorbent exclusivement les substances , autres que le chyle , qui sont déposées dans le canal intestinal. Toutes ces expériences , plusieurs fois répétées, sans modifications apparentes dans les résultats, et les conclusions qu'en ont tirées leurs auteurs, firent qu'un grand nombre de physiologistes adoptèrent cette doctrine , et que journellement elle recruta de nouveaux sectateurs. Fohmann ( Anatomischc Untersucliungcn iiber die V erbindung der Saeugadcrn mit den Venen, Heidelberg , 18a 1.) éleva le premier des doutes à cet égard, en expliquant les résultats de

Page 1