DU SYSTÈME VASCULAJKE. LYMPHATIQUES
L'activité de ces vaisseaux dure toujours plus long-temps que l'irritabilité des muscles, et elle persiste encore après que la chaleur animale est éteinte.
Ces expériences ne réussissent pas toujours, mais il faut bien se garder de conclure de là que le phénomène n'a jamais lieu. Au contraire, les différences qu'on observe prouvent qu'il
Magendie par les communications qu'il démontra exister entre les lymphatiques et les veines , dans le tissu des organes et l'intérieur des glandes lymphatiques. /
Lauth fils ( Essai sur les vaisseaux lymphatiques, Strasbourg, 1824)5 en suivant la même voie , confirma l'existence des communications démontrées par Fohmann, et s'appuyant , soit de ses propres expériences , soit de celles faites par les auteurs qui l'ont précédé, et qui prouvent la faculté absorbante des vaisseaux lymphatiques , se fondant aussi sur l'impénétrabilité des tissus par pores inorganiques .dans l'état physiologique, et considérant enfin que les veines sanguines sont nécessairement continues avec les artères, et que tout rameau veineux qui naîtrait par un orifice ouvert ne serait plus , par cela même, une veine sanguine, il établit les conclusions suivantes: 1° que les vaisseaux lymphatiques absorbent; 20 que ces vaisseaux se terminent en partie dans les veines sanguines, en partie dans le tissu des organes et dans les glandes lymphatiques ; 5° qu'il parait y avoir des substances qui sont toujours versées dans les veines par les radicules lymphatiques, pour être éliminées plus vite de l'économie animale ; 4° que rien ne prouve l'absorption par les veines, qui est même contredite par l'idée qu'on doit se faire de ce genré de vaisseaux. Voyez encore, sur ce sujet , Tiedemann etGmelin, Recherches sur la route que prennent diverses substances pour passer de l'estomac et du canal intestinal dans le sang ; traduit de l'allemand, Paris, 1S21 ; — Fodera , Recherches expérimentales sur l'absorption cl l'exhalation, Paris, 182/1. — Wertrumb, Mémoire sur celte question : y a-t-il ou non passage immédiat des substances appliquées au corps humain, de ta surface d'application dans le système sanguin ; dans Journ. compl. du Dict. des se. méd. , t. XVI , p. 225. — Expériences sur le pouvoir absorbant des veines , par Seiler et Ficinus; mrme recueil , t. XVIII, p. 3i8, et t. XIX, p. 125.
Nous lisons , dans V Anthologie de Florence , que Lippi annonce la découverte , faite par lui, de plusieurs gros troncs lymphatiques qui s'ouvrent directement dans la veine caveau milieu de l'abdomen, et qu'il se sert aussi de cette découverte pour expliquer plusieurs phénomènes dont on s'était servi pour étayer l'hypothèse de l'absorption par les veines. Le Mémoire dans lequel ses observations sont contenues a été lu , le 6 mai , devant la Société de médecine de Florence ; il n'a point encore été publié , ou du moins il n'est pas venu à notre connaissance.
( Note des traducteurs. )
tient réellement a l'influence de la vie, et que l'absorption qui continue après la mort des autres organes n'est pas un phénomène de capillarité, quoique la position déclive des parties la favorise. L'expérience réussit d'autant mieux que la vie est moins épuisée; aussi n'est-elle jamais ou presque, jamais couronnée de succès chez les animaux ou les hommes qui périssent accablés par la maladie : elle réussit mieux chez les jeunes gens que chez les vieillards, quand le liquide est chaud que lorsqu'il est froid.
ia5. Ces faits répandent quelque lumière sur la cause de l'absorption. Il s'ensuit que c'est un phénomène vital , conséquence qui découle bien plus encore,
i° Du choix que les lymphatiques font, sinon toujours, du moins dans l'état normal, entre les substances qui se présentent à leur action ;
2° De ce que leur activité n'est pas toujours la même. Liée <:n grande partie au degré d'énergie vitale, cette activité demeure quelquefois suspendue pendant des années entières sur certains points, ainsi qu'on le voit , par exemple, dans l'hydropisie , et reparaît ensuite tout-à-coup, souvent sans cause appréciable, ou au milieu d'un concours de circonstances propres à exaller l'énergie de la vie.
ARTICLE II
DU SYSTEME VASCULAIRE DANS l'ÉTAT ANORMAL.
126. En quittant l'état normal du système vasculaire pour éludier son état anormal, le premier pas à faire est de rechercher l'origine accidentelle de ce dernier.
Cette origine est due à Vinflammalion survenue dan? les substances produites par la coagulation des fluides épanchés. Comme I'itïflammatjon , ou un acte analogue, est la voie
PRINCIPALE PAR LAQUELLE SE PRODUISENT TOUTES LES l'ORMATIONS ,
soit régulières, soit irreguliÈres , et qu'elle a son siège dans le système vasculaire, il me paraît convenable de faire connaître ici les principaux Irait* de son histoire , niai- en les
rassemblant dans un cadre serré, et en m'attachant particulièrement à la forme.
L'inflammation a son siège dans les ramifications les plus déliées du système sanguin, dans les capillaires. Elle y accumule , en plus grande quantité qu'à l'ordinaire , le sang, qui circule alors tantôt plus rapidement, tantôt avec moins de vitesse que dans l'état normal (1).
Le résultat de cette accumulation est de dilater les vaisseaux capillaires (2). La partie devient donc plus rouge qu'elle n'a coutume de l'être. Lorsque cet état a duré quelque temps (3) , il en survient d'autres qu'on désigne sous le nom de terminaisons de l'inflammation. Mais il ne faut pas perdre de vue que, si l'on excepte le premier, l'inflammation persiste, quoi-
(1) Voyez sur l'état des vaisseaux sanguins dans l'inflammation , J. Thomson , Lectures on inflammation exhibiting a view of the générale doctrine pathological and praclical of médical surgery , Édi mbourg, 1 8 1 3 , p. 75-89.
(2) Cette dilatation peut persister après même que l'inflammation s'est dissipée , et il en résulte que des vaisseaux sont visibles , même à la surface, dans des parties qui n"en contenaient auparavant que de fort déliés. Nous citerons pour exemple le ptérygion et certaines angines.
( Note des traducteurs. )
(3) Des vues scolastiques , dictées par l'empirisme , ont conduit les médecins à distinguer l'inflammation en aiguë et chronique, expressions auxquelles ils attachent vaguement l'idée d'une inflammation qui dure peu , et d'une autre qui dure long-temps. Le prétendu succès des excitans dans cette dernière l'a fait souvent considérer comme un état opposé à celui de l'inflammation , de sorte qu'on a placé l'inflammation aiguë dans le domaine de la force, de la slhcnic, et qu'on a relégué la chronique dans celui de la faiblesse, de l'asthénie. Ceux qui se sont le moins éloignés de l'observation, et qui ont adopté en même temps le langage le plus contradictoire , appelaient cette dernière inflammation alonù/ue. Au milieu de ces spéculations d'école , qui ont varié il l'infini , sous l'influence de toutes les sectes, la part que L'inflammation prend a la production de3 formations nouvelles ou anormales a été le plus ordinairement méconnue, quelquefois cependant entrevue. Elle fixe en ce moment l'attention générale. Personne aujourd'hui , du moins chez nous, n'admet d'inflammation asthénique ; mais il répugne encore à quelques pathologistes de faire dépendre toutes les formations nouvelles de i'inllammatinn. Nous reviendrons sur ce sujet dans une note au chapitre XII.
( JSote, des traducteurs. )
204 AKATOMIE GÉNÉRALE.
qu'à un degré plus faible, tant que ces étals consécutifs durent. Tantôt l'inflammation disparaît sans laisser de traces, et l'on dit alors qu'il y a eu resolution, tantôt il survient une formation nouvelle. La plus simple est Y ex sudation , qui a lieu par l'épanchement de la portion incolore du sang, plus ou moins pure, dans la substance ou à la surface de la partie enflammée (i). Suivant que le fluide épanché est plus ou moins coagulable, il en résulte, soit seulement une espèce d'hydropisie, soit l'induration de la substance de l'organe, soit enOu Y adhérence de parties originairement séparées , mais voisines, parce que le fluide épanché se solidifie , et représente plus ou moins le tissu muqueux ou le tissu séreux. 11 n'est pas rare de trouver ces deux derniers états réunis ensemble. Ordinairement il se développe des vaisseaux sanguins dans la substance épanchée et coagulée. Ces vaisseaux ne sont pas de toute nécessité des prolongemens de ceux qui existaient déjà; mais, de même qu'à l'époque de la première formation , des vaisseaux naissent dans la substance, d'abord homogène, et se réunissent peu à peu, tant les uns avec les autres, qu'avec ceux qui existaient auparavant. Leur structure n'est pas aussi régulière que celle de ces derniers, et ils semblent moins des vaisseaux véritables que de simples voies (2) , qui ne sont pas séparées par des membranes propres de la substance dans le sein de laquelle elles ont pris naissance. Le tissu muqueux. et le tissu séreux qui s'en rapproche beaucoup, sont surtout disposés aux adhérences de cette espèce , qui gênent plus ou moins les mouvemens des parties. Lorsque cet acte se passe dans des organes qui ont éprouvé une solution de continuité, on dit que la réunion se fait par adhésion ou par première intention.
Une seconde espèce de formation nouvelle est la suppura-
(1) Voyez sur ce sujet une note importante de Th. Dowler, Sur les produits de l'inflammation aigue ; dans Jotirn. complcm. du Dicl des se. méd., t. XVI II, p. 188.
(2) Bordeu , Recherches sur le tissu muqueux, Paris, 1767, p.aS. l'oyez à ce sujet les importantes observations de Iloinc , sur les cliangenieus que le sang subit en se coagulant, dans Phil. Irnns., iSiS, p. 172-185.
tion. Ici , la texture subit un changement encore plus essentiel, puisque la partie enflammée se transforme, en grande partie, en un organe sécrétoire nouveau, analogue aux membranes muqueuses, dont le produit est un fluide particulier, appelé pus (i). La formation préliminaire de cet organe n'est cependant pas indispensable pour qu'il se produise du pus; aussi ne l'observe-t-on pas dans les membranes muqueuses. En général, pour que la suppuration ait lieu, il faut que l'inflammation ait atteint un certain degré d'intensité, et duré un certain laps de temps. Mais ces conditions ne sont pas non plus de rigueur.
La quatrième terminaison de l'inflammation est le sphacble de la partie, auquel conduit la gangrène. On donne aussi au premier de ces deux états le nom de gangrène humide , et au second , celui de gangrène sèche. Le rouge clair se change en un rouge foncé, qui passe bientôt au noir. La partie mortifiée subit alors leschangemens que tout corps organisé éprouve après sa mort (2).
Lorsque cet état n'occasione que la mort de la partie qui avait été frappée d'inflammation, la gangrène s'arrête. Il se forme , sur la limite du vif et du mort , une rainure rougefitre , un enfoncement, le long duquel la partie vivante paraît d'un rouge clair. Cette rainure est produite par l'absorption qui, devenue plus active, travaille à séparer la partie morte de celles qui vivent encore.
Les moyens de rétablissement sont plus compliqués dans les cas de suppuration et de mortification que dans ceux de résolution et d'adhésion. Il se développe, sur les surfaces qui sécrètent le pus, de petites élévations rougeâtres, formées de tissu muqueux et de vaisseaux très déliés, qu'on appelle bourgeons charnus. Ces bourgeons se réunissent peu à peu, s'affaissent, et forment enfin une cicatrice, qui est plus petite,
(1) Brugmans, De puogenis, Groningue, 1785. — Home, On the properties of pus, Londres, 1788.— Pearson, Observations et expériences sur le pus ; dans Phil. trans. , 1810, p. Il, p. 2g4.-5i7-
(2) Voyez, sur l'état des vaisseaux sanguins dans la gangrené, Thomson , Lectures ou inflammation , p. 7iH?..
ao6 ANAT0M1E GÉNÉRALE.
dans toutes ses dimensions, que ne l'était d'abord la partie malade, et qui a plus ou moins parfaitement la structure de l'organe à la place duquel elle s'est établie (1).
127. Quoiqu'il se développe, dans les parties de formation nouvelle, des vaisseaux également nouveaux, dont les uns naissent indépendamment de ceux qui existaient déjà, tandis que d'autres sont de simples prolongcmens de ces derniers ( § 126), les anciens vaisseaux ne possèdent pas la faculté de se régénérer en entier. Quand l'un d'eux vient à être détruit par une ligature, ou de toute autre manière , il ne s'en forme jamais un nouveau à sa place. Lors même qu'une plaie faite a. un vaisseau guérit par cicatrisation, et sans que le canal s'oblitère, ce vaisseau diffère toujours, par sa dureté et sa texture indéterminée, de ceux qui n'ont pas éprouvé le même accident, quoique Maunoir ait avancé le contraire. Ce que ce praticien considérait comme un commencement de régénération, n'était qu'une occlusion encore imparfaite de l'artère (2).
1 28. Les quatre portions dont le système vasculaire se compose, savoir, le cœur, les artères, les veines et les lymphatiques, présentent un grand nombre d'anomalies, tant dans leur forme extérieure que dans leur forme intérieure. Parmi ces anomalies, plusieurs leur sont communes à toutes, tandis que d'autres appartiennent plus particulièrement , ou même spécialement, à l'une d'elles. Mais celles mêmes qu'on rencontre indistinctement dans les quatre portions du système sont plus ou moins modifiées par les différences qu'on observe dans la structure normale de chacune.
On peut établir à peu près la classification suivante. Les aberrations du système vasculaire se partagent en anomalies dans la forme extérieure, et en anomalies dans la forme intérieure ou la texture. Les premières se rapportent à la situation , à la masse, au volume, a la configuration et à la continuité du système. Toutes ces anomalies peuvent être congé-
(i) Moore, On tlie process of nature in ihc Iwaling ofwounds , Londres, 1789. — Home, Sur la conversion du pus en bourgeons charnus ; dans Phil. trans. , 1819, p. 1-11.
(î) Maunoir, Mèm. sur l'anévrysme , Genève, »8oa,p. 108.
niales, ou produites accidentellement par des influences qui agissent d'une manière contraire à la règle. Ne pouvant entrer dans les spécialités, qui, si l'on veut les faire bien comprendre, doivent être renvoyées à l'anatomie spéciale , je me bornerai aux considérations suivantes.
1 29. Les anomalies de situation s'expriment , dans les vaisseaux, principalement par le caractère insolite de leur origine et de leur cours; dans le cœur, par les changemens de sa direction (1).
i5o. Les anomalies de masse et de volume sont en plus ou en moins de l'état normal. La masse et le volume ne sont pas nécessairement accrus ou diminués tous deux à la fois ; souvent même ces deux qualités sont frappées en même temps d'anomalies inverses. L'accroissement de masse et de volume est plus commun que ne le sont le rétrécissement et le rapetissement.
Dans le cœur, les veines et les lymphatiques, l'agrandissement se complique ordinairement d'un changement de texture. 11 s'accompagne souvent, dans le cœur, d'un accroissement de substance, tandis qu'en général il n'y a que dilatation dans les veines et dans les artères. Quant aux artères, lorsqu'elles sont dilatées, on y observe non seulement une altération de texture, mais encore une déchirure partielle.
Je suis obligé de renvoyer aussi à l'anatomie spéciale l'exposition des anomalies que le cœur présente sous ce rapport; mais l'histoire de celles des autres portions du système vasculaire est à sa place ici.
Dans les artères , la dilatation anormale s'appelle anevrysme (2). Cependant on désigne sous ce nom plusieurs étals des artères dont l'essence est totalement différente , savoir :
i° La dilatation totale ou partielle de leur circonférence ;
2° La destruction totale ou partielle de leur continuité.
(1) Voyez mon Mémoire sur les vices de conformation primitifs du cœur, dans Reil , Archiv fur die Physiologie , t. VI , cah. m.
(2) Lanth, Collcctio scriplorum lalinorum de anevrysmatibus , Strasbourg, 1785. — Scarpa , Réflexions et observations analomico-patlwtoyi'/ucs sur l'anevrysme , trad. par Dclpcch. Paris, i8o<).
Ces deux états sont néanmoins distingués l'un de l'autre par la dénomination tfanëvrysme vrai;, donnée aupremier, et par celle tfanévrysme faux ou mixte , imposée au second.
On appelle communément anévrysme vrai une simple dilatation des artères dans toute leur circonférence. Un état semblable est possible , et on l'observe même quelquefois ; mais il est extrêmement rare, et n'existe presque jamais dans les cas où l'on a coutume de le supposer. Il est plus ordinaire de rencontrer, quoique ce ne soit pas non plus , à beaucoup près , ce qui arrive dans toutes les circonstances, une légère dilatation, accompagnée d'une dégénérescence, considérable de la membrane interne de l'artère, comme inflammation, cartilaginification, fragilité de cette tunique, et plus lard, quand la dilatation a fait quelques progrès , d'une déchirure de la membrane interne et de la membrane fibreuse, avec épanchement du sang dans la membrane celluleuse par la fissure, qui est toujours plus ou moins facile à apercevoir.
La membrane celluleuse avait déjà contracté auparavant des adhérences intimes avec la tunique interne, par suite de l'état maladif de celte dernière , ou de la compression, en sorte que, soit que la rupture s'opère tout-à-coup, soit qu'elle se fasse peu à peu, il ne peut pas s'opérer un épanchement sanguin dont la durée illimitée occasione la mort. Voilà pourquoi on ne trouve pas l'artère uniformément distendue dans les anévrysmes volumineux; on rencontre seulement le sac produit parla tunique celluleuse, appliqué sur sa surface, et ordinairement uni à elle par un col étroit. Ce sac contracte des adhérences avec les parties voisines, mais la pression du sang le détruit lui-même peu à peu; ou tout-à-coup. Tant que sa portion détruite correspond à une partie dure, notamment à un os, et que l'ouverture adhère à cette partie, dans toute sa circonférence , il ne s'en échappe rien ; mais, dès que ses adhérences avec un autre organe, qui n'est pas lui-même protégé, viennent à se déchirer, le sang, faisant irruption par l'ouverture , s'écoule lentement ou rapidement dans une cavité du corps , ou dans un autre organe , ou enfin même à la surlace du corps, et la mort arrive plus ou moins vite. Telle est du moins l'issue ordinaire des anévrysmes vrais. Il est fort rare
DU SYSTEM F. VA.SCDI.AinE DANS t'ÉTAT. ANOIIMAL. 20;,
que , quand on abandonne la tumeur à elle-même, une inflammation, développée accidentellement, oblitère le vaisseau dans sa portion malade, et que la circulation se rétablisse ensuite par la dilatation des artères collatérales.
Cet exposé démontre que la plupart des anévrysmes qu'on regarde comme vrais, sont réellement mixtes, puisqu'il y a en même temps déchirure à la membrane interne et distension de la tunique externe. La simple dilatation des artères n'a guère lieu que dans les organes qui grossissent beaucoup , parce qu'alors l'artère participe au surcroît de nutrition; encore même n'arrive-t-elle pas toujours dans cette circonstance.
Il n'est pas rare que le système artériel ait de la disposition à cette altération morbide dans une portion plus ou moins considérable de son étendue. C'est ce qu'on appelle cliathèse anévrysmatique. Souvent alors le même sujet présente un grand nombre d'anévrysmes sur des points différens du corps, et sur les diverses artères d'une même partie. Une prédisposition semblable n'est cependant pas absolument nécessaire; et, soit qu'il y ait ou non fragilité des tuniques artérielles, il suffit d'influences mécaniques extérieures pour produire cet état, quoique, en général, ces causes se bornent à altérer le tissu des artères dans l'endroit où porle leur action.
Uanévrj'sme faux ne mérite pas le nom d'anévrysme , puisqu'il ne consiste point dans une dilatation, mais seulement dans une solution de continuité de l'artère. Il est ordinairement produit par une lésion externe, assez fréquente surtout dans la saignée , lorsqu'on ouvre l'artère en place de la veine. C'est par cette raison qu'on le rencontre plus particulièrement à l'extrémité inférieure de l'artère brachiale. Suivant alors que, par l'effet de causes diverses, le sang se répand dans tout le membre, entre les muscles et audessous de la peau, ou n'envahit qu'un petit espace, on donne à l'anévrysme l'épithète de diffus ou de circonscrit. Vanévrysme mixte , d'après la définition des auteurs, est i celui dans lequel on observe déchirure de quelques membranes artérielles et simple distension des autres. On admet qu'il peut y avoir, ou déchirure des membranes externes
avec dilatation des internes, ou déchirure des internes avec distension des externes.
Ce dernier état est, comme je l'ai déjà dit, celui qui a ordinairement lieu dans les cas où l'on admet un anévrysme vrai. Quant au premier, il doit être fort rare, car non seulement l'ablation de la membrane externe , mais encore celle de la plus grande partie de la moyenne, n'occasione aucune dilatation dans le vaisseau, même lorsque les organes circonvoisins ne protègent plus l'artère (1).
Outre ces états anormaux, qui ne sont relatifs qu'aux artères seules, la lésion d'un vaisseau artériel peut s'accompagner de celle des veines. Si alors les plaies sont situées de manière que les deux vaisseaux s'abouchent ensemble, il en résulte Y anévrysme variqueux, qu'on appelle aussi mixte, par abus de mots (2).
Cet accident est rare et purement fortuit dans les anévrysmes déterminés par une cause interne , qu'on est dans l'usage de regarder comme des anévrysmes vrais. Il peut se faire néanmoins que le sac s'ouvre alors dans une veine voisine, ou dans un vaisseau charriant du sang noir (3) , auquel il adhérait auparavant, et dont il a fini par détruire les parois au point de contact. Mais l'accident est plus commun et survient nécessairement dans les circonstances où une lésion extérieure produit un anévrysme faux ordinaire, quand la veine a été traversée d'outre en outre, avec la paroi correspondante de l'artère qui l'accompagne. Le sang coule alors de
(1) Hunter, dans les Trans. of a soc. for improv. of mcd. and chirttrg. knowl. j vol. I , p. i44-
(2) Hunter, History ofan anevrysm; dans Med. obs. and inq., vol. I , n. 26, p. 34o. Further obs. upon a partie, spec. of anevrysm ; ibid. vol. II, n. 36. — Gleghorn, The case of an ancvrysmal varix ; ibid. vol. III, n. i5. — White , On tke varicose anevrysm ; ibid. vol. IV, n. 34- — Armiger, On varicose anevrysm; ibid. n. 35. — Brambilla, Fonder btutaderigten Schlagadcrgcschwulst ; dans Abh. d. Jos. Ahad. , t. I , p. 92. — Larrey , dans Butlet. de la fac. de mèd, îSia, n. i-5.
(3) Wills , A case of anevrysm ofihe aorta communicaling with the pulmonary artery; dans Mcd. irons, ofasoc. for the improv. ofmed. and chir. knowl. , vol. III , n. 7.
DU SYSTÈME V ASCI' LAI Mi DANS L'ÉTAT ANORMAL. 211
l'artère dans la veine et dans le tissu cellulaire ambiant; mais ie voisinage des deux vaisseaux, la facilité avec laquelle le sang passe de l'artère dans la veine, et l'influence de la compression, font que les deux ouvertures correspondantes se ferment, aussi bien que la plaie extérieure de la veine, et qu'il ne reste plus qu'une communication anormale entre les deux vaisseaux.
La dilatation des veines (1), ou la varice, et celle des lymphatiques (2) (cirsus), ne sont presque jamais accompagnées de la dégénérescence des membranes. Elles dépendent bien plus souvent que l'anévrysme d'une simple dilatation, parce que les veines et les lymphatiques sont beaucoup plus extensibles que les artères. En général aussi elles ne sont dues qu'à des obstacles mécaniques qui s'opposent au libre cours des humeurs. Cependant il n'est pas rare non plus que des déchirures s'opèrent lorsque la distension va trop loin.
Les dilatations partielles des lymphatiques, qui surviennent entre deux paires de valvules, et qui sont accompagnées de l'oblitération des vaisseaux, peuvent donner lieu à la formation d'une espèce d'hydatides, qui se développent bien plus rarement dans les veines par l'influence de cette cause.
La dilatation anormale des vaisseaux n'affecte ordinairement qu'un seul système. Cependant il n'est pas très rare qu'elle s'étende à tous les trois ensemble. Alors, ce sont toujours les capillaires qui s'écartent de l'état normal. La maladie paraît sous la forme d'une tumeur rouge, pulsatile, souvent saignante , composée d'un lacis inextricable de vaisseaux, qu'on 1 rencontre fréquemment surtout dans le tissu cellulaire sonscutané , et qu'on désigne sous le nom d'ane'vrysme par anastomose, tfangiectasie , ou de tissu caverneux ou éreclile accidentel.
i3i. L'état opposé, la petitesse et l'étroitesse anormales du système vasculaire, est beaucoup moins commun que le
(>) F.-A.-B. Puchclt , Das Vcnensystem in seinen hranhhaftcn Verhallnissen dargcstclll , Lcipsick , 1818.
ooemmerring, De morbis vasorum absorbenlium corporis humant,, Francfort, 1795.
précédent. Il est rare qu'il soil général. La plupart du temps, il n'envahit qu'une seule espèce de vaisseaux, et l'étroitesse anormale de l'une détermine une ampliation contre nature de l'autre.
Cet état peut n'être qu'un simple vice de conformation, ou dépendre d'une altération morbide de texture. Ici se rapporte surtout le rétrécissement du canal par un épanchement de matière fibreuse survenu à la suite d'une inflammation des vaisseaux. Mais, dans la plupart des cas, cetépancheinent ne se borne pas à rétrécir le vaisseau , il l'oblitère toul-à l'ait.
Toujours les vaisseaux diminuent peu à peu, s'affaissent et s'oblitèrent, sans inflammation préalable, lorsqu'il ne coule plus de sang dans leur intérieur , soit que cet état se rattache au développement régulier de l'organisme, comme par exemple dans l'oblitération des artères et de la veine ombilicales, soit qu'il lienne à quelque cause accidentelle.
103. Les conditions particulières de la configuration anormale du système vasculaire ne peuvent pas plus être examinées ici que, celles de sa situation anormale, et pour les mêmes motifs. D'ailleurs les anomalies de configuration et de situation s'accompagnent ordinairement l'une l'autre, du moins dans tes vices primitifs de conformation.
,le me contenterai de faire observer ici que la plupart des anomalies de configuration sont congéniales, et qu'elles se rapportent toutes à deux classes ; la première comprend celles dont les suites n'entraînent qu'une irrégularité dans le mouvement du sang, tandis que la seconde embrasse celles qui , consistant dans une communication insolite entre le système du sangrougeet celui du sang noir, troublent l'hématose» et sont la cause de la coloration anormale de la peau qu'on a désignée sous le nom de maladie bleue , ictère bleu ou cyanopalhic, d'après son symptôme le plus saillant.
i55. L'étude des changemens qui surviennent après les plaies des vaisseaux, notamment des artères et des veines, lorsqu'elles guérissent, est de la plus haute importance. Il faut examiner ici les solutions de continuité totales et partielles , les piqûres, les plaies faites par les inslrumens tranchans, les plaies Ion-
DU SYSTÈME VA8CU l.A IRE DANS L.'gTAT ANORMAL. 2l5
gitudinales et transversales, enfin les phénomènes que produit la ligature des vaisseaux (1).
Le mode de guérison le plus ordinaire dans les plaies artérielles est l'oblitération du vaisseau par l'effet de l'inflammation. Celle-ci s'établit même souvent sans qu'il y ait solution de continuité , lorsqu'on se contente de passer une ligature autour de l'artère,et qu'on l'enlève après l'avoir serrée avec force. L'effet de la constriction est toujours de couper les deux tuniques internes, sans léser l'externe ; par conséquent elle produit une plaie dans les deux premières , et les convertit en une surface sécrétoire qui contracte ensuite des adhérences avec elle-même. Dans quelques expériences faites exprès, l'adhésion s'opéra sur-le-champ, au bout d'une heure d'application de la ligature, car le pouls ne se fit plus sentir du côté opéré, même après qu'on eut enlevé les fils. Lorsqu'on se contente de serrer la ligature, et qu'on l'enlève sur-le-champ, la circulation n'éprouve d'abord aucune interruption ; mais quelquefois, et non cependant toujours, l'oblitération s'établit ensuite, ce qui prouve qu'elle n'est pas le résultat de la coagulation du sang, mais celui de l'inflammation et de l'exsudation. L'artère ne s'oblitère pas seulement dans le point sur lequel la ligature ou la compression a agi d'une manière immédiate : presque toujours sa cavité s'efface depuis ce point jusqu'à la première branche qu'elle donne. Dans ce trajet, elle se convertit en un mince cordon, et finit par disparaître entièrement, tandis que les collatérales se dilatent à un degré plus ou moins considérable(§94).
Ce résultat a lieu nécessairement lorsque le vaisseau a été divisé en travers dans toute son étendue. Mais les piqûres, les plaies qui n'intéressent qu'une faible portion de la circonférence des artères , peuvent guérir sans que le vaisseau s'obli-
(0 Petit, Mem. sur la man. d'arrêter les hùmurrli. ; dans Mem. de l'ac. des se. de Paris, iyZi-\y?>?.. — Morand , Sur les changement qui arrivent aux artères coupées, etc., ij36,p. 44o-45o. — Joncs, On llicprocessernploycd by nature in suppressing tlie hcmorrlmgc from divisai and punelured arterics , Londres, i8i5. — Travers , Observations on Ihc ligature of arterivs ; dans Mcd. chir. trans., Londres, i8i3, vol. IV , p. 434-465.
2l4 ANATOMIE GKNÉBALE.
1ère, et même sans que sa cavité diminue, ou du moins sans qu'elle éprouve un rétrécissement considérable. Il est donc possible de guérir certaines plaies des artères par cicatrisation , sans oblitération (i), quoique celle-ci soit fréquemment le résultat de la méthode qu'on emploie pour déterminer la formation d'une cicatrice (2).
Voici ce qui se passe dans toutes les plaies des vaisseaux. Il s'échappe par l'ouverture du sang qui se coagule. Si la lésion est peu considérable, et qu'elle n'interrompe pas la circulation, l'épanchemeut n'a lieu qu'à la surface externe de l'artère , mais la portion coagulée fait un peu saillie à l'intérieur, et ne tarde pas à contracter des adhérences, d'une part avec les bords de la plaie, de l'autre avec les portions de la surface extérieure du vaisseau qui l'entourent immédiatement. Si le vaisseau était fendu dans toute sa largeur, il se rétracte beaucoup , tant en long qu'en travers, après l'écoulement du sang. Le sang qui s'est répandu autour de lui , et celui qui reste encore dans sa cavité, se coagulent, d'où il résulte une oblitération passagère ; mais ensuite la membrane intérieure de l'artère s'enflamme , toute la circonférence interne du vaisseau devient adhérente, et sa cavité s'eflace complètement.
i34- Les altérations de tissu du système vasculaire sont : i° L' 'inflammation et ses suites , qui agissent sur toutes les portions de ce système, et qui fort souvent, par l'exsudation dont elles sont suivies, déterminent l'oblitération même des plus gros troncs, surtout dans les systèmes veineux (5) et lymphatique, car elles attaquent principalement leur membrane interne. Il n'est pas rare non plus que l'inflammation
(1) Lambert, Anevo method of treating anevrysm; dans Lond. Med. obs. andinq., vol. II, p. 36o.
(2) Asman, De anevrismate , Groningue, 1775.
(5) Bouillaud, De l'oblitération des veines, et de son influence sur la for* malion des hydropisies partielles; dans Archives générales de médecine , juin i8?.3, p. 188; mai 182^ , p. g4- — ld. , Observations sur l'état des veines dans les infiltrations des membres; dans Journ. de physiot. expèrim., t. III, p. 89.
fasse naître, en particulier dans les veines, une chaîne d'abcès qui se succèdent le long de leur trajet (1), s'ouvrent peu à peu à l'extérieur, et produisent l'oblitération du vaisseau en se cicatrisant.
a" V ossification n'est pas rare dans le système vasculaire. Elle dépend , sans contredit, de l'affluence d'une plus grande quantité de sang, comme toute autre formation nouvelle, en particulier celle du tissu osseux ; mais cet état qui la précède mérite à peine le nom d'inflammation. Voici quels sont les principaux phénomènes de la formation du tissu osseux dans le système vasculaire :
a. L'ossification a toujours son siège dans la membrane interne.
b. La substance osseuse de nouvelle création paraît sous la forme de plaques plus ou moins larges, qui revêtent une portion plus ou moins considérable de la circonférence du vaisseau.
c. Il est très commun que la membrane soit détruite , en totalité ou en partie , sur ce point.
d. Ces ossifications se développent presque exclusivement dans le système vasculaire à sang rouge. Elles sont surtout communes dans les artères , notamment dans l'aorte descendante, au-dessous du diaphragme, dans les artères des membres inférieurs et dans le ventricule gauche du cœur. La portion veineuse du système à sang rouge et tout le système du sang noir en offrent, au contraire, fort rarement des exemples. Elles ne sont pas rares dans les glandes lymphatiques, même chez les sujets peu avancés en âge. Souvent, en effet, ces petits corps semblent être entièrement ossifiés, mais lorsqu'on les examine avec attention , on trouve tou-
(1) J. Hunter, Observations on tlie inflammation of the inner coals of veins ; dans Trans. of a soc. for impr. of mcd. and chir. hnowt., Londres, 1790, vol. I, n. 11. — Schmuck, Diss. de vasorum sanguiferorum inflammatione , Heidelberg, 1793. — Sasse, Diss. de vasorum sanguiferorum inflammatione , Halle, 1797. — Spangenbcrg, Sur l'inflammation des artères et ses terminaisons ; dans Horn , Archiv fur mcd. Ertahrung, t. V,c 11, n. 1.
2lG ANATOM1E GÉNÉnALE.
juins une portion plus ou moins considérable de leur substance qui û'a subi aucune altération.
e. Elles sont plus communes chez l'homme que chez la femme.
f. Ordinairement elles ne surviennent que dan? un âge avancé ( § 86 ). On doit cependant les considérer comme un état morbide ; car quoiqu'il soit très ordinaire d'en rencontrer en Europe , chez les vieillards , il y a des personnes fort âgées qui n'en offrent aucune trace , et elles paraissent être très rares dans certains pays , par exemple , aux Indes occidentales (1). D'ailleurs elles se développent quelquefois aussi chez les jeunes gens, tant dans l'artère pulmonaire (§ 86 ) que dans le système du sang rouge.
On doit rapprocher de l'ossification des artères la fragilité de ce système (2), qui existe quelquefois seule, mais qui accompagne presque toujours le développement anormal du tissu osseux.
De toutes les portions du système vasculairc , les glandes lymphatiques sont presque les seules qui soient sujettes à se convertir en des formations tout-à-fait anormales. Ces formations sont quelquefois primitives , comme dans les scrofules, où l'on voit les glandes lymphatiques se tuméfier, et finir par se convertir, partiellement ou totalement, en des masses plus ou moins considérables d'une substance blanchâtre, albuminetisc , qui a d'abord un assez grand degré de dureté , mais qui se change ensuite en un pus épais et grumeleux. Elles peuvent aussi naître par infection , lorsqu'un principe contagieux, absorbé dans une partie antérieurement malade, arrive aux glandes lymphatiques, qui réagissent vivement sur lui, parce que leur l'onction consiste à assimiler les substances étrangères. De là l'inflammation, la tuméfaction , la suppuration de ces organes , et leur conversion en tissus morbides analogues à ceux qui se sont déjà développés auparavant dans d'autres parties avec lesquelles ils communiquent par
(1) Stcyeiis , dans Mal. chirnr. Irnns. , vol. V. p. j.34< (■.>.) Malacarnc , Osscria:. in eirurgia , I. JI, Turin , 1784, art. xu , p. 160.
DU SYSTÈME NERVEUX DANS L'ÉTAT NORMAL. 2 1 "j
l'intermédiaire des vaisseaux lymphatiques, comme on l'observe dans diverses espèces d'ulcères, dans le cancer, etc.