‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 31 sur 186 · II. DES ARTICULATIONS · texte numérisé non relu

II. DES ARTICULATIONS

206. Les articulations des os présentent de grandes différences sous le point de vue des moyens d'union et de l'étendue des mouvemens qu'elles permettent. C'est une loi générale, mais sujette au moins à une exception , que les portions d'os qui se correspondent sont couvertes de cartilages ou de fibro-cartilages , et que d'un os à l'autre s'étendent des ligamens fibreux accessoires, qui circonscrivent et recouvrent les points encroûtés de cartilages.

237. En général, on peut considérer la différence de mobilité et la disposition des moyens d'union , comme fournissant les bases d'une classification des articulations. Cependant elles ne sont pas parfaitement identiques, puisque le même degré de mobilité peut être obtenu par des moyens différens. Ainsi les os qui se touchent par des surfaces articulaires droites et d'égale étendue, outrés inégales, mais qui se correspondent parfaitement, sans être unies ensemble , et qui sont attachés solidement par des ligamens très courts et fortement tendus , sont aussi peu mobiles que ceux dont les surfaces adhèrent l'une a l'autre, dans toute leur étendue , par l'intermédiaire d'une masse cartilagineuse.

Mais la meilleure manière consiste à classer les articulations d'après la forme des surfaces qui se correspondent, et d'après la disposition des moyens d'union, puisque ce sont là les sources de la différence qu'on observe dans la mobilité.

238. La forme des surfaces correspondantes et la disposition des moyens d'union sont telles que les os peuvent ou ne peuvent pas jouer l'un sur l'autre. Dans le premier cas, les surfaces non couvertes de cartilages ne sont unies que par leur circonférence , et il n'y a pas de moyen d'union entre elles : c'est ce qu'on appelle une articulation mobile. Dans le

second cas, une masse cartilagineuse ou fibro-cartilagineuse s'étend d'une surface à l'autre, et les unit ensemble : c'est ce qu'on nomme une articulation immobile.

209. h' articulation mobile ou diarthrose ( articulus , junctura , diarlhrosis) présente plusieurs variétés qui dépendent de la forme des surfaces contiguës. On peut rapporter ces variétés à cinq principales.

i° L'arthrodie (arthrodia), dans laquelle une grosse extrémité globuleuse ou une tête roule sur une surface plane et de peu d'étendue. L'articulation la plus libre de cette espèce est celle de l'humérus avec l'omoplate. Cependant on doit rapporter à la même classe celles des doigts et des orteils avec le carpe et le tarse , et celle du radius avec l'humérus. Le mouvement, toutes choses égales d'ailleurs, est d'autant plus libre que la tête est plus grosse relativement à la surface contre laquelle elle s'applique, qu'elle est plus arrondie, et que cette surface est plus plane. Au reste, la forme des surfaces articulaires étant la même , le degré de mobilité varie beaucoup suivant la tension et le nombre plus ou moins considérable des ligamens.

20 \ïénarthrose (enarthrosis) , dans laquelle une grosse tête correspond à un enfoncement profond. Plusieurs anatomistes ne font pas une espèce à part de cette articulation , et la considèrent comme une arthrodie. L'articulation du fémur avec l'os des îles, et celle de la mâchoire inférieure avec le temporal en fournissent des exemples. Ici également les mouvemens sont d'autant plus libres, d'autant plus susceptibles de s'exécuter en tous sens, et d'autant plus étendus dans chaque direction, que les surfaces contiguës sont ellesmêmes plus arrondies.

3° Le ginglyme , ou articulation en genou, en charnière {ginglymus) (1). Son essence consiste en une disposition telle des surfaces articulaires, qu'elles ne permettent des mouvemens que dans une seule direction , en sorte que les os peuvent seulement se rapprocher et s'éloigner l'un de l'autre, se fléchir

(1) Isenflamui , De ginglymo , Erlangue , 1783.

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et s'étendre. Deuxprocédés ont été mis en usage pour produire cet effet. Tantôt une surface simple et relevée en bosse alongéc correspond à une autre surface qui présente la même forme en creux, et l'un des os envoie de chaque côté un prolongement considérable qui ne permet d'autre mouvement que dans le sens d'arrière en avant ; c'est ainsi, par exemple, qu'est disposée l'articulation du pied. Tantôt l'une des surfaces articulaires est garnie de deux têtes latérales , séparées par un grand enfoncement, et celle qui lui correspond présente sur les côtés deux enfoncemens entre lesquels se trouve une élévation ; on en voit un exemple dans l'articulation de l'humérus avec l'extrémité supérieure du cubitus, et dans celle du fémur avec le tibia. Les articulations des premières phalanges avec les secondes, et des secondes avec les troisièmes, aux doigts et aux orteils , tiennent le milieu entre les deux formes. On voit que, dans la première , la cavité médiane et l'éminence qui lui correspond sont remplacées par les prolongemens externes. Cependant l'articulation du pied nous offre un indice , mais léger et à peine prononcé , de la seconde forme.

4° La diarthrose rotatoire ou trochoïde ( rotatio, diarthrûsis trochoides ). Les surfaces correspondantes sont de petites sections d'un cylindre , et l'un des os roule sur son axe , en même temps qu'il tourne aussi sur celui de l'os avec lequel il s'articule. Mais le mouvement n'est jamais assez libre pour que l'un des os puisse tourner complètement sur son propre axe, et là même où la disposition des surfaces le permettrait, là, par exemple , où la surface articulaire de l'un des os s'étend tout autour de son extrémité, il existe d'autres dispositions qui tiennent à la structure de l'os lui-même, et qui lui permettent , au plus, de faire une demi-révolution sur son axe. On trouve des exemples de diarthrose trochoïde dans l'articulation des extrémités supérieure et inférieure du radius avec le cubitus , et dans celle de la première vertèbre du col avec l'apophyse odontoïde de la seconde.

5° Vamphiarlhrose [amphiarth rosis, dictrthrosis , s . juncturct stncla , ambigua , synarthrotica). Deux surfaces articulaires droites ou diversement configurées, garnies d'un grand nombre

d'enfoncetnens et d'élévations qui se correspondent d'une manière très exacte, sont appliquées avec force l'une contre l'autre , au moyen de courts ligamens qui se rendent de la circonférence de l'une à celle de l'autre. Cette disposition a pour résultat ordinaire de ne permettre qu'un glissement presque imperceptible des surfaces en rapport. Ce genre d'articulation appartient surtout aux os courts, qui, par leur rôunion, forment en quelque sorte un seul os brisé sur plusieurs points , ou flexible. Ainsi on l'observe au carpe , au tarse , à la colonne vertébrale et aux côtes.

240. L'articulation immobile, ou synarthrose (synarthrosis ) , offre également plusieurs variétés dans sa forme et son degré d'immobilité. Comme, en général , les surfaces osseuses correspondantes sont unies ensemble, dans toute leur étendue, par une masse cartilagineuse ou - fibro - cartilagineuse, elles ne peuvent jamais glisser l'une sur l'autre. Cependant, d'un côté , la longueur et l'élasticité de la masse qui les unit, d'un autre côté , l'aplatissement des faces qui se correspondent, permettent quelquefois aux os de se déplacer un peu. Aussi plusieurs anatomistes admettent-ils un troisième genre d'articulation , qu'ils appellent mixte ou demi-mobile ( articulatio mixta, amphiarthrosis , symphysis). Mais, comme l'essence de cette articulation est la même que celle de l'immobile, quant à la disposition de la substance unissante , et que d'ailleurs les articulations qui deviennent immobiles par les progrès de l'âge, étaient mobiles dans l'origine, lorsque, la masse intermédiaire étant plus molle et plus volumineuse , les extrémités des os se trouvaient placées à une plus grande distance l'une de l'autre, il paraît plus convenable de ne considérer l'articulation mixte que comme une espèce de synarthrose. Voici donc quelles sont les différentes variétés de cette dernière.

241. i° La symphyse (symphysis). Elle consiste en deux surfaces planes, unies par une masse plus ou moins épaisse et élastique , qui leur permet de s'éloigner et de se rapprocher l'une de l'autre d'une manière insensible. On peut l'appeler synchondrose ( synchondrosis ) , quand la masse intermédiaire est cartilagineuse , et synnévrose ( synnevro-

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sis) (0' quand elle est fibro-cartilagineuse. Un exemple de la première espèce nous est fourni par l'articulation des pièces du sternum les unes avec les autres. A la seconde appartiennent celle des os pubis entre eux, et celle des os des îles avec le sacrum.

242. 2° La suture (sutura) (2) , articulation qui ne se ren- . contre qu'à la tête. Son essence consiste dans l'union de surfaces longues et étroites , ou de bords, au moyen d'une couche fort mince de cartilage , d'où résulte une parfaite immobilité. La disposition des surfaces contiguës fait varier beaucoup le degré de cette immobilité. Les principales sortes de sutures sont :

a. Là suture fausse ou harmonie (harmonia, sutura spuria), dans laquelle des bords ou des surfaces tout-ù-fait droits , ou du moins très peu dentelés , sont en rapport l'un avec l'autre. Telles sont les articulations de l'unguis et des os propres du nez avec les os voisins , et celle des os nasaux entre eux.

b. La suture vraie [sutura vera) , qui offre à son tour plusieurs variétés , suivant que la solidité de l'articulation croît en raison de la multiplicité des points de contact.

Immédiatement après l'harmonie , vient la suture e'cailleuse ou squameuse (sutura squamosa). Les surfaces de deux 08 voisins sont taillées en biseau vers les bords par lesquels elles s'unissent, de manière qu'elles se terminent par un rebord tranchant, et que les os sont appliqués l'un sur l'autre dans une étendue considérable. En même temps les surfaces contiguës et les bords sont plus ou moins dentelés , sans cependant que les dentelures soient jamais bien fortes. Je citerai pour exemple l'articulation du temporal avec l'occipital.

(1) Ce n'est pas là l'acception qu'on donne ordinairement à ce mol, mais on ne doit pas y attacher d'autre sens, lorsqu'on veut caractériser le» deux espèces de symphyses d'après la nature de la masse qui unit les pièces osseuses.

(2) Duverney, Lettre concernant plusieurs nvuv. obs. sur l'ostcologie , Paris, 168g. — Iiosc, De suturarum cranii humani fabricationc et usu , Léipsick, 1755. — Gibsou, On Ihe use oflhc sutures in the sliutls of animais ; dans Mem. of the society of Manchester, Second séries, vol. I , i8o5, p. 3i7-3a8.

ai.

La suture en scie (sutura serrata). De petites dentelures et cavités simples alternent les unes avec les autres , tant de haut en bas qu'en travers , le long d'un bord perpendiculaire et étroit, et correspondent à des cavités et dentelures semblables d'un autre os , de manière que chacun des deux os offre une double rangée d'élévations et d'enfoncernens. Presque toujours la partie supérieure de la suture frontale est formée d'après ce type.

La suture dentelée (sutura denliculatd) doit également naissance à des dentelures et cavités simples qui alternent les unes avec les autres sur un bord perpendiculaire ; mais les élévations sont plus hautes et les cavités plus profondes , et elles ne forment qu'une seule série. On trouve un exemple de cette disposition dans la suture sagittale.

La suture bordée (sutura liinbosa) ressemble beaucoup à la précédente, mais les dentelures et les cavités sont plus grandes, et souvent très subdivisées elles-mêmes. II arrive aussi quelquefois que les dentelures d'un os s'appliquent obliquement sur celles de l'autre. Cependant la première condition est la plus essentielle, car on rencontre aussi plus ou moins la seconde dans les sutures précédentes. La suture occipitale se rapporte à cette série.

Je dois néanmoins faire observer que ces quatre espèces de sutures passent de l'une à l'autre par des nuances insensibles. Ainsi , par exemple, la partie inférieure de la suture frontale fait presque toujours le passage de la suture écailleuse à la suture dentelée, car le frontal s'y glisse sous le pariétal dans une étendue assez considérable; mais la portion oblique par laquelle les deux os s'unissent ensemble , est séparée du reste de la surface au moyen d'une saillie bien sensible , et sa partie interne est réellement perpendiculaire.

On trouve, en outre, dans une même suture, des points différens dont chacun appartient à une des trois dernières sutures, et d'autres qu'on ne peut rapporter à aucune. Ce qui mérite surtout d'être pris en considération , c'est qu'originairement la même suture n'appartient pas à la même espèce sur tous les crânes. La suture sagittale et même la lambdoïde sont quelquefois dentelées seulement, tandis que souvent la suture

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frontale est une suture bordée très compliquée, et que, dans d'autres cas, on la voit s'étendre presqu'en ligne droite. Il arrive même quelquefois à la suture écailleuse du temporal de se transformer en suture dentelée. En général, lorsqu'une suture est plus compliquée et par conséquent plus solide qu'à l'ordinaire, les autres le sont aussi dans la même proportion, et vice versa, de sorte que les os du crâne sont articulés plus solidement ensemble chez certains sujets que chez d'autres. Il est de règle aussi qu'une suture soit toujours bien plus compliquée à sa face externe qu'à sa face interne, où elle forme ordinairement une ligne presque droite.

Les sutures ne se rencontrent qu'à la tête, et tiennent nécessairement à la manière dont se développent les os de cette partie du corps, car l'ossification y commence sur plusieurs points à la fois , et l'accroissement des os se fait par l'addition de nouvelle substance osseuse a leur circonférence. De là vient aussi qu'elles s'effacent souvent, dans un point ou dans un autre, lorsque les os ont pris tout leur développement. Avant cette époque, les dentelures qui les garnissent, et par le moyen desquelles les pièces osseuses s'engrènent l'une dans l'autre, sont de la plusgrande importance pour la solidité des articulations. Aussi trouve-t on des irrégularités semblables sur les surfaces non encroûtées de cartilages des os qui sont joints ensemble de manière à pouvoir glisser légèrement l'un sur l'autre, par exemple sur celles du pubis , de l'os des îles , etc.

243. 5° La gomphose (gomphosis) consiste en ce qu'un gros os s'enfonce , à la manière d'un coin , dans-une cavité d'un autre os qui l'embrasse étroitement, enveloppe la plus grande partie de sa longueur , et le retient d'une manière très solide, sans qu'il y ait aucun moyen d'union entre eux. Ce genre d'articulation ne s'observe non plus qu'à la tête. C'est ainsi que les dents s'implantent dans les deux mâchoires.

244- Les articulations mobiles ne subissent pas de grands changemens dans le cours de la vie , tandis que celles qui ne sont pas mobiles, les sutures et la gomphose au moins, en éprouvent de considérables. Les os de la tête, principalement ceux du crâne, sont séparés les uns des antres dans le principe par de très grands intervalles , que remplissent le

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périoste externe et le périoste interne , séparés par une couche d'abord mince et mucilagineuse, ensuite cartilagineuse. Cependant leurs bords sont plus inégaux durant les premières périodes de la vie utérine que chez l'adulte , parce que Les rayons osseux qui partent du point d'ossification pour s'y rendre, sont très nombreux et très écartés les uns des autres. Mais cette forme ne paraît pas prouver que la tendance à produire des sutures se manifeste dès-lors, puisqu'à une époque plus voisine de la naissance, quand les bords des os sont déjà rapprochés beaucoup, ils sont bien plus droits, et le sont même davantage qu'après le parfait développement. Les bords ne se touchent point encore chez le fœtus à terme, et l'on observe entre eux de grands vides , appelés fontanelles [fonticuli , fontes pulsatiles), dans les endroits où les angles de plusieurs os doivent se réunir par la suite. Après même que les os se sont mis en contact les uns avec les autres, on peut établir en loi générale que les sutures deviennent peu à peu plus compliquées parles progrès de l'âge, et qu'elles acquièrent davantage de solidité,, tant par l'accroissement des dentelures principales, que par la formation de dentelures secondaires à la surface de ces dernières.

Cette union des os par des sutures, qui devient de plus en plus intime avec le temps , finit par dégénérer en soudure complète. II y a des lois générales pour la manière dont s'opère cette soudure, et pour la fréquence plus ou moins grande avec laquelle s'effacent certaines sutures; mais il n'y en a pas pour l'époque à laquelle commence l'opération.

La loi générale , relative à la manière dont la soudure s'opère, consiste en ce que les bords internes des sutures s'effacent bien avant les bords externes. Il est fort commun de trouver, chez des sujets qui ne sont pas encore très avancés en âge, toutes les sutures de la tête effacées a la face interne, tandis qu'elles sont encore parfaitement conservées à l'extérieur. On n'observe jamais la disposition inverse. De même une suture ne disparaît point dans toute son étendue à la fois, et ordinairement l'oblitération commence sur un seul point, d'où elle s'étend peu à peu à tous les autres.

A l'égard de la seconde loi générale , les os de la face se

soudent bien plus rarement que ceux du crâne les uns avec les autres. Parmi ces derniers même , il y en a quelques-uns qu'il est beaucoup plus ordinaire de trouver réunis que les autres. Mais je dois réserver ces détails pour le chapitre dans lequel j'examinerai les os de la tête en particulier.

Ce qui prouve qu'on ne peut assigner aucune loi générale relativement à l'époque où commence l'oblitération des sutures , c'est qu'on les trouve déjà effacées tout-à-fait dans le fœtus à terme, qu'elles se soudent quelquefois, quoique rarement , dans le cours des premières années de la vie , et qu'il n'est pas rare non plus de les voir toutes parfaitement conservées chez des sujets fort avancés en âge. Cependant il est assez général que l'effacement total d'une suture n'ait lieu qu'aux dernières époques de la vie, tandis qu'elles se soudent partiellement à la face interne très peu de temps après que l'individu a pris son entier développement, et que, chez la plupart des sujets qui ont atteint l'âge de trente ans , elles ont disparu de ce côté, soit dans des portions considérables de leur étendue , soit même dans toute leur longueur,

La gomphose subit de grands changemens durant le cours de la vie , car les dents sont d'abord bien plus courtes que les cavités qui les reçoivent, et qui ne les compriment pas encore.

ARTICLE II

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