DU SYSTÈME FIBREUX
ARTICLE PREMIER
DU SYSTEME fibreux dans l'état normal.
281. La système fibreux a été pour la première fois isolé et considéré d'une manière générale par Bichat. Le nom qu'il porte ne vaut rien, puisque la structure fibreuse est au moins aussi marquée dans plusieurs autres systèmes, en particulier dans les muscles et les nerfs; mais comme ceux-ci ont déjà des dénominations qui leur appartiennent , qu'il serait difficile d'en imaginer une meilleure, et qu'enfin elle exprime le principal caractère du système, on peut la conserver sans inconvénient.
282. Les caractères distinctifs du système fibreux sont, d'avoir une structure fibreuse bien prononcée, avec une couleur blanche , argentine et brillante. II reçoit peu de vaisseaux , et n'a probablement pas de nerfs. L'élasticité dont il jouit est faible. Il est entièrement privé de contractililé et de sensibilité.
283. Ce système est généralement répandu dans le corps, mais il ne forme néanmoins pas un tout lié et cohérent; car quoiqu'on puisse démontrer une communication entre celles de ses portions qui sont en rapport immédiat avec les os et les muscles, celles qui tiennent à quelques organes glanduleux sont, au contraire, absolument séparées des autres.
284. La configuration de ce système n'est pas la même dans toutes les parties qu'il embrasse ; cependant les formes qu'il affecte peuvent se rapporter à deux. Dans l'une , les dimensions en largeur et en longueur sont à peu près égales, et surpassent de beaucoup celle en épaisseur; telle est la forme des membranes fibreuses {membranœ fibrosœ). Les organes
qui l'offrent sont, le périoste , la dure-mère cérébrale et spinale, les capsules fibreuses, les gaines fibreuses des tendons, les aponévroses, la sclérotique, la capsule des corps caverneux de la verge , du clitoris et de l'urètre , la tunique albuginée , la membrane propre du rein et celle de la rate.
a85. Dans la seconde classe d'organes fibreux , l'épaisseur est plus considérable, eu égard aux deux autres dimensions; aussi les appelle-t-on organes fibreux fasciculaires ou en forme de faisceaux (organa Jibrosafascicularia). Cette classe ne comprend que des parties qui sont en rapport avec des os ou avec des muscles , savoir, les tendons et les ligamens.
286. Si l'on excepte les membranes fibreuses de quelques organes glanduleux, il est facile de démontrer que tous les organes fibreux sont liés étroitement ensemble. La communication est établie entre les diverses parties du système par le périoste (§ 284)? qu'on peut, d'après cela, considérer comme son centre commun. En effet :
i° La dure-mère cérébrale et spinale remplit aussi les fonctions de périoste des os du crfme et des vertèbres dont elle tapisse la face interne , et les canaux qu'elle fournit aux nerfs se continuent avec le périoste qui revêt la face externe de ces os.
20 La sclérotique communique avec la dure-mère par le moyen de la gaine fibreuse que cette dernière fournit au nerf optique.
3° La membrane fibreuse de la verge et du clitoris s'entrelace aussi avec le périoste des ischions.
4° Les capsules fibreuses, les ligamens, les gaines et les tendons ne font qu'un non plus avec le périoste. C'est même par le moyen seulement de cette membrane qu'ils tiennent aux os , dont ils se détachent tout-à-fait , surtout dans les premières périodes de la vie, lorsqu'on l'enlève.
Cette exposition du système fibreux , dont l'idée remonte à Bichat, est plus conforme à la nature que celle de Clarus, qui prétend que l'enveloppe des muscles en est le centre (1). Sui-
(1) Annalcn des hlinisclicn Instituts zu Leipsig , t. I, p. il, p. 1 56.
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vant cet anatomistc , le système musculaire est entouré tout entier d'une enveloppe commune, brillante, fibreuse, dont la face interne fournit des prolongemens qui circonscrivent chaque os et chaque muscle , sous les noms de périoste, pe'richondre et perimysion (perimysion), ou qui, comme les ligamens in ter-maxillaires, forment seulement des feuillets tendus entre les os et les muscles. Clarus prétend que son opinion est préférable à celle de Bichat, parce qu'elle représente toutes les enveloppes des divers organes comme autant de prolongement d'une seule enveloppe générale. Mais il est manifeste que cette couche externe générale n'existe pas, car si tous les muscles ont bien une enveloppe muqueuse, cette enveloppe ne porte en aucune manière les caractères du tissu fibreux, de sorte que la communication que Clarus admet entre les gaines réellement fibreuses, qui circonscrivent, par exemple, les muscles des membres supérieurs et inférieurs, et les gaines muqueuses d'un grand nombre de muscles, tels que ceux du bas-ventre, le grand dorsal, le trapèze, etc., et plus encore celles des muscles situés à une plus grande profondeur, ou même entre ces gaines et celles des divers faisceaux et des fibres de chaque muscle, est lout-à-lait forcée, et ne peut être adoptée qu'en cessant de s'en rapporter au témoignage des sens.
287. Les caractères du tissu fibreux consistent en ce qu'il est formé de fibres bien apparentes, qui se dirigent en différons sens , qui ont une couleur grise ou blanche , avec un brillant argentin, qui sont très solides, et qui résistent puissamment aux impressions mécaniques du dehors. Dans plusieurs parties du corps, ces fibres sont irrégulières, et s'entre-croisenl en toutes sortes de directions. C'est ainsi qu'elles sont disposées, par exemple , dans la dure-mère, le périoste antérieur du sternum et plusieurs ligamens postérieurs, tant du sacrum que de l'os des îles. Mais , la plupart du temps, elles sont régulières et dirigées dans le sens des mouvemens qu'exécutent les parties , à la réunion desquelles elles contribuent plus qu'aucun autre organe, par conséquent aussi dans celui suivant lequel s'opèrent leur tension et leur relfichemenl.
^88. Indépendamment de ces fibres particulières, les or-;
DC SYSTÈME riBHEUX DANS l'É'J'AT NOUMAX. 360
gancs fibreux contiennent encore du tissu inuqueux et des vaisseaux. Le tissu muqueux l'orme une couche qui les enveloppe à l'extérieur; mais il existe aussi en quantité plus ou moins considérable entre leurs fibres. Si l'on en juge d'après la graisse que ce» organes laissent exsuder lorsqu'on les fait sécher, ce tissu y contient aussi de la graisse, quoiqu'on ne l'aperçoive pas dans l'état frais. Quant aux vaisseaux sanguins, leur nombre n'est pas partout le même; il y en a beaucoup dans certaines portions du système, tandis qu'il n'en existe pas un seul dans d'autres. On ne peut pas non plus y démontrer clairement la présence des nerfs.
Sous le rapport de la composition chimique, le système fibreux est entièrement formé de gélatine.
28g. Le tissu fibreux a peu d'élasticité dans l'état frais, mais la dessiccation lui en fait acquérir beaucoup. Il n'est point non plus susceptible d'une extension considérable et soudaine. De la, i° les étraoglemens des parties qui sont plus ou moins complètement entourées d'organes fibreux, lorsrqu'elles viennent à se distendre ; 20 les déchiremeus des on-, ganes fibreux , quand ils sont distendus ou tiraillés. . tout-à-coup et avec force. Au contraire, ils se prêtent beaucoup à une extension lente et graduelle, sans éprouver de déchiremeus, ainsi qu'on le voit dans les bydropisies , la grossesses , les luxations qui s'établissent peu à peu, etc. En pareil cas, ils s'amincissent aussi plus ou moins. Mais il ne faut pas confondre avec cet état l'augmentation de leur masse , leur épaisr sissement, qui tient à une exaltation morbide de la nutrition, tantôt seule, tantôt accompagnée de leur distension , cl qui succède presque toujours à des maladies des organes voisins, des capsules synoviales, de l'œil, du testicule, etc.
Les organes fibreux ne sont pas non plus susceptibles d'une contraction rapide; cependant ils reviennent peu ;'i peu sur eux-mêmes, après avoir été distendus outre mesure.
La solidité de ces organes est très considérable ; il faut employer une grande force pour les. déchirer. Leur rupture n'est point accompagnée d'élongation , ou du moins arrive à la suite d'un alongement peu considérable.
Ils ne s'étendent pas plus qu'ils ne se resserrent sous l'in- 1 . 24
fluence des stimulons. Dans l'état de sanlé, ils sont insensibles aux irritans chimiques, mais très sensibles aux irritations mécaniques.
Le système fibreux sert en grande partie à protéger, à envelopper et à réunir les organes qu'il embrasse. Ses propriétés sont parfaitement en rapport avec cette fonction. Il adhère aussi d'une manière intime aux parties qu'il revêt et qu'il unit; c'est ainsi que les tendons sont très solidement fixés aux os et aux muscles, et les ligamens aux os. Cependant cette adhérence n'est pas partout également forte, car le périoste tient moins aux os que les organes dont je viens de parler ne tiennent les uns aux autres.
290. Dans les premiers temps de la vie le système fibreux est mou, très flexible, extensible, d'une couleur perlée et homogène. Sa structure fibreuse ne se développe en lui que vers la fin de la vie utérine : ses fibres sont aussi moins nombreuses et plus écartées dans le principe; quelques organes fibreux ont alors moins d'épaisseur qu'ils n'en doivent acquérir un jour : tels sont la dure-mère, la sclérotique et le périoste; d'autres, au contraire, sont plus petits, comme les tendons. Les liens qui l'unissent aux parties voisines sont beaucoup moins solides dans le jeune âge qu'à une époque avancée de la vie. Ainsi le périoste se détache plus facilement des os , les tendons tiennent moins aux muscles et aux os. Peu à peu il devient dur, solide, sec et jaunâtre. La raideur et l'immobilité qui caractérisent la vieillesse dépendent principalement de l'état dans lequel il tombe par les progrès de l'âge.
Le système fibreux sè transforrae-t-il en d'autres organes? On a cru que quelques unes de «es parties étaientsusceptibles de cette transformation, etquele périoste, entre autres, se changeait en os (§ 219 et 220). D'un autre côté , on a pensé que d'autres organes fibreux, par exemple les tendons, n'étaient qu'une transformation de la substance musculaire. Mais cette dernière opinion n'est pas mieux fondée que l'autre , ainsi que je le démontrerai en traitant du système musculaire.
Quoique le système fibreux acquierre plus de consistance^ avec l'âge , cependant il ne s'ossifie pas dans la règle, et, chez l'homme surtout , il n'a guère de disposition à subir ce
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changement. Plusieurs ligamens , principalement ceux de la colonne vertébrale , sont ceux des organes fibreux qu'on trouve le plus souvent ossifiés dans un âge avancé. J'ai sous les yeux quelques cyphoses de vieillards, dans lesquelles tous les ligamens de la colonne vertébrale et des côtes sont transformés en os. Quelquefois toutes les articulations éprouvent ce genre de transformation , de sorte que le corps entier devient une masse immobile. On peut citer aussi les ossifications des ligamens propres de l'omoplate, qu'il n'est pas rare de rencontrer. On trouve de même , et plus fréquemment encore , des productions osseuses accidentelles dans la dure-mère; mais elles dépendent moins de l'ossification de la substance fibreuse que d'une véritable production de substanc e osseuse à sa surface , et elles paraissent réellement tenir moins à la dure-mère qu'à l'arachnoïde qui la tapisse ; la faux est l'endroit où elles se développent de préférence. La rareté de l'ossification des tendons est d'autant plus remarquable que, dans plusieurs animaux, tels, par exemple, qu'un grand nombre d'oiseaux, les insectes , les crustacés , et jusqu'à un certain point aussi les poissons, cette transformation rentre dans les conditions du développement normal.
291. Les organes fibreux constituent des enveloppes, ou unissent certaines parties ensemble , ou remplissent à la fois ces deux fonctions. Ceux du premier genre ont toujours la forme de membranes ; ceux du second, au contraire, affectent tantôt cette forme , et tantôt celle de faisceaux, suivant que l'exige la figure des organes avec lesquels ils sont en rapport de situation.
, 292. Les enveloppes fibreuses sont la dure-mère cérébrale et spinale , le périoste et le périchondre, la sclérotique, la tunique albuginée du testicule et de l'ovaire, celle des corps caverneux, la capsule de la rate et celle des reins. Voici quelles sont leurs propriétés les plus remarquables :
i° Elles ont la forme de sacs qui entourent les organes placés au-dessous d'elles. Ces sacs ne sont pas parfaitement clos, comme ceux des membranes séreuses, mais ils présentent des ouvertures dans les points correspondans à l'entrée ou à la sortie des vaisseaux , des nerfs et des conduits excréteurs
3rr2 AN AT0M1E GENERALE.
2° Si l'organe qu'elles recouvrent est composé de plusieurs couches, ou s'il se trouve encore d'autres expansions membraneuses qui soient nécessaires à l'accomplissement de ses fonctions et à sa conservation, les enveloppes fibreuses forment la couche la plus extérieure. C'est ainsi que sont disposées la dure-mère et la sclérotique. Elles déterminent donc plus ou moins la forme des organes qu'elles entourent.
5" Leur forme et leurs rapports avec les organes placés audessous d'elles ne sont pas absolument les mêmes partout. Quelques unes représentent des sacs simples : telles sont la sclérotique, la capsule des reins, le périoste. D'autres forment des sacs composés. Ces dernières se partagent à leur tour endeux séries : tantôt, en effet, il se détache de leur face interne des prolongemens qui ne pénètrent pas dans l'intérieur même de l'organe, comme les deux faux et la tente du cervelet ; tantôt elles envoient dans toute la substance de l'organe un tissu réticulaire , qui en constitue jusqu'à un certain point la base ou la trame. C'est ce qu'on voit dans les corps caverneux de la verge et du clitoris, dans la rate et dans le testicule.
4° Leur épaisseur n'est pas partout la même; mais il n'y a pas de rapport constant entre elle et le volume des organes. Ainsi la tunique fibreuse de l'œil , du testicule , de l'ovaire , est bien plus épaisse que celle du rein ou de la rate, et presque autant que celle du cerveau ou de la moelle épinière.
5° Toutes n'ont pas exactement la même structure. Dans quelques unes, par exemple dans le périoste, la dure-mère cérébrale et spinale, et la tunique des corps caverneux, les fibres sont bien plus prononcées que dans les autres. La plupart d'entre elles ne sont composées que d'un seul feuillet; mais la dure-mère en a deux, qu'il est très facile d'isoler partout, dans les premiers temps de la vie.
6° Leur mode d'union avec les parties qu'elles entourent n'est point non plus le même partout. La dure-mère cérébrale et spinale n'a aucune connexion avec les organes auxquels elle sert d'enveloppe; au contraire, la sclérotique, la capsule rénale et la tunique albuginée du testicule sont plus ou moins intimement unies aux organes sous-jacens par du tissu muqueux. Dans les corps caverneux , la rate et les ovaires, l'union
ni' SYSTÈME FIBREUX DANS t'ÉTAT NORMAL. 3j5
est cucorc plus étroite, puisque la capsule envoie des prolongemens dans le tissu même de l'organe. C'est aussi le cas du périoste, quoique ses fibres n'aient aucune part à la composition des os.
Cependant on observe, sous ce rapport, des différences périodiques, qu'on peut en général rapporter à l'épaisseur proportionnellement plus considérable des enveloppes fibreuses dans les premiers temps de la vie, et à la plus grande laxité des liens qui les unissent alors aux parties sous-jacentes.
2g3. Les parties fibreuses qui servent en même temps d'enveloppes et de moyen d'union , font le passage des organes fibreux de la première série à ceux de la seconde. Elles ont , pour la plupart, une forme membraneuse. Ce sont les aponévroses, les gaines des tendons, tous les ligamens fibreux , les capsules fibreuses des membranes séreuses, et les capsules fibreuses des membranes muqueuses. •
294. Les aponévroses (aponeiwoses) sont de deux espèces, et toujours en rapport avec des muscles. Presque toujours elles s'unissent avec ces organes; mais quelques unes entourent en outre d'autres muscles , et plusieurs forment, de concert avec les muscles auxquels elles adhèrent, des enveloppes pour d'autres organes, et complètent les parois de certaines cavités.
2g5. Les aponévroses de la première espèce peuvent être désignées sous le nom ^aponévroses musculaires {fasciœ musculares ). Leurs principaux caractères sont les suivans :
i° Tantôt elles forment des canaux, des sacs qui renferment un ou plusieurs muscles , et de la face interne desquels se détachent des cloisons fibreuses étendues jusqu'à l'os, qui séparent les muscles les uns des autres, ont souvent une épaisseur considérable , donnent presque toujours naissance à des fibres musculaires, et portent le nom de ligamens intermusculaires (ligamenta inter-muscularia). Tantôt elles ne couvrent les muscles que d'un seul côté. Les apopévroses des membres, des muscles profonds du dos , et des muscles droits du bas-ventre, fournissent des exemples de la première disposition : on en trouve de la seconde dans un grand nombre de muscles , dont les tendons se prolongent sur une partie de leur surface , en s'amincissant peu à peu.
2° Elles ne forment des enveloppes générales qu'aux membres. Cependant il y en a de particulières sur plusieurs points : telles sont, au dos, l'aponévrose des muscles profonds , et au bas-ventre, la gaîne des muscles droits.
5° Ces enveloppes musculaires sont plus ou moins manifestement composées de plusieurs couches de fibres qui suivent des directions différentes , ou même formées de plusieurs feuillets , comme, par exemple , la gaîne des muscles droits du bas-ventre.
4° Elles n'ont point la même épaisseur partout. Cette épaisseur est relative , non pas au volume des muscles qu'elles couvrent, maisau plus ou moinsde jeu qu'ils exigent pour exécuter leurs mouvemens. Elles sont beaucoup plus épaisses et plus solides dans les endroits où les mouvemens doivent être plus limités, et où les parties ont besoin d'être maintenues plus solidement dans leur "position respective. Ainsi, les aponévroses de la paume de la main et de la plante du pied sont les plus fortes de toutes les enveloppes musculaires. On peut aussi considérer comme des moyens de renforcement certains ligamens qu'on ne parvient à isoler qu'en détruisant des fibres avec le scalpel, en particulier les ligamens du carpe, etc.
On doit réellement ranger ici les gaines fibreuses des tendons, car elles ne diffèrent pas de ces ligamens , et communiquent avec les enveloppes musculaires.
5° La plupart du temps elles ont des muscles propres qui les tendent, ou bien les tendons de muscles appelés à d'autres fonctions, et qui s'attachent à des os, leur deviennent adhérens, ou même se perdent dans leur substance. Ainsi, l'aponévrose crurale a un muscle tenseur, et la palmaire en a deux ; le tendon du grand fessier se continue avec l'aponévrose crurale , celui du biceps brachial avec l'aponévrose de l'avantbras , ceux de plusieurs muscles de la cuisse avec l'aponévrose de la jambe. Il n'y a que l'aponévrose plantaire qui fasse exception à cette règle chez l'homme. Ces muscles servent à tendre lès expansions aponévrotiques auxquelles ils aboutissent , et à fixer ainsi d'une manière plus solide les muscles situés au-dessous d'elles.
6° En général, elles sont unies aux muscles sous-jacens par
IJU SÏSÏBME l'IIMEUX DANS l'ÉTAT NORMAL. '
un tissu cellulaire fort lâche. Cependant il faut excepter leurs extrémités supérieures et tendineuses, qui se confondent ordinairement avec eu.Xj et qui semblent même en naître, disposition dont le résultat est d'augmenter l'étendue des surfaces auxquelles ces derniers prennent leurs points d'attache.
296. Les aponévroses de la seconde espèce s'attachent, par leur circonférence, à des muscles qui les tendent, comme les précédentes. Elles se distinguent de ces dernières par le rapport qui existe entre elles et les parties sous-jacentes. Je citerai , pour exemple , l'expansion aponévrotique de la face antérieure du bas-ventre , et celle de la face externe du crâne. La première est tendue par les muscles larges du bas-ventre, dont elle forme le tendon antérieur, et par les muscles pyramidaux; la seconde l'est par les muscles frontaux et occipitaux. On peut considérer tous ces muscles comme étant digastriques , et ayant leurs deux ventres séparés par un grand tendon mitoyen.
297. Les gaines fibreuses des tendons ( vaginœ tendinum fibrosœ) sont des expansions membraneuses formant dés demi-canaux, dont les bords libres s'attachent auxbords correspondans et un peu renversés d'un ou de plusieurs os, de manière à produire des canaux entiers, dans lesquels glissent des tendons, qui sont fort longs en proportion des muscles auxquels ils appartiennent, et que ces gaines retiennent solidement en place. Voici quels sont leurs caractères généraux :
1° Elles sont très épaisses, solides, et formées de fibres transversales fort apparentes, à l'exception du voisinage des articulations, endroit où elles sont extrêmement minces, interrompues, et formées de fibres obliques qui s'entre-croisenl.
2° Elles et la portion d'os aux bords de laquelle elles s'attachent sont toujours tapissées , à leur surface interne , par des membranes synoviales qui, parvenues à leur circonférence, se réfléchissent sur les tendons.
3" Elles livrent passage à un seul ou à plusieurs tendon?. Ce dernier cas est le plus ordinaire, mais il offre lui-même deux modifications différentes. Tantôt le canal est partagé en plusieurs subdivisions, par des cloisons fibreuses intermédiaires.
07G AN ATOMUi GÉNÉRALE.
qui s'attachent à des saillies particulières de l'os, en sorte qu'il y a réellement autant de gaines que de tendons : c'est ce qu'on voit, par exemple, sur le dos de la main. Tantôt il n'y a pas de subdivisions, et les divers tendons, attachés les uns aux autres par des saillies de la membrane synoviale, se trouvent réellemeut renfermés dans une même gaîne : telle est la disposition des tendons de la paume de la main et des phalanges. On peut appeler les gaines de la première espèce composées , et celles de la seconde simples.
J'ai déjà l'ait remarquer que ces deux sortes de gaines se continuaient avec les aponévroses des membres.
Les gaînes tendineuses et les moyens d'union fibreux, en général, sont plus développés que partout ailleurs à la face dans le sens de laquelle s'opère la flexion de la main et du pied. Les gaînes ne s'observent non plus qu'aux extrémités des membres. Les muscles extenseurs des doigts et des orteils ne sont maintenus, au carpe et au tarse, que par des gaînes tendineuses composées. Au contraire, dans la paume de la main, indépendamment de la forte gaîne fibreuse au-dessous de laquelle passent les tendons de tous les muscles fléchisseurs, il y en a encore une particulière à chaque doigt ou orteil, pour les deux tendons fléchisseurs.
Cette différence dépend , i° de celle qui existe entre le nombre des tendons fléchisseurs et celui des extenseurs, car chaque doigt, ou chaque orteil, reçoit deux des premiers, et un seulementdes seconds; 2° de ce que cette disposition des tendons extenseurs est compensée par l'union que les muscles interosseux et lombricaux contractent avec eux ; 3° de ce que les luxations des tendons fléchisseurs s'opèrent plus facilement que celles des extenseurs, et entraînent des inconvéniens plus graves.
298. Les ligamens fibreux (ligamenta) ont tantôt la forme de membranes, et tantôt celle de faisceaux. Les premiers constituent les capsules fibreuses , les seconds donnent naissance aux ligamens fibreux proprement dits. Tous ces organes ont cela de commun, que leurs deux extrémités s'étendent d'une partie du système osseux à une autre , qu'ils se confondent de deux côtés avec le périoste, qu'ils sont
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formés en grande parlie de fibres longitudinales, et que, la plupart du temps, ils sont fortifiés par leur union avec d'autres tissus.
299. Les capsules fibreuses sont toujours situées à l'extérieur des capsules synoviales, et s'étendent d'un os à un autre. Il est rare qu'elles soient complètes, et on n'en trouve guère de pareilles qu'aux articulations scapulo-humérale et ilio-fémorale. Mais certaines capsules synoviales , telle que celle de l'articulation du coude, sont fortifiées par des fibres qui naissent de leur bord et se perdent dans leur milieu. Les capsules fibreuses sont presque partout fortement adhérentes aux capsules synoviales ; il faut excepter les endroits où ces dernières se réfléchissent sur les cartilages, et où elles ne leur sont unies que par un tissu cellulaire abondant et lâche. Elles forment des sacs ouverts à leurs deux extrémités.
5oo. Les ligamens fibreux fasciculaires s'étendent d'un os à un autre, comme les capsules fibreuses, ou, ce qui est plus rare, ils sont tendus entre deux points différens d'un même os. Les premiers se jettent sur les capsules synoviales , avec lesquelles ils sont plus ou moins intimement unis; ou bien passent au-dessus des fibro-cartilages qui lient deux os ensemble, et s'étendent d'une saillie osseuse à une autre ,,en passant, soit immédiatement sur les symphyses, soit à quelque dislance d'elles; ou enfin ils sont seulement étendus entre deux os, sans fortifier les capsules synoviales. A cutle dernière espèce appartiennent plusieurs ligamens de la colonne vertébrale, ceux qui unissent le sacrum et l'ischion , etc. Ils font le passage de ceux de la première espèce à ceux qui se rendent seulement d'un point à un autre du même, os, d'autant plus que les os entre lesquels se trouvent des ligamens semblables sont entièrement immobiles , ou ù peu près. Ces derniers ligamens servent tout autant à multiplier les surfaces d'insertion des muscles qu'à unir les os ensemble. Les ligamens qui s'attachent i des points différens d'un même os, tantôt se contournent autour d'un autre os, sous la forme d'un anneau, comme l'ont le ligament annulaire du radius et le ligament transversal de l'atlas, de manière a réunir ensemble deux os voisins, et à borner dans le même temps leurs
mouvemens; tantôt ne font que se porter d'une éminenec à une aulre, comme ceux qui sont situés entré l'apophyse coracoïde et l'acromion, disposition qui a pour usage, du de fournir des attaches aux muscles, ou de protéger des vaisseaux et des nerfs.
Les rapports entre les ligamens et les capsules synoviales sont bien, èn général, tels que je viens de les décrire, c'està-dire que les ligamens couvrent les capsules à l'extérieur; mais quelquefois aussi on les rencontre dans leur intérieur : c'est ce qui arrive principalement lorsque le poids du fardeau à supporter exige une grande solidité, comme à la hanche et au genou. Cependant ces deux articulations sont les seules dans lesquelles on trouve des ligamens intérieurs en outre des extérieurs. Jamais il n'y a de ligamens intérieurs sans ligamens extérieurs, tandis que l'existence de ceux-ci n'est pas liée à celle de ceux-là. Les ligamens extérieurs étant presque toujours situés sur les côtés des articulations, afin de ne pas gêner les mouvemens, et de n'être ni comprimés ni tiraillés, on leur donne le nom de ligamens latéraux [ligamenta lateralia). On les appelle aussi ligamens accessoires (ligamenta accessoria); mais cette dénomination ne vaut rien, car ce sont eux surtout qui affermissent les articulations , et les membranes synoviales ne servent qu'à faciliter le glissement des surfaces.
En général, les ligamens ont la forme d'un carré alongé ; rarement ils sont triangulaires. Ils sont toujours plus longs que larges, et presque toujours aussi un peu plus larges qu'épais. La plupart du temps ils s'étendent en ligne droite ; quelquefois cependant ils sont disposés en manière d'anneau, et se contournent sur un os , comme autour d'un axe.
5oi. Parmi les membranes séreuses, le péricarde et la tunique vaginale du testicule sont les seules sur lesquelles se projette une couche fibreuse particulière, quoique d'autres encore, le péritoine, par exemple, soient également couvertes, dans plusieurs points de leur étendue, par les aponévroses des muscles qui les entourent. La couche fibreuse du péricarde est très mince, et se continue en bas avec les fibres du centre tendineux du diaphragme. Ces membranes sont les se'ro-fibreuses de Bichat.
DU SYSTÈME FIBREl'X DANS L'ÉTAT NORMAL. 3jg
3o2. On peut citer parmi les capsules des membranes muqueuses le tissu fibreux qui descend le long de la face externe de la membrane muqueuse de la trachée-artère, dont il unit les arceaux les uns aux autres; mois je ne crois pas pouvoir admettre un tissu semblable dans les uretères, les canaux déférens et les trompes de Fallope. 5
5o5. Les agens fibreux d'union sont des organes fibreux qui n'ont pour fonction que de réunir des parties séparées l'une de l'autre. Plusieurs ligamens qui ne servent pas à fortifier, à protéger des membranes séreuses, ceux, par exemple, qu'on observe sur divers points de la colonne vertébrale, ou entre le sacrum et les os des îles, font le passage des capsules fibreuses aux organes fibreux, qui ne jouent d'autre rôle que celui de moyen d'union, et appartiennent en réalité à cette classe, qui est principalement formée par les tendons.
5o4- Les tendons (1) sont la portion du système fibreux qui s'unit avec le système musculaire. On doit y rapporter plusieurs aponévroses partielles des muscles, et diverses aponévroses de la seconde espèce (§ 2g5, 296), qui ne sont au fond que de larges tendons. On pourrait donc diviser ces derniers en longs et en larges ou plats.
Les tendons sont toujours unis aux muscles par un point au moins, et quelquefois par deux points opposés de leur étendue. Dans le premier cas, leur autre extrémité s'attache à une partie solide et dure, ordinairement à un os, rarement à un cartilage. Lorsqu'ils sont unis parleurs deux extrémités àla substance musculaire, on peut les appeler inter-tendons , ou tendons intermédiaires (intertendines, tendines intermedii). Il résulte de cette disposition des muscles digastriques ou polygastriques, ou, pour parler plus exactement, autant de muscles distincts qu'on compte, de ventres. Ce cas s'observe surtout quand les tendons intermédiaires, comme il arrive souvent, sont unis d'une manière intime avec les parties voisines, soit avec des os , soit avec d'autres organes tendineux.
(1) Isenflamm, Bcmerhungcn iïber die Ftcchsen ; dans Bcylrugc fiir dio Zergtiederungthunsl , t. I, Léipsick , 1800.
380 ANA.TOMIE GENÉlUtE.
Les tendons s'étendent toujours beaucoup au-delà du point où ils sont entièrement dégagés de la substance musculaire. Non seulement ils couvrent une partie de la surface du muscle à l'extérieur duquel ils s'étalent en s'amincissant , et se terminent par un bord plus ou moins frangé, ou par une sorte de pyramide, mais encore ils s'enfoncent dans l'organe, au milieu duquel on les aperçoit encore lorsque déjà, depuis long-temps, il? ne sont plus visibles à sa surface. C'est ainsi que souvent, surtout dans les muscles pennés ou demi-pennés, des tendons qui paraissent fort courts à l'extérieur parcourent presque toute la longueur du muscle.
Ces deux circonstances augmentent l'étendue des surfaces auxquelles s'insèrent les muscles, et par conséquent aussi la solidité de ceux-ci.
Ordinairement la partie du tendon qui couvre une portion du muscle se trouve située à sa face externe. Cette disposition n'appartient pas moins aux tendons ordinaires qu'aux tendons intermédiaires. C'est donc presque toujours de dedans en debors que marchent les fibres musculaires qui y prennent leur attache.
La direction de leurs fibres correspond parfaitement à celle des fibres de leurs muscles , ou bien elle est la moyenne de celles que suivent ces dernières , soit qu'alors les fibres musculaires s'attachent des deux côtés du tendon , soit qu'elles ne s'insèrent qu'à un seul.
En général, les tendons sont un peu aplatis , et il est rare de les trouver arrondis. Ils s'élargissent à leurs deux extrémités, non seulement du côté où ils couvrent les muscles en partie , mais encore du côté où ils s'attachent aux os.
La plupart d'entre eux demeurent simples dans toute leur étendue. Il est rare qu'ils se divisent ; mais alors ils présentent plusieurs particularités différentes.
i° Le tendon est percé d'une ouverture par laquelle sortent d'autres tendons appartenant à des muscles plus profonds, et qui vont s'attacher à une partie située au-devant du tendon perforé. Cette disposition sert principalement à empêcher les déviations des tendons perforans ; on en trouve un exemple dans les muscles fléchisseurs superficiels des doigts et des orteils.
a" Le tendon se divise à ses extrémités , et s'attache par plusieurs languettes. Celte disposition se rencontre aux deux bouts ; niais elle est bien plus commune du côté de celui qui regarde le muscle que de l'autre. Lorsqu'on la rencontre à l'extrémité tournée vers l'os, tantôt cette extrémité se partage en deux moitiés égales, qui s'attachent aux mêmes os, ainsi qu'on le voit à l'extrémité antérieure des tendons du fléchisseur commun superficiel des doigts ou des orteils; tantôt elle se divise en plusieurs languettes qui s'attachent, soit à différens points d'un même os , soit à des os voisins , ou aux os de parties voisines. Les tendons supérieurs du muscle extenseur de la jambe, et l'extrémité inférieure du tendon antérieur du muscle oblique' externe du bas-ventre, offrent des exemples de la première disposition ; les tendons du muscle jambier postérieur, du long péronier latéral , en fournissent de la seconde ; enfin les tendons des extenseurs et fléchisseurs communs des doigts et des orteils en donnent de la troisième. Cependant il faut observer qu'ici ce sont moins les tendons qui se divisent que les muscles , et que chacun des ventres musculaires produits par cette scission a son tendon particulier ; le long fléchisseur commun des orteils et le long fléchisseur des gros orteils fournissent toutefois des exemples du contraire.^
La plupart du temps, celte scission a pour usage de faire mouvoir, par un seul muscle, plusieurs os peu mobiles les uns sur les autres. Quelquefois aussi, comme dans le tendon du muscle oblique externe du bas-ventre, elle sert à ménager la sortie de certains organes, en sorte qu'elle se rapproche à tous égards delà perforation des tendons.
D'un autre côté on voit quelquefois les tendons de plusieurs muscles se réunir en un seul, et s'attacher ensemble à un même point mobile. Je citerai pour exemples le biceps brachial, le triceps brachial, le triceps ou plutôt quadriceps crural , le biceps fémoral, enfin le long et le court extenseurs communs des orteils.
5o5. Le système fibreux contient , dans plusieurs régions du corps, des fibro-cartilages et des os, qui se rapprochent beaucoup les uns des autres, en ce qu'ils pénètrent plus ou moins daps le tissu des dernières fibres. On les rencontre prin-
cipalement dans les tendons; cependant ils ne sont pas rares non plus dans d'autres parties du système fibreux , et on pourrait, jusqu'à un certain point, rapporter ici les fibro-cartilages.
Aucun nom ne paraît convenir mieux, pour désigner ces corps, que celui de cartilages et d'os des tendons (1). Le plus constant est celui qu'on rencontre à la hauteur du genou , dans le tendon du muscle extenseur de la jambe, où il constitue la rotule. On en trouve aussi à la main et au pied, dans l'articulation de la première phalange du pouce et du gros orteil avec le carpe et le tarse, dans le tendon du tibial postérieur et dans celui du long péronier postérieur. Ils ne sont pas rares non plus clans les tendons des autres doigts et orteils , même en face des articulations antérieures. On en observe moins souvent dans les tendons supérieurs des muscles jumeaux de la jambe, ou à l'articulation du coude, dans le tendon du triceps brachial. Ils ont une forme plate et légèrement arrondie. La distance qui les sépare de l'insertion des tendons aux os est peu considérable. Leur face externe et leurs faces latérales se confondent intimement avec la substance des tendons: l'interne est encroûtée de cartilage, et tournée vers l'un des deux os qui se meuvent l'un sur l'autre, ou en rapport avec tous les deux à la fois. Au tarse et au carpe, ils sont presque toujours disposés par paires l'un à côté de l'autre, tandis qu'au genou et dans tous les autres endroits, même dans les articulations antérieures des orteils , ils sont simples et ont une forme plus ou moins large. La plupart du temps, ils sont situés dans les articulations mêmes, en face des extrémités osseuses contiguës , dans les tendons qui correspondent à la partie mobile sur laquelle le muscle prend son insertion par leur intermédiaire , et du côté dans le sens duquel s'opère la flexion, sauf, toutefois, les deux exceptions fournies parla rotule et par l'os correspondant qu'on rencontre quelquefois au coude.
Il est donc facile de voir que ces corps servent en partie à
(i) Bichat les appelle os sésamoïdes ; mais cette dénomination ne leur convient pas, parce qu'elle est appliquée depuis long-temps à d'autres os d'une espèce particulière.
prévenir la contusion tics tendons, surtout clans les mou vemens rapides. Mais leur principal usage consiste à changer la direction de ces mêmes tendons, et ù rendre leur angle d'insertion jilus ouvert, ce qui augmente beaucoup la force des muscles auxquels ils appartiennent.
ARTICLE II
DU SYSTEME FIBREUX DANS l'ÉTAT ANORMAL (l).
506. A l'égard de la faculté reproductive du tissu fibreux, je dois faire observer que ses plaies et ses déchirures, avec ou sans perte de substance, ne se guérissent pas par la formation d'un tissu analogue, mais par celle d'un tissu moins ferme, moins solide et blanchâtre, qui n'est ni brillant, ni sensiblement fibreux; aussi ne se produit-il pas de ligamens fibreux dans les luxations non réduites. Cependant le tissu cellulaire condensé remplace plus ou moins parfaitement la substance fibreuse détruite, et ses propriétés diffèrent peu de celles de cette dernière.
507. Parmi les aberrations de l'état normal, les vices primitifs de conformation sont rares , et la plupart du temps ils coïncident avec des anomalies dans d'autres tissus. Ici se rangent , par exemple , l'absence des tendons des muscles du basventre, celle des ligamens de la colonne vertébrale, celle de la dure-mère cérébrale et spinale , etc. , dans la scission congéniale de l'abdomen , de la colonne vertébrale et du crâne, celle des tendons et des muscles d'un doigt, quand le doigt luimême manque. Mais il est extrêmement rare de ne pas rencontrer les organes fibreux lorsque ceux avec lesquels ils concourent à former une partie existent : par exemple de voir manquer seulement le tendon d'un muscle, ou la sclérotique, quand les autres membranes de l'œil sont existantes. Peut-être,
(1) Gœtz, De morbis ligamcnlorum ex mutatà malerici animalis matcr'uX et mixlurd cognoscendis , Halle , 1798.
cependant, doit-on rapporter à cette anomalie l'absence du ligament rond dans l'articulation coxo-fémorale , quoiqu'on l'observe presque toujours dans des circonstances où il est tout aussi probable que cet organe a été détruit.
Les vices de conformation consécutifs ou acquis sont: i° les déchirures, qu'on observe surtout dans les ligamens et les tendons. Les ligamens des articulations peu mobiles y sont plus exposés qu'aucun autre , lorsque ces jointures viennent à se luxer. Les déchiremens des tendons surviennent principalement à la suite d'efforts violens et soudains des muscles auxquels ils s'attachent, surtout lorsque le tendon lui-même est fixé d'une manière très solide aux os ; ils sont quelquefois incomplets , lorsqu'ils ne comprennent pas l'épaisseur toute entière du tendon; 2" la rigidité'; 5° le relâchement, qui , de même que l'état précédent, peut devenir une cause de luxation.
5o8. Les altérations de texture des organes fibreux sont : i° L'inflammation, qui se termine rarement par suppuration ou par gangrène, mais plus souvent par Pépaississement de la substance des organes. Ainsi les ligamens fibreux s'altèrent dans les tumeurs blanches , quoiqu'ils ne soient pas, à beaucoup près, l'unique siège de cette affection (1), dans laquelle ils perdent leur brillant argentin et leur structure fibreuse. Lorsque In maladie est avancée, on trouve le tissu muqueux qui entoure la capsule articulaire , cette dernière elle-même , enfin les cartilages et lej os , frappés d'inflammation et en pleine suppuration. Il se développe aussi des formations nouvelles de diverses espèces autour de la capsule et dans son intérieur; enfin la graisse articulaire et la synovie sont endurcies et épaissies. Cependant, malgré ces désordres, ilparaîtque la maladie
(1) AMonro, A whilc swclling oftlwknce; dans Edinb. mcd. essays anclobs., vol. IV, p. 242- — T. Simpson, Rcmarhs on thewliito sivctlings of tlic joints , ibid. , p. 246. — J.-A.-H. Reimaru.s, De tumorc ligamentorum circa arliculos , fungo articulorum diclo , Leydc, ij5-. — B. Bell, Trcatise on the theory and ménagement of ulcères, wilh a dissertation on white sxoellings of the joints , Edimbourg, 1778. — J. Russell, Trcatise on the morbid affections of the knec-joint , Edimbourg, 2802. — B. Crowtlier, On tlic diseasc of tlie joints , commonly called wltitè swclling , Londres,
DU SYSTÈME FIBREUX DANS t'ÉTAT ANORMAL. 585
a souvent son siège primitif dans les ligamens fibreux, car ces organes sont les seuls qu'on trouve altérés à son début.
2° La production de substances hétérogènes dans leur intérieur ou à leur surlace. Ici se rangent les tumeurs molles et gélatineuses du périoste, les tumeurs, dures, solides et fibro-cartilagineuses , et les fongus de la dure-mère, nom sous lequel on embrasse des maladies fort différentes les unes des autres (1). Dans l'ostéosarcome , autre dénomination qui -
. réunit également des états morbides dont la nature ne se ressemble pas, le périoste est quelquefois affecté primitivement; souvent même il n'y a que lui qui le soit, et il l'est toujours quand l'os se trouve attaqué. Nul doute que le premier cas n'ait lieu surtout lorsqu'il se développe des corps fi.bro-cartilagineux autour des cartilages et des os.
5og. La substance fibreuse se produit-elle accidentellement dans le corps? A la vérité, il y a des formations accidentelles dans lesquelles on la rencontre : telles sont celles qui se développent, par exemple, dans la matrice, les ovaires, la thy-
: roïde , etc. ; et Bichat cite celle qu'on trouve quelquefois dans l'utérus et les trompes de Fallope, comme étant une répéti-
' tion anormale de la structure fibreuse , parce qu'elle est com-
j posée de fibres jaunâtres. Mais je n'ai jamais observé que ces productions accidentelles ressemblassent parfaitement aux or-
. ganes fibreux, et il m'a paru exister davantage de rapport entre elles et les fibro-cartilages : voilà pourquoi j'en ai placé l'histoire à la suite de celle de ces derniers.
(1) Louis, Mémoire sur les tumeurs fong.de la dure-mère; dansMcm. de IAc.dc chirurg. , t.V,p. 1. — Wenzcl, UeberdicschwammigcnGcscInvïitstc aufdcr aussern Tlirnhaut , Erfort, 181 1. — Walthcr , Essai sur les fongus de la dure-mire ; dans Journ. compt. du Dict. des se. mcd. , t. VII , p. i iS.