‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 39 sur 186 · B. DES MUSCLES DE LA VIE ANIMALE · texte numérisé non relu

B. DES MUSCLES DE LA VIE ANIMALE

352. Les muscles de la vie animale et ceux de la vie organique diffèrent tellement les uns des autres , sous tous les rapports, que , malgré les considérations dans lesquelles je viens d'entrer au sujet du système musculaire en général, il est indispensable d'étudier à part chacune de ces deux séries. Je commence par celle des muscles de la vie animale.

333. Les muscles de la vie animale forment une grande partie de la masse du corps , et tous les autres organes réunis y contribuent à peine pour une part un peu plus considérable que la leur. En général, ils sont appliqués autour des os, et représentent les forces qui mettent ces leviers en mouvement. C'est surtout dans les membres qu'ils sont nombreux et doués d'une grande vigueur. Ils restent en-deçà des autres formations sur tous les points où les fonctions principales rie la vie ont pris un grand développement, c'est-à-dire , au crâne , à la poitrine et au bas-ventre.

354. Ces muscles forment des masses solides, dont les faisceaux, dirigés en ligne droite , s'attachent , par leurs deux extrémités, à certaines portions du système fibreux , les tendons, par l'intermédiaire desquelles ils tiennent au périoste, qui les unit lui-mêmeauxos. Telle est du moinsleurdisposition la plus générale. Il est rare qu'ils ne se fixent à aucun os, ou qu'ils ne s'y insèrent que par une seule de leurs extrémités , et que leurs faisceauxdonnenl naissanecà des anneaux, en se repliant

4 l6 ANATOMIE GÉNÉRALE.

sur eux-mêmes. La plupart des sphincters, l'orbiculaire des paupières, celui des lèvres, le sphincter de l'anus , les constricteurs du pharynx, ne tiennent point aux parties solides sur lesquelles ils agissent , et ne t'ont que prendre un point d'appui sur elles. Les muscles attachés à des os par une seule extrémité , et destinés uniquement à mouvoir des parties molles , se rencontrent principalement à la face , dans la cavité buccale et dans les organes de la génération. Les muscles annulaires n'offrent aucune trace de structure tendineuse, ou du moins n'en présentent que dans les points peu étendus par lesquels ils s'unissent aux parties solides du voisinage, ou dans ceux par lesquels ils naissent des os, et jamais dans l'endroit où ils se continuent avec les parties molles qu'ils mettent en mouvement.

335. Les tendons sont toujours beaucoup plus minces que la masse elle-même du muscle. La substance musculaire et la substance tendineuse ne se séparent jamais tout-à-coup l'une de l'autre, et on les voit constamment alterner ensemble dans une étendue plus ou moins considérable. Lorsque le tendon est large, mais court, presque toujours il envoie , sur les deux faces du muscle, et entre ses faisceaux, des bandelettes qui vont en s'amincissant peu à peu; quand il est long et étroit, il s'enfonce entre les fibres musculaires , sous la forme d'une pyramide qui diminue graduellement d'épaisseur. Le rapport entre le tendon et le muscle varie beaucoup. Des muscles très volumineux, tels que le grand fessier, ont des tendons peu marqués, tandis que, dans d'autres, tels que le palmaire grêle, le soléaire, etc. , la masse tendineuse surpasse de beaucoup la musculaire.

336. En général, les tendons ne se trouvent qu'aux deux extrémités des muscles dont on les regarde comme des parties intégrantes. La portion moyenne et charnue d'un muscle est appelée ventre {venter). On désigue la supérieure, ou, en général , le tendon qui s'attache au point le plus fixe, sous le nom de téte(caput) , et l'extrémité opposée sous celui de queue (cauda). On nomme point fixe (punctum adhœsionis fixwn) celui auquel s'attache la tête, et point mobile (punctum insertionis mobile) celui auquel la queue prend son insertion. C'est

Dli SYSTÈME MUSCULAIRE DANS L'ÉTAT NORMAL [\\^

vers le premier de ces deux points que le muscle se contracte dans les circonstances les plus ordinaires. Presque toujours les muscles sont fixés par deux tendons, l'un supérieur et l'autre inférieur, à deux os dont l'un est plus mobile que l'autre. Dans des cas plus rares,

i° Ils ne s'attachent à des os que par une de leurs extrémités, l'autre étant fixée sur des parties molles, soit que, comme les muscles de l'anus et la plupart de ceux des parties génitales , ils s'unissent , par cette extrémité , avec d'autres muscles qui agissent en sens inverse d'eux, soit que, comme plusieurs muscles qui passent sur les capsules articulaires , ils s'attachent à d'autres organes qu'ils sont destinés à mettre en mouvement.

2° Leurs deux extrémités sont libres, et ils ne meuvent, par les contractions qu'ils exécutent , que la peau située sur eux, et à laquelle ils adhèrent d'une manière intime; tel est, par exemple, le muscle peaucier.

Cependant il arrive quelquefois qu'on rencontre aussi des tendons sur un ou plusieurs points de l'étendue du muscle, qui se montre alors partagé en plusieurs ventres. Ordinairement on ne trouve qu'un seul de ces tendons intermédiaires , désignés sous le nom d'intersections lendineuses{intersectio lendinea). Les muscles qui présentent cette disposition sont appelés digastrique?, (bivenlrcs, digaslrici). On c* voit de pareils à la mâchoire inférieure, au cou et a la nuque, tels que le di— gastrique maxillaire , le digastrique cervical , le grand complexus, le sterno-hyoïdien et Pomoplat hyoïdien.

Les muscles droits du bas-ventre offrent plusieurs intersections tendineuses , dont le nombre s'élève jusqu'à quatre. Ces intersections s'étendent ordinairement à toute la largeur du muscle ; mais quelquefois , comme la supérieure des muscles droits du bas-ventre, elles n'en occupent qu'une partie. Presque toujours elles ont peu de longueur en proportion du muscle, mais elles sont aussi larges que lui. Le tendon mitoyen du digastrique fait exception à celle règle.

Le? intersections tendineuses partagent réellement un muscle en plusieurs. Elles fournissent plusieurs points fixes, vers lesquels les fibres se dirigent en se contractant , et entre lesquels on peut aussi les étendre.

Cette disposition accroît donc la puissance contractile et la force de résistance du muscle, dont ainsi aucune fibre n'a une étendue égale à sa longueur totale. Voilà pourquoi on rencontre surtout les intersections tendineuses dans les muscles longs cl minces par rapport à leurs autres dimensions. En général elles ne changent pas la direction du mouvement; cependant elles produisent cet effetdans le muscle digaslrique, dont les ventres antérieur et postérieur sont unis l'un à l'autre sous un angle obtus, au moyen d'un tendon intermédiaire qui s'attache lui-même à l'hyoïde.

53?. Plusieurs muscles agissent, du moins en général , dans le même sens, produisent à peu près le même genrede déplacement dans les parties qu'ils meuvent , et se contractent presque toujours simultanément; aussi les appelle-t-on congénères. D'autres, au contraire, agissent en sens inverse les uns des autres , ce'qui les a fait nommer antagoniste^^ antagonistes). Les premiers occupent la même région; ils s'attachent presque aux mêmes points , seulement plus en dehors ou en dedans, en haut ou en bas, et sont placés à côté ou au-dessus les uns des autres. Les seconds sont situés dans des régions opposées. On peut rapporter tous les déplacemens des diverses parties du corps à deux, suivant qu'elles s'éloignent ou qu'elles se rapprochent. En s'éloignant d'une autre, une partie se rapproche davantage d'une troisième. Ces deux effets sont produits parles mêmes muscles; mais, suivant que des parties homonymes, situées les unes à côté des autres, ou opposées entre elles, se rapprochent ou s'éloignent , ou suivant que les parties d'un tout qui se dirigent dans le même sens, mais qui, bien qu'unies ensemble , sont cependant mobiles les unes sur les autres, éprouvent un changement semblable dans leur situation respective, ces mouvemens opposés reçoivent d'autres dénominations.

Les premiers mouvemens sont Yadduclion et Yabduction; les muscles qui les produisent portent les noms cYadducleurs et d'abducteurs. Les autres sont la flexion et V ex tension ; les muscles qui les exécutent sont nommés fléchisseurs et extenseurs. Il n'y a pas de différence essentielle entre l'abduction et l'extension, puisque toutes deux ont pour résultat de déplacer,

suivant la tnême direction , ou à peu près, deux parties qui , dans le premier cas, sont situées l'une à côté de l'antre , comme sont, par exemple, les deux membres homonymes, ou les doigts de la même main, les orteils du même pied, et qui . dans le second cas , se succèdent de haut en bas , comme les différentes divisions d'un membre. L'adduction et la flexion sont également un même phénomène au fond, puisque toutes deux diminuent l'angle ouvert entre des parties voisines, et établissent une différence dans la direction des parties unies ensemble. Dans l'un et l'autre cas , les faces de la partie qui change de forme conservent la même situation respective, parce que les mêmes points de sa circonférence continuent de se regarder ou d'être opposés l'un à l'autre, quoiqu'ils s'éloignent ou se rapprochent. Mais il y a un second genre de mouvement dans lequel la partie tourne autour de son axe, de manière qu'elle présente successivement d'autres points de sa circonférence aux parties voisines. C'est ce qu'on appelle la rotation , dont on admet également deux espèces, la rotation en dedans et la rotation en dehors , suivant que les parties situées à côté l'une de l'autre se rapprochent ou s'éloignent. De là aussi une troisième sorte de muscles antagonistes, les rotateurs en dedans et les rotateurs en dehors.

Il est rare qu'un seul muscle soit chargé d'opérer l'un ou l'autre de ces déplacemens. Presque toujours le mouvement d'une partie, dans une direction donnée, est le résultat de la contraction de plusieurs muscles congénères. C'est ainsi qu'il y a, du moins pour les parties d'un certain volume, plusieurs fléchisseurs et extenseurs, plusieurs abducteurs et adducteurs, plusieurs rotateurs en dedans et en dehors.

338. Les muscles antagonistes, et,. en prenant ces dénominations dans leur acception la plus générale, les extenseurs et les fléchisseurs, diffèrent entre eux , non seulement par les caractères d'après lesquels on a partagé les muscles en plusieurs sections, mais encore par diverses autres circonstances, de sorte qu'on peut considérer ces deux classes comme étant les premières de toutes. Voici quels sont les principaux caractères qui les distinguent.

i" Les fléchisseurs sont . généralement parlant, plus forts

/j20 ANAT0MIE CÉnÉRAI.K.

que les extenseurs (1). C'est pour cette raison que les membres sont plus ou moins fléchis lorsque la volonté cesse d'agir, et diins l'état de liberté parfaite, dans la paralysie, dans le sommeil, dans le ramollissement des os, chez les sujets dont le système musculaire a très peu d'énergie. Les fléchisseurs s'attachent plus loin du centre de mouvement que les extenseurs, et leur direction est moins parallèle à celle des os, ce qui fait que l'angle sous lequel ils s'insèrent au point mobile est plus ouvert, et par conséquent plus favorable. Cet angle s'agrandit encore à proportion que le muscle agit; au contraire, il se rétrécit , pour les extenseurs, pendant qu'ils se contractent. Les fléchisseurs reçoivent aussi des nerfs un peu plus gros que les extenseurs.

2° On prétend qu'il existe entre les extenseurs et les fléchisseurs une différence telle, à l'égard de l'excitabilité, qu'ils n'entrent en contraction que sous l'influence d'un seul pôle de la chaîne galvanique, et que ce pôle est différent pour chaque classe de muscles (2). Ainsi, assure-l-on , les fléchisseurs ne se contractent que quand le pôle argent se trouve en rap.port avec l'extrémité centrale du nerf, et le pôle zinc avec son extrémité musculaire, tandis que le contraire a lieu pour les extenseurs , et que les uns et les autres demeurent tranquilles quand on forme la chaîne en sens inverse.

Cependant les expériences qu'on invoque a l'appui de cette proposition ne paraissent pas la démontrer , et s'expliquent fort bien d'après la force plus grande des fléchisseurs', de sorte que la loi établie par Ritter ne. différerait pas de la précédente. Du moins est-il inexact de dire que les fléchisseurs et les extenseurs ne se contractent que dans les circonstances qui viennent d'être indiquées; car lors même que les circonstances sont défavorables, la force plus grande dont ces muscles sont doués leur permet d'exécuter sensiblement des contractions, tandis que les extenseurs n'en produisent point.

(1) Richcrand , dans les Mcm.dc la soc. mcd. d'émulation, vol. III, p. 161 , 1799. — Elém. de physiot. , t. II, p. 210.

(2) Ritter, Bc.ylràge zur nàlwrn Kcnntniss des Gnlranismits , Iéna, i8o5 , t. Il , cali. 3 , 4 > n° 11 , p. 65 567.

DU SYSTÈME MUSCULAIRE DANS l'ÙTAT N011MAL. 42 1

35(). La forme extérieure des muscles varie beaucoup , sous le rapport du degré de complication. Plusieurs, presque tous , naissent par une seule tête , et se terminent par une seule queue , fixée sur un seul point : ce sont les muscles simples (musculi simplices). D'autres se divisent , à l'une ou l'autre de leurs extrémités, en plusieurs ventres: on les appelle muscles composés (musculi compositi). La scission s'opère tantôt a l'extrémité mobile, comme dans les fléchisseurs et extenseurs communs des doigts et des orteils, les muscles du bas-ventre, ceux du dos, etc. , tantôt à l'extrémité opposée, comme dans le biceps brachial, le biceps crural, les extenseurs de Pavant-bras et de la jambe, etc. Le résultat de la première disposition est un mou veinent simultané imprimé à diverses parties par l'action d'un seul muscle. La seconde rend l'effet plus grand; elle fait que, quand les divers ventres agissent seuls, le mouvement produit parle concours de tous se trouve modifié, que, par exemple, la jambe est à la fois étendue et tirée en dehors ou en dedans; il en résulte enfin que quand le muscle agit dans le sens opposé à celui qui est le plus ordinaire, c'est-à-dire, quand ses ventres se contractent sur le point le plus mobile, plusieurs parties sont mises en mouvement a la fois.

Parmi les muscles simples, il s'en trouve quelques uns qui font, en quelque sorte, le passage des simples aux composés. En effet, il y en a plusieurs qui , quoiqu'ils naissent par un seul ventre, et se terminent par une seule queue, sont cependant composés d'un nombre plus ou moins considérable de muscles plus petits , formés eux-mêmes de fibres tendues dans des directions différentes, et qui s'insèrent sur le tendon commun par de petits tendons particuliers : tels sont, par exemple, le deltoïde et le sous-scapulaire.

Quant aux muscles composés, ceux qui le sont le moins consistent en deux couches de fibres qui aboutissent, sous un angle plus ou moins aigu, à un tendon commun, situé entre elles : on les appelle muscles penniformes ( rhusctdi pénnatî). Le droit antérieur de la cuisse et le long fléchisseur du pouce fournissent des exemples de celte disposition.

Une autre espèce de muscles composés comprend ceux

deux ou à plusieurs ventres, dont j'ai parlé précédemment

Les muscles les plus simples sont ceux dont les faisceaux suivent. absolument la même direction. Mais la direction n'est pas semblable dans tons les muscles simples, non plus que le rapport entre la longueur des faisceaux et des filets, et celle du muscle lui-même. Quelquefois la direction des fibres coïncide avec celle du muscle et de son tendon. Dans ce cas, leur longueur égale celle de ce dernier, et elles marchent en ligne droite. C'est ce qu'on voit, par exemple, dans le muscle couturier et dans le biceps brachial. Celle disposition est rare. Plus ordinairement la direction des faisceaux diffère de ci Ile de la masse entière, et ils descendent plus ou moins obliquement de l'un des deux tendons entre lesquels se trouve le ventre, sur l'autre. Peu importe ici que, comme dans les muscles semi-penniforrnes ( musculi semipennali, pennati sirnplices), par exemple dans les fléchisseurs de la main et du pied, des doigis et des orteils, l'un des tendons, communément le supérieur, soit attaché à l'os dans toule sa longueur et dans toule celle du muscle, ou que, fixé par un point seulement a son extrémité supérieure, et descendant le long du ventre aux fibres duquel il donne naissance, il soit libre dans toute son étendue, ainsi qu'on le voit dans le demi-membraneux. Dans l'un et l'autre cas, la masse musculaire se trouve, des deux côtés , comprise entre deux tendons, dans la plus grande partie de sa longueur; seulement, dans le premier , la direction des fibres du tendon supérieur est la même que celle des fibres musculaires, tandis qu'elle en diffère dans le second.

34o. Les formes des muscles diffèrent encore beaucoup les unes des autres, sous le point de vue du rapport proportionnel entre les trois dimensions. A cet égard, on partage les muscles en trois classes, les longs , les larges et les courts.

34i- Les muscles longs se trouvent principalement aux membres. Ils sont plus ou moins cylindriques. La plupart du temps leurs tendons sont très considérables, et souvent beaucoup plus longs que la partie charnue. Cependant le contraire a lieu aussi quelquefois : ainsi les tendons des muscles lombri-

eaux sont fort courts. Souvent, dans leur trajet, ils passent par-dessus plusieurs os placés à la suite les" uns des autres. Us forment plusieurs couches, dont les superficielles sont les plus longues, et les profondes les plus courtes : ces dernières ne sont ordinairement étendues qu'entre deux os voisins. Ainsi, par exemple, le biceps brachial est plus long que le brachial antérieur; il s'étend depuis l'omoplate jusqu'à l'avant-bras, tandis que l'autre se porte seulement de l'humérus à l'avantbras. C'est parmi ces muscles que la division en plusieurs ventres , et l'insertion sur plusieurs tendons, sont le plus fréquentes et le plus apparentes. Us sont même, surtout à leur partie supérieure, si étroitement unis ensemble, dans quelques régions, surtout a l'avant-bras , soit par les aponévroses tendues sur eux, soit en raison de ce que les fibres de l'un s'implantent sur le tendon de l'autre, qu'on ne parvient à les isoler qu'en les coupant. Ordinairement ils sont un peu plus renflés au milieu qu'à leurs extrémités, parce que leurs fibres s'étendent presque toujours obliquement du tendon supérieur à l'inférieur, de sorte que les extrémités ne contiennent pas tous les faisceaux, mais seulement les supérieurs et les inférieurs, tandis qu'au milieu on trouve touslesfaisceauxtnoyens, et en outre une partie des supérieurs et des inférieurs.

542. Les muscles larges sont en général minces; ils occupent le pourtour des cavités dont seuls ils constituent entièrement ou du moins en grande partie les parois, ou bien qu'ils revêtent, et dont ils prennent la forme. Parmi les premiers se rangent surtout les muscles larges du bas-ventre; et parmi les seconds, plusieurs muscles du crâne, le frontal , le temporal, ainsi que la plupart des sphincters. En général ces muscles conservent à peu près la même largeur et la même épaisseur dans tout leur trajet. Presque toujours ils sont simples. Lorsqu'ils viennent à se partager, ils ne se terminent jamais par de longs tendons , mais forment des dentelures, au moyen desquelles ils s'attachent à des parties différentes. Tantôt, comme au bas-ventre et à la poitrine, on trouve au-dessus les uns des autres plusieurs muscles larges, qui se ressemblent assez sous le rapport de la forme et de la grandeur; tantôt les muscles larges en recouvrent de longs,

424 ANATOIUIE GÉNÉRALE.

comme au dos. Il y a des muscles qui font très sensiblement le passage de ceux-ci aux muscles longs, soit parce qu'ils réunissent les deux formes dans toute leur étendue , soit parce qu'ils sont larges sur un point et alongés sur un autre. Je citerai parmi les premiers le sterno-hyoïdien, le thyro-hyoïdien et les droits du bas-ventre; parmi les seconds , le grand pectoral et le grand dorsal , qui se rétrécissent près du membre thoracique , mais en même temps augmentent beaucoup d'épaisseur.

343. Les muscles courts sont à peu près aussi épais que larges et longs. La plupart d'entre eux ont une figure triangulaire ou carrée. Ils sont sans contredit les plus forts de tous, car on n'en connaît pas qui contiennent autant de fibres dans un espace donné. Aussi les rencontre-t-on principalement sur les points où il est nécessaire qu'une grande force se déploie , parce que la disposition générale des parties est peu favorable aux mouvemens qu'elles doivent exécuter, comme à l'articulation temporo-maxillaire, à la hanche, à la colonne vertébrale, et même en partie à la main et au pied. Le grand fessier et le deltoïde font le passage de cette forme à la précédente, de même que les muscles de la main et du pied conduisent à la première.

344- Envisagés sous le point de vue de leur texture , les muscles de la -vie animale paraissent formés de faisceaux et de fibres, qui sont situés les uns a côté des autres, mais qui ne s'entrelacent pôint ensemble. En général les 'fibres s'étendent d'un tendon à un autre; cependant elles disparaissent quelquefois plus tôt, sans que même alors on puisse démontrer d'une manière évidente qu'elles se confondent avec leurs voisines. Le tissu muqueux est très abondant dans ces muscles, et souvent si lâche que d'un muscle simple il en fait un composé, parce qu'il le partage en plusieurs têtes fixées sur un tendon commun, qui sont réunies ensemble par une large couche de tissu muqueux; c'est ce qu'on voit, par exemple, dans le grand pectoral. Le tissu muqueux existe ordinairement en plus grande quantité dans les muscles larges, dont par cette raison les faisceaux sont moins serrés que ceux des autres. Les nerfs de ces muscles naissent presque tous du

cerveau et de la moelle épinière seulement, et là même où il leurarrive des filets du grand sympathique, comme au cou, ils en reçoivent aussi du système des nerfs de la vie animale. Souvent, par exemple au diaphragme , ces nerfs proviennent de points éloignés de la moelle épinière , quoique le nerf grand sympathique soit placé à peu de distance. En général le système musculaire de la vie animale reçoit inoins de nerfs et plus de vaisseaux que celui de la vie organique.

545. Les muscles sont les puissances qui agissent sur les os, ou sur les organes analogues , pour changer des fardeaux de place. Les os sont des leviers , et en'général des leviers simples du second genre, attendu que la puissance, ou le muscle , se trouve placée entre le pointd'appui, l'une des extrémités de l'os , et la résistance, l'autre extrémité de l'os , avec les parties qui s'y attachent. Tous ne sont pas disposés de cette manière ; mais, généralement parlant, ils le sont d'une manière plus ou moins défavorable, de sorte que, pour produire leur effet, ils ont à déployer une force plus considérable qu'elle n'aurait besoin de l'être si le rapport entre la puissance et la résistance était plus favorable. Il résulte de là que la force musculaire est très considérable. On peut appeler cette loi loi de Borelli, parce que, jusqu'à ce physiologiste, on avait admis l'opinion contraire , et soutenu que les muscles sont disposés de manière à soulever les fardeaux les plus pesans en dépensant le moins possible de force.

Les circonstances qui démontrent qu'en général la dispo sition des muscles n'est point favorable, sont :

i° Leur insertion au voisinage du point d'appui. Presque tous les muscles s'attachent plus près de ce point que de la résistance. Quand donc un poids plus éloigné du point d'appui que la résistance se trouve soulevé, la force déployée par le muscle est d'autant plus considérable , qu'il y a plus de différence entre son éloignement du point d'appui et la distance qui sépare le fardeau de ce dernier : elle est toujours plus grande que le poids du fardeau.

a" L'obliquité soit des muscles à l'égard des os, soit des fibres musculaires à l'égard du tendon. Très peu de muscles s'attachent aux os sous un angle droit, le plus favorable de

tous au déploiement de la force ; la plupart s'y insèrent sous un angle très aigu. D'un autre côté , dans presque tous , la direction des fibres charnues s'écarte plus ou moins de celle des fibres tendineuses. A l'égard de la première circonstance, elle entraîne une perte de force d'autant plus considérable que l'angle d'insertion du muscle à l'os est moins ouvert; quant à la seconde, la perte qui en résulte est en proportion de l'obliquité des fibres musculaires sur les tendineuses.

3° La résistance que le muscle est obligé d'opposer à l'os sur lequel il prend son point fixe. Cet os, en effet, ne tend pas moins à l'étendre que ne fait le poids soulevé par son effort, parce que le muscle se contracte de ses deux extrémités vers son centre.

4° La résistance des antagonistes, dont il est également obligé de triompher.

5° Le frottement causé par les parties qui entourent le muscle, quoiqu'il soit diminué par la laxité du tissu maqueux qui l'environne de toutes parts.

Mais, malgré toutes les circonstances, qui sont en général défavorables au muscle, sous le rapport du fardeau qu'il doit soulever, il en existe cependant aussi qui diminuent la déperdition de force occasionée par elles.

Ainsi l'angle sous lequel le muscle s'attache à l'os est considérablement agrandi :

r Par le gonflement des extrémités de l'os sur lesquelles passe le muscle ;

2° Par Pécartement des saillies auxquelles il s'insère ;

3° Par la formation de petits os particuliers, qui se développent dans la substance des tendons, à peu de distance de leur insertion (§ 5o5) ;

4° Par la déviation que des parties font éprouver aux muscles près de leur terminaison, ou seulement à leurs tendons, et qui rendent leur direction perpendiculaire, d'oblique qu'elle était d'abord.

Souvent aussi il arrive que l'angle d'insertion du muscle s'agrandit pendant le mouvement même, et que de très aigu il devient presque droit. C'est ce qu'on observe tant dans les

muscles eux-mêmes qui agissent , que dans leurs antagonistes. Quant au frottement, il est diminué, d'un côté, par la graisse qui s'accumule entre les muscles et dans les intervalles de leurs faisceaux; de l'autre, par la présence d'organes fibreux, les gaines, qui assujettissent les muscles et les tendons, en leur donnant une situation et une direction fixes.

La perle de force qui résulte nécessairement de l'obliquité des fibres est amplement compensée par l'augmentation considérable du nombre de ces dernières; car, à espace égal, les fibres sont d'autant plus nombreuses qu'elles marchent d'une manière plus oblique, et, toutes choses égales d'ailleurs, la force du muscle est en raison directe du nombre de ses fibres.

D'ailleurs, en se contractant, des fibres obliques raccourcissent bien plus le muscle que ne le feraient des fibres droites. Il faut donc moins d'effort pour rapprocher deux points fixes avec des muscles obliques qu'avec des muscles droits , et cela d'autant mieux que souvent, comme , par exemple, entre les côtes , deuxeouches musculaires obliques qui s'entre-croisent , tiennent lieu d'une simple couche droite, en agissant dans le sens de la diagonale. Cette disposition, propre à ménager la force, diminue la lassitude que cause le mouvement musculaire.

C'est aussi par la même raison que le mouvement s'exécute avec plus de promptitude au moyen de fibres musculaires obliques , que quand elles sont droites.

Enfin, lorsque deux couches croisées de fibres musculaires obliques agissent sur une même partie, les mouvemens peuvent être plus variés, puisqu'il est possible que les deux couches se contractent à la fois, ou que l'une des deux seulement agisse, et qu'elles déploient toutes deqx une égale force ou des forces différentes.

Page 1